‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 2)Chapitre 53 sur 93 · PENDANT LES PREMIERS JOURS DU SIÈGE · texte numérisé non relu

PENDANT LES PREMIERS JOURS DU SIÈGE

( Du 15 au 30 Septembre )

La dépêche du chef de gare de Joinville , annonçant l'arrivée de l'ennemi sur la basse Marne, avait provoqué le mouvement du 13^ corps, qui, nous l'avons vu, était venu dans la nuii du 15 au 16 septembre prendre posiliôn sur le plateau de Vincennes ; mais les craintes étaient pour le moment exagérées : de ce côté, il n'y avait encore que des avant-gardes de cavalerie, le gros des colonnes ennemies arrivant par la vallée de la Seine; et, dès le 18 septembre, on dégarnit le plateau de Vincennes d'une division : la division de Maud'huy (2' du 13* corps) alla sur le plateau de Villejuif remplacer la division de Maussion du 14" corps, rapprochée

La division de Maud'liuy

quitte le plateau de

Vincennes pour s'établir

sur

le plateau de

Villejuif

(18 septembre).

de Vincennc!

fie Ghàlillon afin de prendre part à l'opération du lendemain, i.a division Dans la journée du 10, la division Blanchard quitte

Blancliard quitte " *

k" piaieau ^u louto hùtc sa posiliou pour aller défendre le front sud

do Vituennes t t^

aller 'dXndre do PaHs , quo l'ou croyait menacé à la suite du combat

(,.^S,;i:S). doChàtillon.

La division d'Exea (1'" du 13'' corps) reste seule sur le plateau de Vincennes. Etablie près des tribunes des courses , elle est chargée de la défense de tout le plateau et particulièrement de la garde du pont de Charenton.

Dispositions de Dès le 15 Septembre au soir, la division d'Exea prend

défense ^ ' ^

au-^ ïa"eau '"" ^®^ dispositious défonsives, un bataillon est détaché au pont de Charenton, qui est barricadé, des petits postes placés sur la rive gauche de la Marne se relient avec le fort de Charenton de manière à éviter toute surprise entre cet ouvrage et la rivière.

La route qui, venant de Saint-Maur, passe au-dessous de la redoute de Gravelle, traverse le village de Saint- Maurice et rejoint la grande rue de Charenton au débouché du pont; est barricadée ; car on peut craindre que l'ennemi, après avoir passé sans obstacles la Marne à Chennevières ou à Créteil, ne fasse une tentative de ce côté.

L'entrée du pont de Joinville, détruit sans nécessité (1), est barricadée; le poste chargé de la défendre se relie avix" quelques compagnies établies dans les jardins de Joinville bordant immédiatement la Marne; entourés de murs, de haies, ces jardins formaient un ensemble de positions excellentes pour observer la })laine de Poulangis.

(Il Lo iiiiiit (lo ,l()iiivill(^ sauta ilaiis la scii'i'.,» ,|u iô septembre : M. 1 Ingénieur eu clu'l" Ducros, cohinel du jjjeiiie auxiliaire, avait reçu tlireelernenl du Gouverneur l'ordre d'exécuter celle opération; il lui fut également commandé de faire sauter en deux endroits le viaduc de Nofcenl, ce qui eut lieu dans la nuit du Ifi au 10.

DÉFENSE DE PARIS. "lUi

Deux compagnies sont en réserve au centre de Joinville, sur la grande avenue qui domine le chemin de fer et le canal de Saint-Maur.

Sur la gauche , le pont de Joinville est relié au plateau par un poste établi dans la maison du garde-barrière au passage à niveau du chemin de fer, sous la Faisanderie.

Le village de Nogent est occupé et barricadé en partie; des sentinelles établies le long du chemin de fer audessus de la Marne font communiquer ce village à la F'aisanderie.

