‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 40 sur 84 · SUT · texte numérisé non relu

SUT

le plateau de Villiers.

i06 DÉFENSE DE PARIS.

Les batteries Nismes et Mahîen, un peu moins exposées , se maintiennent, tout en éprouvant de grandes pertes... elles sont bientôt renforcées par une batterie de la division Berthaut, la 5* du 22*, capitaine Lapàque, qui s'établit sur la droite, non loin du chemin de fer, et nos trois batteries, dirigées avec autant d'habileté que de vigueur, ripostent énergiquement aux coups de Villiers. Dans le même temps, de l'autre côté du ravin de la Lande, les batteries de la division de Malroy sont aux prises avec l'artillerie de Cœuilly.

Malheureusement, dans ce duel violent et meurtrier, le terrain nous était des plus défavorables ; placée en contre-bas , notre artillerie voyait difficilement les objectifs dissimulés par les déclivités du sol... en face de Villiers, il fallait gravir le renflement même du mamelon, et s'avancer jusqu'à 5 ou 600 mètres du parc pour voir suffisamment la muraille; mais alors on se trouvait à bonne portée de fusil... et dès que nos batteries apparaissaient, elles étaient balayées avant même d'avoir pris position.

Aussi était-ce avec une fébrile impatience que le général en chef attendait rentrée en ligne du 9* corps ; espérant toujours le voir déboucher, à chaque instant il tournait ses regards du côté de Noisy. . . quand vers les onze heures on lui apprend, à son grand étonnement, que le général d'Exea n'a même pas commencé son passage de rivière...

Il fallait donc longtemps encore rester passivement, sans bouger sous le feu terrible de Villiers et de Cœuilly... C'était impossible.

Notre artillerie souffrait cruellement , notre infanterie tenue immobile au milieu d'une pluie de projectiles, commençait à montrer une certaine inquiétude. . . Il devenait indispensable de brusquer l'attaque... le général

en chef lance ses troupes sur le parc de Villiers (1).

En première ligne se trouvent les éclaireurs du quar- Attaque lier général, commandés par le capitaine de Néverlêe, parc de viiiiers les francs tireurs de la division de Maussion, commandant Contl, et un certain nombre de compagnies des 123* et 124* de ligne.

Tous se portent en avant, mais arrivés à portée, nos soldats sont reçus par un feu roulant de mousquelcrîe. . . les plus avancés tombent, ceux qui suivent s'arrêtent, un moment de trouble, de désordre se produit. . . Les officiers généraux, les chefs de corps se précipitent au milieu de leurs hommes... ils les appellent, les arrêtent, les entraînent, et tous, chefs, soldats, 2,000 hommes environ, fondent sur Tennemi... les Allemands plient, maïs tout en reculant ils démasquent à droite et à gauche , le long mur du parc, obstacle infranchissable, d'où part une fusillade meurtrière... Nos soldats s'arrêtent encore, se couchent. . . de nouveau enlevés par leurs cheffe, ils s'élancent une deuxième fois, et gagnent ainsi du terrain par bonds successife. . . mais plus nous approchons, plus noQs perdons de monde... car notre héroïque artillerie, en dépit de tous ses efforts, n'a pu ni faire brèche dans le parc ni débusquer les Wurtembergeois de leurs créneaux...

Cependant un certain nombre des nôtres arrivent en se défilant, en se rasant jusqu'à une centaine de mètres delà muraille; arrêtés par un feu à bout portant, ils sont contraints de rétrograder, et le mouvement de recul se produit sur toutQ la ligne.

Sur ce terrain découvert, tous les coups de l'ennemi portent et de nombreuses victimes tombent encore . . . les AHemands débouchant du parc s'élancent en pous-

ll) Voir croquîs n* 43.

sant leurs hurrahs... nos hommes se retournent, font une décharge et se précipitent tête baissée à la baïonnette... Trois fois Tennemi essaye de précipiter notre retraite, trois fois nos soldats, ramenés par leurs officiers, reviennent à la charge et repoussent les assaillants; grâce à ces énergiques retours offensifs, nous pouvons, sans être serrés de trop près, reprendre nos premières positions derrière la crête.

