CANONS DE
En 18G9, l'Empereur avait ordonné au directeur de Études faites l'atelier de Meudon de recherojier s'il était possible de de^r Empereur
sur les
construire un canon de campagne en bronze, capable de canons se charlancer des projectiles avec de grandes vitesses ini- par la culasse, tiales, et par suite à de grandes portées.
Les études produisirent un canon du calibre de 70 millimètres, se chargeant par la culasse, lançant un projectile de 3''860 avec une vitesse initiale de 430 mètres, et un autre canon du calibre de 85 millimètres, se chargeant également par la culasse et lançant un projectile de 7 kilos avec une vitesse initiale de 410 mètres.
L'Empereur, désireux de voir mis en expérience, au polygone de Versailles, ces nouveaux canons, avait donné une subvention pour fabriquer les munitions et les projectiles nécessaires.
Avant que les pièces ne fussent soumises à l'approbation du Comité d'artillerie, une commission d'officiers d'artillerie de la Garde commença, vers le mois de mai 1870, des expériences de tir avec les canons de 4 et de 7 se chargeant par la culasse.
Mais elle fut interrompue dans ses travaux par la dé-
Transformation de pièces
140 DÉFFNSK DE PARIS.
claration de guerre, au mois de juillet. Cependant il avait suffi de quelques lirs exécutes avec les pièces de 1 pour prouver qu'elles avaient sur les bouches à feu connues des avantages incontestables de justesse et de portée.
Le 3 août 1870, le Ministre de la guerre ordonna à île 12 M. de Reffye de faire préparer six batteries de 7, et pièces"de 7. Commanda au service des forges 15,000 obus de 7.
Pour accélérer le travail, M. de Reffye avait demandé à MM. J.-J. Laveissiére et fils, fondeurs, de lui fournir des tubes en laiton qui devaient être introduits dans des pièces de 12 hors de service, afin de ramener le calibre à 85 millimètres, et transformer ainsi ces pièces de 12 en pièces de 7. En même temps, le capitaine Pothier envoyait de Metz, où il était en mission, à M. le sous-inspecteur des forges, à Mézières, les modèles nécessaires pour faciliter la fabrication des obus de 7.
Grâce à ces dispositions, la construction des nouvelles pièces pouvait être commencée dès les premiers jours de septembre.
Les tubes fournis par MM. Laveissiére avaient été confiés à M. Bouhey, qui devait faire le tubage dans ses ateliers de l'avenue Daumesnil,
Malheureusement les travaux se trouvèrent bientôt arrêtés par les événements militaires et politiques.
Les obus commandés dans les établissements de l'Est furent pris par les Prussiens marchant sur Paris , cl le nouveau Ministre de la guerre, général Le Flô, par sa dépêche du 14 septembre, adressée au directeur du Dépôt central, annonçait son intention d'arrêter la fabrication des canons de 7.
la fabrication H uc fut douc plus qucstion dc CCS bouchos à feu, jusd-;s pièces en ^^'^^ jQ^p q^ ^ Doriau, ministre des travaux publics,
DÉFENSE DE PARIS. lil
visitant la cartoucherie nouvellement établie rue de est arrêtée, puis
reprise.
Vanves, vit dans les ateliers la pièce de 7 qui avait servi pour les expériences de Versailles.
C'était au commencement d'octobre, au moment où le peuple de Paris, séparé du reste du monde, s'enthousiasmait pour toutes les idées nouvelles auxquelles il attribuait le pouvoir de faire cesser rapidement l'état de choses existant. La confiance superstitieuse, l'espèce de délire qui, d'abord, avait entraîné tous les esprits vers les mitrailleuses, venait de se porter avec la même fureur vers l'artillerie se chargeant par la culasse. Le canon de 7 pouvait seul nous sauver ; on était prêt à faire tous les sacrifices pour avoir des canons de 7.
Le ministre pensa donc à utihser ce modèle, facile à reproduire, et donna l'ordre à la Commission du génie civil d'en faire exécuter par l'industrie privée un nombre suffisant pour armer quelques batteries.
