OBSERVATIONS GENERALES
Des renseignements qui se succèdent autour de moi, il résulte que l'ennemi occupe très-solidement la ligne de L'Hay à Choisyle-Roi, en passant par Chevilly, la ferme de la Saussaie et Thiais. C'est une sorte de ligne fortifiée qui couvre les grands mouvements de troupes et de convois que l'armée prussienne fait entre Villeneuve-Saint-Georges et Versailles. Il y a donc tout lieu de croire que cette ligne sera difficile à enlever par des troupes qui se présentent devant elle sur un plateau découvert. Des pertes considérables et hors de proportion avec le but de l'opération peuvent s'ensuivre. J'ai donc décidé qu'elle ne serait abordée qu'après que le feu de tous les forts et ouvrages, qui ont des vues sur ces villages, aurait eu son cours pendant une demi-heure, à la pointe du jour. Des ordres précis seront donnés en conséquence, par le général Vinoy, au fort de Charenton, qui battra Choisy-le-Roi; au fort d'Ivry, qui voit à présent le pont de Choisy-le-Roi; au fort de Montrouge, qui a des vues sur L'Hay; enfin aux ouvrages du Moulin-Saquet et des Hautes-Bruyères, qui utiliseraient pour cet objet leurs pièces de 12.
Après une demi-heure (montre en main) de ce feu d'artillerie, qui ne devra pas être précipité, l'infanterie commencera son mouvement, ne montrant que des tirailleurs et des canons, gardés par des détachements couchés. Les masses seront dissimulées derrière les plis de terrain, et je répète qu'elles ne pourraient être montrées sur ce plateau découvert sans courir la chance de pertes très-considérables.
L'opération devra être rapidement conduite; la retraite devra se faire en bon ordre, 'le terrain à parcourir étant très-peu étendu Les troupes désignées à l'avance pour cet objet réoccu
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pcront en passant le Moulin-Saquet, Villejnif et les Hautes- Bruyères, avec le canon qui garnit les positions.
Paris, le 29 septembre 1870.
Le Gouverneur de Paris,
Signé : Général Trochu.
Général Tripier à Générai Vinoy.
Paris, 6 octobre 1870.
Je regrette beaucoup de ne vous avoir pas rencontré hier soir. Je voulais vous entretenir des travaux à exécuter en avant do la ligne du Petit-Vitry au fort de Montrouge. M. le Gouverneur les a admis, et il n'y a guère que l'occupation de la maison Plichon, à la rencontre de la route d'Orléans et de la route de Bagneux, contre laquelle vous faites quelques objections, qui reste indécise.
Ces travaux ont pour but de donner une grande sécurité à cette partie de la fortification de Paris. Vous savez, comme moi , qu'à Sébastopol , les grandes parallèles qui enveloppaient la place, avaient beaucoup de puissance d'action. C'est le moyen que nous voulons employer, et je crois qu'il n'y en a pas d'autre, aussi bien pour l'attaque que pour la défense ; dans le moment il ne s'agit que de la défense ; mais si l'on voulait marcher en avant, l'emploi de ces grandes lignes éviterait les grandes pertes que l'on a éprouvées, lorsqu'on s'est porté sur L'Hay, Chevilly et Choisy.
Je vous prie de donner des ordres pour que l'on mette à ma disposition des ouvriers militaires pour l'exécution de la partie de ces travaux adoptée par le Gouverneur. Quant à ce que vous croyez ne pas devoir occuper, nous attendrons que vous ayez pris une décision à cet égard.
L'occupation de Cachan est une nécessité; il y a là des ouvertures de souterrains de carrières pour aller au-dessous du fort de Montrouge, dont il faut être maître. L'aqueduc reste toujours une partie de l'cnceinto , et Cachan en est la défense avancée indispensable. Cette occupation est admise par le Gouverneur.
Je vous prie donc de mettre demain à ma disposition les ouvriers militaires nécessaires pour exécuter les travaux, • Agréez , etc.
Signé : J, Tripier.
Gouverneur de Paris à Général Vinoy.