Cette attaque nous avait coûté environ 500 honmies, la plupart des officiers montés avaient eu leurs chevaux tués. C'est dans cette charge que périrent héroïquement les deux colonels des 123' et 124*, Sanguinetti et Dupuy de Podio ; Tintrépide capitaine de Néverlée tomba Tun des premiers à la tête de ses braves volontaires. Mouvement Pendant que nous tentions de front ce grand effort

en avant xtmi» i » / i t-» i

de la brigade sur Villiers, lo général Berthaut prononçait un mouvement entre la route n** 45 et le chemin de fer, cherchant à tourner le village par le Sud,

Les 4* et 5* bataillons de la Seine-Inférieure (commandants de Launay et du Mesnil-Gaillard) se portent en avant , ce dernier à droite et à gauche de la voie ferrée.

Le pont du chemin de fer enlevé, nos tirailleurs poussent assez loin dans le ravin de la Lande; mais, sur la gauche, le feu du parc et du mamelon de Villiers nous écrase ; une certaine hésitation se produit dans le 4* bataillon de la Seine-Inférieure qui cède du terrain. . .

Aussitôt le colonel de Miribel appelle deux autres bataillons , les 2*, 3* du Loiret (commandants Bouille et de la Touanne) et se précipite en avant ; entraînés par son exemple et celui du colonel de Monbrison, ces bataillons refoulent Tennemi dans le ravin de Villiers. Mais là , à quelques centaines de mètres du mur du parc, ils sont pris de flanc par une vive mousqueterie ;

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AUaqiie de Villiors

3o J^ooemùre jS^o ^ Il heures- du ma/tn

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pendant qu'un bataillon prussien, posté dans le fond du ravin, les attaque de front... Pressés de toutes parts, nos mobiles font des pertes- cruelles ; plus de 400 sont hors de combat ; le commandant Bouille est tué, le commandant de la Touanne reçoit un coup de feu... une douzaine d'autres officiers sont tués ou blessés. • .

L'attaque directe contre le parc de Villiers n'ayant pas réussi , le général Berthaut ordonne au colonel de Miribel de se replier : les bataillons de mobiles reprennent leur première position sur le bord du plateau ; le pont sous lequel passe la voie ferrée est conservé, les hommes s'installent derrière les talus formant épaulements.

Il n'y avait plus à songer à la prise de vive force du parc de Villiers ; il fallait attendre que l'artillerie eût fait son œuvre préparatoire pour recommencer Tattaque, de concert avec le 3* corps, qui devait tourner la position par Noisy-le-Grand.

Pendant qu'un officier court auprès du général d'Exea pour hâter son mouvement, l'artillerie de la division Berthaut (commandant Ladvocat) se porte en avant ; la batterie de mitrailleuses (17' du 11*), capitaine Trémoulet, à gauche de la route n** 45, la 9* du 21% capitaine en 2* Simon (1), au Sud du chemin de fer, non loin de la maison du garde.

Nous avons alors quatre batteries sur le plateau de Villiers : les mitrailleuses Trémoulet, Mahieu, empêchent l'ennemi de déboucher du parc ou du village de Villiers, les batteries de 4, Nismes, Lapâque, contrebattent l 'artillerie de Villiers et de Cœuilly^

Entre le chemin de fer et Champigny sont également

L'artillerie

canoono

de nouvean

VilUers et GouiUy.

(1) Le capitaine en !<', Dassonville, blessé plus tard mortellement an combat da Bourget, était alors malade à l'hôpital.

Lm fénéraax racMmblenl

1m baUilloat d'infanterie

qui Tiennent i'éire

•i ciueUement éprouvés.

ftitnation à midi.

Clurge.coiiiie

quatre batteries : Tune de 4 (Simon), près du ravin de la Lande, deux de 12 (Caris, Salin), sur le plateau du four à efaaux, tirent sur Cœuilly et ViUiers; la batterie de Hiitrailleuses Chaule est placée de manière à enfiler tout le ravin de la Lande (11 heures 1/2).

Pendant que la lutte d'artillerie reprenait avec une nouvelle énergie, le général en chef et le général de Maussion remettaient de l'ordre au milieu de leurs bataillons si éprouvés à l'attaque de Villiera. . • beaucoup étaient désorganisés, un grand nombre de nos jeunes soldats s'étaient même repliés jusqu'à Bry. . . mais encouragés par le feu incessant de nos batteries^ ils sont facilement ramenés et nous nous établissons le long du chemin de crête, derrière un talus naturel formant abri : les 129^, 124* ont à leur droite, en suivant le bord du plateau, les francs tireurs de la division de Maussion, les éclaireurs du quartier général. En deçà du chemin creux descendant à Bry le ISS"" de ligne sert de soutien aux batteries placées à gauche de la route de ViUiers. Le 126*, quatrième régiment de la division de Maussion, est en réserve près du chemin de fer.

