CHAPITRE VI
ÀtTAQUE DE ViLLIEftS PAR LA DIVISION DE ÉiELLEMARE.
Il était 2 heures, lorsque les têtes de colonne du 3* corps avaient commencé à franchir la Marne aux ponts de Neuilly. La brigade Fournés, de la division de Bellemare (4* zouaves-136*), passant la première, était venue se masser à hauteur du grand parc de Bry, face à Noisy-le-Grand ; le 3* bataillon de zouaves, en avantgarde, s'était porté dans la direction de cô dernier village, précédé des deux premières compagnies déployées en tirailleurs. La brigade Colonieu (Seine-et- Marne — Morbihan), de là même division, suivant le mouvement, avait pris position sur la gauche, face au même objectif.
Tout semblait indiquer que, conformément aux instructions générales, on allait marcher sur Noisy-le- Orand, en longeant la rive gauche de la Marne, sous la protection des batteries fixes du plateau d'Avron et de l'arlillerie du 3* corps, qui pouvait s'établir à droite et à gauche de Neuilly-sur-Marne.
Vers trois heures, la ligne s'était ébranlée, mais au lieu de marcher sur Noisy-le-Grand^ elle avait fait par le liane droit et tête de colonne à droite , exécutant ainsi une véritable contre-marche.
Tournant le dos à l'objeclif indique, on s'était engagé
Passage de la
Marne par la division de Bellemare.
dans les routes étroites entre le grand parc et le village de Bry, et toute la division de Bellemare était venue se masser non loin de la place de Tégliso. Le 3* bataillon de zouaves, resté seul sur la roulo de Noisy, observait ce débouché et couvrait notre gauche (1).
Atuque Aussitôt ses troupes rassemblées, le t^énéral de Del-
du plateau de , i i. i i»
viliiers lemare donne 1 ordre d attaquer les hauteurs de Villiers :
par les zouaves. ^
le i* zouaves, s'avançant par le chemin de Bry à Villiers, doit marcher directement sur le parc, appuyé à droite par le 136* de ligne, à gauche par le régiment de Seineet-Marne ; les mobiles du Morbihan, placés à Textrènie gauche, garderont les pentes face à Noisy-le-Grand, en se reliant au 3* bataillon de zouaves (2).
Vers 3 heures 1/2, les zouaves s'engagent dans le chemin creux conduisant au plateau.
Les deux premières compagnies du 1" bataillon, formant avant-garde, escaladent les pentes au pas de course. . . entraînées parle commandant Nocllat, elles se jettent sur les tirailleurs ennemis, les bousculent et s'avancent intrépidement sur le plateau.
Mais tout à coup, du mur de Vilhers, part un feu roulant, qui renverse en quelques minutes la moitié de nos hommes : tous les officiers sont atteints, le commandant a son cheval tué, c'est à^grand'peine que les zouaves parviennent à dégager leur chef ; rejetés en arrière, les débris de ces deux braves compagnies se rallient derrière la crête.
A peine est-on reformé, que tout le bataillon se porte
(1) Lo général de Bellemare disposait de toute son artillerie division > naire et des deux batteries de 4 de la division Mattal.
La batterie de mitrailleuses do cette division, S" du 11, capitaine Clavel , avait conservé sa position sur le mamelon du Ferreux, afin de joindre son feu à celui des batteries de réserve.
2) Voir croquis n* 20.
de nouveau en avant sans attendre Tarrivée des autres colonnes.
Les zouaves, qui s'étaient déjà si vaillamment comportés à la Malmaison, veulent, par un coup d'éclat, effacer tout souvenir, toute trace de ce qui s-*est passé à Chàtillon... tète baissée, ils se précipitent sur le plateau... des murs, des fossés, des abris jaillit un feu terrible; la plupart tombent, les autres marchent, courent à travers une grêle de balles... mais arrivés à cent mètres du parc, ils sont foudroyés à bout portant... Devant eux se dresse une muraille qui ne cesse de vomir le fer et le feu... force est de s'arrêter... de reculer... 16 ofliciers sur 18 et 311 hommes sur 600 sont hors de combat. Cependant , ces braves n'ont pas inutilement versé leur sang ; ils ramènent les deux pièces de canon laissées le matin sur le plateau faute d'attelages.
