‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 42 sur 84 · ss · texte numérisé non relu

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un mouvement en avant pouç rejeter notre infanterie du plateau.

Un régiment, le 1*' wurtembergeois , sort du parc de Cœuilly... entraînant avec lui la ligne de tirailleurs, il marche rapidement à nous.

Après un moment d'hésitation, nos soldats, vigoureusement enlevés par leurs officiers, s'avancent au pas de charge et baïonnette baissée foncent sur Tennemi... sans attendre le choc les Allemands tournent le dos... Le 35* au centre, le 114* à gauche, quelques compagnies du 113* et de la Vendée à droite, arrivent jusque sur la pente du ravin de Cœuilly, poursuivant de près les Wurtembergeois qui abandonnent la tranchée-abri, la redoute et nous laissent plus de 400 des leurs, tués, blessés ou prisonniers (1). Mais là, accumulés sur un espace très-restreint y nous sommes assaillis de face par la mitraille de la batterie de la grille, par la fusillade des créneaux; de flanc, par les obus de Villiers, de la Pointe de Cœuilly. . . Malgré ce feu rapide de mousqueterie et d'artillerie, nos soldats font bonne contenance... quand tout à coup, de Mon Idée s* élancent plusieurs bataillons wurtembergeois. Notre droite, menacée d'être prise à revers, recule... les bataillons , les compagnies se confondent... criblés de toutes parts, nous sommes obligés de rétrograder.

tout \pi plateau

de Cœuilly.

(Midi.)

Deuxième

mouvement

en avant

sur le plateau.

(i) Noos lisons dans une relation wurlembergeoise publiée sur la bataille de Villiers lo passage suivant :

.... <c Le colonel de Berger, commandant du régiment wurtembcr- ■ geois et le majer Schœffer, grièvement blessés, tombèrent à la tête de « leurs troupes et tous les ofûciers montés eurent leurs chevaux tués.

« Le régiment fut repoussé jusqu'au parc de Cœuilly, après avoir « perdu 400 hommes, et le major Haldenwang qui prit alors le comman- « dément n'eut que le temps de garnir le mur du parc et repoussa ainsi < avec des pertes considérables Tinfanterie française qui avait suivi de « près le mouvement rétrograde des troupes du !«' régiment »

Voir aux pièces justificatives, n» XXIII, la relation compléta.

DEFENSE DE PAKIS.

Lo général

Blanchard

prescrit à In

divinion Paron

d'exécuter

un nouveau

mouvement en

Avani .

' A Texlréme droite, le 1*' bataillon de la Vendée s'était bravement avancé sur le plateau ; mais, exposé au feu croisé de Mon-Idée et de Ghennevières, il est vivement éprouvé ; les Vendéens, voyant tomber plusieurs de leurs chefs, s'arrêtent, se troublent et reculent précipitamment, entraînant avec eux une partie du ^^ bataillon, ainsi que quelques soldats de la ligne.

Les Wurtembergeois poussent jusqu'à la crête; déplus en plus pressants, ils menacent de nous déborder par la droite, de nous couper de Ghanipigny; mais quelques compagnies de ligne et de mobiles, échelonnées sur les pentes jusqu'à la Marne, font face à l'ennemi et contiennent ses ellorts.

Ces fluctuations en avant, en retraite, ont désoi^anisé nos régiments. La plupart des officiers ont été mis hors de combat ; deux chefs de corps sont blessés ; le lieutenant-colonel Lourde-Laplace, du 35*, grièvement, celui du 114*, lieutenant-colonel Boulanger, atteint d'une balle à l'épaule, reste à la tête de ses troupes.

Les pertes en hommes sont énormes ; mélangés, groupés sur un espace de 3 à 400 mètres, entassés entre le chemin creux de Gœuilly et la Maison-Blanche, tous les corps ont été décimés.

