‹ La défense de la langue francaiseChapitre 50 sur 98 · Extraits des chroniqueurs français, p · texte numérisé non relu

Extraits des chroniqueurs français, p

s'est pas généralisé, et, même dans la noblesse, on tutoie encore beaucoup les domestiques.

Les usages de la bourgeoisie, qui cherche à prendre le ton de la cour, sont néanmoins un peu différents, comme on peut s'en rendre compte dans les comédies, surtout en prose, de Molière, — fidèles tableaux de mœurs. Les enfants sont toujours tutoyés par leurs parents, et les valets par leurs maîtres : Gorgibus tutoie [ses nièces ; Harpagon, Orgon, Thomas Diafoirus, leurs fils ou filles. Mais entre époux, entre frères et sœurs, on se dit « vous » : voyez M. et Mme Jourdain, Orgon et son frère, etc. Les domestiques disent « vous » à leurs maîtres, sans leur parler à la troisième personne1.

La langue de la tragédie a suivi l'évolution des usages du siècle. A cet égard, la comparaison entre Corneille et Racine est fort intéressante : on se tutoie beaucoup plus dans les pièces du premier (surtout avant 1640) que dans celles du second : la politesse, en effet, était moins raffinée sous Richelieu qu'à la cour du Grand Roi.

Le tutoiement est très en faveur dans Le Cid. Don Diègue tutoie son fils. Les jeunes gens sont d'ailleurs tutoyés par les personnes plus âgées ou

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