CHAPITRE IV
OPÉRATIONS DU 3" CORPS, JUSQU'a 2 HEURES DE
l'après-midi.
Les troupes du 3* corps avaient passé la journée du 29 aux abords du chemin de fer de Mulhouse, la 2* division, général Mattat, et le groupe de mobiles Reille, au nord de Rosny, la l'* division, général de Bellemare, au sud de ce village.
Les ordres pour la journée du lendemain étaient les suivants :
La division de Bellemare , avec son artillerie division-* naire et le génie passant le chemin de fer sous la voûte de la Mare , suivra la route de Rosny au rond-point de Plaisance, et prendra ses dispositions pour que la tête de colonne arrive au rond-point à 7 heures moins un quart; elle se formera ensuite en colonne à gauche de la roule de Strasbourg, face à Neuilly-sur-Marne.
La division Mattat et le groupe Reille, après avoir traversé Rosny, suivront la 1" division, et au delà du Pond-point de Plaisance, se formeront également en colonne, à droite de la route de Strasbourg, face au coude de la Marne, où Ton jettera les ponts.
Les deux batteries de 12, du commandant David, la 3* du 12*, et la 3* du 21 % resteront provisoirement en position sur le plateau d'Avron, pour appuyer le mouvement de nos troupes sur Neuilly, et s'opposer à un retour offensif du côté de Gagny et de Villemomble (1).
Le 30, vers 5 heures du matin, la division de Belle- prendVosuion mare se met en lîiarche ; après avoir traversé le chemin du1-oSd-poim%c de fer, elle tourne immédiatement à droite, laissant la
il) Vers midi , ces batteries reçurent Tordre de rejoindre le 3« corps.
route libre pour son artillerie ; au rond*point de Plaisance, elle fait tête de colonne a gauche, de manière à se trouver face à Neuilly-sur-Marne , et son artillerie prend position sur un mamelon, en avant du bois de la Raffinerie (1).
La lœ batterie du 22% mise à la disposition du général de Bellemare, se place à droite de la route, la 16* du 2' avec la première brigade, la 16' du 10* avec la 2* brigade ; la batterie de mitrailleuses, 45' du 11', en réserve sur la route.
Cette division est couverte par des tirailleurs occupant le village de Neuilly-sous-Bois.
La division Mattat, venue de Rosny, arrive au rondpoint de Plaisance vers 7 heures 1/2, et s'établit à droite de la route de Strasbourg ; derrière elle se groupe Fartillerie de réserve (2).
Attaque et prise Lo général d*Exea prescrit au général de Bellemare
de
Nouiiiy-s-Marnc. de préparer l'attaque de Neuilly- sur-Marne. Pendant que l'artillerie ouvre son feu sur ce village, il détermine les points de passage sur le petit ruisseau-canal qui borde le village; le lieutenant -colonel de Courcy, chargé d'enlever Neuilly avec le 1*' bataillon de garde mobile de Seine-et-Marne, prend ses dispositions. Une fois dans le village, il doit s'emparer de l'écluse au dé bouché du canal de Chelles dans la Marne, et s'y établir solidement... C'était là le point important, car on se demandait si les Prussiens, en ouvrant l'écluse du canal de Chelles, ne pourraient pas de nouveau produire une crue
(1) Voir croquis n» 9, page 494.
(2) L'artillerie de réserve du 3« corps avait été augmentée de 8 batteries de 12, provisoirement mises à la disposition du général Princeleau, pour concourir aux opérations du 3« corps, ("ies batteries, 10« du 2i«, capitaine Vabre, 8« du ï22«, capitaine Delagrèverie, et !!• de rartillerie de marine, capitaine Geoffroy, étaient sous les ordres du commandant Babinet.
analogue à celle de la veille et balayer nos ponts; il existait, en effet, une différence de niveau entre le canal et la rivière, qu'on estimait à 3 mètres (1).
