‹ La défense de la langue francaiseChapitre 74 sur 98 · Rapport précité, p · texte numérisé non relu

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Si Ton ne se plaçait que sur le terrain de la science pure, il n'y aurait aucune raison de combattre les langues artificielles, qui, par leurs évolutions et leurs rivalités, constitueraient certainement un phénomène intéressant : à ce point de vue, certains peuvent donc souhaiter que l'expérience se fasse. Malheureusement il y a d'autres considérations — d'ordre pratique — d'une extrême gravité, qui ne peuvent nous laisser indifférents.

Les partisans des langues artificielles déclarent volontiers, comme M. de Beaufront, que l'idiome de leur choix, « loin d'être l'ennemi des Lingues nationales est, au contraire, leur plus grand ami ». Paradoxe qui ne résiste pas à l'examen. Sans doute les idistes et les espérantistes ne songent pas, comme leurs devanciers — pour le moment du moins — à supplanter les langues nationales, bien que ce soit encore l'arrière-pensée de beaucoup d'entre eux (Zamenhof n'a-t-il pas écrit : « Une seule langue pour tous les hommrs » ?) Comme langue seconde, il est bien évident que l'ido oul'espéranto ne sauraitporter ombrage auxidiomes qui ne sont point parlés hors de leurs patries linguistiques : il ne menace pas le finlandais, le tchèque ou le bulgare, c'est entendu. Mais toutes les langues qui possèdent une vaste clientèle commen-

cent à sentir que, sous ce rapport, elles sont solidaires, et qu'elles seraient toutes atteintes par le succès d'un idiome neutre. Et dans chaque pays, la grande foule des indifférents a déjà vaguement conscience qu'il y a un danger, là où elle n'avait vu qu'un jeu.

Que les langues artificielles menacent les langues naturelles d'une expropriation au moins partielle, ce devrait être là un truisme, puisque le but des premières, leur unique raison d'être, est précisément de se substituer aux secondes dans les rapports internationaux. Mais, loin de reconnaître cette vérité, les partisans de la langue neutre la contestent. Il est pourtant facile d'établir avec M. Paul Chappellier *, que le résultat du triomphe d'un idiome artificiel serait « la suppression de toutes les langues nationales en dehors de leurs frontières pour les remplacer ». Chacune d'elles, suivant l'expression pittoresque du même auteur, « devrait rentrer au dedans de ses frontières comme le limaçon dans sa coquille 2 » : qui donc les apprendrait encore à l'étranger, puisque leur heureuse rivale offrirait même au public les traductions des chefs-d'œuvre de tous pays ? Ceux qui voudraient lire Corneille, Gœthe ou Shakespeare dans le

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