Le 10 octobre, le Ministre de la guerre, sur la demande du Ministre des travaux publics, donnait à M. Pothier l'ordre d'envoyer au Conservatoire des arts et métiers la pièce-type de 7, et de fournir aux membres de la Commission du génie civil les renseignements qu'ils deman deraient pour faciliter la fabrication.
Suivant le premier projet, il devait être commandé 60 pièces de 7, nécessaires pour armer 10 batteries ; mais le nombre des commandes ne tarda pas à être augmenté, par suite de la pression exercée sur le Gouvernement par l'opinion publique.
On vit bientôt des comités se constituer pour recueillir les souscriptions qui devaient servir à la fabrication des nouveaux engins ; un de ces comités demandait 1 ,500 canons pour sauver la capitale. Pendant plus d'un mois ce fut une véritable fièvre ; tout Paris s'occupait de la fonte des canons.
des munitions.
Le Ministre de la guerre dut lui-même céder à l'entraînement général, et prescrivit bientôt au capitaine Pothier de remettre en fabrication des pièces de 7, dans les usines de l'artillerie.
On reprit alors la transformation des pièces de 12 hors de service, en les ramenant au calibre de 85 millimètres. Un tour fourni par M. Bouhey, fut transformé en machine à rayer et installé dans les ateliers de M. Flaud.
Pendant que les canons étaient usinés, une équipe s'occupait de débiter les culasses, de les fileter et de les ajuster. Pour ne pas être retardé par l'étabhssement de la machine à rayer, les premiers canons furent rayés par les soins de l'ateher de précision du Dépôt central, à Saint-Thomas-d'Aquin.
Fabrication Ou commauda les projectiles bruts de fonte dans l'in-
dustrie privée ; ils furent recouverts d'une enveloppe de plomb, et tournés dans les ateliers de l'artillerie, ainsi que dans deux ou trois établissements privés qui, après quelques essais, fournirent des obus dont le plombage était bien adhérent.
Quant aux cartouches, elles furent toutes fabriquées dans les ateliers de l'État. La cartouche servant d'obturateur est une partie essentielle du nouveau système d'artillerie; de l'élasticité de son enveloppe, des dimensions précises de son culot, dépend le fonctionnement plus ou moins régulier de l'arme; sa fabrication doit donc être l'objet des soins les plus minutieux, il est imprudent de la confier à des ouvriers inexpérimentés. De plus, la poudre qu'elle renferme exige des manipulations particulières de compression, sans lesquelles le canon est exposé à éclater sous l'énorme pression des gaz spontanément enflammés.
Pour ces motifs, M. Dorian avait demandé à faire fabriquer dans les alehers de l'arlillerie, non-seulement
les cartouches nécessaires pour les pièces construites par l'artillerie, mais encore celles nécessaires pour l'approvisionnement des pièces commandées par la Commission du Génie civil.
Les machines qui avaient servi à Meudon et au Mont- Valérien à faire les cartouches pour les essais de Versailles ayant été expédiées à Nantes, il fallut préparer un nouvel outillage.
Grâce au concours de plusieurs constructeurs et surtout à l'activité de M. E. Bunel, cet outillage fut rapidement construit et installé. Vers le 15 octobre, la fabrication commença ; elle s'accrut progressivement de manière que, pendant le mois de décembre, on put avoir journellement 2,000 cartouches exigeant la manipulation de 2,400 kilog de poudre.
Pendant que les machines étaient montées, et que la fabrication s'organisait, le génie civil faisait des commandes aux différents constructeurs de Paris.
Les membres de la Commission avaient annoncé qu'en quinze ou vingt jours, c'est-à-dire au plus tard vers le 10 novembre, ils seraient en mesure de livrer, à l'armée, de nouveaux engins. Ils comptaient sans les difficultés qui surgissent lorsqu'on crée une nouvelle fabrication.
Le Gouverneur de Paris avait demandé son avis au capitaine Pothier, qui lui avait répondu que, malgré toute l'habileté et le dévouement des ingénieurs, il ne fallait pas compter sur une livraison avant le 10 décembre. Il était certain, ajoutait-il, d'avoir terminé une batterie de 6 pièces dans les ateliers de l'État, avant que l'industrie pût livrer un seul canon, et, admettant que le travail ne fût pas interrompu par les mille tracasseries de la garde nationale qui débauchait sans cesse les ouvriers, il ne promettait pas de livrer la première pitîce de 7 avant le 15 ou le 20 novembre. Il fallait donc près
lii DEFENSK DE PARIS.
