‹ La défense de la langue francaiseChapitre 56 sur 98 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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remplacé par le corps ; les morts deviennent les trépassés, les défunts, — ceux qui ont passé au delà, ceux qui ont accompli (leur vie) : délicates expressions, qu'on ne retrouve pas toujours, à beaucoup près, chez les autres peuples. Le paysan de nos campagnes du nord ne dit pas « il est mort », mais « il est passé », — synonyme exact aujourd'hui, mais non à l'origine. Et les épithètes dont on accompagne le nom des défunts — « feu mon père » dans le nord, « mon pauvre père » dans le midi — ne constituent-elles pas aussi une formule de déférence, suprême et touchante politesse envers ceux qui ne sont plus ?

Notre époque de gens pressés, imprégnée d'esprit démocratique et égalitaire, recherche une politesse sobre et faite de nuances plutôt que de formules rigides et protocolaires. Aussi les formules de salutation, jadis si complexes, tendent-elles à s'abréger partout. Voici quelques années qu'une réforme, sur ce point, a été faite en France dans la correspondance administrative, d'où toute salutation finale a été généralement supprimée. La salutation anglaise est réduite à la plus simple expression. En Italie, pays de la politesse raffinée, les longues formules, encore en usage au Vatican, ont disparu depuis que le système d'administration piémontaise s'est étendu à la péninsule : la signature n'est plus précédée que d'un seul mot,

devotissimo ou ossequiosissimo * (encore généralement en abrégé) ; de même hochachtungsvoll 2 dans l'Allemagne jadis si cérémonieuse. Le style s'est mis naturellement à l'unisson. *<j

On voit — et on pourrait facilement multiplier les exemples — tout ce qui peut se rattacher à l'expression de la politesse dans le langage. C'est un point de vue assez rarement mis en lumière, mais qui ne devrait pas être négligé dans l'enseignement. Il est bon d'apprendre aux élèves — qui .tendent trop à l'oublier ou à l'ignorer aujourd'hui — la valeur des atténuations, des périphrases, des formules , dont il ne faut point abuser — car nous haïssons l'obséquiosité, — mais qu'il faut savoir employer à propos, suivant l'âge et la situation de l'interlocuteur, afin de ne pas laisser perdre à la langue française ses traditions de politesse.

1, «Très dévoué •>,« très respectueux ». ^~

2. « Plein de haute estime ». Diverses administrations autrichiennes ont supprimé, comme en France, toute formule de salutation.

A Dauzat. — Défense de la langue française. 13

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