Les redoutes de la Faisanderie et de Gravelle qui ferment la presqu'île sont occupées par des compagnies de dépôt qui achèvent de s'organiser. Enfin , on établit un poste d'observation au Belvédère sur le bord du plateau entre Gravelle et le bois; de ce point, la vue s'étend sur tous les bords de la Marne, entre Charenton et Gréteil.

Le gros des troupes de la division se tient le long de la crête du plateau.

La 1" brigade (Mattat, 5" et 6^ de marche) , occupe le terrain compris entre le pont de Charenton et la redoute de Gravelle.

La 2^ brigade (Daudel, 7^ et 8' de marche), tient le plateau depuis Joinville jusqu'à Nogent-sur-Marne.

Pendant les trois ou quatre premiers jours, on fut de ce côté très-inquiet... Le front à garder étant très-étendu, les défenseurs peu aguerris, il était à craindre que l'ennemi, tentant une attaque de vive force, ne vint s'établir sur ce plateau, qui le mettait à quelques mètres du rempart, et d'où il prenait de flanc et à revers nos forts de l'Est... A la vérité, ce plateau de Vincennes était couvert par les redoutes de Gravelle et de la Faisanderie ; mais ces redoutes n'avaient pas un seul canon, et

DÉFENSE DE l'ARIS.

18 septembre.

Deux brigades

de cavalerie

sont inisL'-i il la

disposition

du

(jtuéral d'Exea.

les défenseurs n'étaient que des recrues à peine équipées, à peine armées...

Trôs-tourmonlé, le général d'Exca s'empressa de faire connaître à Paris la situation, priant instamment qu'on lui envoyât au moins du canon. Il ne lui fut rien répondu... Le général apprit seulement, par la suite, que sa demande avait provoqué une discussion entre les membres du Gouvernement pour savoir s'il ne fallait pas abandonner les ouvrages de Gravelle et de la Faisanderie , clefs de cette importante position.

Nous avons exposé dans le Livre P" les reconnaissances exécutées par la division d*Exea en avant de Maisons- Alfort et du fort de Gharenton ; nous avons parlé également du combat que cette division eut à soutenir sur le Montmesly dans la journée du 17 septembre. Nous n'y reviendrons pas.

Après ce combat de Montmesly , elle réoccupa ses bivouacs du plateau de Vincennes, améliorant chaque jour ses travaux défensifs, et dès le 21 septembre on put se considérer comme à l'abri d'un coup de main. Entre temps on eut à soutenir de légères escarmouches.

Le 18 septembre, une reconnaissance d'infanterie prussienne, de 200 hommes environ, s'avance jusqu'à 500 mètres dupent de Joinvillc. Elle échange quelques coups de feu avec le poste du pont, avec les troupes établies sur les bords de la Marne , dans les parcs de Joinville, puis ayant constaté l'état de nos forces, elle se retire.

Deux brigades de cavalerie sont mises à la disposition du général d'Exea le 21 septembre :

Régiment de marche mixte, Brigade de Bernis. j l"" Lanciers de marche,

Guirassicrs de marche.

DÉFENSE t3E PARIS.

l*"" Chasseurs, Brigade Cousin . .j 9^ id.,

Escadron de spahis.

Ce même jour, 21 septembre, le général d'Exea fait occuper le village de Nogent jusqu'au chemin de fer de Mulhouse.

Préalablement les francs-tireurs de la division , 200 hommes environ, commandés par le lieutenant Nicolai, du 6® de marche, jettent de l'autre côté de la Marne l'avant-poste ennemi , établi sur la rive droite en avant du pont de Bry (démoli).

Partis du bois de Vincennes à onze heures du soir, ces francs-tireurs de la ligne attaquent vigoureusement le poste bavarois , et le forcent à repasser la rivière. Aussitôt le village de Nogent est occupé par une batterie d'artillerie et deux bataillons, le 3® du 7^ de marche et le 2^ du 8^ de marche.

