DÉCÈS
par
GlÉlilSON.
Les décès n'atteignirent donc pas la proportion de 18 p. 0/0; ce fut un résultat remarquable qui fut dû certainement au zèle du corps médical et au dévouement absolu des sœurs chargées de soigner les malades.
Comme nous l'avons dit, l'administration de la guerre disposait de 13,000 places environ au moment de l'inves-
Services des transports
spéciaux aux hôpitaux.
tissement ; mais ce nombre s'accrut tous les jours, grâce au concours apporté par l'Assistance publique. Et, au commencement de décembre, on peut évaluera 37,0001e nombre de lits réservés à l'armée, se décomposant de la manière suivante :
Hôpitaux militaires desservis par l'administration (personnel et matériel militaires ou auxiliaires) 9,500 lits.
Assistance publique 3,000
Presse et Société de secours 2,000
Ambulances municipales 2,000
Corporations religieuses 4,000
Ambulances privées (de toute contenance
et de toute origine) 16,500
37,000 lits.
Le départ pour l'armée du Rhin des compagnies du train des équipages stationnées à Paris avait forcé l'administration, au mois de juillet, à passer avec l'entreprise des voitures Bailly un marché général. Ce marché, qui comprenait le transport des malades des différentes car sernes aux hôpitaux militaires, reçut un commencement d'exécution dès le 16 juillet.
A l'époque du siège, il fallut lui donner une plus grande extension, et la Compagnie des omnibus ayant refusé de se charger du surcroit de travail, une clause additionnelle fut acceptée par le sieur Bailly. On arrêta que tous les soirs, 13 voitures passeraient dans les forts, à 5 heures, en suivant un itinéraire tixe et amèneraient les blessés et les malades du jour dans les établissements de Paris.
Quant au transport des varioleux, il s'opérait d'une fanon particulière.
L'Administration , à la lin de septembre, avait passe
DEFENSE DE PARIS. m
un marche avec le sieur Bcaurin, loueur de voitures à Montmartre ; les voitures de cet entrepreneur passaient deux fois par jour, à des heures délerminées, dans les quartiers de Paris ({ui étaient attribués à chacune d'elles, et s'arrêtaient aux a.nbulances militaires, aux hôpitaux et aux hospices. Elles passaient également devant les ambulances privées, sur les indications qui leur étaient données chaque malin.
Déià.au commencement de la cruerre, l'administration oiganisation civile et la charité publique étaient venues ea aide à l'ad- pnvécs. ministralion militaire, pour augmenter les ressources hospitalières de la capitale.
Un certain nombre d'ambulances privées avaient été créées , particulièrement dans le but de recevoir les blessés de l'armée du Rhin.
Après le désastre de Sedan, lorsqu'on put prévoir le siège de la capitale, les offres de secours furent considérables.
Toutes les corporations religieuses transformèrent en ambulances leurs établissements ; les grandes compagnies de chemins de fer organisèrent dans leurs gares de véritables hôpitaux. Le lycée Napoléon, le collège Ghaptal, l'École normale, l'École des beaux-arts, les établissements dé l'instruction publique, ainsi que ceux de la magistrature, apportèrent également leur concours. Ces établissements fournissaient, non-seulement le personnel, mais encore tout ce qui était nécessaire au service hospitalier.
Parmi les ambulances, capables également de se suffire à elles-mêmes, il faut encore citer les ambulances fournies par les théâtres, notamment par les Français, les Italiens, l'amljulance de la Belle-Jardinière, les am- Jjulances des sociétés d'assurance (Urbaine, Générale, etc.), l'ambulance Américaine.
ns IJKKKNSK DE PARIS.
¥a\ outre, de riches liôtels parliculiers s'ouvraient aux blessés, aux malades; de ce nombre étaient les ambulances de la reine d'Espagne , Richard Wallace , Rothschild.
Ailleurs, tout un quartier créait, avec les deniers de ses habitants, l'ambulance de la rue Violet qui devint bientôt une annexe militaire des Invalides.
Partout le plus grand dévouement fut déployé pour le soulagement des blessés ; chaque particulier rivalisa de zèle ; les offrandes en argent, en vêtements, en charpie, furent considérables, et permirent de subvenir aux immenses besoins que réclamait la multitude de malades et de blessés.