Après une demi-heure de canonnade contre Neuillysur-Mame, la division de Bellemare s'avance en échelons par la gauche, le premier échelon formé par le régiment de Seine-et-Marne (8 heures).
Deux compagnies du 1" bataillon, dirigées par le lieutenant-colonel de Gourcy, traversent le ruisseaucanal sur une passerelle, et se déploient en tirailleurs... Tavanl-poste prussien de Neuilly se replie précipitamment en faisant plusieurs décharges, nos hommes prennent le pas de course, pénètrent dans les jardins et enlèvent rapidement les premiers obstacles... le lieutenantcolonel se porte vers la droite avec une cinquantaine d'hommes et arrive dans le village par la route de Strasbourg, pendant que ses tirailleurs y entrent par la gauche.
Dès l'arrivée des autres compagnies du bataillon, on pousse jusqu'à l'extrémité de Neuilly ; là encore, quelques coups de feu sont échangés avec un poste ennemi établi dans la plaine derrière un épaulement ; mais ce poste ne tarde pas à se replier dans la direction de Ville - Evrard, et nous sommes complètement maîtres de Neuilly-sur-Marne ; l'écluse du canal de Chelles est occupée (9 heures).
En attendant de nouveaux ordres du commandant du y corps qui est immédiatement prévenu de la prise de Neuilly, on fortifie la tète du village (2).
(1) Extrait de l'historique de Vaplillerie du 3« corps d'armée.
\fi A la division de Bellemare était attachée la l'« section de la 17«compajHïic du 2» régiment du génie. La 1'* demi-section, commandée par le capitaine en i^^ Lenclos, aida les pontonniers à construire les ponts de Neuilly; la 2« demi-section, sous les ordres du sous- lieutenant Gœlschy, sviTii la brigade Golonieu à Neuilly-sur-Marne.
De longs murs» perpendiculaires aux deux routes de ViUe-Évrard, formaient en avant de Neuilly jusqu'au canal une excellente ligne de défense; la force de ces obstacles était encore augmentée par quelques maisons isolées et enclos donnant un Manquement naturel ; de plus, le cimetière, en pointe à Textrémité nord du village, empêchait de tourner la position de ce côté.
Une ligne de tirailleurs vient s'établir derrière ces longs murs que l'on perce de créneaux ; le reste du régiment de Seine-et-Marne se place au milieu du village et dans la plaine au nord, se reliant avec les troupes du plateau d'Avron.
La 16' batterie du 10% capitaine Dardenne, sur la route de Neuilly à Gagny, couvre la gauche de la position. Le ^ régiment de la brigade Colonieu^ régiment du Morbihan, forme soutien entre Neuilly-sur-Marne et Neuilly-sous-Bois; la brigade Fournés est en réserve au coude de la Marne.
neconûaissance Pendant co tomps, le général Princetcau, commandant déterminer TartiUerie du 3* corps, fait rechercher près de Neuillv
remplacement * sr m
. /*^v ,. les points de franchissement ; deux sont choisis en aval
ponts de Nouilly. * '
du ruisseau-canal, près de la Plâtrière; la position, d'un accès facile, était tout indiquée par le coude de la rivière. Dès que le mouvement des mobiles de Seine-et-Marne est suffisamment prononcé, la 8* batterie du 22° et la H" d'artillerie de marine s'établissent en amont du lieu de passage, en aval la 6' du 21" et la 12** du 3*; elles doivent couvrir de feux Noisy-le-Grand, Villiers, Bry^ la Pépinière et les p)arcs entre ces deux villages. Les ponts de Vors les 10 houros, le général d'Exea donne l'ordre
Neuilly , « .
^^rioTeïrêsl^' ^® ® avancer l'équipage de ponts, en station sur la grand'route, près du rond-point de Plaisance (1). Le.
(1) Pendant la nuit, vers â heures du matin, lo général en-c)ief de sa
capitaioe Saint-Rémy est chargé de Texécutiou avec 85 pontonniers; une trentaine de sapeurs du génie , soûs la direction du capitaine Lenclos» une centaine de zouaves, sont adjoints comme auxiliaires.