Au delà de la route , la division Berthaut maintient également ses positions, malgré la violente canonnade à laquelle elle est exposée.

Le 3* corps n*a pas encore paru, et rjen ne se fait entendre du côté de Noisy-le-Grand.

Vers la droite, au contraire, sur les hauteurs de Cœuilly, le ))Euit de la fusillade, de la canonnade, augmentant progressivement, indique une [lutte des plus chaudes.

En avant du 2* corps, de nombreux n^ouvements se produisent : on voit se déployer des renforts ; plusieurs batteries prennent position entre ViUiers et Noisy-le-Grand...

Des Wurtembergeois, sortis du cimetière neuf de

Villieps et du parc, font un mouvement offensif contre ^" ^vîîlre?* " *** notre ligne ; mais accueillis par une vive fusillade, ils disparaissent derrière les plis de terrain. Peu dlnstants après on aperçoit au loin des masses qui s'avancent en longeant le bord du plateau; comptant toujours sur l'arrivée du 3* corps, le général Ducrot croit d'abord, que c'est le général d'Exea; cependant, la marche, la formation régulière de ces colonnes, font naître des doutes dans son espril,.. Il envoie au galop quelques cavaliers Franchetti en reconnaissance... (1) A peine ont-ils parcouru quatre ou cinq cents mètres, qu'ils sont reçus par de nombreux coups de fusil.

Plus de doute... ce sont des bataillons allemands...

Le général en chef fait coucher ses hommes, et commande impérieusement de ne pas tirer... Nos soldats, pleins de confiance, sont immobiles, les yeux fixés sur leurs officiers... Tous attendent le signal (2).

L'ennemi n'est plus qu'à quelques mètres, le général Ducrot s'écrie : Debout, joue, feu ! Une fusillade furieuse éclate sur toute la ligne. Nombre de Saxons tombent , les autres, terrifiés, s'arrêtent, tourbillonnent... généraux, états-m^ors, cavaliers d'escorte, officiers, fantassins... s'élancent sur eux... Tout cède... Un instant on s'aborde à l'arme blanche , et le général en chef brise son épée dans le corps d'un soldat allemand.

Les Saxons fuient en désordre, serrés de près par les nôtres ; mais bientôt les murs du parc sont de nouveau

(1) Le général en chef avait choisi, parmi les éclaireurs Franchetti, ceux qui connaissaient particulièrement tout ce terrain , entr'autres MM. Béger et de Bully. Tous se montrèrent aussi dévoués qu'intelligents. M. de Bully, propriétaire du château de Cœuilly, faisait pointer lui-même nos canons sur son château, où était installé le quartier général wurtemb«rgeois.

.i) Voir croquis n« 14.

démasqués, le feu de tous les créneaux est dirigé sur nous; nos troupes, à leur tour, hésitent, reculent... maintenues par les généraux, par les ofTiciers, on parvient cependant à les grouper derrière la crête. L'krtiUerie Cette pointo énergique, poussée sur le plateau, s'était

renforcée coati- , i j «x • ? -l • j j» i

nue la lutte, propagoo vcrs la droite jusquau chemm de fer; quelques pièces avaient même cherché à s'approcher du parc de Villiers pour y faire broche ; mais, décimées par la vive fusillade des fossés et des créneaux, elles avaient été forcées de battre en retraite.

Ces courageux eflbrts, nous portant jusque sous les murs du parc de Villiers, ont été sanglants ; si beaucoup de Saxons couvrent le sol , bien des nôtres également sont tombés ; fatiguée , exténuée, la masse confuse dé nos troupes peut tout au plus s'établir derrière la crête. . . encore pour maintenir notre infanterie, faut-il faire de nouveau appel au dévouement de l'artillerie : quatre batteries de 8, de la réserve générale, sous les ordres du commandant Lefébure et sous la direction supérieure du lieutenant-colonel Lucet, accourent en toute hâte; elles s'établissent à gauche de la route n"" 45, s'étendant sur le bord du plateau jusqu'au chemin de Bry à Villiers : près de la route, la 4* du 14% capitaine Malherbe, à sa gauche la 3* du 14% capitaine Gros, puis la 6* du 22*, capitaine Bajau, et la 7' du 22% capitaine Froment.