Deux grandes sociétés méritent particulièrement d'être citées : la Société des Ambulances de la Presse (1) et la Société internationale de secours aux blessés. s„ciété ^^ société de la Presse s'était occupée d'organiser des
ambulances, en consacrant à leur création les éléments qu'elle avait réunis antérieurement pour suivre l'armée du Rhin. Elle avait cherché, surtout au début, à former des ambulances volantes et des équipages de transport qui devaient aller chercher les blessés sur les champs de bataille. Au moment de l'investissement, elle fonda des établissements sédentaires et rallia à ceux-ci un c^tain nombre d'ambulances privées sous la direction éclairée des docteurs Ricord et Demarquay. Cette organisation prit immédiatement une importance considérable qui s'accrui encore dans la suite, à mesure que les exigences de la situation devinrent elles-mêmes plus grandes.
« Leurs voitures, dit M. Wolff, intendant général des « armées de la défense, en desservant quotidiennement « les postes avancés établis hors» des Ibrtilications, sur
(1) Vuir aux pifces jusliliLaliveti, n"» XXII, XXllI et XXIV.
lie la Presse.
aux blussùs,
(< la ligne extrême de défense, ont ramené bien des malce heureux, atteints par les maladies ou par le feu de « l'ennemi , et Forgariisation administrative, aidée par « des médecins zélés et intelligents , accourus en grand a nombre à l'appel du docteur Ricord, n'a rien laissé cà « désirer. »
Cette société, spécialement attachée à la deuxième armée, a trouvé de puissants auxiliaires dans les Frères de la doctrine chrétienne, qui, si modestes, si dévoués, et toujours si vaillants, jouaient le rôle de brancardiers en même temps que d'ensevelisseurs.
La Société internationale de secours aux blessés ren- sociPto dit également des services signales, hile avait envoyé secouitout d'abord à l'armée la majeure partie de son personnel et de son matériel; mais après Sedan, elle concentra ses ressources à Paris, et y installa des ambulances, d'abord au Palais de l'Industrie, puis au Grand-Hôtel (1) et au Corps Législatif. Elle avait au Palais de l'Industrie un matériel de transport considérable ; son personnel était nombreux et bien dirigé ; son service médical comprenait, comme celui de la Presse, les sommilcs scientifiques de Paris ; à sa tète étaient trois hommes d'une haute situation : MM. Serrurier, de Flavigny et Chenu. Elle aida puissamment l'administration militaire, surtout après la bataille de Champigny.
La Société internationale avait rallie un grand nombre d'ambulances privées qui devinrent de véritables succursales sur lesquelles elle exerçait une surveillance constante, ce qui soulagea d'autant le service de l'administration militaire.
(1) L'ambulance du Graiid-Hùlcl reiupliuja ccllo du Palais de 1 Industrie, lorsque le froid et une mortalité excessive eurent chassé la Société internalionaie du l'alais, qui était alisolument imprbprc au bcrvice hospitallici-,
i80 DÉFKNSE Dr-l PARIS.
ronciionncnicni La surveilkiiicc gônùralo du service hospilalicr fut orsurvice iiospi- <>auisée ])ar un arrêté du Gouvcrneup de Paris, eu dalc
talicr. PI -, . .
du '■10 octobre, qui institua une Commission supérieure d'inspection du service des blessés, ainsi composée : MAI. Jules Feury, maire de Paris, président ; WoLFF, intendant général ; Larrey, médecin en chef de l'armée ; CiiA.Mi'Ouii.LON, médecin en chef de la gaide
mobile ; Chenu, médecin de la Société internationale ; GuYON, chirurgien des hôpitaux ; Labbé, chirurgien des hôpitaux; Béiiier, médecin de l'Hôlel-Dieu ; Broga, professeur à la Faculté ; le docteur J. Worms, secrétaire.
Plus tard, par un arrêté du 19 novembre, l'organisation des ambulances fut rattachée à celle des secteurs. Toutes les ambulances du même groupe relevèrent de l'Hôpital central.
Les comptables ou les directeurs des grands hôpitaux centraux durent surveiller les ambulances des secteurs, soit par eux-mêmes, soit au moyen d'inspecteurs spécialement chargés de ce service.