Pendant ce temps, le 2* bataillon de zouaves arrive au chemin creux qui longe la crête; le 2* bataillon du 136* entre en ligne vers la droite au milieu des vignes ; il est bientôt suivi parles deux autres bataillons du même régiment, le 1* bataillon du 107* et la légion des Amis de la France ; une fraction des mobiles de Seine-et-Marne, sous les ordres du lieutenant-colonel de Courcy, couronne la crête à gauche du chemin de Bry à Villiers ; une autre fraction de ce régiment est en réserve sur les pentes avec le colonel Frànceschetti , à sa gauche se trouvent les mobiles du Morbihan qui marchent vers Noisy-le- Grand (1).
Sous la conduite du colonel Fournès, commandant la 1'* brigade de la division, toutes les troupes de première ligne se précipitent de nouveau contre le parc de Vil-
(1) Une partie du l'^' bataillon de Seinc-el-Marnc, n'ayant pas été relovée, était resléo en position à Villa-Evrard.
liers* avec la plus fougueuse intrépidité ; la 16* batterie (lu 2* régiment, capitaine Malfroy, établie près du chemin de Bry, soutient, au centre, cette charge générale. Nos pièces de 7 postées sur Avron nous prêtent également un puissant concours ; aux ordres dû capitaine Pothier, ces pièces atteignent à 5 et 6,000 mètres l'artillerie ennemie et la forcent plusieurs fois à changer de position.
chef^f?riî^^ MF Comme la division de Bellemare abordait le plateau, le plateau, arrive le général en chef, entraînant à sa suite les fractions des divisions Berthaut et de Maussion qu'il a rencontrées sur son passage : deux bataillons du 126* et deux du H9' sont jetés, les uns à gauche de là route de Vîlliers, les autres à droite; deux batteries, dont une de mitrailleuses, ouvrent le feu à 400 mètres du parc... Ce dernier effort n'est pas plus heureux que les précédents ; cette fois encore, nos plus vaillants soldats vont se briser contre des obstacles qu'ils n'atteignent que pour tomber morts avant d'avoir pu les esc&lader ; nos batteries, écrasées par la mousqueterie, perdent en quelques instants la moitié de leurs effectifs en hommes et en chevaux, presque tous leurs officiers (1); plus de (500 hommes restent sur le terrain. Mais ces pertes cruelles, loin de diminuer l'élan de nos soldats, setnblent redoubler leur ardeur... les mobiles du lieutenant-colonel de Gourcy veulent encore se jeter sur le parc de Vîlliers... Le général Ducrot, convaincu de l'impuissance
(1) Dans la ballorie de mitrailleuses, le capitaine Trémoulot avait êlé tué, et les deux autres officiers, Mtithis et Chevalier, blessés.
ï-e lieutenant Chevalier, blessé mortellement, venait de sortir de l'École d'application. Malade depuis quelque temps, î! avait tenu à rejoindre sa batterie, malgré l'avis des docteurs, qui ne le jugeaient pas en état de combattre. C'est dans ces conditions qu'il se fit remarquer par son entrain et son ardeur et qu'il tomba si (glorieusement devant les murs de Villiers.
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de cette nouvelle tentative, les arrête, et fait cesser tout mouvement offensif.
N'ayant pas été prévenus en temps opportun du vigoureux effort de la division de Bellèmare, les 2** et 1" corps n'avaient pu y coopérer i quelques fractions seulement s'étaient portées en avant au moment où la fusillade avait éclaté.
Il était fort tard, le jour baissait sensiblement... après ce dernier insuccès, il n'y avait plus rien à tenter. Le gros des troupes est reporté en arrière de la crête, sur laquelle nous laissons seulement des avant-postes.
Des ordres âont donnés sur toute la ligne pour que la nuit soit employée à retrancher les positions conquises, enlever les blessés, enterrer les morts et renouveler lés munitions dont la dépense a été considérable (1).