‹ La défense de la langue francaiseChapitre 86 sur 98 · Diels, Preussische Jahrbiïcher, septembre · texte numérisé non relu

Diels, Preussische Jahrbiïcher, septembre

2. Il faut lire aussi les réponses faites à cette proposition par jes auteurs de l'/do, MM. Couturat et de Beaufront {Une triplice linguistique, Espérantisie de mai li'07).

Sans doute les membres du groupe franco-angloallemand — c'est-à-dire 270 millions d'hommes1 — n'auraient à apprendre que deux idiomes en dehors de leur langue maternelle. Mais n'estce point encore trop ? Et imposer l'obligation de trois langues étrangères aux latins non français, aux Slaves et aux Orientaux, c'est un peu excessif.

La triplice linguistique serait un modus vivendi provisoire, une amélioration très réelle du « babélisme » actuel, un acheminement vers un état de choses plus parfait : ce n'est pas une solution définitive.

On a dit alors : réduisons d'une unité le nombre des facteurs. Éliminons l'une des trois langues en présence et faisons l'entente à deux.

A examiner la question objectivement, en toute impartialité, et en dehors de toute préoccupation nationale, c'est l'allemand — force est bien de le reconnaître — qui a le moins de chance de jouer le rôle de langue auxiliaire, et qui est appelé à être sacrifié. Je dis ceci sans parti pris, ayant beaucoup d'estime pour la nation allemande, et la plus grande sympathie pour une

I. Chiffre qui serait presque doublé si on faisait entrer en ligne de compte la population coloniale indigène des trois nations, cliente éventuelle de leurs langues respectives.

langue riche, pittoresque, expressive, et douée — j'en conviens sans peine — de qualités que le français ne possède pas. Je confesse volontiers avec M. Molenaar que l'allemand « peut reproduire toutes les pensées et toutes les formes poétiques de tous les peuples beaucoup mieux que le français ou l'anglais... Homère, par exemple, ne peut pas être traduit en français ou en anglais dans les rythmes de l'original, mais très bien en allemand. »

Mais on est bien obligé de reconnaître que la langue allemande, très difficile à apprendre, a une force d'expansion très faible, qu'elle n'est pas parlée en dehors des pays allemands — Suisse, Allemagne, Autriche, — et de ses frontières, et que l'étendue très restreinte des colonies allemandes ne lui assure aucun avenir hors d'Europe. D'ailleurs — fait remarquable — l'Allemand qui émigré s'assimile vite, et adopte au bout de peu de temps la langue et les usages du pays où il vit.

L'Anglais et le Français, au contraire, sont également réfractaires à l'assimilation, et apprennent très difficilement les langues étrangères. La langue anglaise est parlée par un nombre d'individus bien supérieur, mais elle est, somme toute, peu répandue en dehors des Etats-Unis et des possessions anglaises (Japon à part) ; elle n'a pas — c'est un

Anglais qui parle i — « les qualités contagieuses du français » .

L'idée d'une alliance linguistique entre le français et l'anglais a été entrevue dès 1892 par M. Richet2, et par l'écrivain anglais Wells dans ses Anticipations. Mais elle a été surtout formulée très nettement par M. Paul Chappellier qui, en 1900, a soumis un projet dans ce sens au Congrès international pour l'enseignement des langues vivantes. L'auteur le résumait ainsi3 :

« En vertu d'une convention entre la France, l'Angleterre et les États-Unis du Nord de l'Amérique, l'anglais sera obligatoirement enseigné en France, et le français en Angleterre et aux États- Unis, dans tous les établissements publics d'instruction (même dans les écoles primaires, mais dans des conditions spéciales et très restreintes).

« Si mon projet se réalisait, voici quel en serait le résultat immédiat : les deux langues française et anglaise deviendraient l'idiome commun des Français, des Anglais et des Américains du Nord,

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