Vous avez été informé ce soir du mouvement de troupes Irèsconsidérable que l'ennemi a fait de votre côté. Il y a là des menaces d'accord avec les bruits qui courent dans le public, et aussi avec les dires des prisonniers, dont il faut absolument tenir compte. J'ajoute qu'indépendamment de ces menaces, dont la réalisation peut être immédiate, il convient de ne pas oublier que l'anniversaire de la bataille d'Iéna arrive dans trois jours (leli octobre), et que les Prussiens ont à un haut degré la croyance des anniversaires.
Ainsi, je vous recommande la vigilance plus encore que je ne vous l'ai recommandée hier.
Je vous prie de donner, dans ce sens, à tout votre monde les ordres les plus précis. A partir de demain matin , le général de Maud'huy devra entretenir, à poste fixe, deux veilleurs armés de bonnes lunettes dans le clocher de Villejuif, et il devra vous tenir constamment informé.
Si vous devez être attaqué, ce sera, comme toujours, avec un maximum d'artillerie et des masses très-considérables, mais qui, comme toujours aussi, ne se montreront guère.
Elles franchii'ont probablement de nuit le plateau sur lequel, de jour, elles seraient exposées à vos coups, et enfin elles s'effoi'ceront d'agir par les points où elles peuvent cheminer à couvert en tournant vos positions, c'est-à-dire par la vallée de la Bièvrc et par le bas de Vitry.
Vous avez, actuellement, d'Issy à Port-à-l'Anglais, à peu près 35,000 hommes; c'est suffisant pour tenir cette ligne, si étendue qu'elle soit, parce qu'il nous faut, nous aussi, ne montrer de masses nulle part. C'est avec un maximum d'artillerie, et en occupant opportunément tous les points de la ligne que nous avons rendus défensifs, qu'il faut tenir tête à cet orage s'il vient.
Préoccupez-vous donc, dès demain, de l'établissement de vos deux divisions et de vos bataillons de mobiles sur cette ligne
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défensive, chacun des points de celte ligne, qui ne devra pas être épaisse et représentera une sorte de ligne de tirailleurs, ayant à sa portée des réserves particulières convenablement postées et convenablement abritées. A tout cet ensemble, je donnerai pour réserve l'une des divisions du général Renault, aue je vous enverrai dès demain.
Quant à votre artillerie, je la renforcerai : 1° par l'artillerie divisionnaire provenant du 14" corps ; 2" par sept batteries de 12, prises à la réserve de Paris, le tout formant un ensemble de vingt-deux batteries, soit cent trente-deux pièces de canon où le 12 figure pour une gi'ande part. En y ajoutant l'action des forts et l'effet moral qu'ils produisent, il y aura là un appareil de bataille défensive, que je considère comme formidable , si les troujtes, bien postées, font leur devoir.
Demain matin, de bonne heure, quatre batteries de 12, partant des Tuileries et de l'Ecole-Militaire, chemineront vers vous par la chaussée du Maine, la route d'Orléans, prendront à gauche par Arcueil et ai'riveront en arrière des Hautes-Bruyères, où vous aurez un officier qui les postera. L'emplacement utile pour ces vingtquatre pièces me paraît être entre les Hautes-Bruyères et Villejuif, derrière l'épaulement, car il pourra y avoir là un grand effort d'artillerie à faire. Mais cette ligne sera mince, et il faudra qu'elle soit soutenue : 1° par une forte réserve abritée en arrière et à droite de la redoute des Hautes-Bruyères, dans la dépression que vous connaissez; 2° par une autre foi'te réserve portée en avant et près du fort de Bicètre, dans une dépression qui doit exister près du glacis. Celle-là sera un peu éloignée, mais je crois pas qu'il y ait de couvert plus rapproché. Vous aurez d'ailleurs, àl'entrée de Villejuif, une troisième réserve qui pourrait se porter sur le plateau à sa droite, s'il en était besoin. Cellelà ne sera pas vue.
La division du général Renault arrivera, dans l'après-midi, de bonne heure, je pense, sur l'avenue qui est en avant de la porte d'Italie, à hauteur du fort de Bicètre.