Les trois premières ouvrent, le feu contre le parc de Villiers, pendant que la batterie Froment, à l'extrême gauche, lutte avec une batterie saxonne postée prè^ du cimetière neuf. Légèrement abritées par un pli de terrain, ces batteries n'ont pas beaucoup à souffrir, sauf celle du capitaine Gros, qui, plus à découvert, perd en quelques instants deux chefs de section (1) et une

(1) Lieutenant Fabre ot adjudant Cochard.

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partie de ses hommes... bientôt un de ses caissons saute en produisant de nouveaux ravages. . • (1)

Sur la droite, les batteries divisionnaires de Maussion , Berthaut opposées à Tartillerie de Villiers et de Cœuilly, se maintiennent énergiquement, mais non sans de cruels sacrifices : la batterie Nismes est presque entièrement désemparée... la plupart de ses servants, de ses chevaux sont tués ou blessés. . . cependant elle con* tinue son tir, et il faut lui donner Tordre de quitter le terrain. . . Le commandant de Grandchamp, toujours au plus fort du danger, prescrit au capitaine Nismes, dôs l'entrée en ligne des batteries de réserve, d'aller se reformer de l'autre côté de la chaussée, où un léger mouvement du sol la défile des balles de Villiers et du canon de Cœuilly.

Les batteries de mitrailleuses Mahieu, Trémoulet ont également beaucoup souffert; vers midi, la demibatterie de gauche du capitaine Mahieu, ayant une de ses pièces démontée par un obus, et la plupart de ses hommes, de ses chevaux tués ou blessés, reçoit l'ordre de se retirer.

Gomme on le voit, notre artillerie, tout en combattant héroïquement, ne parvenait pas à prendre le dessus et à maîtriser les efTorts de l'ennemi qui ne tarde pas à recommencer l'offensive.

Bousculés, rejetés du côté de Noisv- le -Grand, les Retour offensif

'^ ^ 'des Saxons.

Saxons, après s'être ralliés et renforcés, marchent de nouveau sur nous... abrités par les vignes qui couvrent les pentes entre Noisy et Bry, ils gagnent rapidement du terrain et menacent de déborder notre gauche. Devant ce danger imminent, le général en chef déploie une ligne de tirailleurs perpendiculairement à la crête,

(!) Voir croquis n» 15.

2n DEFENSE DE PARIS.

et envoie en toute hâte le commandant d'état-major Vosseur auprès du général d'Exea , pour lui exposer la situation, et lui transmettre Tordre d'exécuter au plus tôt son mouvement sur Noisy. . .

Quelques décharges à mitraille nous dégagent du côté du plateau ; mais sur la gauche, les Saxons, défilés par les déclivités du sol, les vignes, les plantations, échappent à notre feu incertain... ils avancent rapidement. . . nous serrent de près ; épuisés par cette lutte trop prolongée... nos jeunes soldats ne peuvent tenir. .. malgré tous les efforts des généraux, des officiers, la ligne entière plie et rétrograde...

La batterie Froment, tenant l'extrême gauche, près du chemin de Bry à ViUiers, ne tarde pas à être prise à revers par le feu des Saxons... hommes, chevaux sont renversés ... Le capitaine Froment ne se voyant plus soutenu par l'infanterie qui vient de reculer, fait amener les avant-trains. . . Profitant de cet instant critique, les tirailleurs ennemis s'élancent et fusillent à bout portant les canonniers... on se bat autour des pièces... II faut toute l'énergie des officiers , tout le dévouement des hommes, pour sauver la batterie qui se retire aji galop.. . Malheureusement deux pièces sans attelage restent sur le terrain. . .

