‹ La défense de la langue francaiseChapitre 43 sur 98 · Livre VIL · texte numérisé non relu

Livre VIL

dans les patois du Midi. Mais cette fois la métaphore est jolie, et je préfère, pour ma part, le malfaiteur qui par ironie gouailleuse appelle sa prison « le château », à celui qui la comparerait à un temple de la chasteté.

On conçoit, dans ces conditions, que les étymologies de Victor Hugo, comme beaucoup de termes fantaisistes qu'il donne dans Les Misérables, soient fort sujettes à caution. D'une façon générale il faut se défier des pages que les écrivains ont consacrées à l'argot et des mots qu'ils ont cités ; car la fantaisie leur a joué plus d'un mauvais tour, et ils ont confondu sous le nom d'argot, comme les auteurs de maints dictionnaires argotiques, des choses aussi différentes que le jargon des malfaiteurs, le langage populaire, voire des jeux d'esprit et des créations artificielles de chansonniers montmartrois. Il faut excepter toutefois deux poètes qui, aux deux extrémités de l'histoire argotique, nous ont donné, en authentique argot, des ballades en jargon et des « sonnets bigornes » : j'ai nommé François Villon1 et M. Jean Richepin2. Mais en général c'est de documents et de travaux d'un autre genre que la science doit s'inspirer3.

1. Dans le Grand Testament, sans compter les ballades publiées en 1884 par A. Vitu, d'après un manuscrit de Stockholm, et dont l'authenticité est douteuse.

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