‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 64 sur 84 · SÉANCE DU 31 OCTOBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 31 OCTOBRE

Il faudrait, Messieurs, pouvoir vous donner le texte exact de la séance, tristement célèbre, du 31 octobre.

M. Dréo a tenu la plume jusqu'au moment où les portes de la salle du conseil ont été enfoncées, et où les volontaires armés de Flourens et de Tibaldi se sont rués sur la table du conseil. — 11 nous a conservé des faits précieux pour l'histoire, et nous regrettons de n*ètre pas autorisé à rapporter son écrit in extenso.

Il est trois heures un quart, tous les membres, excepté M. Hochefort, sont présents. La séance, extraordinairement convoquée, commence par les explications que donne M. le colonel Chevriaux, commandant de l'Hôtel-de-Ville, qui se déclare impuissant à protéger le Gouvernement contre la fouie qui , depuis le matin , a envahi la moitié du palais et menace d'envahir le reste. Des bataillons de la garde nationale amenés sur la place, ont mis la crosse en Tair.

À ce moment M. Etienne Arago, maire de Paris, lit une délibération prise par les vingt maires d'arrondissement, qui viennent de se prononcer pour des élections immédiates. Il supplie, vu les circonstances, le Gouvernement de donner satisfaction à cette demande. — C'était la crise tant de fois prévue et ajournée, la Commune élue et se substituant au Gouvernement non élu; chacun en voyait le danger pour le Gouvernement et pour Paris .

M . Picard demande que Ton annonce à la population :

1° Que le Gouvernement se soumet à des élections ;

2o Que les conseillers municipaux seront élus ;

âo Qu'aucune décision sur l'armistice ou sur la paix ne sera prise, sans que la population ait été consultée.

M. Arago n'accepterait , à aucun titre , la première partie de

vu DÉFENSE DE PARIS.

ppoposilion ; il n 'ad mettrait , an priuoipe^ que les éleaUdu^ munieipales.

M. J. Ferry espère eoueilter les deux opinions en aecordaat les élections municipales , avec faculté pour le» membres du Gouvernement de se présenter comme candidats. Et comme il faut une prompte solution en face du désordre menaçiuit, la proposition d'annoncer des élections municipales, sans en ûxer la dalôf est votée par MM. Arago, Pavre, Ferry, Pelletan, Picard, contre MM. Garnier-Pagès, Simon et Trochu.

M. Etienne Arago sort aussitôt pour annoncer eette nouvelle à la foule, qui a déjà complètement envahi la salle Saint-Jean, et o'est cette résolution qui a probablement donné lieu aux affiche» où elle était profondément modiQéeet qui annonçaient, sous les signatures Dorian, Schoelcber, Et, Arago, Brisson et Floquet, l'élection des municipalités pour le lendemain. Après la sortie du maire de Paris, la discussion repreod sup ids moyens d'arriver à donner au Gouvernement la sanction de rélection. [..es avis soat partagés : si le Gouvernement se souHiet à rélection, il s'expose à être démembré; s'il ae s'y présente pas, il parait eeriainque la muoioipalité élue ne tardera pas à se substituer au Gouvernement. La discussion en est là, lorsque le tumulte qu'on eot^aii depuis longtemps se rapproche, la foule frappe aux portes ; li|8 irhefs de bataillon Chasaia , Cyrille , ^Qlly, Le Fran^ala, entrent violemment; ils affirment être poussés par la foulp qui les suit, mais ils demaadent la Commuwt et la formation d*un caiiiact sous la. ppésJdêDce de M, Donan.

M. Jules Favre proteste contre celte violence : c Faites de uouâ c ce que vous voudrez, dit-il, mais n'espérez pas nous arracher « quoi que ce soit par la crainte. »

MM. CuASSiN et^JoLLT protestent de leurs bonnes intentioub; ils veulent éviter une collision menaçante.

Le général Tauisier entre vivement et déclare que, de tous ç^tés, ou proclame lu déchéance du Gouvernement. ïiCs portes de la première salle sont enfoncées, la foule accouii aux cris de : « Vive la Commune! » et insulte les membres du Gouvernement : MM. Trochu, Favre, Pages, Simon, Pelletan, Ferry, Arago, demeurent à leurs places autour de la table du conseil. (M. Picard s'est retiré.) La foule les entoure de toutes parts et les presbe au point de ne pas leur permettre de se lever de leurs sièges. M. Garnier-Pagès ne peut parvenir à se faire entendre; M- Jules Favre peut à peine prononcer quelques mots Uds orateurs furieux escaladent la table, du haut de laquelle ils essayent de haranguer la foule sans réussir eu^^-mêmes ù dgi^iiier )# (umultê.

DÉFENSE de; PABIS. 355

On deipande la démission des membres du Gouvernement, et, comme ils la refusent, on réclame leur arrestation.

Flourens confie à ses tirailleurs voloptaires la garde des n^embres du Gouvernement. Mais la violence augmentant avec le désordre, le secrétaire est forcé de s'arrêter, ne pouvant plus suivre les faits qui se précipitent.

Nous devons, Messieurs, remercier M. Dréo d'avoir eu le sang-froid et le courage d'observer et 4e npt^r 49 Ptr^ili flits dans iw pareil moment.

Séance tenue au Ministère des affaires étrangères.

1^ NOVEMBRE (^ beures du matin).

Sont présents : Général Trochu, J. Favre, G. PAQEii , J. Simon, Picard, Roghefort, Ferry; Magnin, Dorian, Lb Fuâ, winislres ; Edmond Adam, préfet de police ; Héa9i^t>, DuRiER, Dréo, secrétaires.

MAf. G. PaoM, Hocuefort et Ed. Adam exprimeat le regt-^t qiie dçç affiches aient été déjà apposées et annoncent ^^s résglutions qui n'ont dû être délibérées que par quelques membreb seulement du Gouvernement.

Ils çriti(juent vivement le genre et la forme d'élections annoncées par cette affiche, disant qu'en présence de ces mesures, il est à craindre que de nouveaux troubles ne se produisent.

M. Arago est prié de se rendre près de M. Tamisiei- que Von dit être malade, il ira ensuite demander au générai Clément-Tbomas de vouloir bien venir seconder M. le général Tamisier, souffrant.

M. DoRiAN expose que des eii^^agements ont été pris par lui dans la nuit, et que les affiches apposées le matin sans son concours le mettent dans une cruelle situation.

M. Ferry fournit des explications sur tous les faits qui se sont passés la nuit à l'HOtel-lc-Ville, Il en résulte, suivant lui, çuc, de i^on côté, il n^a été pris aucun engagement, et que, aucun de

ceux pris par les envahisseurs n*a été tenu. — La garde nationale était maîtresse de jeter les envahisseurs par les fenêtres, et si elle ne Ta pas fait, c'est par esprit de modération.

M. Edmond Adam déclare brusquement, en désignant l'un des membres du Gouvernement, que la réaction menaçant de devenir prépondérante, il préfère donner sa démission.

M. le général Trochu proteste contre cette regrettable détermination, après les efforts ^faits par M. le préfet de police dans la nuit qui vient de s'écouler.

M. Ed. Adam ne consent qu'à ajourner seulement à deux jours l'effet do sa démission.

M. Simon déclare que si M. Ed. Adam se retire, il croira luimême devoir l'imiter.

M. Araoo annonce que le général Tamisier semble vouloir donner sa démission. Le Conseil décide que M. le général Tamisier conservera le commandement supérieur de la garde nationale, et que M. Clément-Thomas lui sera adjoint ; il est invité à se rendre près de ce dernier pour le prier de vouloir bien se tenir à la disposition du Gouvernement.

Le Conseil reprend la discussion des mesures à prendre.

M. HoGHSFORT déclare que l'attentat commis hier à l'Hôtel-de- Ville est si considérable qu'aucune répression ne saurait être assez rigoureuse. Il est venu là des hommes qui avaient abandonné leur poste devant l'ennemi pour venir renverser violemment le Gouvernement chargé de la Défense nationale. Il est donc d'avis de sévir avec la dernière rigueur ou de ne rien faire absolument.

M. Picard fait observer que la garde nationale indignée, abandonnerait le Gouvernement si elle le voyait constamment impuissant à se protéger lui-même.

MM. Lbblono, procureur général, et Didier, procureur de la république, appelés et consultés, croient qu'il faut déployer la plus grande rigueur à partir d'aujourd'hui ; mais à leur avis, il ne fajlait maintenant poursuivre personne pour les événements de la nuit.

