I. Cf. Méthode Brunot-Bony, 3e livre, pp. 184 et
s'il est prouvé qu'avec les nouvelles méthodes les élèves savent un peu moins de grammaire théorique, mais connaissent davantage leur langue et ses ressources, qu'ils comprennent mieux les auteurs, qu'ils parlent et écrivent avec plus de correction, d'élégance, de fermeté, beaucoup estimeront que nous n'aurons pas perdu au change.
Les nouvelles théories ont exercé une action considérable sur l'enseignement grammatical. Si les grammaires les plus récentes n'ont pas adopté toutes les idées pédagogiques de M. Brunot, en revanche elles ont subi profondément, et sans exception, l'influence de la réforme — je pourrais dire de la révolution dont il a été le champion. Et d'après l'orientation des manuels, on peut juger de l'enseignement des maîtres.
L'orthographe, remise en sa place, a enfin baissé pavillon devant la phonétique (bien que le mot, en général, n'y soit pas — ce qui n'a d'ailleurs aucune importance). Désormais on distingue les sons et les lettres. Toutes les grammaires expliquent aujourd'hui dès le début — préliminaire indispensable — qu'il y a en français plus de sons que de lettres et que celles-ci correspondent fort irrégulièrement à ceux-là. Du coup, l'orthographe est
descendue de son piédestal : en accordant moins d'importance à la dictée, en laissant de côté mainte « chinoiserie », suivant le vœu de la circulaire ministérielle de 1901, les maîtres se rendent compte aujourd'hui qu'on a perdu trop longtemps des heures précieuses à l'enseignement — sans aucune valeur éducative — de règles compliquées, arbitraires, artificielles, fondées trop souvent sur des erreurs d'interprétation et d'étymologie. On leur a montré1 que la superstition orthographique risquait de déformer la langue, en faisant prononcer des lettres muettes, comme on l'entend trop souvent aujourd'hui dans «dompter », «respect», « sculpture », etc. Fait symptomatique et capital: toutes les grammaires récentes invitent aujourd'hui le maître à faire ressortir les illogismos et les caprices de l'orthographe 2. On ne peut que s'en féliciter.
L'« analyse » est à peu près abandonnée — tout au plus reléguée, à titre de curiosité, en appendice. On s'efforce de clarifier les définitions et de les ramener à leur juste valeur d' « appellations », ou, si l'on préfère, d' « étiquettes » : ceci est particulièrement sensible pour le pronom, qui n'a plus