(le deux luois i)our fournir à l'armée de la Délciisc nationale quelques batteries de canons se chargeant jiar la culasse. C'était un temps beaucoup trop long pour l'impatience de la population et celle des troupes, qui subissaient l'enthousiasme propagé par les journaux. M. Pothier proposa au Gouverneur de constituer immédiatement des batteries avec les canons se chargeant par la culassse , qui avaient servi aux essais dans les polygones, et qui devaient se trouver déposés soit au parc établi au Palais de l'Industrie, soit dans les établissements dépendant de ce dépôt central.
Le 15 octobre, le Ministre de la guerre faisait rechercher ces différentes bouches à feii, dont l'état fut remis le même jour à M. le général Guiod, commandant supérieur de l'artillerie de Paris.
Cet état comprenait 25 pièces qui, par décision ministérielle en date du 19 obtobre, durent être réparées et approvisionnées.
Quelques-unes de ces pièces furent employées comme pièces de position et mises en batterie.
Détermination Les expériences qu'on avait commencées avec la pièce de 1 des haus.ses avaient permis de déterminer seulement les hausses corresponles deux modèles jant aux portées de 1,500 et 1,800 mètres; il s'agissait de lixer pièces de 7. les hausses pour les autres distances.
Or, les circonstances avaient imposé la construction de deux modèles différents de la même pièce, le modèle-type étudié à Meudon et la pièce de 12 tubée.
Ces deux modèles, tirant avec la môme charge (1,200 grammes), imprimaient au projectile une vitesse : l'une , de 410 mètres , l'autre de 380; ils exigeaient, par conséquent, un angle de tir différent pour la même portée.
Dès les premiers jours de novembre, la transformation des canons de 42 fut assez avancée pour (|u'iine de ces pièces put servir aux expériences de tir. La pièc(^-fy[)e prêtée à la ("ommission du génie civil, et restituée à l'artilloi ic sur un ordre du Ministre, servit au même usage.
Ces expériences, faites le 15, le 16 et le 17 novembre, à Vincennes et au Point-du Jour, permirent de déterminer les angles de tir correspondant aux distances entre 600 et 5,000 mètres, et, par suite, de fixer les hausses.
Nous avons vu dans le chapitre des mitrailleuses, que, Expùrinienuuun sur l'ordre du Gouverneur, une commission mixte avait nouvel ie^s%ièco s
,,.,.,, - 1 1 1 yi ■ fabriquées.
ete mstituee pour procéder, de concert avec la Commission du génie civil, aux expériences sur les pièces diverses fournies par l'industrie privée.
Les officiers d'artillerie qui faisaient partie de cette commission mixte avaient mis leur expérience à la disposition des constructeurs, et apporté, par leurs conseils, une amélioration sensible dans les procédés de fabrication.
La plus grande activité régnait dans les ateliers, et le moment approchait où ces bouches à feu nouvelles pourraient être mises à la disposition des troupes. Mais il fallait auparavant les éprouver et les recevoir.
Dans ce but, le Ministre de la guerre désigna, par lettre du 24 novembre, deux officiers d'artillerie, le lieutenant-colonel Morel et le capitaine Pothier , pour procéder, de concert avec les membres de la Commission du génie civil, à des essais sur les pièces de 7 construites par l'industrie privée.
A la fin de novembre, une batterie de 1 avait été livrée par les ateliers de l'État. Après la prise du plateau d'Avron, cette batterie fut installée sur le bord Sud de ce plateau ; pendant les combats des 30 novembre et 2 décembre, elle rendit les plus grands services en envoyant des projectiles à 5,000 mètres jusque dans le parc de Villiers.
Les pièces tirèrent chacune un très-grand nombre de coups dans ces deux journées, et se comportèrent fort bien ; dans la seule journée du 30 novembre, la batterie tira plus de 200 coups par pièce.
iMoiuiers essais Le 3 décembre, les quatre premières pièces de T fabriquées
inovcnaui do par l'iiulustric privée, furent livrées par la Commission du génie
l'industrie nrivce • -i i - i i i.»
' l'ivil, et envoyées au plateau d Avron.
La première visite montra que les rayures n'avaient pas été polies, que le système de fermeture n'était pas ajusté avec la précision exigée pour les armes à feu ; enfin, défaut beaucoup plus grave et dont on obtint difficilement la suppression, les chambres ou logements des cartouches n'avaient pas exactement les dimensions prescrites.
Les pièces fuirent ensuite chargées* et tirées successivement. Après chaque coup, on les lavait et on les examinait avec soin. Trois canons sur quatre présentèrent des fissures dans la chambre au quatrième coup tiré et se trouvèrent hors de service ; cet accident, peu grave en réalité, car on devait rectifier ces imperfections dans les pièces nouvelles, pouvait cependant, s'il était divulgué, produire une impression pénible, décourageante dans le public. On recommanda la plus grande discrétion aux témoins des épreuves. Le capitaine Laprade, directeur du parc des mitrailleuses, reçut l'ordre de faire rentrer à la dérobée au quartier de l'Aima les trois pièces éclatées, et de prévenir immédiatement des événements survenus M. le Ministre des travaux publics et M. le Président de la Commission du génie civil.
Grâce à ces précautions, le public ne connut pas les mauvais résultats de ces premières pièces.
Les constructeurs furent immédiatement prévenus des imperfections reconnues, et M. Laprade fut chargé par le Ministre des travaux publics de diriger les épreuves des nouveaux canons et de signaler les imperfections de chaque pièce aux membres de la Commission du génie civil.
Les premières épreuves de résistance eurent lieu par ordre du Gouverneur aux carrières et au fort de Montrouge ; les membres de la Commission du génie civil communiquaient les observalions aux constructeurs. Ces observations portaient surtout sur des défauts d'ajustage, sur le manque de précision de certains détails, dont les ingénieurs n'avaient pas primitivement compris l'importance, par exemple, l'ajustage imparfait des vis de fermeture.... Mais, grâce au zèlo des ingénieurs qui assistèrent à ces premiers essais, on obvia bientôt à ces inconvénients, et à partir du 15 décembre, de nouveUes pièces furent chaque jour livrées par le Conservatoire des arts et métiers.
Tout en faisant ces nouveaux canons, on se préoccupait du moyen de faire éclater le projectile. .
Il existe deux espèces de fusées : les fusées fusantes, ou à temps, qui communiquent le feu à la charge intérieure quand le projectile est parvenu à une distance donnée de la bouche à feu , et les fusées percutantes , qui produisent l'éclatement dès que le projectile rencontre un obstacle.
Pour les projectiles de 7, on ne pouvait admettre la fusée fusante , vu que la communication du feu par les gaz enflammés de la charge de poudre était rendue impossible par le forcement de l'obus dans le canon.
On ne pouvait non plus employer la fusée percutante réglementaire , qui est celle du colonel Desmaretz , car elle exige, pour produire l'éclatement, que le projectile tombe par la pointe, sous un angle de chute assez considérable , ce qui n'a lieu que lorsqu'on tire à grandes distances.
On dut alors choisir parmi les propositions faites par différents inventeurs la fusée qui paraissait la meilleure, et on adopta celle présentée par le lieutenant -colonel Maucourant.
Cette fusée, à la fois fusante et percutante, étant difficile à fabriquer, on la simplifia en n'adoptant que l'appareil percutant, et elle donna de bons résultats pour le tir des obus de 7.
La fabrication de ces nouvelles pièces fut poussée avec une grande activité ... A la fin du siège de Paris nous possédions 230 canons de 7, dont 48 appartenaient à la deuxième armée, commandée par le général Ducrot; tous les autres étaient en position dans les forts ou sur les bastions bombardés (1).
(1) Voir aux pièces justificatives, n° XIX, le rapport dn capitaine Laprade, directeur du parc du corps d'arlilieric des mitrailleuses.
lis DKFE.NSE UK PARIS.