PIÈGES JUSTIFICATIVES
Rapport du général de Bellemare sur la prise dn Bonrget (28 octobre 1870).
Saint-Denis, 28 octobre 1870.
Monsieur le Gouverneur,
J'ai l'honneur de vous adresser le rapport sur roccupation du Bourget, exécutée aujourd'hui par une partie des troupes sous mon commandement.
Voulant utiliser le corps des francs-tireurs de la Presse , dont lo service était devenu inutile à la Courneuve , par suite des progrès de l'inondation du Crould, j'ordonnai, hier soir, au commandant des francs-tireurs, de faire, sur les avant-postes ennemis établis au Bourget, une attaque de nuit; je lui en indiquai les principales dispositions , et je fis prévenir les grand' gardes établies en avant du fort d'Âuberviiliers et de la Courneuve, de prendre les armes, à 3 heures du matin, pour soutenir et appuyer le mouvement.
A rheure prescrite, il fut exécuté, avec autant de vigueur que de précision, par les francs-tireurs sous les ordres du commandant Rolland. Sans tirer un coup de fusil, ils abordèrent les postes prussiens, qui fuirent en désordre, abandonnant, la plupart, leurs sacs et leurs casques. Ils continuèrent à s'avancer dans le village , repoussant l'ennemi de maison en maison , jusqu'à l'église, où ce dernier était établi plus solidement.
C*cst alors que je les Qs soutenir par une partie da S4' de marche et le 14* bataillon de la mobile de la Seine ; j*y envoyai en même temps le colonel Lavoignet, commandant la 1*^ brigade, pour prendre le commandement, avec ordre de s'emparer du village et de s'y établir solidement.
Je faisais appuyer l'infanterie par une section de deux pièces de 4 et une mitrailleuse , et j'établissais deux pièces de 12 en avant de la Gourneuve, pour prendre l'ennemi en flanc.
Ail heures, je me transportai de ma personne an Bourget, et j'y arrivais ou moment où nous en étions complètement maîtres ; je m'étais fait suivre d'une forte réserve, composée du i6« bataillon de la mobile de la Seine et d'un demi-bataillon du 28* de marche.
Vers midi , l'ennemi démasqua deux batteries de position au Pont-lblon, et fit avancer deux batteries de campagne sur la route de Dugny au Bourget, qui ne cessèrent, sauf à de rares intervalles, jusqu'à près de cinq heures, de tirer sur le village, dont ils incendièrent quelques maisons.
Je fis retirer mon artillerie , qui ne pouvait lutter avec celle de l'ennemi, trop supérieure en nombre. Nos troupes restèrent dans leurs positions, quoique recevant pour la première fois ce feu formidable, et je n'ai qu'à me louer de leur sang-froid et de leur énergie.
Pendant ce temps, les sapeurs du génie faisaient les communications, crénelaient les maisons et rétablissaient les barricades.
Vers six heures, j'ai fait relever, par des troupes fraîches, celles engagées depuis le matin, afin de les faire répai*er et manger la soupe. On travailla toute la nuit pour rendre la position aussi défensive que possible.
La prise du Bourget audacieusement attaqué, vigoureusement soutenue; malgré la nombreuse artillerie de l'ennemi, est une opération peu importante en elle-même; mais elle donne la preuve que, même sans artillerie, nos jeunes troupes peuvent et doivent rester sous le feu, plus terrifiant que véritablement meurtrier, de l'ennemi.
Elle élargit le cercle de notre occupation au delà des forts , donne de la confiance à nos soldats, et augmente les ressources en légumes pour la population parisienne.
Nos pertes, que je ne connais pas encore exactement, sont minimes (tout au plus une vingtaine de blessés et quatre ou cinq tués).
Nous avons fait quelques prisonniers.
Quand j'aurai reçu les rapports des chefs de corps, et que je les aurai vérifiés avec soin, j'aurai l'honneur de vous envoyer
les noms des officiers et soldats qui se sont particulièrement distingués.
Veuillez agréer, etc.
Ln Général commandant supérieur, De Brllemare.
Extrait des Opér.ilions da corps de génie allemand
par Gœtzs, capitaine da génie prasaien.
