CHAPITRE VIL
COMBAT DE MONTMÈSLY.
( 30 Novembre. )
La division de Susbielle (1" du 2* corps), qui devait, Rassembiecnent
-. . „ ,. , 1 11. <lô la division
amsi que nous 1 avons dit plus haut, chercher a arrêter de susbieiie. les renforts ennemis envoyés de la rive gauche de la Seine, s'était mise en marche le 30 novembre, à 3 heures du matin, sur Port-Créteil, par Joinville et Saint-Maur ; son artillerie divisionnaire, afin deviter l'encombre-
(1) Devant Chompigny, on parvint k ramener la plupart de nos blcïi-
ses ; mais devant Viiliers, on éprouva les plus grandes difficultés
l,à, étant n très-petite distance de l'ennemi, dès que quelqu'un s'avançait sur le plaleau, 11 était reçu à coups de fusils. Les Allemands, craignant que nous ne profitions de la nuit pour faire une tentative sur lo parc, ne laissaient approcher personne, et nos malheureux blessés, maigri* les plus louables efforts, restèrent ^ur le terrain : le froid on Ut périr un grand nombre.
Canonnade contre Blesly,
Montmesly et Bonneuil.
nient près des ponts, avait suivi la voie de Charenton (1).
Franchissant la Marne sur un pont de bateaux construit la nuit, près du Moulin vieux de Porl-Créteil, la division tout entière se trouvait massée, vers 6 heures, derrière le village de Créteil, à droite et à gauche de la roule de Bàle; son artillerie sur la droite, en deçà de la tranchée reliant le parc de l'archevêque à la ferme des Mèches, le S"" bataillon du H8' lui servant de soutien.
Créteil était occupé, mais non défendu, par des gardes nationaux, qui avaient relevé les mobiles du Tarn ; leur conduite, leur désordre étaient tels qu'il y aurait eu plus que de l'imprudence à compter sur de tels gens (2). Heureusement cette position allait éire gardée, dans la matinée, par la brigade de mobiles du général Ribourt, qui devait servir de réserve à la division de Susbielle, pendant que d'autres bataillons de garde mobile postés à Maisons-Alfort couvriraient son flanc droit. Une batterie de 12, capitaine Laguerre, amenée par des chevaux d'omnibus, trop incomplète pour être mobilisée, fut placée comme batterie de position dans le parc de l'archevêque, de manière à soutenir notre offensive et protéger au besoin la retraite de nos troupes.
Vers 7 heures 1/2, les objectifs devenant visibles, l'artillerie commence son feu ; les batteries de Créteil , les batteries de marine de Maisons-Alfort, le fort de Charenton, la redoute de Gravelle, couvrent d'obus
(I) L'ordre général pour le 30 novembre portait que la division de ::^usbielle devait se mettre en mouvement dans la soirée du 29; mais ces ijitl niellons furent modifiées, et le départ fut fixé à trois heures du nirt'in le 80, afin de laisser aux troupes qui avaient marché une parlie ïii- Ja journée et de la nuit précédentes le temps de se reposer.
,d) C'était le bataillon des tirailleurs de Bellevillc et le 147<^ balaillun rk^ guerre do la garde nationale, qui , pour incomiuilc et lâcheté, flireiil di^'dous quelques jours après, sur la demande du général Clémenl-Thonmât commandant la garde nationale. (Voir aux pièces ju^lillcative*. n- XXIV.)
Mesly, Montmesly, Bonneuil. Deux batteries mobiles établies derrière des épaulements dans la presqu'île de Saint-Maur, l'une près du pont de Gréteil (batterie Donato), l'autre près de l'église d'Adamville (batterie André), ouvrent le feu contre Montmesly et Bonneuil. Les deux batteries de quatre de la division de Susbielle, placées à droite de Gréteil, tirent sur le village de Mesly (1).
Sur la droite, de l'autre côté de la Seine, le fort d'Ivry et la batterie de la redoute du bord de l'eau dirigent leurs coups sur le pont de Ghoisy-le-Roi.
Pendant cette canonnade qui, suivant les ordres du Gouverneur, devait durer une heure et demie environ, le général de Susbielle exécute une reconnaissance en avant de Gréteil.
