‹ La défense de la langue francaiseChapitre 55 sur 98 · Je renvoie sur ce point à ma Vie du langage, pp · texte numérisé non relu

Je renvoie sur ce point à ma Vie du langage, pp

classique, protestèrent contre ces excès et s'efforcèrent, non sans succès, de sauver des mots frappés d'ostracisme. Ne voulait-on pas proscrire besogne, pour le punir de certain sens fâcheux qui s'y était attaché, face parce qu'on disait « face de Grand Turc » et poitrine à cause de « poitrine de veau » ? Ainsi se créa ce style noble, qui fut en usage pendant toute l'époque classique — dans les écrits comme dans la bonne conversation1 — et que les romantiques ont si vigoureusement bousculé : il s'était cristallisé, en effet, dans des conventions artificielles et surannées.

Il y a aussi la politesse propre à certains milieux. L'argot des malfaiteurs a des délicatesses spéciales : il n'appelle jamais la prison ou la potence (aujourd'hui : la guillotine) par leur nom2, — en appliquant inconsciemment la vieille maxime suivant laquelle il ne faut point parler de corde dans la maison d'un pendu. Au contraire ces termes n'ont rien de choquant pour les honnêtes gens, qui n'éprouvent pas le besoin de leur donner des substituts.

Le respect des morts est une des caractéristiques de notre race : faut-il s'étonner s'il trouve son expression dans la langue ? Le cadavre est

1. Voir à ce sujet, VHisioire de la langue française de M. F. Brunot, t. III, 1" partie.

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