Comme elmeti et ekspozicio (exposition
veut-il dire « pierreux » ou « de pierre » (un sol pierreux, une maison de pierre) ? L'un ou l'autre suivant le cas *, tandis que les langues naturelles (cf. allemand s teinig et steinern, etc.) distinguent soigneusement les deux sens. Un des plus pénétrants logiciens de notre époque, M. Couturat, a concentré tous ses efforts sur la question et a tâché d'éviter pour l'ido semblable écueil : et cependant, dans la pratique, lui-même a dû souvent incliner la logique devant des nécessités d'un même ordre2. C'est chimère de vouloir, comme l'ont fait les anciens grammairiens, étiqueter les divers suffixes et assigner à chacun un rôle déterminé dans les rapports d'idées : mais est-il plus facile de créer une langue où ce principe soit rigoureusement observé ? Il est permis d'en douter.
Il est plus facile d'obtenir la simplicité des flexions : mais est-ce vraiment un si grand avantage ? La facilité gagnée à l'apprentissage ne serat-elle pas compensée par les difficultés éprouvées à l'usage ? Est-il bien sûr, comme l'affirme un peu hâtivement M. Couturat, qu'il n'y ait rien « de
1. La langue internationale et la science, p. 46 (Article de M. Richard Lorenz).
2. « Soit les trois mots de sens voisins : rango, klaso, ordino. Le verbe dérivé dans le dictionnaire d'ido est : rangizar, klassifar, ordinar, — trois dérivations différentes ». (Aymonier, op. cit., p. 9).
plus artificiel et de plus arbitraire, par exemple, que la distinction du genre, ou que la répartition des noms entre les déclinaisons et des verbes entre les conjugaisons ? » Si vous supprimez certaines flexions qui semblent illogiques, mais qui ont peutêtre leurs raisons d'être secrètes, êtes-vous certains de ne pas introduire une cause de gêne dans le langage ? Aucune langue d'Europe n'a éprouvé le besoin de distinguer le nom de l'adjectif par une désinence spéciale : pourquoi affubler les premiers d'un o, les second d'un a final ? Création do logicien, — inutilité complète pour le langage, qui n'a nul besoin de distinguer à l'œil et à l'oreille l'a djectif du substantif, pour l'excellente raison qu'il les change souvent de catégorie.
La vérité — tous les linguistes sont aujourd'hui d'accord pour la proclamer — c'est que la logique n'a rien à voir avec le langage f, qui obéit aux lois de l'association des idées, qui se transforme sans cesse en vertu de causes analogiques et physiologiques, qui s'explique historiquement et non rationnellement. Vouloir fonder des idiomes sur la logique, c'est méconnaître les lois essentielles et fondamentales du langage humain.
Parlons maintenant des traductions littéraires.
1. Cf. F. Brunot, L enseignement de la langue française, chap. V; A. Dauzat, La philosophie du langage, pp. 53 et suivantes.
Beaucoup de bons esprits, même parmi les adeptes des langues artificielles, estiment que les espéran-
tistes ont fait fausse route en traduisant les chefs.;
d'œuvre des diverses littératures. Sans doute, en agissant ainsi, ont-ils voulu donner à leur langue une nouvelle utilité : mais combien est-il dangereux pour la L. I., qui a tant de problèmes à résoudre, de vouloir embrasser trop de questions à la fois ! La pauvreté du vocabulaire et de la syntaxe d'une langue artificielle lui interdit de transposer les finesses et les nuances qui, dans une autre langue littéraire, rencontrent presque toujours, sinon leur identique, du moins leur équivalent1.
Et l'aspect phonique, si monotone, de ces langues, avec leurs finales nominales et verbales toutes semblables par catégories avec un parallélisme obsédant, la rencontre des sons les plus rebelles à l'harmonie 2 (mais imposée par la