Gependant , le général Blanchard veut de nouveau tenter d'enlever Gœuilly ; il ordonne au général Faron de porter sur les crêtes son artillerie divisionnaire et ses troupes de réserve.

En même temps, il fait avancer la dernière batterie de la division de Malroy, 1" d'artillerie de marine, capitaine Révillion, qui se place en avant du four à chaux, à droite de la batterie Bernard.

Aux fours à chaux, nous avons en ligne sur le plateau les trois batteries du commandant Briens, appartenant à la division de Malroy , soutenues à gauche par

DEFEiNSE DE PARIS.

deux batteries [de la réserve du 2* corps, Buloz et Flye- Sainte - Marie, en position près du ravin de la Lande (midi 1/2) (1).

Les deux batteries de réserve , Caris et Salin , ayant épuisé leurs munitions , quittent le champ de bataille, et se mettent à Tabri derrière des murs, à gauche de Champigny.

Pendant que le 42* de ligne, le 1" bataillon du 114* et le 3' bataillon de la Vendée s'acheminent vers le plateau, le général Faron prescrit au commandant d'artillerie Magdeleine de chercher, sur la crête, une position pour contrebattre la batterie du parc de Cœuilly.

Le capitaine du génie de la Taille devra, aussitôt les emplacements reconnus, construire des épaulements pour abriter nos pièces.

A peine les sapeurs ont-ils commencé leurs travaux, qu'ils sont accueillis par une fusillade très-vive, venant de gauche et d'arrière... Voici ce qui s'était passé : pour se défiler des feux de Villiers, les troupes établies de ce côté avaient quitté leurs positions et appuyé vers la droite... profitant de ce mouvement rétrograde quelques compagnies wurtembergeoises avaient contourné par le Nord le mamelon de Cœuilly, et se rapprochant jusqu'à 2 ou 300 mètres de remplacement choisi pour les batteries Magdeleine, elles fusillaient nos sapeurs; frappés presqiie à bout portant, ceux-ci sont obligés de se retirer, ayant à peine commencé les épaulements.

Le commandant Magdeleine se décide néanmoins à monter sur le plateau.

La batterie de mitrailleuses, 3* du 3*, capitaine Torterue de Sazilly, est en tête de colonne ; elle grimpe obliquement au milieu des vignes, et prend position à gauche

L'artillerie divisionnaire

de la division Faron prend position

sur

le plateau de

«Jœuilly.

[\) Voir croquis n* 18.

Troisième

mouvement

en avant

sur le plateau

de Cœuilly.

du chemin de Cœuilly. A peine les pièces débouchentelles sur la crête qu'elles sont balayées par des feux rapides d'infanterie et d'artillerie ; quelques conducteurs font demi-tour... mais ramenés aussitôt par leur brave capitaine, la batterie prend position et ouvre le feu...

Les obus, les balles arrivent de tous côtés... le capitaine Torterue de Sazilly est atteint mortellement, la plupart de ses canonniers sont* hors de combat, 19 chevaux sont renversés sur 33.

La batterie Vernoy, 4* du 13*, établie sur la gauche, est tout de suite si éprouvée qu'elle peut à peine envoyer quelques obus.

Quant à la batterie Lourdel-Hénaut, 3* du 9% qui se dirige à l'extrême gauche, elle parvient tout au plus à entrer en ligne... Les pertes sont telles, que malgré l'énergie de .leurs commandants, ces trois batteries se voient forcées d'abandonner la partie. Plusieurs pièces ayant eu tous leurs chevaux tués, sont ramenées a bras par des canonniers et des fantassins ; une mitrailleuse est traînée par des officiers...

Pendant que notre artillerie livrait cette lutte sanglante, le 42^ de ligne arrivait sur le plateau, suivi par le 1" bataillon du 114* et le 3* bataillon delà Vendée.

Ce brave régiment, vigoureusement enlevé par son chef, le lieutenant-colonel Prévault (1), se précipite sur le plateau, entraînant à sa suite tous les tirailleurs postés derrière la crête (2).