A ce moment, de l'autre côté de la Marne, la division de Maussion venait de s'emparer du village de Bry, ses tirailleurs commençaient à couronner la hauteur en face de Yilliers; afin d'appuyer Taile gauche de cette division, le général d'Exea fait établir deux nouvelles batteries de 12, la 40* et la 3* du 22% sur le mamelon de Ferreux ; de là, tout en soutenant le mouvement offensif du 2* corps, elles protégeront la marche du 3*...
Peu après, le général commandant le 3* corps envoyait, par le capitaine d'état-major Altmayer, l'ordre au capitaine de frégate Rieunier de jeter les ponts de Bry qui devaient livrer passage à la 2"" division (général Mattat) (1).
Pendant que le commandant Rieunier recevait l'ordre Les ponts de
Bry
(11 h. env.), les deux équipages, remorqués par la Perse- sont commencé? xérance et un bateau-mouche, arrivaient près de l'emplacement des ponts. Le travail est aussitôt commencé... à peine était-ôn à l'œuvre, que le commandant de Lemud, envoyé par le Gouverneur, se présentait au général jy^^^J^^^^Jup d'Exea et insistait pour que le 3" corps entrât rapidement ,;*^^JJV7mem en hgne... Le commandant de Lemud lui fit observer que (u"h?Ûres*^î/i.) la lutte devenant vive sur le plateau de Yilliers, il était indispensable que la gauche de l'armée fût couverte du
personne avait porté l'ordire au commandant des pontonniers de commencer son mouvement assez tôt pour être rendu au rond-point de Plaisance dès huit heures du matin. Cet ordre avait été exécuté.
(1) L'ordre, écrit au crayon sur une feuille de carnet, était ainsi conçu :
Ordre de Jeter immédiatement les deux ponts de Bry.
Le général commandant le 3* corps,
Signé : d'Exea.
90 novembre 1870, 11 heures.
Les ponts de
Bry son:
abandonnés.
La division
|de Bellemare
commence à
franchir la Marne
(midi).
côté dç Noisy-le-Grand. Le général d'Exea répondit que la construction des ponts était poussée avec vigueur, aussi bien au coude de Neuilly qu'à hauteur de Bry et qu'il ne tarderait pas à être en mesure de franchir la rivière sur les quatre ponts à la fois.
Pour éviter tout retard, la division de Bellemare se concentra près de l'emplacement des ponts de Neuilly, et le colonel Reille reçut l'ordre d'aller, avec son groupe de mobiles, prendre position à Neuilly-sur-Mame, à la place du régiment de Seine-et-Marne, qui devait rejoindre aussitôt sa division. La division Mattat, établie près du rondpoint de Plaisance, s'achemina également vers les ponts de Bry, de manière à commencer son passage aussitôt qu'ils seraient achevés.
De ce côté, étant sous le feu plongeant de l'ennemi » on a une peine extrême à établir les deux p(mts; à 11 heures et demie , deux bateaux seulement du premier ont pu être placés ; deux autres ont été coulés par les obus.
Dirigés par le commandant Rieunier, qui , bien que blessé , est partout , les marins poursuivent bravement leur besogne... la fuite de quelques ouvriers du génie civil n'arrête pas leur ardeur... mais le travail s'en trouve ralenti, et il n'est pas achevé à midi, lorsque les Saxons, dans leur retour offensif, parviennent jusqu'aux maisons supérieures de Bry, à 500 mètres au plus des ponts... une grêle de balles tombe au milieu de nos hommes... les ouvriers civils se mettent à l'abri, d'autres s'enfuient. . . les ponts demeurent abandonnés. . .
A midi les ponts de Neuilly, moins en butte aux coups de l'ennemi, sont achevés ; le général d'Exea donne l'ordre au général de Bellemare de commencer le passage.
