Ainsi les pluriels poétiques tecta (toits) = maison, etc
2. Il est curieux qu'à côté du sens emphatique, « nous » ait pris parallèlement en français une nuance de modestie toute différente, quand il est employé par un écrivain parlant de lui-même : il est probable qu'au début, là aussi, il devait y avoir une emphase.
3. Le roumain est la seule langue romane qui ait ignoré cet usage.
à éliminer complètement de la langue « tu » (thon), qui est uniquement archaïque et poétique.
En français, la lutte entre vous et tu est plus intéressante, car chaque pronom a eu tour à tour ses heures de revers et de succès.
Au moyen âge l'emploi du vous est déjà très répandu dans la haute société : c'est une marque de bonne éducation de dire vous en s'adressant à Dieu et aux saints *, aux dames, aux hauts personnages, voire même à ses compagnons d'armes. Mais souvent l'usage courant et vulgaire reprend le dessus, et il arrive maintes fois que telle phrase commencée au pluriel finisse au singulier, ou que les interlocuteurs reviennent brusquement au tutoiement. Voyez, dans la Chanson de Roland, le célèbre dialogue entre Olivier et Roland :
— Compaing Rodlanz, car sonez l'olifant.
— Tais, Olivier.
riposte Roland. Voici, dans Villehardouin, un modeste envoyé qui parle à un prince :
« Sire, veez ci une ost [armée] en Venice...; car leur crie merci, qu'ils aient de toi pitié2. »
1. Au contraire Villon fait tutoyer la Vierge par sa mère, dans la célèbre ballade, parce qu'elle parle comme une femme du peuple :
Femme je suy, povrette et ancienne ... La joie avoir fays moy, bonne déesse.
2. Extraits des chroniqueurs français, éd. G. Paris et Jeanroy, p. 37.
Saint Louis tutoie son fils dans Joinville. On tutoie aussi les choses personnifiées, en poésie : ainsi dans la Chanson de Roland en parlant à la France'. "*! *«-•* 4*^** -M '££&
Tant que la distinction des cas fut conservée en ancien français, l'adjectif se rapportant à vous se mit au pluriel, bien qu'il ne s'agît que d'une seule personne. Joinville écrit encore : « Je vous vueil demander comment vous fustes si hardi 2 » (Hardi est un cas-sujet pluriel). Au contraire, à partir du quatorzième siècle, l'adjectif reste au singulier, comme de nos jours : l'expression commence à s'émanciper et à prendre conscience d'ellemême. Par exemple Froissart écrit: « Pierre, je vous ay mandé et vous estes venu3 ».
Au dix-septième siècle, vous triomphe partout dans le langage de la cour. Les égaux même se disent « vous ». On ne tutoie pas ses enfants : Mme de Sévigné écrit toujours « vous » à sa fille. Les Précieuses de Molière disent même « vous » à leur servante : mais c'est là un raffinement qui ne