En réalité, elle aura fait une étape, et il faudra la mettre au bivouac à son arrivée. Vous aurez là un ou deux officiers pour la recevoir, l'installer dans les terrains à droite et à gauche de l'avenue, qui devra rester libre pour ses trois batteries.
Enfin, trois batteries de 12, formant votre complément d'artillerie, partant également du bois de Boulogne, traverseront la Seine au pont de la Concorde, et suivront les quais de la rive gauche, jusqu'à la porte de la Gare, sortiront de l'enceinte et s'arrêteront à hauteur du Port-à-l'Anglais, sur la grande avenue.
Des batteries de la division de renfort, stationnées route d'ila-
lie, comme des trois batteries de 12 stationnées à hauteur du Portà-l'Anglais, le général d'Ubexi disposera pour la défense de vos positions (concurremment avec ses propres batteries), depuis Villejuif jusqu'au Port-à-l'Anglais, en passant par le Moulin-Saquet et Yitry. Il faudra avoir des officiers pour donner à tout cet ensemble, qui sera compliqué, les emplacements utiles pour la défense.
Toute la journée de demain , jusqu'à la nuit, devra être consacrée à cette organisation défensive, à laquelle je vous prie de donner tous vos soins. Il faudra la perfectionner les jours suivants si l'ennemi ne prononce pas l'attaque attendue.
Le général Blanchard, immédiatement prévenu, devra prendre, dans sa zone, toutes les dispositions défensives qui le concernent avec son canon et son infanterie.
Signé : Général Trochu.
(Cette lettre est arrivée à minuit, dans la nuit du 10 au 11 octobre.)
Gouverneur de Paris à Généra] Vmoy.
Les renseignements qui me parviennent ce soir tendraient à me faire croire que le grand mouvement de concentration qui s'est fait ces jours derniers aurait peut-être pour but une expédition en province.
Afin de nous renseigner sur ce point, veuillez donner des ordres au général Blanchard pour qu'il fasse demain une grande reconnaissance jusque sur le plateau de Châtillon ; il a à sa disposition tous les moyens nécessaires pour tâter fortement l'ennemi sur ces positions.
Veuillez me faire connaître l'heure à laquelle le général Blanchard se mettrait en route.
Signé : Général Trochu.
(Lettre arrivée le 13 octobre, à minuit et quart; à 2 heures, au général Blanchard ; à 4 heures, aux généraux de SusbioUe et de La Mariouse.)
Rapport du Général Vinoy sur l'affaire du 13 octobre iSV'J.
Monsieur le Gouverneur,
Dans la soirée du 12 courant, vous m'avez prescrit d'opérer une grande reconnaissance sur Bagneux et Châtillon et de tàter fortement l'ennemi vers ses positions.
J'ai transmis immédiatement vos ordres, et pour en diriger el en sui'veiller l'exécution, je me suis transporté le lendemain, dès six heures du matin, au fort de Montrouge.
Mes instructions n'ont pu parvenir au général Blanchard qu'à une heure assez avancée de la nuit, et les dispositions à prendre nécessitant un certain temps, l'attaque des villages n'a pu commencer que vers neuf heures. Celte cii^constance n'a pas été défavorable au résultat de la journée, car l'attention de l'ennemi est surtout éveillée au point du jour; plus tard il se relâche un peu de sa surveillance.
A neuf heures précises, toutes les troupes étaient postées aux points qui leur avaient été assignés d'avance. Elles se mettaient en mouvement à un signal convenu : deux coups de canon tirés par le fort de Montrouge.
La 3* division du 13" corps (général Blanchard) était spécialement chargée de l'action ; elle devait être soutenue par la brigade Dumoulin, de la division de Maud'huy et par la brigade de La Charrière, division de Caussade.
Deux bataillons du 13» de marche, avec 500 gardiens de la paix, devaient s'emparer de Clamart, s'y maintenir, surveiller Meudon et pousser les avant-postes jusque sur le plateau de Châtillon.