Mais à ce moment-là les troupes du 2^ corps, après \n deuxième charge sur le plateau de Yilliers, étaient refi>i>-
lées en arrière delà crête ; un grand désordre régnait sur les pentes au-dessus de Bry... De grandes bondes de tirailleurs, appuyées par de fortes réserves, débouchaient de Noisy-le-Grand et cherchaient à déborder notre gauche... (1).
Le général d*Exea craignit de compromettre ses troupes en leur faisant franchir la rivière dans ces conditions. A la vérité, le mouvement devait être un peu long, puisque les ponts de Bry n'étant pas achevés, ceux de Neuilly seuls devaient servir aux deux divisions.
Néanmoins l'opération eût été suffisamment protégée par le village de Neuilly où nous étions solidement retranchés, parle feu des mitrailleuses et de la nombreuse artillerie que le général en chef avait mise à la disposition du général d'Exea, afin précisément d'assurer le passage de son corps, complément indispensable deTattaque principale.
Quoi qu'il en soit, péchant par excès de prudence , le général d'Exea arrêta la division de Bellemare, et les qudques compagnies qui déjà étaient de l'autre côté de la rivière durent repasser sur la rive droite.
En même temps la division Mattat, installée au Per^ reux, ayant reçu quelques projectiles, reprit sa position première aux abords du rond-point de Plaisance (2),
C'est à ce moment, vers une heure, que le commandant Vosseur, de l'état-major du général Ducrot, se présenta au général d'Exea pour le presser d'exécuter son mouvement. Parti du plateau de Villiers, cet officier avait traversé. les pentes de Bry au milieu d'une vive fusillade, et franchi la Marne aux ponts de Neuilly (3).
Un ofFicicr
du gén"i Ducroi
vient presser
lo mouvement
du3« corp-^.
(1) Voir croquis n» 15, page 214.
(2) Voir croquis n® 16, page 215,
(Si Ce simple fait prouve suffisamment combien eût été facile le pas- ^e de la- Marne de midi à une heure. - -
Le général d*Exea fit remarquer que la gauche du '2,* corps commençait à plier et demanda s*il devait néan« moins exécuter le passage. Le commandant Vosseur répondit que « lorsqu'il avait quitté le général Ducrot, il « y avait une heure environ, les troupes marchaient en « avant, que les conditions avaient peut-être changé, « mais qu'il ne pouvait modifier en rien de lui-même « les instructions qu'il était chargé de transmettre. »
Le général d'Exea était dans une grande perplexité, car sur les pentes de Noisy , de Villiers le combat prenait un caractère alarmant ; Tennemi refoulait partout nos tirailleurs et avançait de plus en plus. En passant la rivière nous le prenions en flanc, mais aussi la léte de colonne pouvait être attaquée par des forces supérieures et rejetée vers les ponts.
Ces craintes du général étaient au moins très-exagérées, car non-seulement la rive gauche offrait de nombreux abris , murs , parcs , qui auraient été de sérieux points d'appui pour nos troupes, mais encore le terrain entre Noisy-le-Grand et les ponts de Neuilly était tellement battu par les feux croisés du plateau d'Avron et des batteries de réserve du S"" corps qu'il eût été impossible a l'ennemi de s'y maintenir. A plusieurs reprises, en effet, des colonnes avaient tenté de sortir de Noisy^e- Grand pour s'approcher de la Marne; mais, criblées d'obus, elles avaient été obligées immédiatement de se retirer derrière les murs du village. . . Les pentes seules étaient réellement au pouvoir de l'ennemi ; encore parvint-on à les en chasser et à dégager complètement la gauche du 2* corps.