Les trois autres batteries du commandant Lefébure suivent le mouvement du capitaine Froment et prennent des positions plus en arrière. . • N'ayant plus d'infanterie devant eux, les Saxons poussent en avant ; déjà ils tiennent quelques maisons en haut de Bry... ils arrivent au grand parc, vont déborder notre gauche, quand une batterie de mitrailleuses, établie sur la rive droite de la Marne, ouvre son feu... postés sur le mamelon du Ferreux , les canons à balle prennent d'enfilade , à 1,600 mètres, toute la ligne ennemie • . . Instantanément

âJAvL^i

DÉFENSE ÛB PARIS. 2i6

les Saxons s'arrêtent, se groupent^ cherchent des abris... décimés par la mitraille qui fouille les moindres replis du sol, ils reculent et disparaissent... nos tn*ailleurs reviennent en avant et réoccupent le haut du village de Bry ainsi que les pentes voisines (1).

Par suite du iûoitveïnent rétrograde produit sur la ^^JSrtiSïïS*^ gauche de notre ligne de batteries, il ne restait plus, sur le plateau de Villiers, que les batteries Trémoulet,' Mahieu, Lapâque.

Pou^ faire tête a la nombreuse artillerie ennemie, la réserve du 2* corps reçoit Fonlre d'entrer en ligne. Les deux batteries de 12 du commandant Déthoréy, 4* du 21', capitaine Buloz, et 15* du 10'^ capitaine Flye- Sainte- Marie, se portent près du ravin de la Lande, afin d'unir leurs efforts aux balteries du four à chaux.

Les trois batteries du commandant Warnessoïi se dirigent sur le plateau de Villiers. Elles ^"rennent position : la 5* du 21', capitaitie dé Chalairï, à gailche et près de la route n** 45, la 8" du 3% capitaine Moriau, plus à gauche (2), la 16* du 14% capitaine Solier, adroite delà route, près de la demi-balterie de mitrailleuses Mahîéu.

Nous avons ainsi plus de 60 pièces formant une longue ligne depuis Chàmpîgny jusqu'au mamelon de Villiers ; de son côté l'ennemi masse tout ce qu'il a de disponible, un violent combat d'artillerie s'engage- ,. l'espace entre Vïlliers et Ghampigny est en feu... là bataille se concentre dans cette lutte grandiose. . . mais à la supériorité du nombre, les Allemands joignent l'avantage de ïà position... notre ligne dé baiterîes éri contrebas est presque partout dominée par l'àrtilIerié

il) Voir croquis n« 16-

l'I) La batterie Moriau s'établît par demi-balterie des deux côtés de la batterie Trémoulct.

ennemie, défilée derrière la crête ou des épauleraeats. . . nos obus se fichent dans le sol, dans les retranchements, dans les murs et font peu de mal, tandis que complètement à découvert, nous sommes écrasés sous les coups plongeants. ..

Bientôt même les balles sifflent au milieu des pièces du plateau de Villiers... Ce sont les Saxons qui, reprenant leur attaque, surgissent de nouveau sur le mamelon de Villiers et fusillent nos canonniers. . . Les batteries Moriau, Trémoulet, de Ghalain, faisant face à gauche leur envoient des décharges à mitraille. . . devant ce feu bien dirigé les Saxons disparaissent, mais nos batteries arrêtées par le chemin creux descendant à Bry n'ont pu s'étendre suffisamment... les pièces, à 5 ou 6 mètres les unes des autres, présentent une masse presque compacte... Prises à revers par les batteries de Gœuilly, elles sont foudroyées... Cependant, l'ardeur de nos canonniers, électrisés par leurs chefs, n'en est pas ralentie... généraux, officiers, soldats, tous prodiguent leur vie.

Le général Boissonnet, commandant Tartillerie du 2* corps , son chef d'élat-msgor, le lieutenant-colonel Viguier, sont partout et font face à tout. Le général, encourageant les hommes par sa parole et son exemple, place lui-même au milieu du feu deux pièces de la batterie de Chalain. . . La plupart des officiers de son étalmajor sont atteints : le commandant Hartung , le capitaine Viel, le lieutenant auxiliaire Boverat sont blessés... le capitaine Marc est frappé a mort. . . A quelques pas plus loin le capitaine Solier tombe grièvement blessé... le colonel Villiers, chef d'état-major du général Frébault, a la cuisse traversée par un éclat d'obus, il n'en demeure pas moins toute la journée au milieu de ses batteries. . . le général Frébault, commandant en chef l'artillerie de la 2* armée, a son cheval tué... il est même atteint par

deux balles qui heureusement ne lui font que de légères blessures , et jusqu'à la fin de Faction il reste sur le champ de bataille, se montrant toujours là où le danger est le plus grand.