Ils faisaient évacuer sur les établissements privés le trop plein des grands hôpitaux, établissaient le mouvement journalier du secteur, signaient les bons de vivres, etc.
Ce service, très-compliqué, exigeait de la part des comptables une surveillance active, surfout en ce qui concernait les distributions ; mais celte partie spéciale était néanmoins facilitée par le soin qu'avait pris le bureau des suljsistances de ilissémincr ses magasins et ses boucheries.
Un médecin, attache a chaque groupe, ins])ectail, au
DKFENSE DE PARIS. 181
point de vue médical, les ambulances privées de ce groupe, et adressait des rapports à M. le médecin-inspecteur Larrey.
Ainsi tous les établissements hospitaliers furent soumis à une surveillance de plusieurs degrés :
1° Celle des membres de la Commission supérieure;
2° Celle des intendants militaires et de leurs délégués ;
3° Celle des médecins de chaque secteur.
C'est par le concours de ces autorités diverses qu'on chercha à éviter les abus dans tous les établissements si variés qui reçurent les malades et les blessés ; on n'y parvint pas toujours : beaucoup de maisons pouvant contenir tout au plus deux et trois lits devinrent, sans qu'on s'en doutât, de véritables ambulances privées. Il n'avait pas été possible, en effet, d'accueillir toutes les demandes faites pour avoir le droit de créer une ambulance, soit que les locaux offerts ne fussent pas convenables , soit que le nombre de lits fût trop restreint, car il fallait éviter, autant que possible, l'éparpillement des malades et des blessés, la surveillance n'étant possible qu'à cette condition.
Quelques soldats de la ligne et un assez grand nombre de mobiles parvinrent à s'introduire d'une manière ou d'une autre dans ces ambulances avouées ou secrètes... Les médecins des secteurs ne purent pas toujours les y découvrir, beaucoup de ces militaires, dont le séjour se prolongeait indéfiniment, ne parurent plus à leur corps et furent perdus pour l'armée.
C'était une véritable désertion déguisée ; vers la fin de décembre, le nombre des non-valeurs était devenu si considérable, qu'il fallut désigner des médecins spéciaux chargés exclusivement de passer dans toutes les ambulances privées et d'en faire sortir les militaires gué-
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ris ou non malados. On en lit ainsi rentrer plusieurs milliers à leurs régiments.
Observations Lo scrvico hospitalier disposa donc, pendant le siège
sut' le sci'vice ,T-\-i ••l'ii ■ • 1
iio^iHiaïur de Pans, de ressources considérables : argent, matériel,
penilaiit le s.ége
(11! l'aiis. moyens de transport, hommes dévoués et auxiliaires actifs, tout lui fut prodigué. Les vivres et le combustible ' furent, il est vrai, défectueux vers la fin du siège, mais ils ne liront jamais sérieusement défaut. Enfin on se battait sur place et dans un pays admirablement approprié à la circulation; le transport des malades et des blessés ne devait donc pas rencontrer les diflicultés habituelles.
A côté de ce concours de conditions favorables, nous sommes forcé de signaler le désordre qui fut la conséquence de l'indépendance jalouse des éléments hétérogènes composant ce service médical. Il manqua une organisation assignant à chacun sa place et le genre de service qu'il était appelé à rendre.
D'un côté, en effet, les sociétés civiles, et même de simples particuliers, au lieu de se borner à bien faire le service des hôpitaux d'évacuation, voulaient faire sur le champ de bataille le service des ambulances. Faule de direction, et manquant souvent des moyens nécessaires, il leur arrivait de paralyser les ambulances divisionnaires et de corps d'armée. D'un autre côté, ces dernières organisaient des services hospitaliers dans des conditions souvent défectueuses; il y eut ainsi bien des efforts perdus, bien du dévouement gaspillé.
Il est à remarquer que les médecins sont restés à peu près étrangers à l'organisation du service médico-chirurgical de l'armée pendant tout le siège de Paris. Ce fut un tort, car ils auraient eu une autorité incontestée sur les sociétés civiles de secours aux blessés, et auraient lire inoillcui- parti des immenses ressources et du devoueluonl qu'elles (»rtVaienl à l'armée.