Une batterie de Nous avous VU plus haut, Quo los soldats du général
mitrailleuses r » i o
«i^^^o/ajjwche Maussion^ épuisés par des combats successifs, avaient fini par plier devant une nouvelle et vive attaque de tirailleurs saxons débouchant en grandes bandes de
Noisy... En vain les batteries placées sur la rive droite delà Marne augmentent leurs feux... les obus tombant au milieu des hommes isolés, ou s'enfonçant dans la terre meuble des pentes font peu d'effet... La marche de Tennemi n'en est pas ralentie... parvenant au-dessus de Bry, dans Bry même, les Allemands fusillent nos travailleurs, arrêtent la construction des ponts et vont déborder la gauche du 2« corps. . . quand une batterie de mitrailleuses, 3* du 12*, capitaine Clavel, guidée par le capitaine Louis, aide de camp du général d'Exea, vient prendre position sur le mamelon du Ferreux, en un point d'où l'on enfile à bonne portée toute la ligne des tirailleurs saxons ; dès les premières décharges, ceux-ci s'arrêtent court, reculent... s'abritent derrière les haies, les couverts, et bientôt ils disparaissent derrière la crête... Nos mitrailleuses obtiennent ainsi en quelques minutes le résultat que nos canons ordinaires n'avaient pu obtenir par un tir prolongé. . . Le plus grand danger est passé ; toutes les pentes restent libres , et les nôtres réoccupent les premières positions en face de Villiers. Alors seulement le général d'Exea se décidant à exécuter le passage de la rivière, donne l'ordre à la division de Bellemare de se porter en avant (2 heures) (1).
Mais toutes ces hésitations, tous ces retards ont com- Le
, . , . . . . . 1 , général en chef
promis la journée : rien mamtenant ne peut plus reparer ne voyant pas les faules commises ! Toute la combinaison sur laauelle ^^ a» corps,
* se décide
reposait le succès de l'opération est détruite. . . . Nos * ^^osiuons ^^^ sanglant» efforts, nos pertes si cruelles sont rendus stériles !
Cette triste vérité apparaissait trop clairement pour que la moindre illusion fût permise. Dès lors le général
(i) Malheureusement le général commandant le 3« corps négligea de faire prévenir le général en chef qu'il exécutait enfin le passage de la
rivière.
Ui DÉFENSE DE pA^IS.
en chef a© soiige plias qu'à garder solidement les positions tombées pn notre pouvoir, remettant au lendemain les opérations offensives....
Il fait relever sur la crête du plateau de Villiers et les pentes de Bry la brigade Avril de TEnclos (123*, 124') par la brigade Courtj' (125% 1260, de la même division; un seul bataillon de la 1" brigade, 1^ 3* du 124', peu engagé, reste sur le terrain derrière le chemin creux (1).
Lartimerie Nps batteries, bien que cruellement éprouvées, sur- *"'^<»D<mtaeî°'*' ^^^^ celles établies aux abords de Villiers, avaient con-
"wa'feu!** tipué la lutte sans interruption... Les canonniers, comme électris.és par leurs officiers payant tous de leur personne; montraient un entrain, une ardeur qui semblaient croître avec le danger. Non-seulement ils avaient résisté à découvert sous la pluie de fer et de mitraille de l'ennemi, mais encore ils avaient souvent obligé celui-ci à ralentir son feu.
Sur le plateau de Villiers, la batteri^ Nismes, revenue à gauche de la route n"" 45, tire sans relâche. Elle ne tarde pas à être appuyée par. les batteries de la réserve générale (commandant Lefébure). La batterie Malherbe se place à sa gauche, prés du chemin creux ; presque aussitôt, elle perd son capitaine-commandant grièvement blessé, que remplace le capitaine en second Royer. Plus à gauche, la batterie Bajau, reprenant sa première position sur le bord du plateau, fait face au parc de Villiers. La batterie Froment, reconstituée à quatre pièces, s établit à hauteur du chemin creux, près de la route n* 45. Quant à la batterie Gros, elle va se joindre aux batteries du commandant Ladvocat, déployées entre le four à chaux et le ruisseau de la Lande.
(1) Voir croquis n* 19.
DÉFENSE DE PA^BIft.