Au delà de ce village , la route de Baie, presque en Examen ligne droite, était coupée, à 500 mètres environ des der- Inne^'iès"?^ nières maisons, par une barricade, prolongée à droite et à gauche au moyen de tranchées, . . des escarpements boisés d'un accès très-difficile étendaient jusqu'à l'île Saint- Julien cette ligne de défense derrière laquelle le parc de Bonneuil présentait un sérieux obstacle.
Sur la droite de la route, le terrain montant en pente douce, forme le mamelon isolé de Montmesly, que couronne un large plateau incliné vers Gréteil ; à un ressaut du sol s'élevaient des tranchées à intervalles s' appuyant, d'un côté à la route de Baie, de l'autre au village de Mesly ; à la partie culminante se dessinait un grand ouvrage avec embrasures dirigées sur Gréteil et Maisons -Alfort.
Plus à droite, au pied des hauteurs, Mesly était organisé défensivement ; mais quelques maisons et enclos
(i) Voir Croquis no 22, page 266.
DEFENSP DE PARIS.
But de Topération.
Dispositions d'ftttaque.
situés en avant de ce village semblaient devoir gêner la défense et favoriser l'attaque.
Au delà, le terrain présente une grande plaihe découverte, limitée en avant par des bois, sur la droite par le remblai du chemin de fer de Lyon ; dans l'intervalle, se trouvent des constructions isolées, ènlre autres la ferme de l'Hôpital, le carrefour Pompadour; ces bâtiments entourés d'ouvrages en terre et servant de postes avancés aux troupes de Choisy-le-Roi, étaient autant de positions qui devaient menacer le flanc droit de nos colonnes.
La reconnaissance terminée , le général de Susbielle réunit ses généraux de brigade et chefs dp corps, pour leur donner ses instructions.
Le but de l'attaque était d'abord de s'emparer de Mesly, Montraesly, Bonneuil. En cas de succès, la division, pivotant sur sa gauche, marcherait vers le plateau d'Ormesson. Dans ce mouvement de conversion, le marais de Sucy, pouvant offrir des passages étroits et difficiles, chaque corps devait s'échelonner par bataillons, tout en restant en mesure de se secourir et de déjpuer les tentatives d'attaque tournante par la droite. Les positions, fouillées par les tirailleurs, devaient ptre rapidement enlevées.
En cas d'insuccès, les troupes se retireraient lentement, et occuperaient successivement tous les accidents de terrain, les enclos, les maisons crénelées, etc..
Dans tous les cas, la lutte se prolongerait jusqu'aux dernières limites.
L'ensemble de l'opération tracé, le général de Susbielle donna à chacun de ses brigadiers les détails tactiques :
La 2* brigade (H 7* et 118*), général Lecomte, est chargée de l'attaque : pendant que le HT, manœuvrant aux abords de la route de Bàle, abordera ]de front les
premières défenses de Monlmesly, le 118*, accompagné d'une batterie de 4, tournera ]a position par le village de Mesly.
La 1" brigade , général de la Charriére , restera en réserve derrière la tranchée, à hauteur du parc de rarchevéque. La 2* batterie de 4 et les mitrailleuses établies près de la ferme des Mèches, observeront la plaine et arrêteront tout mouvement tournant par la droite; la batterie de marine de Maisons-Alfort surveillera le carrefour Pompadour.
Le 14 7* (lieutenant-colonel Galland), formé par bataillon en colonnes de division en avant de Créteil , à droite et à gauche de la route de Bàle, re^^oit Tordre d'agir de la manière suivante :
Le 1" bataillon, commandant Lubriat, placé à gauche de la route, après avoir enlevé les tranchées et bouquets de bois sur les pentes de la Marne, doit continuer sou mouvement de manière à prendre à revers les défenses de Bonneuil.
Le 2* bataillon, commandant Fauvin, enlèvera la barricade et poussera directement sur la roule de Bàle, afin de tourner les ouvrages de Montmesly, pendant que le 3* bataillon, commandant Passée, les attaquera de front.
