Cf. notamment le rapport de M. Albert Cahen en
clusion effarante que les candidats écrivaient mieux en latin qu'en français ? J'ai connu, il y a peu de temps, un licencié ès-lettres (d'une Faculté du Midi, il est vrai) qui collaborait à un journal parisien populaire : le secrétaire de rédaction était obligé de remettre sur pied la syntaxe par trop boiteuse de sa copie. On sait pourtant que ces quotidiens ne se font pas remarquer par un souci exagéré de purisme.
Si les licenciés d'hier ne savent plus écrire en français, que dire des bacheliers ? Que penser aussi, pourra-t-on ajouter, des élèves de l'enseignement primaire, qui, dans chaque département, par suite du recrutement régional des instituteurs, manient une langue incorrecte, viciée de nombreux provincialismes ? Et cependant il ne semble pas que la situation ait empiré, depuis dix ou quinze ans, à l'école primaire; elle se serait plutôt améliorée, suivant l'opinion générale : car les causes qui produisent l'incorrection du style dans les écoles rurales existent depuis longtemps et tendent au contraire à s'atténuer peu à peu. La crise récente du français est spéciale aux lycées et collèges. Nous verrons bientôt pourquoi.
Le corps enseignant s'est ému et a saisi le ministre de l'Instruction publique de ses réclamations. La question de la crise du français fut portée à la Chambre. La gravité du mal ne fut pas niée, et
le ministre songea d'abord à envoyer de nouvc lies instructions aux professeurs de français. Une commission fut instituée, de concert avec les inspecteurs généraux des lettres, pour discuter les termes des instructions à adresser; mais elle n'a pas tardé à se séparer, sans doute après avoir remarqué que le remède proposé était hors de proportion avec le mal : ce n'est pas avec des circulaires qu'on enrayera la crise du français.
Bien plus féconde fut l'initiative prise en 1909 par M. le recteur Liard, qui organisa au Musée pédagogique des conférences contradictoires sur ce grave problème. Parmi les orateurs figuraient M. Lanson, professeur à la Sorbonne, M. Albert Gahen, inspecteur d'Académie, et des professeurs de lycées. Chaque conférence était suivie d'une causerie contradictoire, au cours de laquelle chacun pouvait librement exposer ses vues. Les maîtres assistèrent en grand nombre à ces réunions, qui furent animées, parfois houleuses, et qui eurent pour résultat de synthétiser les desiderata du corps enseignant. Les conférences ont été réunies en un volume {.
Désormais la question tomba dans le domaine public, et la grande presse s'en empara à son tour. Il faudrait une copieuse bibliographie pour ériu-