Le général de Susbielle, avec le reste de sa brigade (le 14* de marche et un bataillon du IS*"), renforcée de 500 gardiens de la paix, devait attaquer Châtillon par la droite ; les mobiles de la Côte-d'Or et un bataillon des mobiles de l'Aube devaient forcer Bagneux, s'y établir solidement, tandis que le 35^' de ligne, avec un autre bataillon de la Côte-d'Or, devait aborder Châtillon de front et occuper Fontenay, pour siuveiller la route de Sceaux.
Le 42* de ligne, avec le 3" balailloji de l'Aube, recevait l'ordrede rester en réserve en arrière de Châtillon, vers le centre des opérations, au lieu dit la Baia(iuo.
La brigade de La Charrière avait pour mission do se porter sur la roule de Bourg-la-Heino, el de maintenir les forces que l'on-
nemi dirigerait de ce côté, pour essayer de tourner notre gauche.
La colonne de droite s'empare, sans coup férir, de Clamart, s'y maintient, mais trouve près du plateau de Chàtillon des positions fortement occupées. Elle s'arrête donc sans pousser plus avant.
Le général de Susbielle attaque vigoureusement Chàtillon, soutenu par son artillerie de campagne et par celle des forts d'Issy et de Vanves. Mais il est arrêté dès l'entrée du village par des barricades qui se succèdent, et par une vive fusillade partie des maisons crénelées.
Il est obligé d'emporter une à une toutes ces maisons et de faii'e appel à l'énergie de ses troupes, tout en usant d'une extrême prudence, pour continuer cette guerre de siège. Le général reçoit un coup de feu à la jambe, mais sa blessure est heureusement sans gravité ; il l'este à cheval et continue à commander sa brigade.
La colonne de gauche enlève rapidement Bagneux, après une vive résistance : les mobiles de la Côte-d'Or et de l'Aube, sous la conduite du lieutenant-colonel de Grancey, se montrent aussi solides que de vieilles troupes. C'est dans cette attaque que le commandant de Dampierre, chef de bataillon de l'Aube, est tombé à la tête de son bataillon.
Pendant ce temps, le 35'= de ligne et un bataillon de la Côted'Or, sous les ordres du colonel de La Marieuse, tentent de se frayer un passage entre Bagneux et Chàtillon ; mais ils sont arrêtés parla mousqueterie et l'artillerie ennemies; ils sont obligés, eux aussi, de faire le siège des maisons et des murs de parc, crénelés et vigoureusement défendus, et ils parviennent jusqu'au cœur du village.
La brigade Dumoulin, qui avait pris position à la grange Ory, reçut l'ordre de se porter en avant pour appuyer le mouvement du colonel de La Mariouse ; elle occupa le bas de Bagneux, tandis que le 35'' cheminait par le centre, pour forcer la position de Chàtillon.
La brigade de La Charrière s'acquittait convenablement de la tâche qui lui avait été confiée. Elle faisait taire, par son artilleiùc judicieusement dirigée, le feu d'une batterie ennemie, postée vers l'extrémité de Bagneux, et qui s'efforçait d'inquiéter nos réserves, dans le but de tourner notre gauche.
Après cinq heures de combat, vous avez ordonné la retraite ; elle s'est effectuée dans le plus gi-and ordre. L'ennemi a essayé de reprendre rapidement ses positions, et il a engagé un feu trèsvif de mousqueterie et d'artillerie ; mais nos batteries divisionnaires et les pièces du fort de Yanves, de Monlrouge et d'|ssy
l'ont arrêté court dans cette tentative. Les troupes laissées en réserve ont appuyé la retraite avec calme.
Le but que vous vous étiez proposé a été complètement atteint; nous avons obligé l'ennemi à montrer ses forces, à appeler do nombreuses troupes de soutien, à essuyer le feu meurtrier de nos pièces de position et de notre excellente artillerie de campagne. 11 a dû subir de fortes pertes, tandis que les nôtres sont peu sensibles, eu égard aux résultats obtenus. J'estime que nous n'avons pas eu plus de 30 hommes tués et 80 blessés.
Vous avez pu juger vous-même, Monsieur le Gouverneur, par l'attitude des troupes qui reprenaient leurs campements, de l'élan et de la vigueur qu'elles avaient dû déployer dans l'attaque.