Cette opinion est approuvée ; oir se demande seulement s'il faut en informer le public.

M. Picard voit à cela de grands inconvénients.

M. J. Favrb est d'avis d'exposer la situation au public.

M. le général Trochl* déclare que l'opinion publique exige de

rénergie, non pas demain, mais aujourd'hui, sans quoi la garde nationale ne marchera plus.

M. Garnier-Pages rappelle, les efforts tentés par MM. Flourens, Millière et Delescluze, pendant trois heures, pour éviter Teffusion du sang. En sortant, il a dit à M. Delescluze qu'il était aussi libre que lui, et il ne peut maintenant rétracter cette parole.

M. PiGARn croit qu'il faudrait donner satisfaction à la garde nationale, en supprimant plusieurs journaux qui prêchent la guerre civile tous les matins.

M. Didier pense qu'il faut expliquer la condescendance du Gouvernement par les sentiments des malheurs de la patrie ; c'est pour l'avenir qu'il faut désormais déployer de la vigueur contre les perturbateurs et les Prussiens.

M. Ferry croit qu*il faut, en tout cas, distinguer entre Flourens, Millière, Delescluze et Blanqui ou Félix Pyat.

M. Jules Favre croit une instruction judiciaire indispensable.

M. Simon demande q[u'on réfléchisse avant de faire des poursuites qui entraîneraient les démissions de MM. G. Pages, Dorian, Ed. Adam et la sienne même. Il faut donc savoir si même on entend arrêter MM. Blanqui et Félix Pyat.

Ces arrestations sont repoussées par 6 voix contre 4.

M. Magnin demande que les poursuites soient ajournées après l'élection.

Des dépêches annoncent que dans plusieurs mairies et à l'Hôtel-de-Ville même, des ordres contraires à ceux du Gouvernement sont donnés à l'égard des élections municipales interdites.

M. le général Trochu fait remarquer que, des mesures qui vont être prises, dépendent les élections de jeudi ; il faut donc, suivant lui, concilier une répression énergique avec les engagements pris.

M. Arago rentre en séance accompagné du général Clément- Thomas, qui déclare se mettre aux ordres du Gouvernement et accepter le titre de commandant en second de la garde nationale.

M. le général Clément-Thomas consulté par M. le général Trochu, déclare que la majeure partie de la garde nationale est décidée à soutenir le Gouvernement. Cette importante fraction aurait donc été satisfaite de voir arrêter à l'instant même tous les fauteurs de désordre. Cependant, puisque ces arrestations n'avaient pas été faites ou maintenues, il croit que Ton verrait avec regret des arrestations nouvelles s'opérer actuellement. En ce qui le concerne, il n'a donné l'ordre d'arrêter M. J. Vallès dans son secteur, que parce que ce dernier s'était emparé de la mairie du XIX« arrondissement.

Digiti

éSè DÉP'ENSE DIÎ PAFtlS.

M. J. Simon propose de rendre un décret ^ui ôHôilnô \è désarmement de tous les bataillons qui sortent sans ôrdreâ régulièfâ.

Après cette mesure, il sera possiblér âè désârfnei* \é bataillon ^ui â envahi rHfltel-de-Ville.

Cette proposition, est écartée en présence âeê difficultés de ftoii élécution.

Séance levée â 1 heure et demie.

il^ftdRÉnT, f nôVeUbrë (iO heures du àoir, ehèi îè Ôôthrétaêar),

M. FfeflAT propose et fait décider la révocation de nôuvtaux ehefs de bataillon dans la garde nationale.

M. le général tnecHU annonce que M. Ed. Adatii persisté à dôilner sa démission.

M. Araoo demande quels sont les faits fiouvèàul 4^i ôé âôAt produits depuis hier et qui motiveiit cette démission que chacun coiièidéfait comme retirée.

M. Ed. AnAM répond que ces faits ne se sont pas produits au grand jour.

M. Araoo demande à connaître les faits auxquels M. Ed. Adam fait allusion.

M. le général Troghu insiste sur la nécessité d'opérer FaiTestation d'hommes qui viennent encore de violer une église pour ep faire le théâtre de leurs propositions insurrectionnelles. Les dépèches annoncent, d'ailleurs, que M. Flourens n'est plus maître de son bataillon qui ne veut plus de lui.

M. Ferr^ ajoute que ces arrestations sont résolues.

M. Araôo demande comment cette résolution à été pi*ise. Il s'élève vivettient contre cette prétention de faire un Gouvernement dans le Gouvernement ; il déclare ne pas se trouver lié par les décisions prises, paratt-il, le matin, dans une sorte de Cotiseil secret, auquel auraient assisté MM. le général Trochu, J. Favre, Picard et Ferry. Il ajoute qu'à la veille d'un Vote, des arrestations ëont une mauvaise chose, et peuvent faire croire à de rintlmldatiôn. Ces arreôtations, opérées ensuite, le seraient, ati ôontrairè. kvéé là ôanétion éclatante du vote de Paris. Peu iïflpofié à 6èl égard vingt-quatre heures de plus.

DÉFENSE DE PAhl8. m

MM. O. Paqès et Rbllstau appuient ces obserrafion».

M. FiRRT pi'étend que les arrestations ont été votées e% qu'elles auraient dû ôtre faitos, et quant à l'opportunité de o6s àrresti'^ tions, comme elles doivent être électoralement nuisibles, on n*a point à craindre d*ètre accusés de manœuvres en les faisant. D*ailleurs il s'agit d'hommes qui viendront troubler le scrutin.

MM. J. Favre et Picard appuient vivement cette opinion de M. Ferry.

M. Fbrrt déclare que si l'on veut l'en charger, il saura bien faire opérer sans bruit ces arrestations^ à moins que M. Ed* Adam ne consente à s'en charger.

M. Edi Adam fait observer qu'en présence des résolutions prises dans la réunioti du matin, il a dû maintenir sa démission, les arrestations ne lui paraissant pas suffisamment justifiées par des faits nouveaux.

En conséquence, M. Ed. Adam quitte la salle des séances.

M. Arago s'élève encore contre ces décisions émanant d'une sorte de second gouvernement qui n'appelle les autres membres qu'à ratifier ses résolutions.

M. il. StMOFT : « Généralement^ il est aisé de voir qae l'on décide tout sans nous, t*

M. J. Favre explique à ces tfiessieurs ce qui est, suivant lui, nile erreur, et devant ces explications, M. Arago retire ses observations.

M. G. Pages insiste pour que dos arrestations ne soieât pa6 opérées ; au point de vue politique môme, elltfs seraient une f^Ute, elles gâteraient la grande manifestation qui va de nouveau donner au Gouvernement une éclatante consécration.

M. Picard dit qu'il ne faut pas attendre le succès pour frapper les coupables. Ainsi, M. J. Vallès, pendant le très-peu de temps quHl a tenu la mairie du XIX«, dont il s'était emparé, aurait dépensé 180 francs de voitures et fait boire pour 1,500 francs de vins.

M. Fbrrt déclare qu'on fait les affaires de la réaction en ne sachant pas réprimer, et la réaction, pour lui, c^est le vrai danger.

M. J. Favre dit que le devoir rigoureux du Gouvernement est de ne pas laisser la liberté à des misérables et à des assassins qui professent pour les faiblesses du Gouvernement un légitime Aépris.

M. <i. dnioif demande si du moiûs ûft peut Alléguer dès faits nouveaux.

;î60 DEFENSE DE PARIS.

M. Ferry sftirme que ces faits existent avec aggravation.

M. Simon explique qu il s'opposerait aux arrestations pour les faits relatifs à renvahissement de THôtel-de- Ville, mais qu'il est prêt à les voter pour des faits nouveaux.

M. J. Favre répond que les notes de police sont, en effet, des plus graves, et il ajoute que si M. Adam a donné sa démission, c'est que lui, ministre de l'intérieur, n'a pas voulu le laisser discuter ou diviser un ordre.

M. Ed. Adam, appelé par le Conseil, n'étant plus dans Thôtel du Gouverneur, celui-ci déclara que désormais les arrestations ne pourront plus se faire avant le vote ; il explique ensuite comment une réunion particulière a pu se tenir chez lai et en dehors des autres membres du Gouvernement, qui ne doivent voir là qu une exigence accidentelle d'un travail urgent.

