Par exemple akcenlo, scienco, eksciiar
fait éprouver des mécomptes aux espérantistes. Si ceux-ci se comprennent à merveille lorsqu'ils correspondent par écrit, il y a plus de difficultés quand des adeptes de nationalités différentes conversent entre eux, chacun gardant sa prononciation particulière. Les promoteurs des idiomes artificiels ne prétendaient-ils pas justement effacer et annihiler ces différences ?
L'inconvénient est encore peu sensible dans les congrès internationaux annuels, car — on Ta fort justement remarqué — à part les adeptes du pays, qui ont naturellement une prononciation identique, ce sont toujours à peu près les mêmes personnes qui suivent ces congrès : élite intellectuelle qui a fait des efforts pour établir une prononciation moyenne. Mais ne serait-ce pas une tour de Babel le jour où l'espéranto aurait décuplé, centuplé le nombre de ses adhérents ?
Enfin l'espéranto a été atteint par une crise morale. Beaucoup se sont insurgés contre l'autorité, qu'ils jugeaient tyrannique, du docteur Zamenhof, et qu'ils ont appelée une « papauté linguistique » ; ils trouvaient aussi que ses disciples fervents lui prodiguaient des éloges excessifs, et qu'il était exagéré de mettre au rang des grands bienfaiteurs de l'humanité l'inventeur d'une langue internationale qui n'était ni la seule, ni la première, ni peutêtre même la meilleure. En revanche il n'est pas
moins certain que la présence du docteur Zamenhof a empêché de nombreuses dissensions qui, à sa mort, ne sauraient manquer d'éclater.
En outre l'espéranto, qui a rencontré de si précieuses sympathies dans le monde commercial et médical, a souffert du manque d'approbation du monde savant : n'a-t-il pas prétendu se passer des linguistes et faire fi de leur expérience ? Il a aussi mécontenté inutilement les lettrés : beaucoup ont crié — non sans quelque raison — à la profanation, en voyant transposer dans les formes lourdes, rigides, aux finales monotones de l'espéranto, les chefs-d'œuvre littéraires les plus délicats. Que peuvent devenir la musique de Pétrarque ou de Racine, la finesse de Musset, dans des phrases du genre de: « chu shi ghoyas », « chu shi chiam rughighas pro chio » * ? Est-ce bien là le rôle d'une langue auxiliaire artificielle ?N'est-ce pas plutôt une fausse manœuvre de la part de ses auteurs qui, à l'instar des parents fiers de leur enfant, s'efforcent de la faire briller dans le monde, même à contre-sens ? Faut-il ajouter que l'espéranto a eu plus d'une fois, dans les journaux, des défenseurs maladroits et bien peu qualifiés ?
Les prodromes de la crise dataient de loin.
1. Prononcez : tchou chi djoyass, tchou chi tchiamm roudjidjass pro Ichlo.
Dès 1894, le docteur Zamenhof parlait de jeter un « lest inutile » ; mais par la suite il se montra plus intransigeant. En 1904, un organe espérantiste canadien, la Lumo, dut cesser de paraître; deux ans plus tard, l'abbé Peltier éprouvait les mêmes difficultés pour YEspero katolika. Au début de 1910, la grande édition du dictionnaire français-espéranto dut être suspendue. Le congrès international de 1911 marqua un recul sensible sur les précédents, et provoqua de tels mécontentements que l'organisateur du premier congrès espérantiste démissionna avec tout son groupe i. Les fêtes du Jubilé, organisées en 1912 à Cracovie, patrie du docteur Zamenhof, pour célébrer le 25e anniversaire de l'espéranto, n'auront été qu'une manifestation sans influence profonde.
Le fait capital fut, en 1907, l'apparition àeYido — véritable schisme qui a provoqué entre orthodoxes et réformistes une lutte à outrance.
C'est du monde savant, trop longtemps négligé par l'espéranto, qu'est sorti le mouvement d'opposition. J'ai dit qu'à la suite de l'Exposition Universelle de 1900 s'était constituée une « Délé-