CHAPITRE PREMIER
RECONNAISSANCES QUI PRÉCÈDENT l'iNVESTISSEMENT DE PARIS.
Evadé de Pont-à-Mousson le 11 septembre 1870, le is septembre. général Ducrot arrive à Paris le 15; il se rend immédia- générai xrochu
^ ' fait au
tement chez le Gouverneur, qui lui fait l'exposé suivant : ^^^j^g^pos^"'
de '
« L'ennemi arrive à marches forcées; malgré tous « nos efforts nous ne sommes pas en mesure de le rece- « voir. La place est mal armée , elle manque d'appro- « visionnements , de poudre, de munitions, de projec- « tiles.
« Du côté de Vincennes, de Saint-Denis, sur toute la « zone comprise entre Saint-Denis et le Mont-Valérien,
de la situation de Paris
2 DKKENSE 1)K PARIS.
<( nous sommes faibles. . .' Nous avons beaucoup d'hom- « mes, mais peu de soldats (1).
« Comme troupes régulières il n'y a que le 13* corps; « encore n'a-t-il que deux rei^iments d'ancienne forte mation , le 35* et le 42* qui viennent de Rome ; le K 14* corps (2), commandé par le général Renault , ne se « compose que de fractions de dépôts sans consistance, « sans homogénéité , partant sans beaucoup de disci- ;( pline et de solidité.
« Cela constitue une soixantaine de mille hommes de « troupes régulières, si toutefois 3 on peut les appeler « ainsi ; le 35* et le 42* seuls méritent ce titre.
« Quant aux mobiles nous en avons beaucoup , mais « c'est tout au plus s'ils sont habillés, équipés, armés; « leur instruction militaire est nulle ; les officiers n'en « savent guère plus que les hommes.
« Nous avons une nombreuse garde nationale
« trop nombreuse peut-être; beaucoup cependant , parmi « ces ouvriers , ces bourgeois , sont pleins de patriotisme « et d'ardeur ; mais les bons , comme les mauvais , sont « ignorants autant qu'il est possible du métier des ar- <c mes; par suite de considérations politiques, hors de « propos d'énumérer, cette garde nationale peut devenir « un embarras. Si l'ennemi , profitant de son immense « supériorité morale et matérielle, tente une attaque de « vive force, il a donc, je le crains, toutes chances de « réussir.
« Quelques ouvrages extérieurs ont bien été entrepris « aux environs de la ville , principalement dans la pres- « qu'ile de Gennevillicrs, sur les hauteurs de Montretout, « Mcudon, Chàtillon; mais, depuis le 4 septembre, j'ai
(1) Voir nux piicus jiistillcnlives, n" 1.
(2) Voir aux pièces jiislidcativos, n"* II et HI,
s* Déni s
Positions du 15 ''r Corps ( Oénéi-al Vinoy )
du II au 13 Septembre ( J henfus du soif/
Fosiiion.^- du J'f"'"'^ Corps ( Général Renault )
du 13 uu 15 Septembre'
(; eu tant à faire au point de vue politique et militaire , « que je n'ai pu m'occuper de ces travaux.
« La plupart de ces ouvrages ont été négligés , quel- ( ques-uns même abandonnés.
« En somme , tout cela est peu avancé , et si , comme .' je le redoute , l'ennemi arrive d'ici deux ou trois jours, ■■^ on ne pourra en tirer grand parti.
« Après avoir mûrement réfléchi, j'ai donc renoncé <i à l'idée de conserver les ouvrages extérieurs; je me « bornerai à défendre le corps de place et les forts.
« C'est, je crois, vu le temps et les moyens dont nous <c disposons, tout ce que nous pouvons faire. »
Tel fut à peu près l'exposé du général Trochu.
Le général Ducrot objecta que l'abandon des hauteurs Le gr^nt'Tai de Montretout , Meudon , Châtillon , dominant les forts veut conserver
, , . , , les hauieurs
de la rive gauche et même le corps de place, pouvait de chàtiiion et
^ 1 I ' r de Munlreiout.
avoir les conséquences les plus fâcheuses; selon lui, il fallait, à tout prix, trouver un moyen de se maintenir sur ces positions très-favorables , par leur nature même , à une action défensive. « Que l'ennemi, dit-il, nous c( laisse un moment de répit, nous travaillerons avec « tant d'ardeur que nous arriverons à nous y établir « solidement. »
« Eh bien, soit! répondit le général Trochu, je veux '; bien essayer. Ce qui me paraissait impossible hier, est « peut-être possible aujourd'hui; dès demain nous irons « examiner ces hauteurs et nous prendrons un parti. »
Ce même jour, 15 septembre, le Gouverneur rece- Nouvelles vait du chef de gare de Joinville une dépêche datée de prussiens
„ , f-rv • • 1 • ^®'"* Joinville
9 heures 50 mmutes du matm , lui annonçant que 1 ennemi se dirigeait en force sur ce point.