M- Cresson, présenté par M. Adam pour son successeur, est nommé préfet de police, et invité à venir immédiatement conférer avec le Conseil. — La question des arrestations est reprise. ]je Conseil est appelé à voter sur les arrestations dans la nuit même. Six voix se prononcent pour ces arrestations dans la nuit s'il y a flagrant délit : Pour : général Trochu, Favre, Arago, Simon, Picard, Ferry. — Contre : Garnier-Pagès et Pelletan.

Toute arrestation le jour du vole est repoussée.

M. Ferry demande que l'on démente la nouvelle d'un armistice qui va être répandue comme manœuvre électorale de la dernière heure.

Séance levée à 1 heure du matin.

Note diplomatique.

Le Gouvernement de la Défense nationale a délibéré sur les communications qui lui ont été faites aujourd'hui par M. Thiers, envoyé extraordinaire près les cabinets de Londres, Saint-Pétersbourg, Vienne et Florence.

Ces communications étaient relatives à la proposition d'armistice faite à la France et à la Prusse par les cinq grandes puissances neutres, l'Angleterre, la Russie, TAutriche, l'Italie et la Turquie , ayant pour objet la convocation d'une assemblée nationale.

Saisi de celle proposition , le Gouvernement avait chargé M. Thiers de se rendre au quartier général du commandant en chef de Tarmée assiégeante , et d'en conférer avec le ministre des affaires étrangères de Prusse.

Le Gouvernement acceptait le principe de l'armistice , et demandait comme conséquence naturelle :

l» Que la durée fût fixée à un minimum de vingt-cinq jourô ;

2® Que le ravitaillement fût proportionnel à cette durée ;

S^ Que les élections se fissent librement dans tous les départements, même ceux occupés.

Le chancelier de la confédération de TAliemagne du Nord a accepté la durée d'un minimum de vingt-cinq jours, l'élection dans tous les départements, même ceux occupés, en demandant pour r Alsace et la Lorraine, une désignation de mandataires qui n'amenât pas l'agitation électorale.

Il a repoussé d'une manière absolue le ravitaillement; il a ajouté qu'il ne s'opposerait pas à l'élection et à la réunion d'une assemblée, sans armistice, et qu'il accorderait, dans ce cas, quelque liberté de communication entre le gouvernement de Paris et la Délégation de Tours.

Le Gouvernement de la Défense nationale a considéré ces déterminations comme le rejet pur et simple de la proposition des cinq grandes puissances neutres.

Un armistice d'un mois, sans ravitaillement, est un moyen déguisé de réduire Paris sans coup férir.

Le Gouvernement de la Défense nationale tient donc la négo« ciation pour rompue, par une exigence de la Prusse également contraire à la justice et au droit des gens:

Il témoigne a M. Thiers sa vive reconnaissance pour le dévouement qu'il a montré au pays , en bravant depuis six semaines tant de fatigues et de périls, pour arriver à la conclusion d'une paix honorable, que le Gouvernement a toujours appelée de tous ses vœux.

M. Thiers fera connaître au chancelier de la confédération de l'Allemagne du Nord qu'il est toujours prêt, au nom de son Gouvernement, à accepter les combinaisons qui pouiTont arrêter une guerre désastreuse pour les deux nations, et dont la prolongation coûtera aux deux belligérants de nombreux et cruels sacrifices humains.

II fera remarquer que le Gouvernement de la Défense nationale a toujours réclamé la possibilité de consulter la France par la convocation d'une Assemblée, et de déposer entre les mains des membres de cette assemblée le pouvoir qu'il tient de la néecs-

*to DÉFENSE DE PAfitS.

Alté, et, Aujourd'hui, dn vote des habitants et des défenseur de Paris.

Mais pour que cette convocation soit possible, un afttiiâtièé sérieux est indispensable, et pour être sérieux, il doit présenter les conditions de sécurité qu'assure le droit des gens.

Celui qui serait consenti sans ravitaillement ferait perdre à Paris un mois de vivres. Au bout de ce mois, Tarmistice pourrait être rompu, et les hostilités recommenceraient dans des conditions iné<^ales.

M. Thiers déclarera, en conséquence, au chancelier de la confédération de TAllemagne du Nord, qu'à raison du refus fait par la Prusse du favitaillement proportionnel à la durée, il coosidère Tarmislice proposé par les cinq puissances comme rejeté par la Prusse. Il quittera le quartier-général du commandant en chef de l'armée assiégeante. Il se rendra à Tours, où il voudfô bien rester à la disposition du Gouvernement de la Défense nationale. Là, il communiquera aux représentants des cinq grandes puissances le résultat de sa missioii, e( leur fera connaître cdidmônt la Prusse a repoussé leur propositioti.

Il pourra leur adresser une noie collective, destinée à éolâirèr leurs gouvernements sur les dispositions de tsi Pi*ussè, et leur petihèitte àë jugef leâ desseins ultérieurs que sa politique révèle àufflftftmfneUt.

Le Ministre des Affaires étrangères, iules FaVrb.

Rapirori de M. Thlera sur set négocUtloiift au qM«rU«r gèainl

allemand (1).

Tours, le 9 nOTembre l^TTO.

Monsieur l'Ambassadeur.

^e croie devoir aux quatre grandes puissances qui oiit fait ou appuyé la proposition d'un armistice entre la France et la Prusse, un compte succinct, mais fidèle, de la négociation grave et délieate dont j'avais consenti à me charger. Muni des sauf-con-

il) Cette èommunicatiorï, faite aux grandes puiSséiléés, ft été àâres3é<> I là tuf^uié et a l'Eft^agnë, ^ui irenéiAftt ëé iê Joiftdl^è I éllêé.

DÉFENSK DE PAhIS. ftéi

dilits ^e S. M. TEmpereur de Russie et le ostblnei britâûhi^ue avaient bien voulu demander pour mol à S. M. le Roi de Pruôfifè, j'ai quitté Tours le 28 octobre, et après avoir franchi la ligtié (|ui séparait les deux armées, je me suis rendu k Orléans. San» perdre de temps, j'ai pris la route de Versailles, acoompagôê d'un officier bavarois que M. le général baron de Tanrt avait eu robligeance de m'adjoindre pour lever les difficultés que je pouN rais rencontrer sur ma route. Pendant ce difficile trajet, j*ai pli ine convaincre par mes propres yeux, et malheureusement dans une province française, de tout ce que la guerre avait d'horrible. Obligé, faute de chevaux, de m'arrêter trois ou quatre heures de la nuit à Arpajon, je suis arrivé à Versailles le dimanche matin, 30. Je n'y suis resté que quelques instants, étant bien convenu d'avance, avec M. le cohite de Bismark, que mes etitretiens avec lui tië commenceraient qu'après avoir complété à Paris lefc pouvoirs nécessairement incomplets que j'avais reçus de la Délégation de Tours. Accompagné des officiers parlementaires qui devaient tne faciliter le passage des avant-postes, j'ai franchi là Seine au-dessous du pont de Sèvres actuellement coupé, et je suis descendu à l'hôtel des affaires étrangères, pour rendre plus faciles et plus promptes mes communications avec les meûibres du Gouvernement. La nuit s'est passée éti délibérations, et tiprèk une résolution adoptée à l'unanimité, j'ai reçu les pouvoi^é 6êcéssaires pour négocier et conclure ^a^mistice dont les puissances neutres avaient conçu l'idée et pris Tinitiative.

Toujours soucieux de ne pas perdre un temps dont chaque minute était marquée par l'effusion du sang humain, j'ai repâsdé les avant-postes le lundi soir 31 octobre, et le lendemain, l*' novembre, à midi, j'étais en conférence avec M. le chancelier de là confédération du Nord.

L'objet de ma mission était parfaitement connu de M. le comte de tiismark, qui avait reçu, comme la France, la proposition des puissances neutres. Après quelques réserves sur l'immixtion des neutres dans cette négociation, réserves que j'ai dû écouter sans les admetti*e, l'objet de notre mission a été parfaitement précisé el établi entre M. le comte de Bismark et moi. Il s'agissait de conclure un armistice qui fît cesser l'effusion du sang entre deux des nations les plus civilisées du globe, el permît à la France de constituer, par des élections librement faites, un gouverne- (nenl régulier avec lequel on pût traiter valablement. Cet objet était d'autant mieux indiqué, que plusieurs fois la diplomatie prussienne avait prétendu que, dans là situation dés choses en Pratiôe, elle ne éavait à qui s'adresser pour entamer dêè ttégoeiâtiôAâ.