Le commandant de Tarmée de la Meuse voyait un gi^and
inconvénient a laisser les Français au Bourget, car nous n'avions pas d'autre poste d'observation en avant de la longue ligne d'investissement comprise entre Aulnay et Dugny, et, d'un autre côté, il était à craindre qu'une fois en possession définitive du village, i'enuemi n'y établit des batteries de gros calibre pour menacer notre position tout entière le long de l'inondation.
En conséquence; ordre fut donné à la 2^ division d'infanterie de la garde d'assaillir le Bourget le 30 octobre au mutin, sur trois colonnes partant de Dugny, de Pont-Iblon et de Blanc- Mesnil, après que l'attaque aurait été préparée par 5 batteries postées sur ces derniers points.
Après une demi-heure de canonnade, les trois colonnes s'ébranlèrent ; la colonne principale, composée de 4 bataillons et de la 2' compagnie de pionniers de la garde, marchant de Pont-^Iblon sur la lisière nord du village ; la colonne de droite (2 bataillons), de Dugny sur la lisière ouest; pendant que la colonne de gauche (2 bataillons), qui avait déjà franchi le Moleret, abordait le village par le sud.
Les trois colonnes, accueillies d'abord par une canonnade des plus violentes, partant des forts et d'une batterie de campagne, puis par des feux de mousqueterio , arrivèrent en même temps devant le village.
Celle de gauche y pénétra la première, en s'emparant de la gare vers 9 heures ; il fallut une lutte assez longue à la colonn e du cjntre pour chasser rçnn3mi de la lisière nord, dont les murs, extrêmement solides , étaient partout crénelés. La colonne de droite entrait à peu près en môme temps dans le village. Alors
commença un combat des plus acharnés : il fallut enlever les maisons Tune après l'autre.
Ce n*est qu'à midi et demi qu'on fut complètement maître du Bourget. L'ennemi le cribla aussitôt d'obus, en faisant en même temps des démonstrations sur le front de la i^ division d'infanterie de la garde ; mais ses attaques furent partout repoussées par nos avant-postes.
On entreprit immédiatement la mise en état de défense du village, et Ton y laissa à demeure un bataillon.
Le Bourget une fois repris par la 2« division d'infanterie de la garde, on fit une question d'honneur de la* conservation de ce poste.
Extrait de Mode ^attaque de fiûfanterie prussienne^ dans la campagne 1870-1871, par le duc GniUanme de Wurtemberg.
Les combats de la première période de 1870 nous présentèrent la preuve irréfutable que l'attaque en ligne des colonnes en terrain découvert était un sacrifice d'hommes inutile.
Mais on ne pouvait pas non plus proscrire complètement l'attaque en terrain découvert, et arriver au but par l'emploi exclusif des mouvements tournants, qui sont souvent impossibles dans les grandes batailles.
Il fallut donc trouver une nouvelle formation d'attaque. Elle fut réglée par le commandant de la garde et du 3« corps, et appliquée avec succès au Bourget.
A la prise du Bourget (au nord du fort d*Aubervilliers, près de Paris), le 30 octobre 1870, la garde se trouva en position d'essayer la nouvelle manière de combattre. — Je veux peindre, le plus succinctement possible, ce combat et le mode d'action, auquel on pourrait, du reste, trouver quelque ressemblance avec le système dont M. le générai major, baron Mondel , fit l'application à une manœuvre d'automne de 1869, au mont Dachlowitz.
Le Bourget est un long village, dont les jardins sont entourés de murs hauts, longs et directs, qui se coupent à angle droit, et qui avaient été organisés défensivement au moyeu de créneaux et de mouvements de terre. Les avenues étaient barricadées.
L'attaque fut menée de trois côtés à la fois , qui sont Blanc- Mesnil, Dugny et le milieu de la chaussée.
Les deux colonnes de flanc envoyèrent en avant des pelotons de tirailleurs, qui gagnèrent du terrain à la coui'se, puis se jetèrent à terre. Derrière, suivaient, également au pas de course, les réserves et soutiens divisés en petits groupes. Lorsque ceux-ci se furent couchés pour reprendre haleine, les tirailleurs se mirent de nouveau à courir, et, simultanément, appuyèrent vers les côtés extérieurs ; à bonne distance de tir, ils se recouchèrent et commencèrent alors le feu contre l'ennemi.