Le 118' (lieutenant-colonel de Beaufort), formé en colonne derrière la tranchée de Tarchevèque, doit marcher en même temps que le HT. Son 3*^ bataillon, commandant L'iopis, après s'être emparé des enclos entre Créteil et Mesly, appuyera vers la gauche de manière à aborder de liane les premières tranchées de Montmesly ; il se portera ensuite contre Touvrage situé à rextrémité du plateau, en subordonnant toutefois son mouvement à la marche du 2' bataillon, commandant Coutelle, chargé de Toccupation du village de Mesly.
Le 1"" bataillon, commandant Dupont, formera la réserve des deux bataillons engagés.
A 9 heures, Veps 9 heures, Tartillerie ayant suffisamment battu les donne le signal divers objectifs , le général de Susbielle fait cesser le
de rai laque. * i
feu, et donne le signal de Tattaque.
Nos troupes se précipitent avec le plus grand élan, toutes les premières défenses de Tennemi sont enlevées rapidement.
A gauche, le 2* bataillon du 117*, conduit par le général Lecomte, s'empare de la barricade de la route de Bàle, pendant que le 1** se rend maître des tranchées entre la route et la Marne; ces 2 bataillons chassent devant eux les Allemands qui se réfugient dans le parc de Bonneuil.
A droite le 3* bataillon du H 7% entraîné par le lieutenant-colonel Galland, s'empare des premières tranchées prussiennes situées à mi-côte. A Textréme droite, le 3^ bataillon du llS"", maître des enclos en avant de Mesly, laisse au 2' bataillon de son régiment le soin d'occuper ce village, se rabat sur la gauche, et déloge les tirailleurs allemands de leurs abris sur le flanc du mamelon.
Cependant le 2* bataillon se rend maître de Mesly, donl les défenseurs, après une faible résistance, fuient en désordre vers la roule de Choisy.
Prise Nos tirailleurs, postés dans les maisons les plus avan-
^Moniraes^iy. ^ céos de Mesly, prennent d'enfilade la tranchée qui relie ce village à Montmesly et la rendent bientôt intenable pour l'ennemi. Dès lors, n'ayant plus rien à redouter pour leur droite, le 3* bataillon du 117' et le 3* bataillon du 118* marchent rapidement sur l'ouvrage de Montmesly qui est enlevé de la façon la plus brillante, sous l'énergique impulsion des lieutenants-colonels de Beaufort et Galland. Sans s'arrêter, ce dernier, à la tête de quelques
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compagnies du 3* balaUlon de son régiment, descend la pente du mamelon et se jette contre les maisons C au carrefour des routes de Bâle et de Choisy-le-Roi, position très-importante, que l'ennemi avait solidement retranchée.
Accueillis par une vive fusillade, nos soldats du 117* n'en continuent pas moins leur marche en avant ; mais bientôt, pris de flanc par les défenseurs du parc de Bonneuil, ils sont obligés de rétrograder jusqu'à J'ouvrage de Montmesly . . . et d'attendre que le mouvement de notre gauche soit plus prononcé.
De ce côté, le 2* bataillon du 417% après avoir enlevé la première barricade, s'était heurté à gauche au mur du parc de Bonneuil, à droite au petit bois D, sur la route même à une deuxième barricade ; à différentes reprises, il avait essayé de briser ces obstacles, et chaque fois il avait été repoussé avec des pertes considérables... Rien ne pouvant être tenté avant la prise de ces différents points, on les attaque de deux côtés à la fois :
Le 2* bataillon du 417* les aborde de front, pendant , que le 3* bataillon du 118% remplacé dans l'ouvrage par le bataillon de réserve (1" bat. du 118*) prend à revers toutes les défenses de l'ennemi.
La barricade B, le petit bois D abordés avec énergie sont bientôt évacués, et nos soldats arrivent jusque dans les fossés du côté ouest de la route, à quelques pas des tirailleurs allemands qui garnissent les créneaux du long mur du parc. . . Ce nouvel obstacle défilé de notre artillerie, par sa direction, par sa situation sur le flanc du coteau, nous arrête court. . . il est impossible d'aller plus loin...
Profitant de cet instant de halte, nous nous fortifions montmcsiy «s
j , . . . forttflé.
dans les positions conquises. Le commandant du génie Houbigant retourne l'ouvrage de Montmesly ; deux pièces