CHAPITRE IV
Un consortium linguistique.
Les systèmes en présence.
Est-il absolument nécessaire de choisir un seul idiome pour résoudre la question de la langue internationale ? Ne pourrait-on pratiquer une entente entre les langues les plus répandues? Si une telle solution n'est pas conforme à l'unité désirée, on conçoit cependant qu'elle simplifierait singulièrement le problème.
Trois langues, et trois langues seules peuvent prétendre à jouer le rôle de langue auxiliaire. Le russe est trop difficile, et nos alliés, en reconnaissant eux-mêmes qu'il n'a aucune expansion hors de ses frontières, considèrent depuis longtemps le français comme leur langue seconde. L'espagnol perd peu à peu son homogénéité et tend à se scinder en autant de dialectes que de nations ;
son hégémonie dans l'Amérique du Sud, qu'il par tageait d'ailleurs avec le portugais, est de plus en plus minée par l'italien, le français, voire l'anglais et l'allemand. L'italien enfin est parlé dans une région trop restreinte.
Il reste donc seulement en présence le français, l'anglais et l'allemand. L'usage concurrent de ces trois langues est déjà admis dans de nombreux congrès internationaux; et en même temps leur connaissance se répand de plus en plus parmi l'élite intellectuelle des divers pays.
Une triple alliance linguistique franco- angloallemande a été proposée, notamment en Allemagne par le recteur H. Diels *, et en Amérique par divers professeurs2. On a fait remarquer à juste titre que, sous la bannière du français, se rangeaient les peuples latins, slaves et turcs — dont l'élite lit et parle couramment notre langue — et que l'Extrême-Orient comprend l'anglais ou le français. Toutes les nations civilisées seraient ainsi englobées dans cette combinaison.
Les partisans des langues artificielles objectent que cette solution n'est pas satisfaisante. Trois langues internationales, c'est beaucoup.