Les vides formés par cette marche oblique furent remplis par des lignes de pelotons; les ailes s'allongeaient en môme temps par Tarrivée en échelons de compagnies isolées, mais toujours en ordre déployé, de sorte que l'attaque concentrique, qui serait peut-être devenue plus profonde en se rapprochant , resta toujours en mesure de déborder la ligne ennemie. Les détachements dispersés se servaient de chaque abri qui se présentait pour se réunir et se reformer. C'est ainsi que devant le flanc nord-est, une rangée de tas de fumier, restés dans les champs, servit de lieu de rassemblement à toute une compagnie, qui ouvrit de là un feu destructeur contre les sorties de l'ennemi. De l'autre côté, l'escarpement du ruisseau le Moleret offrit quelque abri, qu'occupèrent aussitôt plusieurs compagnies massées, pour s'opposer à une contre-attaque dirigée de Drancy.
Le mécanisme de l'attaque consistait principalement dans le passage rapide de l'ordre déployé à l'ordre concentré : dès qu'il se présentait aux lignes de pelotons à grands intervalles le moindre abri peimettant un rassemblement du rang ou de la compagnie... on s'y précipitait. . • alors ces abris avaient laspect agité de fourmilières.
L'aile droite était restée en arrière, le centre ne s'était pas sufflsamment déployé, et s'assujettissait trop à la formation habituelle, les pertes étaient énormes. Mais l'aile gauche, s' avançant en lignes d'attaque longues et minces, sous le lieutenant-col one comte Waldersee, réussit à exécuter une charge en tirailleui>s jusque sous les murs des jardins, à faire cesser lé feu qui en partait, et à pénétrer de côté et par derrière dans le village.
Les défenseurs cédèrent alors. Le général Budritzki put arriver de loin et entrer à son tour, pendant que la colonne de droite parvenait, sans de trop grandies pertes, à atteindre l'entrée de derrière.
L'attaque en ordre déployé, soutenue par des tirailleurs, fut adoptée depuis comme seul mode d'offensive en terrain découvert, et Ton défendit sévèrement de présenter, à moins de 2,000 pas, des divisions massées au feu de l'ennemi.
ÏV
Extrait des procès-Terbanx du GonTernement de la Défense nationale.
Jeudi 27 octobre (10 h, 1/4 du soir),
M. Jules Favre lit et fait approuver une note par laquelle il réfute et clément la nouvelle calomnieuse donnée par le Combat, n regard de la reddition projetée par le maréchal Bazaine.
M. Jules Ferry déclare que ces bmits viennent de Versailles , car des membres de la Société de secours aux blessés y ont en> tendu dire que Bazaine avait consenti à rendre Metz, à la condition qu'on le laissât passer en Algérie avec toute son armée. C'est la, dit-il, un bruit absurde qui se réfute de lui-même.
Extrait de la déposition de M. de Legge, commandant le 3® bataillon de garde mobile dn Finistère, dans l'enqnète parlementaire snr les actes du Gonvernement de la Défense nationale.
Le 31 octobre, nous fûmes cc/nsignés par ordre du général
de Beaufort. Nous vîmes passer toute la manifestation ; presque toute la garde nationale de Paris avait envoyé des députations, la crosse en l'air, depuis onze heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Vers ti*ois heures, Rochefort quitta l'Hôtel-de- Ville. Nous le vîmes sortir par une porte de derrière, accompagné de deux ou trois personnes. Quelques instants après, les trois compagnies du bataillon des mobiles de l'Indre, qui gardaient l'Hôtei-dc- Ville, rentraient en désordre a la caserne Napoléon. Elles avaient été culbutées par les envahisseurs, THôtel-de- Ville était pris.
Un des derniers était revenu, c'était le commandant Dauvergne, tout sanglant, la barbe arrachée par places, l'uniforme m lambeaux. Le capitaine Lejeune, arraché à grand'peine à une foule furieuse qui le maltraitait sur la place do Grève, nous était rendu dans le même état. L'adjudant du bataillon était resté entre les mains des émeutiers.
Je ils prendre les dispositions nécessaires pour être prêt à tout événement, et j'attendis.