A l'extrémité Est du village, la propriété du maréchal Vaillant forme une très-bonne position , d'où l'on découvre toutes les pentes jusqu'à la Marne ; cette propriété , entourée de murs assez élevés , d'une escalade difficile, devient notre première ligne de défense; à sa hauteur, presque en face de l'église , une barricade est établie dans la Grande-Rue. Vers la partie Sud de Nogent, on occupe tous les jardins qui, ayant un commandement considéraljle sur la Marne et la plaine du Tremblay, constituent une excellente position. C'est de ce côté, dans le jardin de M'"" Lafollotte, que s'établit la batterie d'artillerie.

Le commandant Du Hanlay, du 7* de marche, chargé de compléter la défense de Nogent, s'acquitte de sa mission d'une manière remarquable, il achève tout en deux jours : l'enceinte continue formée de maisoîis, de murs, de haies, est organisée, les murs sont crénelés, les rues

Occupation

complète

du village de

Nogent-

sur-Marne.

DKFENSEt DK TAHIS.

■iH seplenilirc.

tirHiiiiisatioii

défensive

«lu villaf;e de

Saint-Miiiir.

Organisation défensive

en avant de Cbarenton.

Orguoisalion

barricadces , (juelques maisons et le réduit Ibrtifiés. Le parc du maréchal Vaillant, notamment, devient une véritable forteresse où chaque homme connaît son poste en cas d'alerte ; des communications en arrière sont assurées à travers les maisons à droite et à gauche de la (îrande-Rue.

Le 22 septembre, le lieutenant-colonel Tarayre, commandant le 7" de marche, organise la défense de Joinville et de Saint-Maur. Ayant à sa disposition les 1", 2* bataillons de son régiment (20% 23'), et le 2" bataillon de garde mobile du Loiret {ST régiment), il pousse ses avantpostes jusqu'à l'extrémité du village de Saint-Maur; la place de l'Église est solidement barricadée, des deux côtés nos troupes s'appuient à la Marne ; derrière la levée qui domine le canal , on prépare un réduit , enlîlant la Grande-Rue. Au milieu de cette Grande-Rue un observatoire est installé dans un belvédère d'où l'on découvre les presqu'îles de Champigny et de Saint-Maur.

Du côté de Gharenton, on porte également la défense plus avant ; nos postes se trouvent sur la droite du chemin de fer, à hauteur du fort de Gharenton.

Le pont d'Ivry , conservé , est barricadé de façon à défier toute tentative de l'ennemi du côté de Port-àl'Anglais.

Des patrouilles fréquentes traversent le village de Maisons-Alfort, dans lequel viennent également les patrouilles allemandes Plusieurs fois il y eut rencontre, échange de coups de fusil , avec blessés de part et d'autre.

Une compagnie de francs-tireurs (capitaine Lavignc), occupe l'École vétérinaire d'Alfort et les maisons voisines , de manière à nous relier avec le fort de Gharenton,

Entre les forts de Nogent et de Rosny se trouvent

PosiUvns le 26 Scpte^mbre

-BioisiojL cl'j:jce<i ( .l':^dic J3^^^ Corps J Brigades de cavalerie, d^ Je^rvis- e^ Coi^in MohilcT du. -Lleu.tenamt-ColoneZ./teUl&.

plusieurs excavations, plusieurs ravins en partie boisés, défensive

1 T 1 , 1. . , , du plateau de

encaisses, dont les déclivités et les pentes ne sont pas riimont. vues par le canon de. ces ouvrages. La redoute de Le régimeiit Fontenay, construite pour battre ces parties masquées, '"""^'ôccupV" étant insuffisante, il était à craindre que l'ennemi ne '° tIi'S '^'^ tentât de nuit un coup de main ; s'avançant inaperçu par ^"^ septembie) la gorge de la Mare, il pouvait se jeter sur le plateau de Tilmont ; maitre de cette position, il tournait et prenait à revers les forts ainsi que les ouvrages des plateaux de Vincennes et de Romainville.