Le Général commandant en chef le i3e corps. Signé : Vinoy.
xxxin.
ORDRE
Dans le combat d'hier, la division Blanchard, du 13* corps, les bataillons de la garde mobile et le corps des gardiens de la paix qui y sont attachés, ont acquis de nouveaux droits à la reconnaissance du Gouvernement de la Défense nationale et du pays. Les troupes ont montré de la vigueur, de l'aplomb, des habitudes d'ordre et de discipline dont j'ai à les féliciter.
Le 35* l'égiment d'infanterie et les bataillons de la Côte-d'Or, qui déjà s'étaient brillamment conduits au combat de Villejuif, les bataillons de l'Aube, qui abordaient l'ennemi pour la première fois, les gardiens de la paix, qui ont perdu un officier et plusieurs hommes, se sont hautement distingués.
Le lieutenant-colonel de Grancey, des bataillons de la Côte-d'Or, a énergiquement contribué, à la tète de la garde mobile, au succès de la journée.
Le commandant de Dampierre, des bataillons de l'Aube, entraînant sa troupe à l'attaque de Bagneux, où il est entré le premier, a succombé glorieusement, et je donne ici à ce vaillant oflicier des regrets que l'armée partagera tout entière.
Paris, le 14 octobre 1810.
Le (iouvernciir de Paris,
Signé : Général Troghu.
Rapport du Général Oucrot sur le combat de la Malmaison.
(21 octobre 1870.)
Monsieur le Gouverneur,
La sortie ordonnée par vous, en avant de nos lignes, s'est exécutée hier conformément au programme que j'avais eu l'honneur de vous soumettre.
Les troupes d'attaque étaient formées en trois groupes : 1" groupe, général Berthaut, 3,400 hommes d'infanterie, 20 bouches à feu, un escadron de cavalerie : destiné à opérer entre le chemin de fer de Saint-Germain et la partie supérieure du village de Rueil.
2« groupe, général Noël, 1,350 hommes d'infanterie, 10 bouches à feu : destiné à opérer sur le côté Sud du parc de la Malmaison et dans le ravin qui descend de l'étang de Saint-Gucufa à Bougival.
3'' groupe, colonel Cholleton , 1,600 hommes d'infanterie, 18 bouches à feu, un escadron de cavaleiùe : destiné à prendre position en avant de l'ancien moulin au-dessus de Rueil, à relier et à soutenir la colonne de droite et la colonne de gauche.
En outre, deux fortes réserves étaient disposées, l'une à gauche , sous les ordres du général Martenot , composée de 2,600 hommes d'infanterie et de 18 bouches à feu ; l'autre au centre, commandée par le général Paturel, composée de 2,000 hommes d'infanterie, de 28 bouches à feu et de deux escadrons de cavalerie.
' A 1 heure, tout le monde était en position et l'artillerie ouvrait son feu sur toute la ligne, formant un vaste demi-cercle de la station de Rueil à la ferme de la Fouilleuse ; elle concentrait son feu pendant trois quarts d'heure, sur Buzenval, la Malmaison, la Jonchère et Bougival. Pendant ce temps, nos tirailleurs et nos tètes de colonne s'approchaient des objectifs à atteindre, c'est-à-dire la Malmaison pour les colonnes Berthaut et Noël, Buzenval pour la colonne Cholleton,
A un signal convenu, l'artillerie a cessé instantanément son feu et nos troupes se sont élancées avec un admirable entrain sur les objectifs assignés ; elles sont arrivées promptement au ravin qui descend de l'étang de Saint-Gucufa au chemin de fer américain, en contournant la Malmaison. La gauche du général Noël a dépassé ce ravin et a gravi les pentes qui montent à la Jon-
470 DÉKKNSE DE PARIS.
chère ; mais elle s'est trouvée bientôt arrêtée sous un feu violent de mousqueterie partant des bois et des maisons, où l'ennemi était resté embusqué malgré le feu de notre artillerie. En mémo temps, quatre compagnies de zouaves, sous les ordres du commandant Jacquot, se trouvaient acculées dans l'angle que forme le parc de la Malmaison au-dessous de la Jonchère, et auraient pu être très-compromises, sans l'énergique intervention du bataillon de Seine-et-Marne, qui est arrivé fort à propos pour les dégager. Ce bataillon s'est porté résolument sur les pentes qui dominent Saint-Cucufa, sa droite appuyée au parc de la Malmaison ; il a ouvert un feu très-vif sur l'ennemi, qu'il a forcé de reculer, et a permis ainsi aux quatre compagnies de zouaves d'entrer dans le parc.
