INTRODUCTION VU
tant parlé depuis quelques années et qui a soulevé de si vives polémiques : qu'on l'appelle « crise du français », comme l'ont dénommée les professeurs, ou « crise de la culture française », en envisageant la question de plus haut, elle n'est pas niable, encore qu'il ne faille point l'exagérer. Mais si l'on est d'accord — à peu près — sur le mal, les divergences s'accusent dès qu'on recherche les causes ou qu'on veut proposer des remèdes. En ce qui me concerne, je crois que si les programmes scolaires peuvent avoir leur part de responsabilité, il s'agit surtout d'un phénomène social et linguistique beaucoup plus profond, — d'une véritable crise de la langue.
La corruption générale du langage, signalée à plusieurs reprises par les écrivains et les professeurs, commence à devenir inquiétante. L'argot, le jargon sportif, le parler populaire, que des évolutions fiévreuses et précipitées— on pourra en juger — ont tellement éloignés de la langue classique, ont acquis une prépondérance si impérieuse qu'ils menacent de rejeter dans les oubliettes le français traditionnel. Gomment les lycéens d'aujourd'hui pourraient-ils écrire correctement une langue qui, à leurs yeux, est déjà ar-