C'est à ce moment que le brave général Renault, donnant à tous l'exemple du devoir et du mépris de la mort, est frappé d'un éclat d'obus au milieu de la brigade de Miribel . . .

Malgré l'héroïsme de notre artillerie, la situation de- Les batieiiosde

" réscrvo

vient de plus en plus critique ; beaucoup de nos pièces noriauei^decha sont démontées ; les batteries Moriau, de Ghalain dé- ^"^^^^JJgJ/®* truites en partie par les feux de Gœuilly, se trouvent co°»'<**™'>i«sdans une position intenable. . .

En moins d'une demi-heure , la batterie de Chalain perd 27 hommes, i chef de section, 3 chefs de pièce, le commandant de la ligne des caissons, et un grand nombre de chevaux ; plusieurs avant-trains sont brisés. . . La batterie Moriau, presque autant éprouvée, ne peut, comme la batterie de Ghalain , continuer son feu faute de servants... Gependant ces deux braves capitaines commandants ne veulent pas quitter le terrain... faisant appel à quelques fantassins de bonne volonté, ils poursuivent encore la lutte... Mais leurs pertes sont bientôt telles, que le service devient tout à fait impossible.. . Ordre leur est donné de cesser le feu et de se porter en arrière (1).

Les mitrailleuses Trémoulet et Mahieu, un peu mieux protégées par un pli de terrain, restent seules aux abords de la route ; elles ne tardent pas à être soutenues par la batterie Nismes qui, réorganisée, s'établit sur la gauche, en avant du chemin creux.

(i) Dans la batlcrie de Chalain, 4 pièces seulement ont pu être emmenées avec leurs avant-trains, attelées, en partie, à 2 chevaux. Une autre pièce a été enlevée en troisième train derrière un caisson; la (lemiëre pièce, fortement embourbée, a été péniblement enlevée à bras,

Da côté du chemin de fer la batterie Lapàque continuait bravement le feu ; bientôt elle est appuyée par la batterie (.^lOurtois (4 pièces) et 2 mitrailleuses de la batterie Mahieu qui viennent de se réorganiser (1).

Sur le plateau de Villiers, le combat, bien que des plus meurtriers, se poursuivait donc toujours avec acharnement, mais l'heure était trop avancée pour qu*il parût possible de voir arriver en ligne le 3* corps... sans lui, rien de décisif ne pouvant être tenté, le général Ducrot, tout en continuant à canonner les positions ennemies, pensait devoir remettre au lendemain la suite des opérations (2).

grâce à l'énergie de M. Bureau, sous-lieutenant auxiliaire, le seul officier la disposition du capitaine de Chalaîn (élève sortant de l'École cen traie, cité à l'ordre pour sa brillante conduite).

Dans la batterie Moriau, le sous-lieutcnant auxiliaire Bargaine s'était particulièrement distingué, ainsi que le maréchal des logis Morel, le brigadier Grimai, et les conducteurs Rouquier et Boy.

Las batteries Moriau et de Gbalain avaient été formées è Lyon avec une batterie de montagne venant d'Afrique, à laquelle on adjoignit une compagnie du train. — Presque toujours accouplées eur le champ de bataille, ces 2 batteries ont constamment rivalisé da résolution ot de bravoure; oubliées le 18 mars 1871 elles restèrent au milieu de la Commune du 18 au 25 mars; le 26 au matin MM. da Chalain et Moriau parvenaient à faire évader tous leurs hommes sous des déguisements... U Si6 au soir à Versailles pas un seul canonnier, pas un seul sous-offlcicr ne manquait à l'appel.

(1) Demi-batterie qui était allée se reformer; une pièce était démontée.

(2) Les batteries qui furent engagées, le SO novembre, sur le plateau de Villlerfl et aux abords sont :

Batteries divisioiiiiaires du général BERTSâUT. Commandant Ladvooat.

9« du 21 • (4), capitaine en 2* Simon. 5* du 22* (4), capitaine-commandant Lapftqué. 17* du 11« (mit.), capitaine-commandant Trémonlet.

Batteries divisionnaires dn général de MAUSSION.

Commandant de Grandchamp.

10* du 21* (4), capitaine Niâmes.

4« du 22* (4), capitaine Courtois.

9* du 21« (mit.), capitaine Mahieu.

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