Le soir, à six heures, un officier, M. Burgues, vint me demander Tautorisation de pénéti*er dans THôtel-de- Ville parles souterrains; il était envoyé, me disait- il, par le général Schmitz au secours du général Trochu; il se disait major des francstireurs Lafon et Mocquart. Ne sachant au juste à quoi m*en tenir, je lui répondis qu'il n'y avait pas de souterrains communiquant avec THôtel-de-Ville, et que, d'ailleurs, comme il n'avait pas d'ordre écrit, je ne pourrais môme pas l'aider à y entrer par la porte. Il s'en retourna, et revint, quelques instants après, porteur d'un mot du général Schmitz. Je le fis accompagner par un officier, qui l'introduisit dans l'Hôtel-de-Ville. Quelques heures plus tard, un capitaine, attaché à Tétat-major du général Trochu, vint me demander si je pouvais essayer de délivrer les membres du Gouvernement provisoire, qui étaient retenus prisonniers à l'Hôtel-de-Ville. Je fis prendre les armes à mon bataillon, et nous allions entrer dans les souterrains, quand il revint me dire que le général Trochu était libre; il avait pu s'échapper vers huit heures moins un quart ; il nous ordonnait d'attendre ses ordres.
Je fis rentrer mon bataillon; puis, comme ces ordres n'arrivaient pas, et que la situation s'aggravait, je pris le parti do les aller chercher.
Vers neuf heures, accompagné du capitaine de Mauduit, parent du général Le Flô, je me rendis au ministère de la guerre, que nous trouvâmes défendu par un garde national qui fumait sa pipe à la porte. Les aides de camp étaient ou malades ou à la recherche de leur ministre. Il n'y avait, à l'intérieur, que madame et mademoiselle Le Flô, qui étaient fort inquiètes et désireuses d*avoir des nouvelles, l'une de son mari, l'autre de son père. Je leur proposai de les conduire au Gouvernement, elles acceptèrent. Je fis avancer un coupé du ministère, et nous pûmes parvenir jusqu'au Louvre, mais non sans peine. Nous fûmes arrêtés plus d'une fois en route. Il était près de dix heures quand nous arrivâmes au Louvre. Madame Trochu reçut ces dames, et j'allai demander des ordres au gouverneur de Paris, qui me renvoya au général Schmitz. Celui-ci me dit de retourner à mon poste, et de me conformer aux ordres que j'allais y recevoir. Nous prévînmes madame Le Flô, qui nous pria de la reconduire au ministère de la guerre. Nous revînmes, M. Mauduit et moi, par les quais do la rive gauche, occupés par une foule compacte de gardes nationaux. En rentrant, je trouvai un ordre du général Schmitz, qui m'enjoignait de rester dans la caserne Napoléon; la garde nationale
seule devait faire justice de ce mouvement. Ce sont les termes mêmes de Tordre, dont j'ai gardé 1* original; le voici :
< L'ordre du Gouverneur est de rentrer dans les casernes, en « ce qui concerne la garde nationale mobile. Tenez vos hommes 1 bien réunis. Le Gouverneur veut que ce soit la garde nationale c sédentaire qui fasse justice du mouvement.
c 31 octobre, — huit heures et demie.
c Signé : Scmarz. »
Cet ordre était daté de huit heures et demie , mais je ne Tai eu qu entre dix et onze heures.
Vers minuit, nouvel ordre, au commandant Dauvergne et à moi, de faire sortir nos bataillons, et de les former en bataille sur la place Lobau, de façon à fermer le carré que les bataillons de Tordre formeraient autour de THôtel-de- Ville.
Mon bataillon placé , je parcourus les rangs de ces gardes nationaux qui appartenaient aux quartiers conservateurs de Paris. Je les trouvai bien disposés pour le Gouvernement, mais un peu irrésolus, répugnant à Tidée d'une lutte sanglante entre Français quand Tennemi était aux portes. De plus, il n'y avait là aucun officier général pour commander cette foule d'honnêtes gens. Il me parut évident que ces bataillons, placés au hasard, ne comptant pas complètement les uns sur les autres, étaient incapables de concourir à une action commune. Dans les circonstances où nous nous trouvions , le courage individuel ne suffit pas ; il ne peut tenir lieu de la cohésion et de l'unité du commandement, conditions rigoureuses du succès.