Sur la droite dé la route de Villiers, la première demibatterie de mitrailleuses Mahieu, deux pièces delà batterie Courtois et deux mitrailleuses de la batterie précédente, établies près du chemin de fer, font grand feu sur toute la ligne (1).
Sur le plateau des fours à chaux, les batteries delà division de Malroy, celles de la réserve du deuxième corps, soutenues à gauche par Tartillerie de la division Berthaut et la batterie Gros de la réserve générale, combattent également avec la plus grande énergie.
Quelques pièces ennemies étant venues s'établir à la pointe nord du plateau de Cœuilly pour prendre d'écharpe toute cette ligne, les batteries Chaule (mitrailleuses) et Gros (8) se portent à un kilomètre en avant dans le vallon de la Lande et les contrebattent vigoureusement. Elles ont tout d'abord un succès complet , mais bientôt en butte aux feux croisés de quatre batteries ennemies, elles sont écrasées : deux pièces du capitaine Gros sont démontées, et c'est à grand'peine que cet ofiîcier parvient à ramener le reste de son matériel au Four à Chaux.
Gomme on le voit, notre brave artillerie, par sa ferme contenance, tenait partout l'ennemi en respect et l'empêchait de nous inquiéter sérieusement.
Les Saxons, définitivement refoulés, étaient rentrés dans Noisy, pour n'en plus sortir... Partout les Allemands restaient, comme nous, sur la défensive, et le combat se réduisait à un échange de coups de canon.
Allant de la gauche à la droite de la ligne de bataille, le général Ducrot reconnaissait toutes les positions occupées par ses troupes ; il prescrivait d'établir des tran-
(1) Une mitrailleuse de la 2« demi - batterie Mahieu avait , commo Qous l'avons vu, été démontée à la première pi)sition près du chemin creux.
Le géoéral en
chef apprend l'abandon de nos positions de droite par le !«' corpf •
24i DEFENSE DE PARIS.
chées, des abris, des épaulements partout où la chose lui semblait indiquée... Comme il venail d'ordonner la construction de quelques ouvrages rapides au Four à Chaux, point le plus dominé de son front défensif, et qu'il se dirigeait vers la tête de Champigny, il apprit par le capitaine Colin, de Tétat-major de la division deMalroy, que le 1" corps d'armée avait reçu l'ordre de se reporter en arriére, d'abandonner toutes ses positions avancées, voire le village de Champigny et le Four à Chaux...
A la nouvelle de cet incroyable incident, le général Ducrot, dans un premier mouvement d'indignation bien légitime, s écria : « Allez dire partout que, sous peine « de mort, je défends d'abandonner aucune position. ^
Rien, en effet, pas plus à la droite que sur toute autre partie du champ de bataille, ne pouvait faire pressentir un mouvement rétrograde quelconque... A la vérité, les diverses attaques contre le parc de Cœuilly avaient été repoussées comme devant Villiers, mais nous tenions, avec un grand nombre de tirailleurs, toutes les pentes audessus de Champigny ; sur la droite nous étions même assez solidement établis pour inquiéter l'ennemi... plusieurs fois, débouchant de Ghennevières, il avait cherché à nous rejeter vers la Marne... mais il était venu sans cesse se briser contre la résistance de 2 à 300 hommes que le commandant Sancery, du 35*, avec un certain nombre d'autres officiers, maintenait énergiquement prés de l'épaulement du plateau.
Les Allemands n'avaient pas réussi davantage à nous tourner le long de la rivière : la ferme attitude de quelques officiers et d'une centaine de tirailleurs avait suffi pour arrêter, sur le lïanc du coteau, toutes leurs tentatives.
Vers 3 heures, les Wurtembergeois voyant leurs efforts impuissants, paraissaient non-seulement renoncera nous rejeter du plateau^ mais commençaient même à
céder du côté de Mon-Idée... et le commandant Sancery prononçait un mouvement sur Chennevières , quand il reçut Tordre de se replier. . .
