‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 30 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

Il est dt'cîde que

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par raggloméralion de la l** armée autour de Vincîennes et sur les bords de la Marne, il était probable que si rien ne se produisait sur les autres parties du périmètre, de nombreuses réserves arriveraient sur les plateaux de Villiers et de Chennevières, directement menacés. Si, au contraire, des diversions avaient lieu dans la matinée vers Saint-Denis, le Mont-Valérien, en avant de Bicêtre, l'ennemi pourrait croire que nos feux nombreux et tout ce grand mouvement de troupes aux environs de Vincennes n'étaient qu'une ruse de guerre. . . Dans tous les cas les forces ennemies engagées sur ces points éloignés seraient détournées du véritable objectif. Quand on veut exécuter un grand passage de rivière ou toute autre opération de guerre analogue, on peut faire deux sortes de démonstrations pour donner le change à l'ennemi.

La première a lieu quelques heures seulement avant la véritable action, la deuxième vingt-quatre heures avant ou plus encore.

L'une est une démonstration tactique , l'autre une démonstration stratégique.

Le 28 au soir, il était décidé que les troupes de la 3* armée, du Mont-Valérien et de Saint-Denis , opérant presque en même temps que la 2* armée, feraient des démonstrations tactiques ; le 29 au matin, après la crue, on transforma simplement ces démonstrations tactiques en démonstrations stratégiques.

On peut contester le bien fondé de ce changement, mais ce qui est certain , c'est que si le contre-ordre n'a pas été expédié avant le jour, ce n'est pas par oubli ou négligence, comme on l'a prétendu, mais par suite d'un plan rationnel , sérieusement étudié et longuement discuté.

Que les sacrifices fussent faits la veille de l'affaire

principale ou le jour même, peu importait, du moment où ils concouraient également au but commun.

Plus tard le général Trochu revint sur cette première détermination, et, vers les huit heures, il envoyait au général Vinoy , à l'amiral de La Roncière le Noury , au commandant du Mont-Valérien, avis du retard apporté dans le passage de la Marne et de rajournement de l'opération : chacun restant libre d'apprécier ce qu'il convenait défaire suivant le degré d'avancement et les résultats des actions entamées.

Ce retard de vingt-quatre heures nous porta grand conséquences préjudice, car non-seulement il nous contraignit à modi- de yingt-quaire fier nos combinaisons, mais la vue de forces imposantes sur le plateau de Vincennes amena l'ennemi à précipiter la concentration qui, d'après les ordres du grand quartier général, ne devait avoir lieu que le 30 à midi.

Nous lisons, en effet, dans les ouvrages officiels allemands :

€ Dans le courant de novembre, la division wurtem- « bergeoise était spécialement chargée de la garde de € tout le terrain entre la Marne et la Haute-Seine ; le « général d'Obemitz, commandant la division, avait € son quartier-général au château du Piple.

€ La 1" brigade, général-major de Reitzenstein, oc- € cupait les positions de Villiers, Gœuilly et Chenne- € viôres ; ses avant-postes étaient au Bois-du-Plant et à € Champigny.

€ La 2* brigade, général-major de Starkoff, occupait « le centre, c'est-à-dire la ligne Bonneuil-Ormesson- € Sucy, et avait ses avant-postes à Bonneuil.

€ La 3* brigade, colonel de Hûgel, occupait la ligne c Montmesly-la Folie.

€ Depuis le commencement du mois, cette division « était appuyée à droite par la 24* division d'infanterie

€ (saxonne)^ qui avait reçu Tordre de se placer à che- € val sur la Marne pour servir de réserve à la division € wurtembergeoise d'un côté, et à la 23* division d'int fanterie de l'autre. Ses cantonnements étaient en ar- « rière de Noisy-le-Grand, où elle n'avait que des avanl- « postes ; la ligne de sentinelles avancées était établie « le long de la Marne jusqu'à Bry.

« D'après des nouvelles de sources différentes, et « d'après les observations faites par leurs avant-postes, « les Allemands avaient été amenés à penser qu'une « grande sortie de Paris se préparait pour la fin de no- € vembre ; et, suivant divers indices, cette sortie devait « s'exécuter vers le sud ou le sud-est.

« En conséquence, le 26 novembre, le Prince Royal « de Prusse ordonnait à la T brigade d'infanterie du « 2* corps d'armée de se porter vers Villeneuve-Saint- « Georges et Montgeron occupant les deux rives de la « Seine (1). Le 28, la prise d'Amiens rendant impro- « bable une trouée vers le nord, les prévisions d'une « sortie vers le sud-est se confirmèrent de plus en plus. « Aussi le 29, le grand quartier général allemand expé- « diait la dépêche suivante au Prince Royal de Prusse, € commandant la 3* armée stationnée au sud de Paris, « ainsi qu'au Prince Royal de Saxe, commandant l'ar- « mée de la Meuse, laquelle occupait le nord et le nord- « ouest de la place :

« D'après les renseignements que nous recevons de « la 2^ armée (Frédéric-Charles), il faut redouter « une attaque sérieuse contre la division Mrurtember- « geoise. La prise d Amiens, qui a eu lieu hier, « rend vaine toute tentative dirigée par le nord, « Faites par conséquent soutenir la division wur-

(1) Voir croquis n" 5.

« lembergeoise par toutes les troupes disponibles.

c Au reçu de ce télégramme, le Prince de Prusse fit

« passer sur la rive droite de la Seine, aux abords de Vil-

« leneuve-Saint-Georges, toute la 7* brigade (du 2* corps).

c Le commandant de Tarmée de la Meuse, faisant une « nouvelle répartition de ses forces, ordonna au 4® corps « de s'étendre à gauche jusqu'à Montmorency; à la « Garde d'appuyer jusqu'à Sevran, et à la 23* division « d'appuyer jusqu'à la Marne; il prescrivit, en outre, à « la 24* division d'infanterie de passer en entier sur la « rive gauche de la Marne, et d'occuper le terrain de- € puis Noisy-le-Grand jusqu'à Champigny. De cette ma- « nière, la division wurtembergeoise, appuyée à son « aile gauche par la T brigade d'infanterie, n'aurait plus c à couvrir que la ligne de Champigny à Valenton. Ces « changements devaient être exécutés le 30 à midi. »

Ainsi le 29 novembre, au moment où nous devions attaquer, la division wurtembergeoise formait un mince cordon depuis Villiers jusqu'à la Seine près de Villeneuve-Saint-Georges ; une brigade saxonne, à sa droite, fournissait les avant-postes de Bry et de Noisy-le-Grand, mais le gros des troupes se trouvait à Gournay, prêt à se porter d'un côté ou de l'autre de la Marne suivant la direction de l'attaque. Le reste du corps saxon s'étendait jusqu'au delà du canal de l'Ourcq et se trouvait ainsi fort éloigné de notre objectif.

Le 29, au début de l'action, nous ne devions donc avoir affaire, entre Noisy-le-Grand et Chennevières, qu'à une brigade wurtembergeoise et quelques bataillons saxons.

Le 30, au contraire, par suite de la concentration ordonnée entre la Seiile et la Marne, nous allions rencontrer sur le même terrain, entre Noisy-le-Grand et Chennevières, outre la brigade wurtembergeoise, une

brigade saxonne complète (la 48"), et bientôt la 47" brigade, qui avait reçu Tordre d'occuper Chelles et d* appuyer à la Marne. ..

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