Je crus que la situation m'imposait des devoirs supérieurs à des instructions données de loin; je pris le parti de violer la lettre des ordres que j'avais reçus.
Ma 6« et ma 1* compagnie, capitaines de Mauduit et de Livaudais, se trouvaient en face de la porte de la caserne ; je les fis rentrer, et je pénétrai à leur tête dans le souterrain de communication avec THôtel-de-Ville , laissant le reste de mon bataillon , suffisant pour former le carré, sous les ordres de mon adjudantmajor.
Je ne me dissimulais ni la responsabilité que j'encourais, ni les dangers que les hommes allaient affronter dans THôtel, occupé par des forces relativement considérables; mais je croyais, en conscience, employer le seul moyen de prévenir de grands malheurs.
Je dois cependant ajouter que cette responsabilité m'était ren-
due facile à accepter, par la confiance que j'avais dans la bravoure et l'énergie de mon bataillon. Avec des hommes comme ceux que j'avais l'honneur de commander, rien n'était impossible. Pendant les six semaines que nous venions de passer aux avantpostes de Bondy, tous, officiers et soldats, m'en avaient donné assez de preuves.
En arrivant dans les couloirs, nous trouvâmes un poste de 25 à 30 gardes nationaux, qui se trouvèrent surpris et désarmés avant d'avoir eu le temps de se reconnaître. Cependant, la colonne avançait toujours, sans trop savoir où elle allait. Elle avait pris un escalier qui devait la conduire dans la cour du Préfet; mais quand je revins pour me mettre à sa tôte, je la trouvai arrêtée devant une porte fermée. Par une vigoureuse poussée, nous l'enfonçâmes en un instant, et nous tombâmes au beau milieu des insurgés.
La cour était tellement remplie que, lorsque notre élan nous y eut fait pénétrer, nous nous trouvâmes resserrés de tous côtés. S'apercevant de notre petit nombre, ils commencèrent à nous crier : « Grosse en l'air. » En breton, je dis à mes hommes : < Haïonnette dans le ventre, et tuel » A l'instant môme, ils croisèrent la baïonnette et se lancèrent en avant. On nous fit place ; je pus m'emparer des portes de la cuisine et du vestibule de la salle Saint-Jean ; nous occupions le côté est de la cour du Préfet ; notre droite et notre gauche étaient suffisamment appuyées ; on ne pouvait ni nous prendre en flanc, ni nous tourner.
La cour s'était vidée : les émeutiers , massés dans la galerie vitrée qui fait face au porche où débouche le souterrain, improvisaient des barricades avec des meubles et des débris de portes, d'autres nous* couchaient en joue par les fenêtres du premier étage. Les deux compagnies dont je disposais, suffisantes pour tenir l'ennemi en respect, ne Tétaient plus pour prendre l'offensive*, ni môme pour résister à une attaque sérieuse. Je fis venir le reste de mon bataillon, que suivit, sur ma demande, le bataillon de l'Indre, le commandant Dauvergne en tête.
Alors nous prenons l'offensive, et nous enlevons rapidement le rez-de-chaussée à la baïonnette, en dépit d'un semblant de résistance bientôt évanoui devant l'élan de nos hommes. Les nombreux défenseurs de la galerie vitrée, attaqués de face et de dos, s'enfuirent par le corridor des cuisines.
Nous allions continuer le mouvement et* enlever les escaliers, lorsque le ministre de la guerre, conduit par un capitaine de la garde nationale, M. Kcrgall, accourt à notre rencontre, fait relever les baïonnettes, et nous défend de nous porter plus avant.
Les instructions étaient : nous emparer des portes faisant face
seule devait faire justice de ce mouvement. Ce som mômes de rordre, dont j'ai gardé l' original; le voici .
< L'ordre du Gouverneur est de rentrer dans les cas ^^^^^ « ce qui concerne la garde nationale mobile. ^^"^^^ nationale « bien réunis. Le Gouverneur veut que ce soit la g t sédentaire cpii fasse justice du mouvement.
« 81 octobre, — huit heures et demie.
