‹ La défense de la langue francaiseChapitre 58 sur 98 · L'exemple typique cité par les partisans de YUnwtnal · texte numérisé non relu

L'exemple typique cité par les partisans de YUnwtnal

d'être plus compréhensible à première vue et plus homogène. Deux principes opposés, deux points de vue différents : quel est le meilleur ?

Et ce n'est pas tout. On s'était trop hâté de dresser l'acte de décès du volapùk. Ce mort récalcitrant vit encore : on apprend qu'il est toujours en usage dans certains milieux d'Autriche, d'Allemagne, de Russie. D'autres anciens disciples de Mgr Schleyer ont refusé aussi de s'incliner devant l'espéranto — comme devant son dérivé l'ido — auquel ils ne pardonnent pas d'avoir mis à mal le volapùk: ils ont perfectionné celui-ci en créant Vidiom neutral, dont VAkademi internasional de lingu universal poursuit activement la propagation en pays germanique et slave, non sans succès, tandis que Y Academia pro interlingua, dont le foyer est en Italie, défend le Latino sine flexione du professeur Peano, éminent mathématicien turinois.

La Délégation n'a donc rien unifié { , Au lieu de la langue universelle rêvée, c'est une nouvelle Babel. Dans la seule période qui s'étend de 1880

est celui de homaro, mot évidemment malheureux, qui en espéranto et en ido signifie « humanité », et non « homard » comme on devrait s'y attendre, si ces langues obéissaient réellement au principe du maximum de compréhension.

1. Seul ou presque, M. Bollack, l'auteur de la Langue bleue, s'est incliné devant la décision de la Délégation, et a consenti le sacrifice de son projet, d'ailleurs ingénieux et intéressant.

à 1907, cinquante-trois idiomes artificiels ont été créés * : et ceux qui n'ont pas eu de succès n a sont pas les plus mauvais. Ils menacent d'être bientôt aussi nombreux que les langues nationales. Les systèmes vont-ils se succéder indéfiniment et

1. En voici la liste — à titre de curiosité, d'après lexcellente Histoire de la langue universelle de MM. Couturat et Leau :

Systèmes a priori : Langue naturelle (Maldant, 1887), Spokil (Docteur Nicolas, 1900), Zahlensprache (Hilbe, 1901), Vôlkeruerkehrsprache (Dietrich, 1902), Perio (Talundberg, 19(4). — Systèmes mixtes : Volapiik (Schleyer, 1880), Blaia Zimondal (Meriggi, 1884), Nal Bino (Verheggen, 1886), Langue universelle (Menet, 1886), Bopal (S. de Max, 1887), Spelin (Bauer, 1888), DU (Fieweger, 1893), Balta (Dormoy, 1893), Orba ((iuardiola, 1893), Weltparl (W. von Arnim, 1896), Dilpok Marchand, 1898), Langue bleue (Bollack, 1899), Tal (Hœs^rich, 1903), Esquisse d'une grammaire (V. Hély, 1905), Pankel (M. Wald, 1906). — Systèmes a posteriori : Weltsprache (Volk et Fuchs, 1883), Langue internationale néo-latine (Courtonne, 1885), Pasilingua (Steiner, 1885), Weltsprache (Eichhorn, 1887), Espéranto (Zamenhof, 1887), Lingua franca nuova (Bernhard, 1888), Kosmos (Lauda, 1888), Lingua (Henderson, 1888), Anglo-Franca (Hoinix, 1889;, Myrana (Stempfl, 1889), Communia (Stempfl, 1894), Nov Latin (Docteur Rosa, 1890), Mundolingue (Julius Lott, 1890), Langue catholique (Liptay, 1890), Antivolapùk (Mill, 1893), Universala (Heintzt 1er, 1893), Mundolinco (Braakman, 1894), Novilatiin (Beermnnn, 1895), Nuove Roman (Puchner, 1897), Lingua Komun (Kûrschner, 1900), Latinesce (Henderson, 1901), Idiom neuiral (Rosenberger, 1902), Tutonish (Molee, 1902), Universal (Molenaar, 1903), Latino sine flexione (Peano, 1903), Mundelingva (Hummler, 1901), Lingua internaciona! (Zakrzewski, 1905), Mondlingvo (Trischen, 1906), Ekselsioro et Ulla (Greenwood, 1906), Parla (C. Spitzer, 1907), Novilatin (E. Beermann, 1907), Ido (de Beaufront et Couturat, 1907).

s'écrouler les uns sur les autres, démolis par des coalitions d'inventeurs rivaux ou évincés ? Après le volapiik, Yespéranto ; après Vespéranlo, Yido, après Vido, Yuniversal?... Nombreux sont ceux qui se demandent avec une certaine tristesse si le projet si beau de la langue universelle est condamné à être une toile de Pénélope, tissée et défaite tour à tour indéfiniment.

Avant de chercher les causes de la crise que traversent en ce moment les langues artificielles, il n'est pas sans intérêt de dégager la psychologie de l'œuvre, de ses propagandistes et de ses adeptes. Il s'est créé, en effet, dans certains milieux, un état d'âme particulier, que M. Maurice Talmeyr l a très justement appelé Vespérantisme, car c'est chez les partisans de l'espéranto qu'il est le plus répandu et qu'il atteint sa plus complète expression.

A côté d'une petite élite d'esprits distingués, curieux de nouveautés et intéressés par une expérience inédite, la grande majorité des adeptes a l'enthousiasme, la foi simple et naïve, mais aussi l'intolérance qu'on observe chez les zélateurs de toutes les religions socialisantes et humanitaires

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