On le voit, non-seulement l'ennemi n'était pas mena- ^ Arrivée du
' ^ général en chef
çant, mais même sur certains points il rétrogradait... àchampigny. rien donc ne pouvait motiver un ordre de retraite. . . et cependant la division Faron refluait déjà vers la Marne, évacuant Champigny ; toute la brigade de la Marieuse et le H 4* de ligne de la brigade Comte (113* et 114') étaient massés à quelque distance en arrière du village. . . fort heureusement le 113* tenait encore les défenses avancées.
Il fut donc très-facile d'arrêter les troupes et de les reporter en avant. Toute la division Faron réoccupa promptement ses positions sans que Tennemi tentât seulement de s'y opposer.
Ces mesures prises et la journée semblant entièrement linie, le général Ducrot se dirige vers la Villa-Palissy, où il espère rejoindre le commandant du 1*' corps ; comme il arrivait à la Fourche de Champigny, éclate tout à coup dans la direction de "Villiers une vive fusillade. . . (4 heures environ).
Croyant que Fennemi fait une nouvelle attaque contre nos lignes, le général en chef tourne bride et se porte rapidement vers le plateau de Villiers. Grande est sa surprise en apercevant la division de Bellemare sur les pentes de Bry et ses têtes de colonne se ralliant pour tenter un nouvel assaut contre le parc de Villiers, devant lequel tant de braves gens sont déjà tombés.
L'entrée en ligne du 3* corps à cette heure de la sur la gauciic,
« 1 1 f entrée en ligue
jMurnee était tout a fait imprévue, surtout dans la direc- ,. .^e la
* division do Bol-
tion de Bry. L'ordre général du 29 novembre était for- du^ae^îoMs mel ; il prescrivait au 3^ corps « de faire attaquer et « occuper par trois brigades le village de Noisy-le-
2iG DÉFbNSE DÉ PARIS,
« Grand ; d'envoyer ensuite une brigade , avec la « meilleure partie de Tartillerie, dans la direction di* t Champs, jusqu'à la pointe du plateau, à hauteur de € Gournay, pour canonuer ce village ; de faire occuper € le plateau à droite de Noisy par une autre brigade, el « d'échelonner le reste de Tartillerie entre Bry et « Noisy. »
L'ordre du 30 prescrivait que le grand équipage de pont serait, à 8 heures du matin, sur la roule de Stra>bourg, non loin du carrefour de Plaisance , àlîn d'être eh mesure, au moment de l'occupation de Neuilly-sur- Marne, de jetjsr deux ponts à l'endroit où la route se rapproche le plus de la Marne. Cet ordre particulier et de détail ne inodiïîait en rien les instructions générales de la veille. Du village de Noisy-le-Grand, Ton aurait commandé le pont de Gournay, par lequel débouchaient les renforts ennemis ; Ton aurait pris à revers la formidable position de Villiers, en même temps que le 2* corps l'aurait abordée de front et par la droite ; dans ces conditions, le succès était presque assuré; mais le 3' corps intervenant alors que les 1" et 2* étaient épuisés par une lutte acharnée de plusieurs heures, son action, forcément, devenait infructueuse et sans effet.
De plus, en se dirigeant sur Villiers et non sur Noisyle-Orand , Ton prenait, pour ainsi dire, le contre-pied du plan d'attaque du général en chef.
(^ar les troupes ne manquaient pas sur le plateau au-dessus de Bry et face à Villiers..; elles n'étaient même (lue trop nombreuses, trop compactes... Devant ces obstacles insurmontables contre lesquels la force et la vaillance ne pouvaient rien, elles restaient impuissantes, et ce n'était qu'en combinant Tattaque de front avec un mouvement tournant par la gauche, qu'il eût été possible d'enlever la position.
DÉFENSE DE PAkfS.
Aussi avionè-nous désigné au 3* corps d'utie manière formelle et précise Nôisy-le-Grand comme objectif.
Pourquoi et comment le mouvement è'ëst-il éxéclité d'une autre façon? C'est ce qui n'a jamais été bien éclaircî...