Immédiatement il donna l'ordre au commandant du 13* corps de se porter entre Vincennes et l'enceinte, en appuyant sa droite à Charenton.
i DEFENSE DE l'AlUS.
Positions Depuis le 11 septembre, le 13" corps occupait tout
du 13" corps '^ . 1 ,^ 1-1,
du 11 1 espace compris entre le pont de buvres et le villaee
iiu Ivi septembre. i i i o
de Saint-Ouen.
La division d'Exea , campée entre Asnières et Saint- Ouen , fournissait des travailleurs à la redoute inachevée de Genpevilliers ; la division de Maud'huy, établie entre Boulogne et Billancourt, fournissait également des ouvriers aux redoutes de Montretout, Brimborion, Chàtillon.
Suivant les instructions du Gouverneur, le 13* corps se mit en marche dans l'après-midi du 15.
La division d'Exea chargée particulièrement de la garde du pont de Gharenton, établit ses bivouacs depuis ce pont jusqu'aux tribunes des courses.
La division de Maud'huy s'étendit depuis les tribunes jusqu'à la Pyramide, au milieu du plateau de Vincennes.
La division Blanchard campa aux abords du fort de Vincennes jusqu'au lac des Minimes.
Le quartier général du 13* corps s'établit dans la grande rue de Saint-Mandé.
Position du Dcpuis le 13 septembre, la division de Gaussade (1" du
le 15 septembre. 1^^ corps) avait pris positioH en avant des forts du Sud, pendant que les deux autres divisions de ce corps achevaient de se former au Ghamp-de-Mars. En outre, le 7' bataillon de garde mobile de la Seine (commandant de Vernou-Bonneuil) était en avant-poste dans le village de Ghàtillon.
Pendant que le 13° corps occupe le plateau de Vincennes, tout le 14* corps sort de Paris pour garder l'intervalle entre le Bas-Meudon et Ivry.
La 1"* division (de Gaussade) appuie sa droite à la Seine près du Bas-Meudon, sa gauche un peu en avant du fort de Vanves ; la 2* division (d'Hugues) s'étend
depuis Vanves jusqu'à la Bièvre; la 3^ division (de Maussion) garde l'intervalle entre la Bièvre et la Seino en avant des forts de Bicétre et d'Ivry ; le régiment de gendarmes à cheval prend position entre ces deux forts; la brigade de Bernis, composée de deux régiments de marche, s'établit près du village de Vanves.
Le V bataillon de la Seine conserve sa position dans le village de Chàtillon.
Le 16 septembre, au matin, les généraux Trochu et Les généraux
Trochu etDucrot
Ducrot visitent toutes les positions depuis la redoute de reconnaissent
•^ '■ les positions
Montretout jusqu'à Bagneux, en passant par Meudon et Monuetout
Chàtillon. jusqu-àBa^neux.
La redoute de Montretout était loin d'être terminée.
Le général Ducrot la trouva mal placée, dominée par les hauteurs entre Garches et Buzenval ; toute la face gauche particulièrement était enfilée ; il en fit l'observation au colonel Guillemaut, chef du génie : « Oh ! gé- « néral, répondit cet officier supérieur, nous avons pensé ((. à cela, nous allons faire une traverse en maçonnerie, '( que nous couvrirons d'une grosse masse de terre, et «t la face sera complètement défilée.
— « Combien de temps, colonel, vous demandera un « pareil travail ?
— « Vingt jours, un mois au plus.
— « Mais , mon cher colonel , répondit un peu vive- « ment le général , songez donc qu'il faut compter par (c heures, et non par jours. Mettez-vous tout de suite à <(. l'œuvre, faites là une bonne traverse en terre avec ((. quelques troncs d'arbres, déblayez vos parapets, mettez « immédiatement quelques pièces en batterie; en un « mot, tenez- vous prêt demain à recevoir l'ennemi. »
Le colonel observa que s'il demandait tant de temps, c'est que les bras lui faisaient défaut; le peu d'ouvriers qu'il avait voulaient être payés fort cher et travailler
fort peu. — Quant au travail de nuit, ils s'y refusaient absolument.
A Meudnn, la situation paraissait pire encore ; le commandant du génie Lévy était désespéré ; abandonné par ses ouvriers depuis plusieurs jours, il n'avait plus qu'une compagnie de dépôt, forte de soixante hommes, mise à sa disposition pour garder le château et les ouvrages soidisant en construction; là encore on avait perdu un temps précieux en voulant faire de la fortification permanente, et rien n'était défendable.
A la redoute de la Gapsulerie on n'avait rien achevé.
A Châtillon l'ouvrage n'était pas fermé à la gorge, les réduits n'avançaient pas, les. parapets se trouvaient dans un tel état de bouleversement, qu'on ne pouvait y mettre une pièce en batterie. Gomme à Montretout , comme à Meudon, on avait tenu à faire de la maçonnerie : partout chaos, confusion, manque de direction, défaut d'exécution.
Le général Ducrot, après avoir pesé le pour et le contre, et de nouveau étudié rapidement l'ensemble des positions, déclara au Gouverneur que, malgré le mauvais état des choses, il lui semblait indispensable de se maintenir sur ces hauteurs, ou au moins de les disputer énergiquement à l'ennemi.
Le général Trochu se rangea à son avis, et, dès le n au matin, le 14® corps qui défendait alors tout le sud de Paris, depuis les Moulineaux jusqu'à Vitry, fut concentré sur les pentes du plateau de Ghàtillon.
Le 14e corps La l""* divisiou (de Gaussade) s'établit entre Glamartet
se concentre sur ,,, , .,, i ^ i- • ■ / dit \ > /-<i - -n
les |Kaie>; ( .tiatillon ; la -s" division (a liuLLues) a GhatiUon, en avant
de ChàtiUou. \ D / »
d'elle le 7* bataillon de la Seine ; la 3* division (de Maussion) à I^agneux; le quartier général du 14* corps à Ghàtillon; le goncral Ducrot, nommé, à la (]r\\o du '1(>,
commandant en chef des 13* et 14* corps (1), s'installa dans ce village, afin d'être à portée du 14' corps, dont l'organisation laissait le plus à désirer.
On employa le reste du jour à rendre ces positions défendables. Les villages de Fontenay-aux-Roses , de Clamart, les abords de la redoute de Ghàtillon furent rapidement fortifiés. On fit des épaulements pour l'artillerie , sur les hauteurs du télégraphe à gauche de la redoute, ainsi que sur les escarpements de droite face au bois de Meudon ; on organisa la défense de Bagneux, on plaça des batteries sur l'éperon qui s'avance en pointe vers le sud et dont les déclivités viennent aboutir aux premières maisons de Bourg-la-Reine.
Pendant ce temps le capitaine Faverot, officier d'or- Reconnaissance
; ; du ca[iitaine
donnance du général Ducrot, exécutait une reconnais- , Faverot
'- : / '. ( i 1q 17 septembre,
sance sur tout le terrain compris entre la route de Tou- , •?,»,' ^ ,
■t^ -, la v:ill(5u de la
louse et la route de Versailles par Villacoublay. Cet of- Bièvre. fîcier, ayant avec lui deux pelotons de guides, explora la vallée de la Bievre ; ses éclaireurs poussèrent jusqu'à Palaiseau et Saclay, parcoururent tout le plateau ; nulle part l'ennemi ne fut rencontré.
Dans la soirée, le capitaine Faverot vint rendre compte de sa mission au quartier général. — Informé du combat livré le jour même à Montmesly et persuadé que les Allemands franchiraient la Seine pendant la nuit, le général Ducrot voulut avoir des renseignements précis sur la direction de leurs colonnes après le passage. — Il ordonna donc au capitaine Faverot d'exécuter, le lendemain, une seconde reconnaissance sur le terrain déjà exploré dans la journée, lui recommandant de se porter en avant jusqu'à ce qu'il eût échangé des coups de feu avec l'ennemi.
(1) Voir aux pièces justiflcatives, n<" IV, V, VI.
8 DÉFKNRE DE PARIS.
10 septembre. Sur la rive droite de la Seino, dès le 15 septembre,
Keconnaissance ^
**" Franc"heui""' quelques cavaliers prussiens s'étaient montrés dans la p"omia<iour g'i'îïi^de plaine en avant de Maisons-Alfort ; ils appartenaient à la^** division de cavalerie, qui, s'avançant isolément, était chargée d'éclairer, à plusieurs jours d'intervalle, la marche de l'armée allemande du côté sud de Paris.
Le 16 septembre, le commandant Franchetti, chef des volontaires à cheval de la Seine (1), exécutant une reconnaissance en avant de Gréteil, s'engagea avec les avantpostes de cette cavalerie.
Parti avec une soixantaine d'éclaireurs, cet officier s'était avancé jusqu'au carrefour Pompadour. Tout à coup son avant-garde se trouve en présence d'un peloton de hussards prussiens... Chargés à l'improviste, quelques-uns de nos cavaliers sont sabrés... Aussitôt, le commandant Franchetti se précipite à la tête de son escadron, dégage nos blessés et force les cavaliers ennemis à se replier sur Montmesly (2).
Avant de rentrer dans Paris le commandant Franchetti infortna de ce petit engagement le général d'Exea, dont la division était campée sur le plateau de Vincennes, entre Saint-Mandé et Gharenton.
Reconnaissance Afin d'avoir de nouvcaux renseignements, le général et la Marne. d'Exca envoio, lo 17 septembre, dès 2 heures du matin,
depuis Bonneuil
jusqu'au doux compa^nies chargées de fouiller tout le terrain
carrefour Pom- i. ^ ■>->
padour. compris entre la Seine et la Marne , depuis le carrefour de Pompadour jusqu'à Bonneuil... La reconnaissance a ordre de ramener des prisonniers... Quatre heures après,
(1) M. Franchetti, ancien officier démissionnaire, avait été autorise, dans les premiers jours de septembre, à recruter et organiser un escadron de volontaires qui prit lo titre d'escadron des Volontaires à cheval de la Seino.
(2) Voir aux pièces juslillcatives, n" Vil.
vers les 6 heures, il fait partir le capitaine d'état-major Louis pour aller à la découverte dans la même direction et obtenir par tous les moyens et le plus promptement possible des nouvelles de l'ennemi.
Cet officier rencontra au delà de Gréteil quelquesuns de nos soldats qui lui annoncèrent que leur reconnaissance n'avait aperçu aucun cavalier prussien. Il s'avança alors jusqu'à la descente de Montmesly, d'où l'on découvre toute la plaine comprise entre Bonneuil et Ghoisy-le-Roi.
Rien ne paraissait dans cette plaine, si ce n'est des paysans et des femmes venant de tous les villages voisins et se dirigeant effarés vers Paris ; ces gens, interrogés, racontèrent que de nombreux cavaliers ennemis avaient passé la nuit aux villages de Marolles, de Villecresnes, de Boissy-Saint-Léger, et que tous avaient demandé le chemin de Choisy-le-Roi.
Le capitaine Louis était à peine rentré au quartier général de Saint-Mandé, qu'arrivaient trois cavaliers prussiens (du l^" régiment de dragons de Silésie n°4) faits prisonniers par l'une des reconnaissances du matin (1).
Ces cavaliers confirmèrent les renseignements des paysans, et déclarèrent qu'ils faisaient partie du 5" corps, lequel devait se rendre dans la journée entre Choisyle-Roi et Villeneuve-Saint-Georges.
(1) Ces trois cavaliers (1 maréchal des logis et 2 dragons), formant pointe d'avant-garde, étaient derrière un mur, sur le bord de la route, à la sortie de Créteil. En revenant de Montmesly, vers 8 heures, nos soldats les aperçurent, se jetèrent sur eux et les firent prisonniers.
Ces dragons allemands déclarèrent avoir vu passer très-près d'eux le capitaine Louis, une première fois, quand il était parti pour aller à la découverte du côté de Bonneuil, une seconde fois, lorsqu'il était revenu' ils n'avaient pas tiré, disaient-ils, parce que leur mission était non de faire le coup de feu, mais d'observer le débouché du village de Créteil pendant que les colonnes du 5= corps prussien exécutaient leur marche vers Choisy-le-Roi et Villeneuve-yaint-Georgcs.
10 DÉFENSE DE FARIS.