. Signé : Schmitz. »
Cet ordre était daté de huit heures et demie, mais je n qu'entre dix et onze heures. ^^ à moi.
Vers minuit, nouvel ordre, au commandant ï^*"^®'^^ . me sur de faire sortir nos bataiUons, et de les former «^^f^^^^^g de la place Lobau, de façon à fermer le carré que les Da«ix l'ordre formeraient autour de l'Hôtel-de-Ville. ^^rdes na-
Mon bataillon placé , je parcourus les rangs de ces^^ ^^ ^^^.^ Uonaux qui appartenaient aux quartiers conserva ^^ ^^
Je les trouvai bien disposés pour le gouvernement ^ Français iiTésolus, répugnant à l'idée d'une lutte sanglante ^^^^ ^^ ^^^^^ quand l'ennenû était aux portes. De P^^® ' îl JLnnêtes gens. U officier général pour commander cette foule d ^^ ^^ comptant me parut évident que ces bataillons, placés au nasa^ incapables de
pas complètement les uns sur les autres, . ^^^^^^^jes où nous concourir à une action commune. Dans les ^^^^^ ^ . ^ ne peut nous trouvions, le courage individuel ne su *\. ' ^^^ oonditenir lieu de la cohésion et de l'unité du commanae tiens rigoureuses du succès. voira supérieurs a
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.^ dos rcnseignemonts.
.nais je vis le général
on. Sur ces entrefaites,
de l'Hôtel-de-Ville nous
cmcut étaient couchés en
à la caserne Napoléon et à la caserne Lobau, — chose faite en partie, -— nous maintenir dans les positions conquises; et attendre les ordres qu'il nous enverrait après s*étre rendu compte de la situation extérieure. < Une attaque immédiate, me dit le général, aurait sérieusement mis en danger la vie des membres du Gouvernement restés prisonniers de l'émeute. »
Il était environ minuit et demi; le ministre demanda à être conduit au Gouvernement; je le fis accompagner par un officier, M. le capitaine de Mauduit.
Pendant ce temps-là, nous nous occupions à désarmer les prisonniei*s ; nous avions pris, dans l'espace d'une demi-heure, plus de 280 gardes nationaux. Je les faisais descendre dans les caves au fur et à mesure qu'ils étaient désarméâ; on les maltraitait bien un peu, mais ils n'avaient que ce qu'ils méritaient.
Extrait de la déposition du commandant de Legge, dans renqaête parlementaire snr les actes dn GonTcmement de la Défense nationale.
Le général Le Flô revint vers 1 heure et demie, et me
donna l'ordre d'ouvrir la porte pour laisser entrer la gai*de nationale ; jusque-là, nous étions restés seuls dans THôtel-de-VilIe. J'ouvris la porte ; mes hommes formaient la haie sous la voûte et dans la cour. Je laissai entrer M. Jules Ferry, deux compagnies environ du 103« bataillon et une du 17«.
La porte refermée, ces compagnies, M. Jules Ferry en tète, s'engagèrent dans la galerie vitrée, et montèrent vers la salle du Conseil, tandis que, en exécution des ordres de MM. Ferry et Le Flô, nous nous tenions prêts à les soutenir.
Après quelques minutes d'attente, un officier du 106* vint me demander quelques hommes pour entraîner ses gardes nationaux, chez lesquels il craignait un moment d'hésitation, quand il leur faudrait frapper des gens revêtus du même uniforme que le leur.
Ma 5« compagnie passa entre leurs rangs,, qu*ils ouvrirent, prit la tète, et, baïonnette croisée, acheva de gravir Tescalier, culbutant les émeutiers.* Mes hommes arrivèrent ainsi jusqu'à la porte de la salle du Conseil, mais là, ils s'arrêtèrent, conformément à leur consigne, ouvrirent les rangs à leur tour, et laissé-
ronï entrer les premiers les gardes nationauTC qui les avaient secondés avec beaucoup d'élan.
Peu de temps après, nous vîmes descendre les membres du Gouvernement. Le général Trocbu passait en ce moment devant la porte Lobau ; nous entendîmes battre aux champs, je fis présenter les armes, de sorte que tout le monde sortit avec les honneurs de la gueiTe.
VI bis,
Enqaète parlementaire sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale.