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Signifiant « eau à boire ». On sait la place importante

l'argot DES MALFAITEURS 135

en y joignant le mot frio : le froid est particulièrement sensible en Gastille, et les Espagnols sont spécialement frileux. De telles déductions sont séduisantes : mais il serait dangereux de généraliser trop vite.

La création de mots nouveaux à l'aide des ressources de la langue s'opère principalement, comme dans tout idiome, par composition et dérivation. La composition par juxtaposition prédomine dans les argots germaniques comme dans les langues sur lesquelles ils sont greffés, tandis que les argots romans, surtout ceux de France et d'Italie, ont encore développé les facilités de dérivation accusées par les langues néo-latines.

Chaque argot se sert d'abord des préfixes et suffixes en usage dans la langue générale : de ramo (branche) le fourbesque (d'Italie) a tiré ramengo, comme l'argot français a créé aidance avec aide, trimoire (jambe) avec trimer, etc. Souvent (comme dans ramengo, aidance) le sens du substantif dérivé est identique à celui du primitif : n'en estil pas de même pour de nombreux mots des langues classiques, tels l'italien sorella, le français

que tiennent les marchands d'eau en Espagne, ainsi que les ânes et les mendiants.

nuage par rapport aux prototypes latins soror, nubes?

Mais souvent l'argot arrive à se créer ses préfixes et surtout ses suffixes propres, par voie de généralisation analogique. Il peut les prendre dans des langues étrangères, lorsqu'un certain nombre d'emprunts présentent la même initiale ou la même finale1 : ainsi des nombreux immigrés méridionaux, qu'il possédait, commençant par es- (esbroufer, escarper, escoffier, etc.), l'argot français a dégagé le préfixe verbal es- avec lequel il a créé esbalancer, esbloquer (de bloc), esballonner (de ballon). Le préfixe n'a d'ailleurs plus le même sens que son équivalent provençal ou italien (qui venant du latin ex-, exprime l'idée de « sortir ») : il correspond au contraire à peu près à en-, puisque esballonner veut dire « mettre en prison » c'està-dire emballer), esbalancer « jeter à terre ».

Le procédé favori de l'argot consiste à renforcer des suffixes déjà existants. Là encore, il n'en va pas autrement que dans la langue généralo. Du suffixe -ie le français a fait -erie, parce que ce suffixe s'ajoutait à de nombreux mots dont le ra-

1. Dans les exemples suivants, cette initiale ou cette finale constituait déjà un préfixe ou un suffixe dans la langue étrangère. Mais il peut en être autrement, — de même que jadis le français a tiré ses suffixes aud et ard des finales germaniques wald (forêt) et hard (dur) qui formaient la seconde partie de nombreux noms propres.

dical se terminait en er~ (comme boulanger -ie, boucher-ie) : ce thème er a été rattaché au suffixe,

— par «< fausse perception », suivant l'heureuse expression de M. Bréal — et on a fait sur ce modèle gendarm-erie, tandis que le peuple, continuant l'évolution, ajoute mair-erie, pharmàc-erie, etc.

— De môme l'argot moderne a créé les suffixes -go, -pin, etc., sur le modèle de nombreux mots, terminés par ce groupe de sons — que l'o soit transcrit par o, ot, aud (mendigo(t), gigot, saligaud, etc. ; clampin, galopin, calepin, etc.). Le suffixe -oche, issu de l'italien, et qui a aussi quelque peu pénétré en français, est, par le même procédé, renforcé en boche (d'après caboche, etc.). Le même phénomène se retrouve en ancien fourbesque, où -aldo, renforcé en -baldo, puis en -inbaldo, donne des dérivés comme padr-inbaldo, père, — et dans l'argot des chaudronniers de Val-Soana, où des verbes comme « porter » sont allongés en porlothier1.

Ces suffixes ne s'ajoutent pas seulement à des radicaux de mots simples : ils se substituent souvent à d'autres suffixes ou à des finales rares. Naturellement la coupe ne s'opère point par des procédés grammaticaux et logiques, et le radical est souvent amputé. Par exemple dans l'argot mo-

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