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Serées, éd. Roybet, III

l'argot des malfaiteurs Itl

Pendant les deux siècles de l'époque classique, l'argot connut seulement un moment de célébrité. A la suite du supplice du fameux Cartouche, qui fut rompu vif en 1721, en place de Grève, un assez médiocre écrivain, Nicolas Ragot, dit Granval, publia un poème, Cartouche ou le Vice puni, composé suivant les procédés allégoriques de l'époque, et qui eut un succès considérable, moins par le mérite de l'écrivain ou même par l'intérêt de l'actualité que grâce au lexique du jargon des voleurs qui terminait l'ouvrage. Avant l'exécution du célèbre malandrin, deux pièces de théâtre avaient été représentées, l'une aux Italiens, l'autre aux Français. L'auteur de cette dernière (Cartouche ou les Voleurs), le comédien Le Grand, avait obtenu avec l'acteur Quinault, qui allait jouer le principal rôle, l'autorisation de voir Cartouche et ses compagnons dans leur prison, pour les interroger sur leurs aventures, et pour les faire parler et chanter dans leur argot. Le lieutenant criminel et le procureur du roi, qui avaient assisté à cette entrevue, arrosée de copieuses libations, furent plus tard sévèrement tancés par la Tournelle criminelle pour leur singulière complaisance l.

La vogue de l'argot dura quelques années. Dans Les Pèlerins de la Mecque, opéra-comique en trois

1. Voir les Mémoires de Marais, t. II, p. 198, et le Mercure de France, novembre 1721, p. 133.

actes, de Le Sage et d'Orneval, représenté à la foire de Saint-Laurent en 1726, puis au théâtre du Palais-Royal, on relève ce curieux dialogue :

Arlequin. — Je m'en vais bellander (mendier) gour 'dément (abondamment) dans toutes les entifles (églises) et les piolles (tavernes) de la vergne (ville).

Galender. — Comment ! vous savez rouscailler bigorne (parler argot) !

Ce fut la mode, quelque temps, de rouscailler bigorne, par jeu, dans la meilleure société. Le roi Louis XV, un peu plus tard, s'amusait encore volontiers à parler argot, ce qui scandalisait fort Mme de Pompadour1. Mais cette mode n'eut qu'un temps, et il ne fut plus question de l'argot dans la bonne société jusqu'à l'époque où, un siècle plus tard, Eugène Sue et Victor Hugo le découvrirent à nouveau, à la suite des publications de Vidocq.

L'argot devait séduire les romantiques, qui avaient donné droit de cité littéraire au grotesque en face du sublime, et qui puisaient à pleines mains dans le langage populaire pour rendre de l'énergie et de la couleur à une langue écrite édulcorée et affadie. Ce qu'ils voient dans l'argot — Victor Hugo, Eugène Sue, Balzac, comme Zola et M. Jean

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