SUBSISTANCES MILITAIRES
Lorsque la guerre éclata, on songea à faire de Paris, paris devient
un centre
en utilisant ses nombreuses voies ferrées qui rayonnent dapi^rovisionne-
'■ ^ ments dt siiné
sur toute la France, un centre d'approvisionnements des- i.arméeTu^ifhin tiné à alimenter l'armée du Rhin dans les diverses positions qu'elle pourrait successivement occuper.
La formation de ces approvisionnements fut confiée à M. le sous-intendant militaire Perrier.
Il fallait agir vite ; les marchés de gré à gré étaient seuls possibles dans cette circonstance; mais on devait, tout en évitant le monopole, distinguer les négociants sérieux des chercheurs d'affaires n'ayant pour objectif que le lucre.
Dans ce but, M. le sous-intendant Perrier demanda et obtint l'assistance des membres du Conseil municipal.
Afin d'éviter des droits d'octroi, des frais de camionnage répétés, et surtout des pertes de temps, la plupart des marchés passés étaient livrables en gare d'arrivée ; au fur et à mesure des réceptions, les comptables expédiaient aux corps d'armée ou sur les diverses places de l'Est.
nements.
100 DKFKNSK IJR PARIS.
Les upéraliolis se poursuivaient ainsi avec activité ([uand survinrent nos premiers désastres.
Paris se trouvant menacé, il ne s'agissait plus seulement d'y former des approvisionnements de réserve pour l'armée, mais il fallait encore y réunir des ressources assez considérables pour permettre la résistance.
Commission su- Daus cc but, on Créa, le 8 août, une Commission com-
périeiire , .
des approvision pOSCO de :
MM. Dumas, sénateur, président ; GuEVREAU, sénateur ; Darblay, député,
à laquelle on adjoignit M. le sous-intendant Perrier. Sa mission fut de calculer les ressources nécessaires à l'alimentation de Paris pendant une période de 45 jours.
Le lendemain 9 août, M. Duvernois succéda à M. Louvet au ministère du commerce ; il institua sous sa présidence une nouvelle Commission supérieure des approvisionnements. La Guerre y fut représentée par M. le général Mellinet et M. l'intendant général Guillot, directeur de la comptabilité générale au ministère de la guerre, ainsi que par M. le sous-intendant Perrier.
L'administration militaire mettait aussitôt à la disposition de la ville, son personnel, les locaux et le matériel des services manutentionnaires, une clientèle commerciale spéciale considérable, des ressources de comptabilité, de crédit, de surveillance tout organisées.
Mais le concours prêté par l'administration de la guerre n'excluait en rien les mesures que, dans sa sphère d'action, le ministre do l'agriculture et du commerce croirait devoir prendre. M. le sous-intendant Perrier, ordonnateur du déj»arlenicnt delà guerre, fut l'auxiliaire (bi Ministre du déparlement du connnercc, dans un but d'intérêt général, mais non son mandataire. Aussi
tous les marchés passés par ce fonctionnaire furent-ils payés sur les fonds du budget de la Guerre, qui les cédait ensuite au budget du ministère du commerce. Les mesures suivantes furent adoptées par l'adminis- ^ Mesures
•■• ^ adoptées pour
tration de la guerre pour l'acquisition des denrées de ^^^ achats. première nécessité.
Afin de laisser intactes les ressources locales, que l'on aurait toujours sous la main et d'éviter tout ce qui pourrait favoriser la spéculation, sans grossir le contingent du disponible, on résolut de s'adresser autant que possible à l'étranger.
Blés. — En général, les blés furent achetés à des maisons de commerce faisant l'importation des grains de la Baltique, de la Hongrie et de Taganrog. La Guerre avait d'ailleurs des marchés importants en cours d'exécution.
Farines et Salaisons. — Des négociants d'une notoriété commerciale éprouvée se rendirent en Angleterre afin d'acheter ces denrées sur les places de Londres et de Liverpool. Nous obtînmes ainsi de bonnes farines et des salaisons de premier choix.
Les transactions étant fort difficiles et le crédit à peu près nul, l'Administration se vit contrainte de garantir à ces négociants le remboursement immédiat du montant des achats effectués par leurs soins sur la seul» production des connaissements, c'est-à-dire sur la preuve de la mise en route de la denrée.
A cet effet, un crédit de vingt millions fut ouvert par le Ministre et des traités passés avec des maisons de banque pour la négociation du change en Angleterre et le paiement sur place des avances demandées.
Vins et Eaux-de-vie. — Les entrepôts de la ville possédaient en vins et eaux-de-vie un stock considérable qu'augmentaient chaque jour les arrivages du Midi. .
Dans cette direction, les voies ferrées n'étaient pas encombrées.
Sucres et Cafés. — De mémo que pour les liquides l'achat de ces denrées fut en majeure partie réalisé sur place ; le commerce de Paris était de ce côté abondamment pourvu.
Viande fraîche. — Il fut convenu que l'Administration de la guerre n'achèterait pas de viande sur pied.
Le ministre de l'agriculture et du commerce s'engageait à céder une partie de son bétail. En retour, la Guerre consentait à prélever, sur les approvisionnements considérables qu'elle était à même de réahser, les fourrages nécessaires à l'entretien du troupeau de la ville.
Bois. — Le bois ne manquait pas dans les magasins de- l'État.
L'entrepreneur du chauffage de la Guerre avait reçu l'ordre de donner aux réserves de ses chantiers un développement susceptible de faire face à tous les besoins. Voilà en résumé dans quelles conditions furent formés les approvisionnements de Paris ; chaque jour en venait accroître l'importance. Les magasins de l'Etat devinrent bientôt insuffisants ; des parcs furent créés, des entrepôts improvisés ; on eut recours enfin à tous les moyens pour mener à bien cette œuvre présentant des difficultés exceptionnelles.