Pendant que le 3* bataillon s'avance par les pentes nord, et repousse les groupes qui viennent de faire tant de mal à nos batteries, les 2'' et 1*' bataillons marchent

(1) Le baron Prévault, ex-chef de bataillon du 4« Eouaves, et récemment promu lieutenant-colonel, avait pris, l'avant-veille seulement, le commandement du 42* de ligne.

(2) Voir croquis n* 18.

contre le parc de Gœuilly, appuyés à leur droite par les Vendéens, le H 4" et le 35* de ligne.

Un feu rapide d'artillerie et de mousqueterie n'arrête pas l'élan de nos soldats... ils enlèvent de nouveau l'ouvrage du plateau et bousculant tout devant eux, arrivent sur le Lord du ravin de Gœuilly. Les Allemands serrés de près rentrent en désordre dans le parc; quelques-uns cherchent à se défiler le long des murs ; d'autres s'arrêtent derrière les abàtis du thalweg

Dans le désordre de la poursuite, nos bataillons les uns sur les autres forment plusieurs lignes épaisses de tirailleurs ; cette accumulation de troupes sur un espace resserré offre une proie facile aux coups de l'ennemi... la mitraille, la mousqueterie nous enlèvent des groupes entiers... Le brave lieutenant-colonel Prévault, du là'', mortellement frappé , est remplacé par le commandant de Parades ; plusieurs officiers supérieurs sont hors de combat, le commandant de la Boutetière, des mobiles de la Vendée, le commandant Mowat du 114*, près de la moitié de nos effectifs en officiers, en soldats est par terre...

Ces pertes considérables n'arrêtent pas la marche intrépide de nos hommes; quelques compagnies poussent même jusqu'au thalweg, en chassent les tirailleurs ennemis et arrivent à 150 ou 200 mètres du parc, obligeant à la retraite quelques centaines de Wurtembergeois qui cherchaient à les tourner par le chemin du ravin.

Mais sur notre droite, de nombreux renforts accourent ; Retraite

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écrases a la fois sous le feu pe 1 artillerie et sous les de cœuiiiy. masses de Tinfanterie allemande, nous reculons... Profitant de son avantage, l'ennemi surgit de tous côtés; le 5* wurtembergeois, venant de Bonneuil, contourne la boucle de la Marne et attaque vigoureusement les mobiles de la Vendée (â'' bataillon) échelonnés sur

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les pentes à hauteur de Chenneviéres. Soutenus par deux pièces de la batterie Michel, établies à 300 mètres audessous de la Maison-Blanche, les Vendéens font tout d'abord une résistance énergique ; mais à la vue de leur colonel blessé (M. Aubry), ils perdent confiance, se jettent confusément à travers les pentes , et se précipitent vers Champigny, en laissant 150 prisonniers dans les mains de l'ennemi.

Notre extrême droite reloulée , nous sommes sur le point d'être pris à revers. I^e 35% qui fait face à Mon Idée, sérieusement menacé, se replie entre les deux routes jusqu'à l'emplacement de la batterie allemande. Régiments, bataillons, compagnies, tout est mélangé... Cette masse d'hommes entassés les uns sur les autres, est assaillie par un feu terrible de mousquelerie et d'artillerie ; en quelques minutes, le sol se couvre de cadavres et de blessés.... foudroyés de tous côtés nos soldats reculent encore et se mettent à l'abri derrière la crête , près de Bel-Air; plusieurs se précipitent en désordre dans Champigny.

Au milieu de la confusion générale, le chef de bataillon de la Mure , du 35", qui avait remplacé le lieulenant-colonel Lourde-Laplace , blessé, barre avec une compagnie le chemin aux fuyards ; secondé i)ar ses ofliciers, il rallie tout son monde , s'élance de nouveau en avant , et réoccupe la crête. . .

Au nord du plateau de Cœuilly, la gauche du 4â% conduite par le commandant Cahen, en tirailleurs sur le versant qui fait face à Villiers, gagnait visiblement du terrain ; défilée des coups de droite, elle soutenait la lutte avec avantage contre les défenseurs de Cœuilly et les tirailleurs embusqués dans le fond du ravin. Les sapeurs du capitaine de la Taille, forcés, nous l'avons vu, de quitter leurs travaux d'épaulemenl , s'étaient joints

au commandant Cahen et ne montraient pas moins d'entrain que nos fantassins.

Postée dans les vignes, derrière les haies, des bouquets d'arbres, cette portion du 42* attendait le moment favorable pour s'élancer contre le parc, quand lui par- , vint l'ordre de battre en retraite. Déjà, en effet , toute la droite s'était repliée, et les troupes du commandant Cahen allaient se trouver seules exposées à tout le feu d'artillerie , de mousqueterie de la Pointe de Cœuilly et de Mon Idée. Bien que séparés de 200 mètres à peine du Parc de Cœuilly, il fallut se replier... désespérés , nos soldats n'abandonnent qu'à regret ce terrain où ils laissaient plus de 800 de leurs camarades du 42' !

... € Lorsqu'il ne restait plus, dit l'historique du 42% « que la gauche du régiment sur le plateau et que le

< commandant Cahen donna le signal de la retraite, cha- « cun rivalisa d'efforts et d'énergie pour que le mou- « vement se fît avec ordre et ne dégénérât pas en fuite ;

< sous les coups précipités de l'ennemi, on se retira par « échelons, l'emplacement où chaque échelon devait

< s'arrêter étant marqué par des jalonneurs ; le clairon « Ranc et le tambour Chevalier, qui n'avaient cessé de « battre la charge pendant le combat, se transportaient

< successivement à hauteur des jalonneurs, et sur l'ordre

< du commandant Cahen, ils sonnaient halte, puis e/z

< retraite aussi tranquillement qu'à l'exercice ; ces deux « soldats ont été décorés après la bataille. »

Enfin, ces glorieux débris ayant regagné les pentes de Champigny, se déployèrent de nouveau en tirailleui's pour prévenir tout retour offensif de la part de l'ennemi.

Face à Cœuilly, de la droite à la gauche, nous n'en "J.^uJ'^oV^encr tenions plus que les crêtes. . . mais nous étions bien dé- ** "^'*®

^" toJm" ^ c*dés à nous y maintenir. . . et qaand les groupes ennemis, postés à petite distance, tentaient de gagner du terrain» nos tirailleurs, où les officiers étaient proportionnellement en grand nombre, chaînaient à la baïonnette et refoulaient tout devant eux. Jusqu'à 3 heures, le combat se maintint de la sorte, avec une alternative continue d'efforts nouveaux, de succès et d'insuccès...

Dans ces luîtes acharnées sur le plateau, le 35* et le 42* s'étaient montrés ce qu'ils avaient été dans les combats précédents, d'une solidité à toute épreuve, pleins d'entrain et d'audace : les jeunes soldats des 113* et 114* avaient combattu avec vaillance, les mobiles de la Vendée s'étaient bien conduits, sauf cependant une partie, entraînée par une de ces paniques comme il s'en produit quelquefois, même parmi les vieilles troupes...

L'ennemi avait subi des pertes considérables , mais nous avions aussi été cruellement éprouvés ; plus de 2.000 hommes, avec un grand nombre d'officiers de tous grades, étaient restés sur le plateau.

Les quatre chefs des régiments engagés étaient hors de combat :

35" Lourde-Laplace, blessé grièvement ;

42* Prévaull, tué;

114* Boulanger, blessé;

Vendée, Aubry, id. , prisonnier.

Le 1*' et le 5* régiment d'infanterie wurtembergeoise, ainsi que le 2*' bataillon de chasseurs wurtembergeois, avaient eu aussi leurs chefs de corps grièvement blessés.

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