‹ La défense de la langue francaiseChapitre 33 sur 98 · F. Brunot, L'enseignement de la langue française, p · texte numérisé non relu

F. Brunot, L'enseignement de la langue française, p

maître — l'évolution qui brouille, | au hasard des analogies, les formes et les fonctions, qui brise les cloisons construites par les grammairiens, qui transforme à chaque instant le verbe en substantif, le substantif en adjectif (etvice versa), l'adjectif en adverbe, ce dernier en préposition, celle-ci en conjonction. Et au lieu de s'ingénier à dresser des barrières instables sur les frontières indéterminées des mots, à isoler les formes des termes de leurs fonctions, pourquoi ne point réunir ceci et cela, sans rompre l'unité de la vie, et en rendant au langage, même sous l'analyse, son véritable rôle — l'expression des idées ? Il appert de plus en plus que la division en morphologie et syntaxe, avec les subdivisions traditionnelles, est une classification de grammairiens — reprise et améliorée par la linguistique moderne — qui s'adapte aux recherches et aux analyses de la science, mais qui convient mal à un enseignement élémentaire, parce qu'elle suppose des abstractions délicates peu accessibles aux jeunes esprits.

L'enseignement grammatical devient singulièrement plus vivant s'il est groupé autour des idées et des fonctions et non autour des formes. Ainsi, d'après le système traditionnel, on étudiait la syntaxe de l'impératif avec les différentes fonctions de ce mode, et je veux croire qu'on n'oubliait pas l'emploi conditionnel (« regardez-le ou ne le regardez

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pas, il ne s'occupera pas de vous »). Au contraire, avec la nouvelle méthode on réunira ensemble tous les procédés de langage pour exprimer un ordre — d'une part — pour exprimer une supposition, de l'autre1. Il serait facile de multiplier les exemples.

Une objection a été faite à cette méthode. N; estil pas à craindre, s'est-on demandé, qu'un enseignement de ce genre ne laisse pas dans l'esprit de l'élève une empreinte aussi nette et précise que l'ancienne grammaire ? En l'absence des classifications et des définitions rigoureuses, qui constituaient des points de repère fixes, ne restera -t-il point un souvenir vague et brouillé des faits grammaticaux ? L'expérience le montrera, et elle sera fort intéressante. Mais déjà on peut faire observer que les nouveaux procédés ne suppriment pas les classifications et la nomenclature : ils se contentent de simplifier et de disposer autrement ; loin de manquer d'ordre, ils reposent au contraire sur la logique des faits. Il faut remarquer aussi qu'on avait formulé les mêmes critiques lorsqu'on renonça aux moyens mnémoniques et aux cours appris par cœur, pour faire appel à la réflexion et à l'intelligence de l'enfant : et qui donc proposerait aujourd'hui de revenir aux anciens errements ? Enfin

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