A cette occasion, M. le comte de Bismark m*a fait remarqaer, sans du reste y insister, qa'il y avait à Cassel, et cherchant à se reformer, les restes d'un gouvernement, qui, jusqu'ici, était le seul reconnu par l'Europe; mais qu'il faisait cette observation uniquement pour préciser la situation diplomatique, et nullement pour se mêler, à quelque degré que ce fût, du gouvernement intérieur de la France. J*ai répondu sur-le-champ à M. le comte de Bismark que nous l'entendions bien ainsi; que, du reste Jp gouvernement qui venait de précipiter la France dans Tabîme d*une guerre follement résolue, inept«ment conduite, avait pour toujours terminé à Sedan sa funeste existence , et serait pour la nation française un souvenir de honte et de douleur.

Sans contester ce que je disais, M. le comte de Bismark a i\o nouveau protesté contre toute idée d'ingérence dans nos affaires intérieures, et a bien voulu ajouter que ma présence au quartiergénéral prussien, et l'accueil que j'y recevais, étaient la preuve dv la sincérité de cette déclaration, puisque, sans tenir compte de cv qui se passait à Cassel, le chancelier de la confédération du Nord sVmpressait de traiter avec l'envoyé extraordinaire de la République française.

Ces observations préliminaires franchies, nous avons fait ud premier examen sommaire des questions que soulevait la proposition des puissances neutres :

1<* Principe de l'armistice, ayant pour but essentiel d'arrêter l'effusion du sang, et de fournir à la France le moyen de constituer un gouvernement reposant sur le vœu exprimé de la nation ; ^

'^ Durée de cet armistice, motivée par les délais qu^entraioe la formation d'une assemblée souveraine ;

S** Liberté des élections, pleinement assurée dans les provinces actuellement occupées par les troupes prussiennes ;

4* Conduite des armées belligérantes pendant l'interruption des hostilités ;

5® Enfin, ravitaillement des plsices assiégées, et spécialement de Paris, pendant la durée de l'armistice.

Sur ces cinq questions, et particulièrement sur le principe même de Tarmistice, M. de Bismark no m'a pas semblé avoir d'objections insurmontables, et j'ai pu croire, à la suite de celle première conférence, qui n'avait pas duré moins de quatre heures, que nous pourrions nous entendre sur tous les points, et conclure une convention qui serait le premier acte d'une pacification ardemment désirée dans les deux mondes.

Les conférences se sont succédées, et, le plus souvent, deux fois par jour , car j'étais impatient d'atteindre un résultat qui devait

Googje

f aiiSP cesser le bruit du canon que nous entendions constamment, et dont chaque éclat me faisait craindre de nouveaux ravages, de nouvelles immolations de victimes humaines.

Voici quelles ont été, pendant ces conférences, les objections et les solutions sur les divers points ci-dessus énumérés.

Quant au principe et à l'objet de Tarmistice, M. de Bismark m'a affirmé qu'il désirait, autant cpie les puissances neutres, la tin des hostilités, ou du moins leur suspension, et qu'il souhaitait la constitution, en France, d'un pouvoir avec lequel il pût contracter des engagements à la fois valables et durables. Il y avait donc accord complet sur cet objet essentiel , et toute discussion devenait superflue.

Quant à la durée de l'armistice, j*ai demandé à M. le chancelier de la confédération du Nord de vingt-cinq à trente jours, et vingtcinq au moins. Il fallait, lui ai-je dit, douze jours pour que les électeurs pussent se concerter et arrêter leur choix, un jour pour voter, quatre ou cinq jours pour que les candidats eussent le temps, dans l'état des chemins, de se réunir en un lieu déterminé, et de huit à dix jours enfin pour une vérification sommaire des pouvoirs et la constitution de la future assemblée nationale. M. le comte de Bismark n'a point contesté ces calculs , et s'est borné à me dire que moins grande serait la durée, moins grandes aussi seraient les difficultés que pourrait présenter la conclusion de l'armistice proposé. Mais il a paru s'arrêter avec moi à une durée de vingt-cinq jours.

Venait ensuite la grave question des élections. M. de Bismark a bien voulu m'affirmer qu'elles seraient, dans les pays occupés par l'armée prussienne, aussi libres qu'elles avaient jamais pu l'être en France. Je l'ai remercié de cette assurance, dont je me serais contenté, si M. le comte de Bismark, qui n'avait d'abord demandé aucune exception pour cette liberté d'élections, n'avait cependant fait quelques réserves à l'égard de certaines parties du territoire français, voisines de nos frontières, et allemandes, disait-il, d'origine et de langage. J'ai répondu à l'instant même que l'armistice, si on voulait le conclure promplement, ainsi que c'était le désir général, devait ne préjuger aucune des questions qui pouvaient être agitées à l'occasion du traité de paix définitif; que, pour ma part, je me refusais en ce moment à en aborder aucune, et qu'en agissant ainsi, j'obéissais à mes instructions et à mes sentiments personnels.

M. le comte de Bismark m'a répondu qu'il était d'avis, lui aussi, de ne toucher à aucune de ces questions, et il m'a proposé de ne rien insérer à ce sujet dans le libellé de l'armistice, qu'ainsi rien ne serait préjugé à cet égard; que s'il n'admettait pas Tagi-

9W QÉFENSS DE PiVRIB.

Utiop électorale 4 ans les provinces dont il s'agissait, il ii£ re/userait pas qu'elles fussent représentées dans la future Assemblée nationale par des notables , dont nous arrêterions la désignation sans r]u*il s'en mêlât, et qui jouiraient d'une liberté complète d'opinion, comme tous les autres repré sentants de la France.

Cette question, la plus grave de toutes, étant ainsi en voie àe solution, nous nous sommes occupés de la conduite des armée^b pendant la suspension des hostilités. M. de Bismark avait dû ea référer aux généraux prussiens, réunis et présidés par S. M. le Roi ; et, tout examiné, voici ce qui nous a paru équitable de paii et d'autre, et le plus conforme aux usages adoptés dans tous It;^ cas semblables.

Les armées belligérantes seraient tenues de s'arrêter là ffïàme çù elles se trouveraient le jour de la signature de l'armistice ; une ligne reliant tous les points où elles ^e seraient ^rrôtee§, formerait la ligne de démarcation qu'elles ne devraient pas franchir, mais en dedans de laquelle elles pouiTaient se mouvoir, sans toutefois se livrer à aucun acte d'hostilité.

Nous étions, pour ainsi dire, d'accord sur les divers points de l'ette difficile négociation, lorsque s'est présentée la dernière question, celle du ravitaillement des places assiégées, et spéiia lement dp Paris. M. le comte de Bismark n'avait, sur ce suj^M. élevé aucune objection fondamentale, et n'avait semblé contestir que l'importance des quantités demandées, ainsi que la difiiculle de les réunir et de les introduire dans Paris (ce qui, du reste, pe regardait que oous seuls), et, quant aux quantités elle^mêmes, je lui avais formellement déclaré qu'elles seraient un ub* jet de discussion amiable, et mémo de concessions importanti» de notre part. Cette fois encore, le chancelier de laconfêiération du Noi-d avait voulu en référer aux autorités militaires, auvquelles plusieurs questions avaient déjà été soumises, et nom sommes convenus de remettre au lendemain, jeudi, 3 novembre, la solution définitive de cette question.

Le jeudi, 3, M. de Bismark, que je trouvai soucieux et préoccupé, me demanda si j'avais des nouvelles de Pari^, à quoi je dus répondre que depuis lundi soir, jour de ma sortie, je neti avais aucune. M. de Bismark était dans le même cas. )1 me $t lire alors des rapports d'avant-postes qui parlaient d'une révolution à Paris, et de la proclamation d'un nouveau gouvernemeat: ce Paris, d'où les moindres nouvelles partaient jadis avec U promptitude de l'électricité pour se répandre en quelques minutes dans le monde entier, avait pu être, en ce moment, U théfttre d'une révolution, sans qije, trois jours après, on n^n sât rien à ses portes ! Profondément contristé de ce phénomène ïm»-

DÉFENSE DE PARiy. ^^

ignqx^^, j'Affirmai à M. le comte de Bismark que ^i Iç désordre avait pu triompher dans Paris, rènergique amour de Tordre chesi \h population parisienne, égal à son patriotisme, rétablirait bientôt Tordre troublé. Cependant je n*avais plus de pouvoirs si les nouvelles répandues étaient fondées. Je dus donc suspendre cette négociation jusqu'à de nouvelles informations. Ay^jut obtenu de M. de Bismark les moyens de communiquer avec Paris, je pus, dans cette même journée du jeudi, savpir ce qui s'était passé le lundi et m'assurer que je ne m'étais poii^t trompé eu afiirmant que le triomphe du désordre n'avait pu être que ù^ t|i]elques heures.