Dès le commencement de l'action, quatre mitrailleuses, sous les ordres du capitaine de Grandchamp, et la batterie de 4 du capitaine Nismes, le tout sous la direction du commandant deMiribel, s'étaient portées, avec une remarquable audace, très en avant, pour soutenir l'action de l'infanterie. Ses positions étaient d'ailleui's très-bien choisies et les résultats ont été très-satisfaisants.
En même temps, les francs-tireurs de la 2* division, commandés par le capitaine Faure-Biguet (colonne Cholleton), se précipitaient sur Buzenval, y entraient et se dirigeaient sous bois, vers le bord du ravin de Saint-Cucufa.
Vers 5 heures, la nuit arrivant et le feu ayant cessé partout j'ai prescrit aux troupes de rentrer dans leurs cantonnements respectifs.
Nous avions eu, devant nous, pendant le combat, la 9* division du 5" corps prussien, une fraction du 4« corps et un régiment de la Garde. Ces troupes ne nous ont opposé qu'une force d'artillerie inférieure à la nôtre.
En résumé, le but a été atteint, c'est-à-dire que nous avons enlevé les premières positions de l'ennemi, que nous l'avons forcé à faire entrer en ligne des forces considéralilos, qui, exposées pendant presque toute l'action au feu foiinidable de notre artillerie, ont dû éprouver de grandes pertes. Le fait est d'ailleurs constaté par les récits de quehiues prisonniers que nous avons pu ramener.
Mais co que je me plais surtout à reconnaître avec un sentiment de grande satisfaction, c'est l'excellente attitude de nos troupes: zouaves, gardes moljiles, infanterie de ligne, tirailleurs Dumas, francs-tireurs de la ville do Paris, tout le monde a fait son devoir. *
Les batteries du conmiandant de Miribel ont poussé l'audace jusqu'à la témérité, ce qiii a ampné iin incident l'Aclieu)^ ; la batterio
de 4 du capitaine Nismes a été surprise tout à coup près de la porte de Longboyau par une vive fusillade qui, presque à bout portant, a tué le capitaine commandant la compagnie de soutien, iO canonniers et 15 chevaux.; il en est résulté un instant de désordre pendant lequel 2 pièces de 4 sont tombées entre les mains de l'ennemi.
Tel est, Monsieur le Gouverneur, succinctement et sauf rectifications ultérieures, le récit de cette affaire du 21. J'aurai l'honneur de vous transmettre plus tard l'état de nos pertes en tués et blessés, qui, je l'espère, sont relativement peu considérables ; je vous ferai connaître, en même temps, les noms de ceux qui se sont particulièrement distingués.
Je dois ajouter que, pendant l'opération principale, la colonne du général Martenot faisait une utile diversion à notre gauche ; un bataillon s'installait à la ferme de la Pouilleuse, et ses tirailleurs poussaient jusqu'aux crêtes, occupant môme pendant un instant la redoute de Montretout et les hauteurs de Garches.
A droite, le régiment de dragons, appuyé d'une batterie à cheval, se pointait dans la direction de la Seine, entre Argenteuil et Bezons, et canonnait quelques postes ennemis. La droite de cette colonne de cavalerie se reliait avec les troupes du général de Bellemare, qui était venu prendre position derrière Golombes.
Veuillez agréer, etc.
Signé : Général A. Ducrot.
P. S. — En terminant, je dois mentionner particulièrement les éclaireurs Franchetti, qui avaient été placés dans ces différentes colonnes et qui, comme toujours, se sont montrés aussi dévoués qu'intelligents et intrépides.
Signé : Général A. Ducrot.
Journal des marches et opérations militaires du 14o corps.