DES MITRAILLEUSES
Les premières études sur les mitrailleuses ou canons Études faites a balles lurent commencées en lobU, sur Iniitiative de de lEmpeieur
sur les
l'Empereur, qui, jusqu'en 1861, fit tous les frais des mitrailleuses; expériences. Le capitaine d'artillerie de Reffye était ^^'^'■1^^''°.,"^^^"' chargé de ces travaux sous le surveillance du général Favé.
On désigna, en 1861 , le haras de Meudon comme champ d'expérience pour le premier modèle établi. Après bien des recherches, un type fut présenté à une commission composée des généraux d'artillerie Le Bœuf, Guiod et Favé.
Les essais qui eurent lieu au polygone de Satory furent assez satisfaisants pour motiver quelques crédits alloués sur le budget du ministère de la guerre.
L'atelier de Meudon fut annexé au Dépôt central de l'artillerie, où sa comptabihté se trouva centralisée avec celle des autres ateliers de cet établissement. En 1866, on adopta le modèle définitif.
La fabrication des mitrailleuses se continua à Meudon.' Grâce à l'activité et à l'intelligence du directeur, M. de Reffye, l'outillage spécial, nécessaire pour produire économiquement 18 pièces par mois, fut improvisé.
Un second atelier de fabrication s'établit dans l'enceinte de la forteresse du Mont-Valérien.
En 1868, le matériel de 30 batteries de mitrailleuses était engerbé dans les magasins des forts de Montfouge et du Mont-Valérien, et susceptible d'être mis sur le pied de guerre en quelques jours, avec un approvisionnement de 900 coups par pièce et les rechanges nécessaires de
campagne. Les munitions seulement étaient en nombre insuffisant pour l'approvisionnement des parcs ; mais les nécessités du budget déterminèrent le ministre de la guerre à réduire considérablement les dépenses. Le crédit alloué de 44,000 francs par an permettant à peine d'entretenir les machines et le matériel emmagasiné, l'atelier ne se soutint plus que par une faible commande du service de la marine. En 1870, restreint dans les ressources du budget ordinaire, il se trouva réduit à quelques ouvriers. Quand la guerre éclata, il était complètement en chômage.
Après nos désastres, le siège de la capitale étant devenu inévitable, l'atelier de construction de Meudon, situé en dehors de la ligne des forts, dut être évacué. Ce furent encore les mêmes officiers qui, renvoyés de la frontière à Paris, eurent la tâche d'en opérer la translation.
Le général Trochu , Gouverneur de Paris , donna à M. de Reffye l'ordre de faire rentrer dans l'intérieur de la ville toutes les machines qui constituaient l'outillage spécial de ses usines. En exécution de cet ordre, la fonderie fut transportée, 20, rue Curial, à La Villelte ; les machines spéciales nécessaires à l'alésage et au rayage des canons, ainsi que l'atelier d'ajustage, furent placés dans l'usine de M™' V de Goster, près du boulevard Montparnasse. M. Gail cédait l'emplacement de ses anciens ateliers au quai de Billy, et facilitait ainsi l'étabhssement de la cartoucherie.
En même temps, le capitaine Polluer, adjoint de M. de Reffye, faisait transporter dans des terrains non occupés, rue de Vanves, les machines de l'usine du Mont-Valérien, et préparait le chargement des munitions.
En quelques jours, le déménagement et l'installation furent terminés, et l'on put recommencer lo travail.
Afin de pourvoir de mitrailleuses les armées qui se formaient hors Paris, le Gouvernement donna à M. de Reffye l'ordre de transporter en province tout l'outillage nécessaire pour organiser une fabrication rapide, et de laisser à M. Polhier le soin de faire face aux nécessités d'approvisionnement de l'armée de la capitale.
On arrêta donc de nouveau le travail des usines, et les machines démontées furent expédiées à Tours, d'où elles devaient être dirigées sur Nantes, point choisi pour le nouvel établissement.
Un malentendu regrettable avait aussi éloigné de Fâcheuse Paris les deux chefs de fabrication au commencement '"'^sulèr.k"^" '^"
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des hostilités. à rouvertme de
r^ . 1 ' • 1 «Ml . , , la campagne.
On sait que la création des mitrailleuses avait ete entourée d'un grand mystère. Il fallait cependant que dans chaque batterie destinée à servir ces pièces, il y eût au moins un officier qui en connût la manœuvre.
En 1869, les différents régiments d'artillerie détachèrent à Meudon 20 capitaines pour étudier, sous la direction du commandant de Reffye, les propriétés et le maniement du canon à balles. Ces officiers étaient choisis de telle sorte que lors d'une entrée en campagne, le commandement des nouvelles batteries leur revînt sans difficulté. Quand il fallut mettre sur roues, en cinq jours, les 24 batteries engerbées à Montrouge et au Mont-Valérien, on pensa naturellement pouvoir compter sur eux.
Mais tous les efforts et les calculs les plus sages vinrent se heurter à une question de convenance administrative. Le personnel instruit avec tant de précautions reçut une autre destination et de nouveaux cadres furent dirigés sur le Mont-Valérien pour y apprendre le service des mitrailleuses; retard malheureux à une époque où les minutes sont comptées. MM. de Reffye et Pothier, restés seuls pour approvisionner les batteries et réorganiser les
lî{4 DÉFENSE DE PARIS,
ateliers, se dévouèrent à l'iiislruclion de ces cadres. Ce travail fut encore perdu... car au dernier moment une partie des officiers réunis et exercés au Mont-Valérien reçurent des batteries de 4 et de 12, et on désigna d'autres officiers pour le nouveau matériel .
C'est ainsi qu'on vit arriver à la frontière des troupes ne connaissant pas l'arme dont elles avaient à se servir et qui s'ingéniaient pendant les halles à en deviner le mécanisme. Afin de parer, dans la mesure du possible, à. ce mauvais état de choses, sur l'ordre de l'Empereur, le ministre de la guerre envoya précipitamment aux armées MM. de Reffye et Pothier, avec mission de visiter le matériel et d'assurer l'instruction du personnel dans les batteries de mitrailleuses.
Commission Au commencement de l'investissement de Paris, M. Dorian,
eu génie civil. , ,. •,,-., o -'x- >
ministre des travaux publics, avait alloue a la Société aes ingénieurs civils désignée sous le nom de : Commission du génie civil, un budget considérable destiné à la fabrication, par l'industrie privée, d'engins de guerre de toute nature.
Le public attribuait nos revers à l'infériorité de notre matériel d'artillerie. Les mitrailleuses avaient seules le privilège de trouver grâce à ses yeux : c'étaient des engins nouveaux, mystérieux, dont on racontait les exploits dans les batailles du mois d'août ; aussi croyait-on qu'il suffisait de posséder des pièces de ce genre pour être assuré du salut de la capitale. Les réunions publiques et la presse étaient unanimes; il nous fallait des mitrailleuses, beaucoup de mitrailleuses.
Le directeur des ateliers de fabrication des canons à balles à Paris, autorisé par le Gouverneur à mettre à la disposition de l'industrie privée les moyens de construction , fut invité à so rendre au Conservatoire des arts et métiers, où était réunie la Commission flu génie civil, pour prendre, d'un commun accoid, les mesures nécessaires. Ayant apporté, à la première séance, deux des pièces les plus compliquées do la mitrailleuse : la culasse et le système de percussion, il montra les difficullos d'exécution, il expliqua les soins qu'exigeait la construction, lo moindre défaut de précision dans les ajustages pouvant entraîner l'éclu-
tement de la cage de la pièce et occasionner ainsi la mort des servants. Il essaya de faire comprendre que la fabrication de celte machine délicate demandait un outillage spécial déjà en voie de préparation dans les ateliers de l'artillerie, à Paris; que les tubes nécessaires pour former les âmes des canons devaient être forés, alésés et rayés avec un soin que les ouvriers dresseurs des manufactures d'armes savaient seuls apporter dans ces opérations. •
Cet officier concluait, non à une rivalité entre l'industrie privée (capable assurément de faire très-bien les engins, dès qu'elle aurait l'outillage nécessaire) et les ateliers de l'État, déjà munis de plusieurs machines spéciales et d'ouvriers exercés, mais bien à un concours de ces deux éléments en faveur de la défense nationale.
« Que l'industrie se charge, disait-il, de la fonte, du tournage des canons, du rabattage des cages, de la fabrication des ressorts, des percuteurs, du dressage des plaques et des culasses; dans les ateliers de l'État se feront le finissage et les opérations délicates. Cette division du travail permettra une exécution parfaite des engins et garantira contre les accidents, résultat inévitable d'une fabincation précipitée et inexpérimentée. »
La qualité d'une arme de guerre ne dépendant pas seulement de la bonne construction de l'engin, mais aussi de la confection régulière des munitions, le directeur des ateliers de fabrication du canon à balles se chargeait de faire cinquante mille cartouches de mitrailleuses par jour, si les constructeurs voulaient l'aider dans l'établissement des machines qui lui étaient indispensables.
A ces propositions si pleines de raison et de sens pratique, il fut répondu que l'industrie parisienne voulait prouver qu'elle n'avait besoin du concours de personne, et qu'elle ferait des mitrailleuses sans contrôle, sans conseils. Trois séances eurent lieu sans qu'on pût s'entendre ; dès lors le capitaine Pothier prit le parti d'organiser, avec l'aide d'un certain nombre de constructeurs, des ateliers au compte du ministère de la guerre, en utilisant le crédit de 600,000 francs accordé le 14 seplembro dans ce but.
Une mitrailleuse de Meudon se compose de 25 tubes carrés à Nouvelles usines l'extérieur, primitivement percés au diamètre de 11 millimètres à'î'aris par et réunis par des plaques métalliques rectangulaires. Les tubes ^^ ^pothier'*^'^' employés pour la fabrication de Meudon avaient été fournis par
M. Emile Martin, piopriùtaire de l'usine de Séreuil (Charente), et MM. Pctin-Gaudet et C'% de Rive-de-Gier.
Quelques-uns de ces tubes non employés restaient en magasin ; ils furent immédiatement mis en œuvre.
Mais le nombre de ces tubes était insuffisant pour les bouches à feu qu'il fallait construire, et l'investissement dé la ville empêchait l'usine de Séreuil de pourvoir aux approvisionnements.
Il fallut donc songer à en fabriquer sur place.
M. Ponsard, ingénieur, obtint, après plusieurs essais, les barres convenables d'acier doux, susceptibles d'être forées.
M. Desgoffes, ingénieur mécanicien, fit le perçage de ces barres à l'aide d'un outil de son invention et de machines établies dans ses ateliers par les soins d'un de nos constructeurs les plus distingués, M. Bouhey.
Les tubes ainsi obtenus devaient être rabotés de manière à présenter une section droite convenable pour l'assemblage. Cette opération fut confiée à M. Gail.
Le dressage était fait par quelques ouvriers des manufactures d'armes de l'Etat et par des dresseurs de l'établissement de Mme V'« Bernard.
Le brasage des âmes , ainsi que le tournage ultérieur de ces âmes, furent exécutés dans l'usine de la rue Curial et dirigés par M. Hardy, contrôleur d'armes de 1" classe. Un four à braser avait été commencé, dans cette usine, en exécution des ordres donnés par M. de Reffye, et fut terminé rapidement, afin de pouvoir commencer la fabrication dans le plus bref délai.
Les âmes brasées devant être enveloppées de bronze, on établit la fonderie dans l'usine de la rue Curial. M. P.-G. Pothier, propriétaire de l'atelier, faisait faire les moules, la coulée, et enlever au tour la masselolte.
Les pièces coulées furent envoyées dans une usine de la rue de Suffren, où on avait monté des machines spéciales, tours, machines à rayer, etc. , consti^uites par plusieurs ingénieurs, notamment par MM. Warrall, Elucel et Middleton et Bouhey.
Les pièces ainsi préparées étaient réunies dans les ateliers de M. Cail, où on les tournait et où les cages de culasse étaient rabotées.
A l'atelier de l'avenue de Suffren, on alésait, rayait, rhabillait les mitrailleuses. Pendant le finissage , des ouvriers spéciaux, habitués à un travail de précision, dressaient et perçaient les
culasses; ils perçaient également les plaques des systèmes de percussion et tournaient les supports du canon. Toutes les pièces détachées : ressorts de système percuteur, pièces dégrossies du système et des culasses, élaient faites dans l'industrie privée; .M. Barriquand,M. Mengerie, M""« V^" de Coster, M. Cail, M. Flaud, furent chargés de ces différents travaux.
Grâce à l'activité des employés d'artillerie , et notamment de M. Victor Jacquot , directeur de l'atelier de la rue de Suffren, ainsi qu'au concours des constructeurs qui avaient accepté des commandes, M. Pothier, directeur des ateliers, put promettre au Ministre de la guerre de fournir à l'armée, vers le 10 octobre, une mitrailleuse par jour.
La fabrication des munitions fut organisée dans deux ateliers : l'un, situé quai de Billy ; l'autre, rue de Vanves.
Dans le premier, on confectionna les douilles des cartouches, on coula et comprima les balles, on amorça les cartouches.
Ces différentes fabrications exigeaient l'emploi d'un grand nombre de machines fournies par M. Frey et MM. Challiot et Gratiot, sur les indications de M. Bunel, directeur de la cartoucherie.
Dans le second atelier, dirigé par M. Orgillet, ouvrier d'État, étaient faites les manipulations de poudre. Après avoir comprimé la poudre de chasse en rondelles du poids de 2 grammes, on plaçait ces rondelles dans les douilles, on les recouvrait d'un rond de suif, et l'on ajustait la balle assurée à la douille avec du ruban de soie collé.
La cartouche ainsi constituée était sertie et placée dans la boîte de chargement.
Avant la guerre, la compression de la poudre et le chargement des douilles étaient faits à l'aide de machines spéciales qui écohomisaient la main-d'œuvre.
Pour organiser la nouvelle fabrication, il était impossible d'employer ces machines, dont la construction eût demandé un temps trop long. On improvisa donc un chargement à l'aide de presses à bras et de petites machines à main , faciles à établir dans quelques jours.
Vers le 10 octobre, il put être fabriqué, par jour, 37,500 cartouches environ pour canons à balles.
■ Dans l'enceinte de l'usine de la rue de Vanves, on construisit un petit atelier où travaillait une équipe d'ouvriers en
Fabricalion des munitions
Transformation du
matériel de k
en matériel de initi'uilluuscs.
F.xpérimentation
des
mitrailleuses
fabriquées
par l'industrie
privée.
])ois et eu fer. Ces ouvriers trausformaicut le matériel de 4 de campagne en matériel de mitrailleuses. Les coffres spéciaux pour ces pièces, les coffrets d'affi'its et de flèches pour le transport des systèmes et des culasses, furent faits dans l'industrie privée par les soins de MM. Chevalier, Cheylus et C'«.
Cette organisation de divers ateliers fut réglée de manière que, chaque jour, une pièce sortant des ateliers était portée sur son affiit, accompagnée de son caisson chargé de coffres approvisionnés de munitions, et était pourvue d'une réserve de quinze cents coups de vingt-cinq cartouches chacun.
Par un arrêté en date du 1 octobre, le Mmistre des travaux publics avait décidé que les mitrailleuses ou autres pièces d'arfiilerie commandées à l'industrie privée, ne seraient acceptées pour le compte de l'Etat qu'après des essais constatant, pour chaque pièce, son bon fonctionnement, soit comme sécurité pour les servants, soit comme efficacité contre l'ennemi.
Cet arrêté prescrivait que les essais seraient dirigés par la Commission du génie civil, en présence de M. le capitaine Pothier, chargé de prendre livraison des pièces après leur réception. Vers la fin d'octobre, le Président de la Commission du génie civil donna avis à cet officier qu'il pouvait se présenter au Conservatoire des arts et métiers, pour s'entendre avec la Commission sur le mode d'expérimentation des mitrailleuses fabriquées dans l'industrie privée.
Mais les marchés ayant été passés par la Commission directement avec les constructeurs, sans que l'artillerie eût été consultée, il pouvait arriver qu'une mitrailleuse fût acceptée par la Commission, sur la constatation que les clauses du marché avaient été observées, et qu'en môme temps elle ne fût pas jugée apte à être mise en service entre les mains des canonniers par l'officier chargé d'en prendre livraison.
Dans ce dernier cas, le capitaine Pothier SQ.refusait à signer les procès-verbaux do réception ot à prendre en charge des pièces qu'il considérait comme dangereuses. La Commission était d'un avis opposé ; aussi ne pût-oii s'entendre.
Le général Trochu blâma vivement l'ardeur inconsidérée qui poussait ainsi l'industrie parisienne à vouloir fabriquer des bouches à feu en dehors du concours do l'artillerie.
IjO général Frôbault, dii^ecleur au ministère de la marine, puis commandant de rartillorie do la 2* armée, oxposn également
combien il était dangereux de se servir de pièces sans les avoir expérimentées. Bientôt, le Gouverneur de Paris se décida à adjoindre à la Commission du génie civil une Commission mixte dont firent partie plusieurs officiers d'artillerie.
Cette Commission fut chargée, jusqu'à la fin du siège, d'expérimenter et de recevoir les nombreuses mitrailleuses fabriquées par l'industrie privée.