Création de Déjà daus Iss premiers jours de septembre les gares
dépôts . , . ...
d'approvisionné- étaient cncombroes, mais cet encombrement importait
mcnls
à rexiùrieur peu ; l'essenticl était d'avoir beaucoup dans l'intérieur do
de l'ans. '■ ^
l'enceinte. Aussi les achats continuércut-ils sans interruption, et des ordres furent même donnés pour la réception, en province, de chargements destinés à Paris, mais (pio les chemins de fer devenaient impuissants à transporter en temps utile.
Puisque la France se décidi-ùt a coniinuor lu lul'.c,
il était prudent de fournir aux armées en formation les moyens de se ravitailler promptement.
L'administration de la guerre poursuivait ainsi un double but que les événements inspiraient et dont la rapide réalisation s'imposait : faire entrer dans Paris lu plus possible et former à l'extérieur des dépôts.
Sous l'empire de cette préoccupation, on livra des quantités considérables dans les places et ports du Nord et de l'Ouest, afm d'être plus tard expédiées aux nouvelles armées d'opération.
Tous les marchés ne furent point exécutés. Si, pour un grand nombre de traitants, les événements de guerre et la rupture des communications présentèrent un obstacle insurmontable, d'autres, au contraire, trouvèrent dans ces circonstances un moyen commode de se soustraire à des engagements peu sérieux, dictés par une spéculation plus ou moins avouable et dont l'imprévu seul pouvait assurer le succès.
Sur la proposition de M. le sous-intendant militaire Perrier, la résiliation de ces marchés fut prononcée par le Ministre, le 31 janvier 1871.
M. le sous-intendant militaire Perrier, dans l'accom- zèie déployé par
le service
plissement de sa tâche laborieuse, fut admirablement de l'intendance
militaire.
secondé par tout son personnel administratif, et nous ne devons pas taire les noms de MM. Meunier et Gourtot, adjoints de l""^ classe, Gley, Gigaud et Vacca, qui furent ses collaborateurs dévoués. Aussi a-t-il réussi à faire entrer dans Paris des quantités de denrées considérables, pour plus de 250 millions, en 25 jours, ce qui a permis de faire à la Ville des cessions d'une immense importance.
Ces cessions peuvent se diviser en deux catégories : la première comprend celles qui ont eu lieu en août et septembre 1870 (3'^ trimestre), au moyen des achats
faits spécialement pour la Ville; elles représentent , pour le pain seulement, la consommation de 60 journées pour la population entière (2 millions).
La seconde se rapporte à celles effectuées pendant le 4' trimestre 70 et le 1" trimestre 71 (janvier et 1"* quinzaine de février) au moyen de prélèvements provoqués par la Ville ou le ministère de l'agriculture et du commerce et autorisés par le INlinistre sur les approvisionnements de la Guerre.
Ces dernières cessions, complètement imprévues, furent considérables; elles permirent de faire vivre toute la population de Paris pendant 15 jours de plus; et malgré cela, les ressources accumulées avaient été telles, que si, en décembre et même en janvier, les événements militaires avaient eu une issue favorable et que l'armée régulière eût put sortir de Paris, les existants en magasin étaient suffisants pour la pourvoir de vivres, pendant les journées de combat et de marches, jusqu'à ce qu'elle pût subsister au dehors, et cela, sans compromettre sérieusement pendant quelque temps encore, ni le service des troupes laissées dans Paris, ni l'assistance à donner à la population. Bien plus, la ration de pain du soldat, portée à 1 kilogramme, fut longtemps maintenue à ce taux élevé et on peut dire exagéré.
Plus tard, le taux des rations fut modifié, en vue de ; ménager les approvisionnements de la Guerre; mais aucune denrée n'a jamais fait défaut , et môme vers la fin du siège, la ration de pain du soldat n'a pas été inférieure à 500 grammes ; quant aux autres rations, elles ont toujours conservé leur taux ordinaire.
Le blutage des farines avait subi d'assez nombreuses lluctuations.
En décembre et janvier, il n'était plus que de 5 à 10 pour 0/0.
Les parties prenantes militaires ont toujours reçu du pain de pur froment, sauf pendant quelques jours, où la farine a été additionnée de 5 à 10 pour 0/0 de farine de riz (1),
Le blocus a duré 140 jours, du 18 septembre au 4 février, date des premiers ravitaillements.
La Ville ou l'Etat a fourni environ GO jours d'approvisionnements ; les vivres du commerce et des particuliers ont pourvu à la consommation de 65 jours ; et la Guerre a cédé, sur son approvisionnement particulier de l'armée, la valeur de 15 jours de vivres.
Or, vers la fin du siège, la Guerre comptait environ 300,000 rationnaires, en comprenant les gardes nationaux employés hors de l'enceinte, c'est-à-dire i/T du chiffre de la population de Paris. Les 15 jours qu'elle avait cédés à la Ville auraient donc pu faire vivre l'armée pendant 100 jours de plus.
Ces résultats parlent assez haut et font honneur à ceux qui ont su accumuler en si peu de temps une telle masse d'approvisionnements.
Grâce à l'activité du Gouvernement de la Régence, grâce à l'initiative de M. l'intendant Perrier, Paris a pu prolonger sa résistance bien au delà des prévisions, et si nos deux armées extérieures, de la Loire et de l'Est, étaient parvenues à se constituer solidement, et à remporter des avantages, les conséquences de cette résistance prolongée de Paris auraient été considérables.
(1) Voir, aux pièces à l'appui : Renseignements sur les effectifs de l'armée de Paris, aux diverses époques de la défense, et sur les distributions effectuées, pièce ii° XX; puis une Note sur la mouture des grains pièce n° XXI.