Pour parer à tout événement, le régiment des mobiles du Tarn (7^), commandé par le lieutenant - colonel Reille, reçoit, le 23 septembre, l'ordre de se rendre sur le plateau de Tilmont, pour y commencer des travaux de défense : des tranchées sont creusées sur le bord du plateau, afin de relier le fort de Nogent, la redoute de Fontenay et le fort de Rosny; le château de Montreau, à la droite du fort de Rosny, est également mis en état de défense ; on organise une deuxième ligne en arrière, à l'entrée du village de Montreuil ; cette deuxième ligne de barricades, de murs crénelés, se prolonge par des tranchées jusqu'à Bagnolet, réunissant ainsi le plateau de Tilmont à celui de l'Épine. La capsulerie établie sur ce dernier plateau est organisée pour servir de réduit. Dans son voisinage, on installe deux poudrières blindées, un atelier de fascinage, et un sémaphore, avec signaux de la marine; ce sémaphore met le réduit de l'Épine en relation de jour et de nuit avec les forts de Noisy et Rosny ainsi qu'avec le bastion 17 des fortifications.

Les mobiles du Tarn (3,500 hommes) , chargés à la Arrivée fois de garder les plateaux de Tilmont, de l'Épine, 'àe môbne^

° '■ ^ ' de la lirûine

de fournir des travailleurs pour les tranchées à exécuter , «ui-

^ le plateau do

sur tout le périmètre, se trouvèrent bientôt insuffisants (..Gsel'temu

(26 septembre)

pour cctto double tâche, et, le 26 septembre, on dut leur adjoindre le 2* bataillon du régiment de mobiles de la Drôme, qui fut mis sous le commandement direct du lieutenant-colonel Reille, continuant toujours à prendre les ordres du général d'Exea.

Dés la fin de septembre, les mobiles du plateau de

Tilmont concourent avec la l""* division du 13' corps,

pour exécuter des reconnaissances dans la grande plaine

de Plaisance, entre le plateau d'Avron et la Marne.

ncconnaissance Gliaquc jour OU pousse dcs pointos, on va à la décou-

vers

Notre-Dame-de- verte en avaut de tout le front, au delà de Noerent, dans

Miches ' ^ '

(27 stptembie). j^ presqu'île de Saint-Maur et au delà de Maisons- Alfort.

Le 22 septembre les Tirailleurs parisiens du capitaine Lavigne, et une compagnie de ligne du fort de Charenton, s'avancent jusqu'à Créteil.

Ce village étant inoccupé, les tirailleurs vont de l'avant; mais l'ennemi, fortement retranché dans la grande ferme des Mèches, située entre Créteil et le carrefour Pompadour, les accueille, à la sortie du village, par une vive fusillade... Nos hommes se retirent après avoir tué ou blessé quelques vedettes ennemies ; de leur côté ils ont 1 mort et 2 blessés.

Ces petites escarmouches sont souvent renouvelées... Aux postes avancés, tout en améliorant et complétant les défenses de leurs positions, les troupes échangent à chaque instant des coups de feu avec les reconnaissances ou les grand'gardes prussiennes, et peu à peu nos jeunes soldats se familiarisent avec cette vie de fatigues et de dangers (1).

La cavalerie faisait aussi des reconnaissances, particu-

(1) Les fractions de la divi^^ioii d'I'lxea qui no se trouvaienl pas ilovaiU l'ennemi coniplélaient leur inslruclion niilitairo sur lo plateau do Vincennes.

DKFENSK DE PARIS. 221

lièrement clans la vallée de la Marne, du côté de Neuilly-sur-Marne.

Le 28 septembre, un escadron du 9* chasseurs, com- noconnaissances

dans

mandé par le capitaine d'Agon, explore les abords de la vaiiée de

Neuilly-sur-Marne, de Neuilly-sous-Bois, et pousse

dans la plaine jusqu'à la Maison-Blanche. Plusieurs de

nos cavaliers chargent les petits postes ennemis établis

eu dehors du parc, et les forcent à se réfugier derrière

les murs, après leur avoir blessé quelques hommes.

Page 1