Je me rendis dans la môme soirée chez M. le comte de Çismark, et nous reprîmes et continuâmes pendant une partie dç }% nuit la négociation interrompue le matin. La question du ravitaillement de la capitale fut vivement débattue entre nous, toujours restant bien affirmé de ma part que mes demandas, sous le rapport des quantités, pourraient être modifiées après une discussion détaillée. Bientôt je pus m'apercevoir que ce n'était pas une question de détail mais de fond qui venait de s'élever. Je fis valoir auprès de M. de Bismark le grand principe des armistices, qui veut que chaque belligérant se trouve à la fin d'une suspension d'hostilités, dans l'état où il était au commoncenioul que de ce principe, fondé sur la justice et la raison, ivait découlé Tusage de ravitailler les places assiégées, et de remplacer chaque jour les vivres consommés dans la journée ; — car, sans celte précaution, dis-je à M. de Bismark, un armistice suffirait pour prendre les plus fortes places du monde.

Il n y avait rien à répliquer, je le crois, du moins, a celte enonciation de principes et d'usages incontestés, incontestables.

M. le chancelier de la confédération du Nord, s'exprimant alors, non en son nom, mais au nom des autorités militaires, me déclara que Tarmistice était absolument contraire aux intérêts prussiens; que nous donner un mois de répit, c'était procurer à nos armées le temps de s'organiser; qu'introduire dnns Paris des quantités de vivres difficiles à déterminer, c'était lui donner le moyen de prolonger indéfiniment sa résistance ; que Ton ne pouvait, par conséquent, nous accorder des avantages pareils sans des équivalents militaires (expression de M. de Bisipark lui-même). Je me hâtai de répondre (|ue, sans doute, Tarmistice pouvait avoir pour nous certains avantages matériels, qriais que le cabinet prussien avait dû le prévoir d'avance c;i admettant le principe de Tarmistice ; que d'ailleurs, apaiser les passions nationales, préparer et rapprocher ainsi la paix, accorder surtout au vœu formel de l'Europe une déférence convena-

ble, étaient pour la Prusse des avantages politiques qui valaient bien les avantages matériels qu'elle pouvait nous concéder.

Je demandai alors quels étaient les équivalents militaires qu'où réclamait de nous, car M. le comte de Bismark mettait un soin extrême à ne pas les désigner.

Il me les énonça enfin, toujours avec une certaine réserve. — Cétait, me disait-il, « une position militaire autour de Paris. » — Et comme j'insistais : « un fort, ajouta-t-il, peut-être plus d'un. > J'arrêtai sur-le-champ M. le chancelier de la confédération du Nord : — C'est Paris, lui dis-je, que vous me demandez ; car nous refuser le ravitaillement pendant l'armistice, c'est nous retirer un mois de résistance; exiger de nous un ou plusieurs forts, c'est nous demander nos murailles. C'est, en un mot, nous demander Paris, en vous donnant les moyens de l'affamer ou de le bombarder. Or, en traitant avec nous d'un armistice, vous n'avez jamais pu supposer que la condition en serait de vous livrer Paris lui-même, Paris, notre principale force, notre grande espérance, et pour vous la grande difficulté que vous n'avez pu vaincre après cinquante jours de siège.

Arrivés à ce point, nous ne pouvions plus faire un pas; je le lis remarquer à M. de Bismark,, et il me fut facile de reconnaître que l'esprit militaire l'emportait en ce moment, dans les résolutions de la Prusse, sur l'esprit politique, qui conseillait la paix et tout ce qui pouvait y conduire.

Je demandai alors à M. de Bismark la faculté de me rendre de nouveau aux avant-postes pour m'entretenir de cette situation avec M. Jules Favre, à quoi il se prêta avec une courtoisie que j'ai toujours rencontrée dans tout ce qui concernait les relations personnelles. En me quittant, M. le comte de Bismark me chargea de déclarer au Gouvernement français que si on voulait faire les élections sans armistice, il leur laisserait une liberté entière dans tous les pays occupés par les armées prussiennes, et y ajouterait des facilités de communication entre Paris et Tours pour tout ce qui concernerait l'objet des élections.

Je recueillis cette déclaration, et je me rendis le lendemain, 5 novembre, aux avant-postes français. Je les franchis pour m'aboucher avec M. Jules Favre, dans une maison abandonnée. Je lui fis un exposé complet de la situation tout entière sous les rapports politique et militaire, en lui laissant jusqu'au lendemain pour m' adresser la réponse officielle du Gouvernement, avec tous les moyens de me la faire parvenir à Versailles. En effet, je la reçus le lendemain, dimanche, 6 novembre. Elle m'invitait à rompre la négociation sur la demande repoussée du ravitaillement, à quitter immédiatement le quartier général prussien pour

me rendre à Tours, et y rester, si j'y consentais, à la disposition du Gouvernement, en cas que mon intervention pût encore être utile à des négociations ultérieures.

Je communiquai cette résolution à M. de Bismark, lui répétant que nous ne pouvions lui livrer ni la subsistance, ni les défenses de Paris, et que je regrettais amèrement de n'avoir pu conclure un acte qui aurait été un acheminement vers la paix.

Tel est l'exposé fidèle de cette négociation, que j'adresse aux quatre puissances neutres qui avaient eu la bonne inspiration de désirer, de vouloir, de proposer une suspension d'armes, laquelle aurait rapproché le moment où l'Europe entière pourra respirer, reprendre les travaux de la civilisation, et ne plus dormir d'un sommeil agité, avec la crainte de voir à chaque instant surgir quelque accident redoutable qui propage sur le continent tout entier l'incendie de la guerre.

C'est maintenant aux puissances neutres à juger s'il a été tenu assez compte de leurs conseils, et ce n'est pas à nous, j'en suis certain, qu'elles pourront reprocher de n'avoir pas fait de ces conseils le cas qu'ils méritaient. Nous les faisons juges, du reste, de la conduite des deux puissances belligérantes, et je les remercie, pour ma part, au double titre d'homme et de Français, de Tappui qu'elles m'ont prêté dans les efforts que j'ai tentés pour rendre à ma patrie les bienfaits de la paix, de cette paix qu'elle a perdue, non par sa faute, mais par celle d'un gouvernement dont l'existence est la seule faute de la France ; car c'en est une bien grande, bien irréparable, de s'être donné un tel gouvernement, et de lui avoir, sans contrôle, abandonné toutes ses destinées.

Agréez, etc.

Signé : A. Thiers.

Xllf.

Jonmal de marche àa 14« corps et de la 2* armée.

22 octobre. — Rien de nouveau.

On commence une redoute au moulin de Nanterre.

23 octobre. — La corvée de pommes de terre a eu lieu à midi. II. 2i

Dans la journée, les redoutes de Charlebourg, du Moulin el de Colombes sont occupées par les zouaves du général Berthaut.

24 octobre. — Le 2* bataillon des francs-tireurs de Paris rentre dans Paris.

Ia corvée de pommes de terre a lieu & il heures.

l^ 4* bataillon des Côtes-du-Nord occupe l'usine du rond-point des Bergères.

Les trois bataillons d*llle-et-Vilaine se portent à Âsnières, se joignant à GourbeToie aux bataillons de Seine-et-Marne.

25 octobre. — Un bataillon est envoyé pour protéger les travailleurs de la redoute du Moulin ; il en sera toujours de même, jusqu'à la fin du travail.

Corvée de légujnes à 11 heures.

26 octobre. — Rien de nouveau.

27 oelobre. -^ A 1 heure eet arrivé le S« bataillon d'Ille-et-Vilaine, qui a été installé à AsnièreB, à sa place de bataille, qui lai avait été réservée.

28 octobre. — Le 6« bataillon de la garde mobile de Seine-et- Oise arrive à H heures et est mis sous les ordres du général Martenot.

Il est cantonné à gauche de Tavenue de Neuilly.

29 octobre. — A midi, désarmement du 2« bataillon des francstireurs de Paris, licencié par décret du 25 octobre, sur la proposition du général Ducrot, pour quelques actes d'indiscipline.

La 2« brigade de la 2® division part à 11 heures pour se rendre du côté de Villejuif, à la disposition du général Vinoy.

Un détachement de 100 pontonniers et 208 chevaux , arrivés aujourd'hui, sont placés près du pont de Xeuilly et font partie du 1.4* corps.

Le 15« de marche vient prendre les positions de la i2* brigade de la 2« division.

Une compagnie des mobiles du général Bitartenot remplace, au pont de Suresnes, les deux compagnies parties.

30 octobre. — Trois bataillons de la garde mobile de la Côted'Or, arrivés à 1 heure, sont cantonnés a Colombes et occupent la redoute du Moulin et celle de Gharlebourg.

Arrivée de M. Thiei*s.

31 octobre. — Rien de nouveau dans le corps d'armée. Départ de M. Thiers à 3 heures.

Dans la soirée, envahissement de l'Ilôtel-de-Ville par Blanqui, Félix Pyat, Flourens, etc.

Vers 8 heures, le général Trochu est dégagé par le 106® bataillon de la garde nationale,

A 2 heures du malin, les émeutiers sont obligés d'abandonner THôtel-de- Ville et force reste au Gouvernement sans effusion dt* sang. Le 7« bataillon de la Seine, le bataillon de Seine-et-Oise, le 1" bataillon de TAisne, deux bataillons de Seine-et-Marne et le régiment de gendarmerie à cheval, qui avaient pris les armos vers 8 heures et demie, sont renvoyés dans leurs cantonnements à 11 heures et demie.

1« novembre. — Une demi-compagnie de la brigade Berlhaul est installée à l'intersection de la route de Courbevoîe à Colombes et du chemin de fer de Saint-Germain.

Le général Berthaut a été appelé au commandement de Saint- Denis, en remplacement du général de Bellemare. En attendant son arrivée, le colonel Fournès, des zouaves, a pris le commandement des troupes placées sur la rive gaucho de Fa Seine.

2 novembre. — Les 200 travailleurs pour In redoute de Charlebourg sont fournis par les bataillons de la Côte-d'Or.

Un peloton de dragons est mis à la disposition du lieutenant-colonel de Grancey, commandant les trois bataillons de la garde mobile de la Côte d'Or.

Les zouaves occupent la grande usine de la Folie, où l'on construit une redoute.

[ Comme Von craint une attaque de Tennemi du côté de Saint-

Denis pour la nuit, il est recommandé par le général en chef de redoubler de surveillance.

3 novembre. — De 8 heures du matin à midi, vole du corps d'armée sur la question suivante : « Veut-on, oui ou non, conserver le pouvoir au Gouvernement de la Défense nationale? » — Environ 50,000 oui et 3,000 non.

Vers 3 heures , les trois bataillons de la garde mobile de la Gôte-d'Or repassent sur la rive droite de la Seine et viennent s'établir à Neuilly, à droite et à gauche de l'avenue.

4 noYembre. — Les éclaireurs de la garde nationale sont définitivement attachés au 14* corps d'armée.

Le général de Bellemare, arrivé au rond-point de Courbe voie, prend le commandement des troupes de la rive gauche de la Seine.

A midi et demi, la !'• brigade de la 2' division remplace, sur la rive gauche de la Seine, les bataillons de la garde mobile de la Côte-d'Or et d'IUe-et- Vilaine; le 119« de ligne et les francs-tireurs de la 2« division à Charlebourg, au fort du Moulin et à la Garenne ; le 120* de ligne à Asnières, en passant par les passerelles du pont de Clichy.

Le général Bocher va s'établir à Asnières. La 2« brigade de la 2* division revient de Paris et va occuper les emplacements laissés libres par la l""®, entre le boulevard Eugène et le chemin de fer.

Les bataillons de la garde mobile d'Ille-et- Vilaine s'établissent à Neuilly, entre les bataillons de la Gôte-d'Or et la 2« brigade de la 2* division .

L'artillerie de cette division reprend ses anciens cantonnements, à l'exception de la batterie qui était au rond-point de Courbevoie, qui va s'installer sous les hangars du chemin de fer, à Clichy.

Le bataillon des francs-tireurs des Ternes , à l'effectif de 400 hommes, va à Nanterre, au rond-point de la Boule, et ses avantpostes se relieroDÉt, à droite, avec ceux du bataillon de zouaves placé à l'usine de la Folie, et à gauche, avec ceux de la redoute du Moulin-des-Gibets .

Les éclaireurs de la garde nationale de la Seine, à l'effectif de

527 hommes, vont s'installer à la Garenne, en arrière de Colombes, sous le commandement supérieur du colonel Gholleton.

5 novembre. — Le 3' bataillon de la garde mobile de l'Aube et le 5« bataillon du Loiret, cantonnés à Billancourt, passent, à dater de ce jour, sous les ordres du général de Maussion, commandant la 3* division.

A midi, un détachement de 107 hommes et 3 sous-ofliciers vient rejoindre le 4* régiment de zouaves , placé sous les ordres du général de Bellemare.

A dater d'aujourd'hui , les troupes chargées de la garde du Moulin-des-Gibets sont disposées ainsi qu'il suit :

La demi-batterie, le peloton de dragons et le bataillon de soutien n'occuperont plus les emplacements assignés;

Un demi-bataillon, commandé par le chef do bataillon, occupera la redoute, relevé toutes les vingtrquatre heures. Pendant le jour, un petit poste au Moulin-Brûlé, une section à la maison, sous l'ouvrage du moulin d'Hérode ; le reste du demi-bataillon en arrière de la redoute.

Pendant la nuit, une section sera établie dans la petite maison, une compagnie occupera le moulin, une section placée à l'avancée fournira des embuscades, et la dernière compagnie, avec le chef de bataillon, dans l'intérieur de la redoute.

6 novembre. — A 10 heures ont eu lieu les obsèques de M. le général de Gaussade, commandant la l'* division d'infanterie du 14« corps, à l'église de la Trinité.

A partir d'aujourd'hui, une section de grand'garde est placée le long de la Seine, entre Saint-Ouen et la redoute d'Asnières, se reliant avec les postes établis à gauche , entre Asnières et Gennevilliers .

A 7 heures du soir le bruit se répand que les Prussiens ont traversé la Seine à Argenteuil, et le général en chef fait porter une compagnie de Seine-et-Marne à l'intersection de la route de Colombes et du chemin de fer de Saint-Germain et une autre entre la station de Bois-Colombes et Colombes.

Pourtant , rien ne se confirme dans la nuit sur la tentative présumée des Prussiens.

fM\ DKÏ'ENSE DE PARIS.

7 novembre. — î-a brigade de Bellemare envoie 200 Iravjwlleurs au lieu de 100 à la redoute des Gibets ; il en sera de même jusqu'à nouvel ordre,

220 hommes du dépôt du 29** de ligue , arrivés de Paris à 10 heures, sont dirigés sur la 3« division.

Les deux compagnies de Seine-el-Mame envoyées en avant dans la soirée du 6 sont replacées dans leurs cantonnements.

La brigade Bocher fait occuper par les avant-postes du 120* de ligne Tespace compris entre Bois-Colombes et la Seine.

8 noyembre. — 11 est apporté les modifications suivantes parmi les troupes chargées de la garde de l'ouvrage du Moulin-des- Gibets :

La garde de la redoute est composée d*un bataillon, dont 4 compagnies placées dans Touvrage et le réduit , 1 compagnie dans la petite maison, sous l'ouvrage du moulin d'Hérode, et 1 compagnie , pendant le jour, dans la Maison-Brûlée , avec petits postes détachés en avant.

Pendant la nuit, ce bataillon enverra des embuscades vers la Malmaison et vers Rueil.

Un deuxième bataillon est placé à l'usine du rond-point des Bergères.

A 2 heures, le bruit court que les Prussiens ont envahi la presqu'île de Gennevilliers. Pour parer aux éventualités, le général en chef fait prendre les armes à deux bataillons de la Gôte-d'Or et à deux bataillons d'ille-et- Vilaine et atteler la batterie de mitrailleuses de la 2® division. A S heures, de nouveaux renseignements réduisent le nombre des Prussiens à une patrouille d'une trentaine d'hommes. On donne contre-ordre aux troupes ci-dessus indiquées, ainsi qu'à deux bataillons de zouaves, aux quatre bataillons de Seine-et-Marne, aux trois batteries de 12 et c^ la batterie de 4, que le général de Bellemare avait reçu l'ordre de tenir prêts.

9 novembre. — A 10 heures et demie, trois bataillons de la garde mobile du Loiret arrivent par la route de Clichy, traversent le pont de bateaux et se rendent à Asnières, où ils sont cantonnés.

Le 120« de ligne, de la brigade Bocher, qui l'occupait, appuie à gauche sur le 119« de ligne et s'étend à droite jusqu'à Co-

lombes (bois), où il se relie avec les bataillons de la brigade Koutticr (Seine-Inférieure), qui doit bientôt arriver.

Le 4« bataillon de la Côte-d*Or arrive également et est provisoirement cantonné sur l'avenue de Neuilly, avec les autres.

10 noyembre. — A 8 heures, les 6® et I* bataillons de la garde mobile de la Seine quittent Neuilly pour se rendre à Romainville, sous les ordres du contre-amiral Saisset.

A 9 heures, la brigade Bocher fait occuper Colombes, la redoute du Moulin et la redoute du Petit-Colombes; un bataillon à Colombes , une compagnie à la redoute du Moulin et deux compagnies à la redoute du Petit-Colombes. Toutes ces troupes sont relevées toutes les vingt-quatre heures. A la <nôme heure, revue de reffectif des francs-tireurs de la Seine par l'intendant.

Une pièce de 24 centimètres , de marine, est dirigée, dans l'après-rmidi, sur le Mont-Valérien.

11 noyembre. — Le B*" bataillon du Loiret quitte à 7 heures ses cantonnements de Billancourt et va rejoindre à Asnières les trois bataillons du môme département, sous les ordres du colonel de Monbrison; il est remplacé par un bataillon de la S^ division, qui , plus tard , occupera les positions du 3' bataillon de l'Aube.

Arrivée du général de Malroy.

A 10 heures, arrivée du 1^ bataillon du Morbihan, venant rejoindre à Puteaux les deux autres du même département et remplacer le 6« de la Somme, qui rentre dans Paris, sous les ordres de l'amiral de Langle, commandant le 6^ secteur. Deux compagnies de la Gôte-d'Or vont occuper le poste de Bagatelle, eu remplacement du 6® bataillon de la Seine. Ces compagnies seront relevées toutes les vingt- quatre heures.

L'artillerie fait occuper les hangars du chemin de fer de Clichy, lesquels ont été complètement évacués par l'infanterie, qui a été cantonnée dans les maisons.

12 noTembre. — Un peloton de cavalerie est mis à hi disposition des généraux commandants des nouvelles divisions , pour faire le service d'escorte.

Rien de nouveau.

13 BOTombre. — Ail heures, 100 hommes du dépôt du 59^ de ligne, armés, équipés, etc., arrivent à Asnières pour être vei*sés dans un des corps de la 2« division (Berlhaut).

On continue toujours les travaux à la redoute de Charlebourg, à celle du Moulin-des-Gibets, etc.

Le général Berthaut prend le commandement de sa division, à Asnières.

Dans la nuit d*hier, le capitaine de Néverlée, officier d'ordonnance du général Ducrot, a enveloppé à Saint-Cloud une patrouille prussienne avec ses volontaires : cinq Prussiens ont été tués et quatre faits prisonniers.

Créteil, jusque-là occupé tantôt par des avant-postes français, tantôt par des avant-postes prussiens, est définitivement occupé par un bataillon des mobiles de la Vienne , commandant de Lastic.

14 noyembre. — Il est établi, à dater de ce jour, des postes de police commandés par un officier, pour faire des patrouilles, afin d'empôcher le pillage et le maraudage.

Une reconnaissance des éclaireurs volontaires , sous le eoromandement du commandant Poulizac, a chassé l'ennemi de ses avancées du côté de Drancy et a fait quelques prisonniers.

15 noTembre. — On répai*e le tablier du pont du chemin do fer d* Asnières , et , pour empêcher la circulation, un poste est établi à chaqpie extrémité.

Quatre dragons et un brigadier sont mis à la disposition dn coloneKdu génie Gorbin, à Charlebourg, pour le service de planton.

Trois cents travailleurs de la division de Bellemare sont cniploycs à la construction des ouvrages en avant de Charlebourg.

Le l** bataillon de la Loire-Inférieure, venant de Paris, arrive au Mont-Valérien.

16 noTombre. — La garnison du Mont-Valérien fournit, à dater d'aujourd'hui, les détachements qui occupent le MouIin-des-Gibets, la Maison-Brûlée et les annexes.

Les corps francs commandés par MM. de Vertus et Chaboud- MoUard , qui occupent Nanterre , sont mis sous les oi*dres du général Noël, commandant le Mout-Valcricn.

Le eommandant Ladvocat commence la construction de batteries du côté de Colombes.

17 novembre. ~ Deux bataillons de la garde mobile du Tarn quittent Tilmont, sous le commandant Reille, pour rejoindre la division Mattat, à Oharenton, et sont remplacés par deux bataillons de la 5^ division (d'Hugues) de la 3* armée.

A dater d'aujourd'hui, un bataillon de la l'^ division devra aller chaque soir sur les bords de la Seine, pour garder la digue jus- €[u'à Argenteuil et occuper le terrain entre Gennevilliers et Colombes.

On construit, à partir de 6 heures du soir, une tranchée a la traversée de la ligne d' Argenteuil, pour relier les deux portions de la digue, et un boyau, pour aller à couvert de Colombes à la digue.

La batterie Deschamps est chargée d'armer une batterie à Gennevilliers.

Le génie auxiliaire supprime les barricades de la route do Courbevoie à Colombes et rétablit la circulation.

18 novemlire. — Après la soupe du matin, le l*' escadron du 2*^ régiment de gendarmerie quitte Sablonville pour rejoindre son corps au Palais de l'Industrie.

Le l"f bataillon de la Vendée se rend à Montrouge pour remplacer à Cachan le bataillon du Puy-de-Dôme, qui rentre à Paris.

Un détachement de 2 sous-officiers, 1 caporal, 1 clairon et 85 hommes rejoint le 4« zouaves.

Des boyaux sont commencés entre la redoute du PetitrColombes et la batterie à droite, et la route qui va de Charlebourg à Bezons.

45 hommes de la 2« compagnie du 3« régiment du génie viennent au Mont-Valérien remplacer la section du génie de la 2* division, qui se porte à Charlebourg.

19 nOTembre. — Dans la nuit, les tirailleurs des Ternes engagent une fusillade assez vive avec les avant-postes prussiens ; deux hommes ont été tués.

Après la soupe du matin, les ^ et 8^ bataillons de la Vendée arrivent à Montrouge, et le bataillon de TAin, qu'ils remplacent,

quitte Avcueil pour rentrer à Paris. Les trois batteries du commandaut Ladvoeat quittent Neuilly pour aller rejoindre la ^ division du 2* corps à Asnières. La 3* brigade de la 1" division du 1^ corps (brigade Paturelj part de Neuilly et va s'établir à Vilry.

La i'* division du 2* corps (Susbielle) vient occuper les posles (le la l''' division du 1*' corps (de Malroy), tout en eonservaul les siens.

Le i3^ régiment de dragons quitte le quartier de Greuelle et vient à Clichy , occuper les hangars du chemin de fer , vers 2 heures.

Le corps des volontaires de la France, commandé par le lieulenunt-colonel Cailloué , est mis à la disposition du général de Malroy, à Vitry.

Les lanciers de la brigade do Heinis quittent le fort Neuf, m Vincennes, et les chevaux de la réserve d'artillerie du 3* corp^ viennent occuper leurs écuries.

Une opération qui devait avoir lieu dans la plaine de Gennevilliors a été contremandée.

20 novembre. — La brigade Martenot, l"* de la 1" division du l**" corps, part de Neuilly après la soupe du matin et va s'établir à Ivry; seulement le 3* bataillon d'Ille-et-Yilaine et le 1* de la Côte-d'Or restent provisoirement à Neuilly.

Le 3" bataillon du Tarn quitte Monlreuil et reijoint la division Muttat ; il prend position à Créteil , en remplacement du d" bataillua de la Vienne. Les trois bataillons de la Vienne i^ntrenr dans Paris ; les trois bataillons du Tarn les remplacent, savoir : deux à Maisons-Alfort, un à Créteil.

Le 4« bataillon du >'inistére se rend à Bieétre, pour remplacer un des bataillons de l'Ain, qui revient à Paris.

21 noyembre. — Il est formé au grand quartier général une compagnie dos isolés.

Le 5« bataillon du F'inistère remplace à Vitry un bataillon de l'Ain, rentré à Paris ; les trois bataillons de Saône-ot-Loire rentrent également à Paris.

Le régiment de gendarmerie à cheval fournit un détachement de 1 maréchal des logis, 1 brigadier, 9 gendarmes et 1 trompette pour le grand-prévôt de l'armée.

-rf.-

A dater de ce jour, le régiment de gendarmerie est mis sous les ordres du général de Gerbrois.

Le 4» h:itaillon du 128* de ligne est supprimé, et l'on forme, avec les upmpagnies de chasseurs de l'armée, les 21** et 22* ba^taillons de chasseurs ; de plus, une 1"^ compagnie dans le 4* régiment de zouaves.

22 novembre. — Les batteries des différents corps d'armée qui ne se trouvaient pas avec leurs divisions sont parties au commencement de la journée pour rejoindre leur poste.

23 noFembre. — Un bataillon mobilisé de la garde nationale sédentaire vient aux avant-postes à Mai sons- Alfort.

Un détachement de 160 hommes du dépôt du 29* de ligne est envoyé, savoir : 100 hommes au 123* et 60 hommes au 124*.

24 noTembre. — Après la soupe du matin, les mouvements suivants ont eu lieu :

Le 2* bataillon de la Drôme et le 5* du Loiret, sous le commandement du colonel Balette, vont d'Asnières à Gourbevoie ;

Le l*' bataillon de la Gôte-d'Or va à Puteaux;

Le 3« bataillon d'IUe- et- Vilaine va à Suresnes ;

Le 1*' bataillon de TAisne va à l'usine de la Folie ;

Le 5* bataillon de Seine-et-Oise va à Charlebourg ;

La battene de 4 du capitaine Durand, de la réserve du 1" corps, quitte Montrouge pour se mettre à la disposition de M. le viceamiral La Roncière-Le Noury ;

Les deux batteries de 12 qui étaient avec les troupes du l*' corps et qui doivent faire partie de la réserve du 3* corps, partent de Montrouge pour se rendre à Vincennes ;

Le 21* bataillon de chasseurs à pied quitte Saint-Denis après la soupe du matin et se rend à Maisons-Alfort ; il est placé provisoirement sous les ordres du général d*Exea, commandant le 3* corps ;

Le 3* bataillon de la Seine-Inférieure quitte Montreuil et se rend à Gréteil pour rejoindre le groupe Reille.

Il est créé une compagnie d'éclaireurs du grand quartier général, placée sous les ordres de M. le capitaine de Néverlée, oflicier d'ordonnance du général on chef.

25 noTemlire. — Le 84' bataillon de guerre de ia garde natiunale, commandant Bixio, et le 165*, commandant Joubert, quittent Paris à 10 heures du matin et sont mis à la disposition da général Blanchard, commandant le 1^ corps. Us sont placés aux avant-postes, à Arcueil et Cachan. (Effectif de chaque batailion. 500 hommes.) Le bataillon des tirailleurs de Belleville, à I effectif de 500 hommes, commandant Lampérière, quitte Paris à h même heure et se rend à Créteil, sous les ordres provisoires du général d'Exea, commandant le 3« corps.

D'après les ordres du général en chef, on établit une batlenp en arrière de la digue près du pont de Bezons et on répare les chemins qui vont au Pont-des-Ânglais, le long du chemin de fer. en partant de la Folie.

26 noTemlnre. -— Le général de Liniers porte son quartier général à Saint-Ouen. Le général de Beaufort vient à Neuillysur-Seine, et le général Gorréard au petit collège de Vanves.

Les l*', 2«, ^ bataillons de Saône-et-Loire quittent Paris pour Pantin ; — les f ", 2% 3* de l'Hérault quittent Pantin pour Aubervilliers ; — les l", 2«, 3« et 5« des Gôtes-du-Nord quittent Paris pour Saint-Ouen ; — les 2«, 3« et 4* de l'Ain vont de Paris à Clichy ; — les l*' et 2« de TAube se rendent à Boulogne ; — les bataillons de rindre, du Puy-de-Dôme, de la Marne, le 6* de la Somme vont à Vitry ; — les l*' et 2« bataillons de la Somme vont à Montrouge, le 5« à Vanves, le 3« à Issy. Toutes ces troupes emportent quatre jours de vivres.

Un escadron du 14* dragons et un escadron du régiment de. gendarmerie à cheval sont réunis pour former un corps d'éclaireurs sous les ordres du commandant Faverot, officier d'ordonnance du générai en chef.

130 hommes du dépôt du 29® de ligne, dirigés sur le 136< de ligne, arrivent à Courbevoie après la soupe du matin.

Toutes les troupes d'infanterie de la 2*^ armée complètent leui-s munitions à 108 cartouches, la cavalerie à 36; elles touchent sept jours de vivres et laissent leurs petits ballots, leurs couvertures, les peaux de mouton, et se tiennent prêtes à marcher.

27 novembre. — A 10 heures, après la soupe du matin, la brigade Golonieu, de la division de Bellemare, quitte ses cantonnements de Courbevoie et traverse Paris pour aller camper près de> redoutes de Montreuil et de la Boi&sière.

DÉFEMSE DE PARIS. 381

La division de Maussion s'embarque aux gares d'Àuteuil et du Point-du-Jour pour débarquer aux gares de Bercy et de Ghal'enton, et vient s'établir en dehors des fortifications, entre le chemin de fer de Lyon et la Seine. Son artillerie part à la même heure et rallie sa division après avoir traversé Paris jusqu'à la porte de Bercy.

La division Susbielle part également après la soupe du matin, à 9 heures : la 2« brigade pour s'établir, la droite vers Gharenton, la gauche à Saint-Mandé; la l'" brigade part à il heures et vient s'établir à la droite de la 2« brigade.

28 noTomhre. ^~ Dans la soirée du 28, les mouvements suivants ont lieu, savoir : la division de Maussion, du 2* corps, vient s'établir dans le bois de Vincennes, face à l'E.^ en avant du château, la droite à l'obélisque, la gauche à la route de Vinrennes à Fontenay.

La division Berthaut, du môme corps, s'embarque sur le chemin de fer, savoir : la l'« brigade (Bocher) à la Porte -Maillot; la 2* brigade (Miribel) à Gourcelles, pour se rendre à Vincennes dans la partie ouest du bois, la gauche au chilleaù de Vincennes, la droite vers le polygone, sans dépasser la lisière du bois ; rartillerie de cette division se place avec elle.

La brigade Fournès, de la division Bellemare, s'embarque à Gourcelles et à la Porte-Maillot, débarque à la gare de Gharonne, traverse Montreuil et le plateau de Tilmont et s'établit à la droite de la brigade Golonieu, sa droite a la redoute de Fontenay, sa gauche vers le fort de Rosny. L'artillerie de la division quitte Vincennes pour venir sur le plateau de Tilmont avec trois batteries de réserve du corps d'armée.

La division Mattat (3« corps) quitte ses cantonnements et vient se masser dans la partie Est du bois de Vincennes, derrière le chemin de fer de Saint-Maur à Vincennes, avec son artillerie divisionnaire.

Le groupe Reille passe la Marne à Port-Gréteil et vient se placer en arrière de Joinville.

Le reste de la réserve d'artillerie du 3« corps se place dans le champ de manœuvres, le long du bois, entre l'obélisque et la redoute de la Faisanderie.

La division Faron (1^ corps) vient se placer dans le bois de Vincennes, face à l'est, sa droite à la Marne, sa gauche dans la direction de l'obélisque, ne dépassant pas la lisière du bois ; son artillerie au fond du polygone, près des buttes.

^iX'i DEFENSE DE PARIS.

La division de Mairoy vient se placer en deuxième ligne, derrière la division Faron, son artillerie à côté de celle du général Faron.

I^ réserve d'artillerie se porte : huit batteries sur le plateau de Tilmont, les quatre autres à Touest de Nogent.

La division du général d'Hugues, de la 3* arinée, était déjà venue so placer à la gauche du fort de Hosny (3,000 marins et 2,000 sapeurs).

Le général en chef porte son quartier-général à Nogent.

Ce même jour, 28 novembre, ordre est donné par le général Tripier de mettre à la disposition du général commandant la 2^ armée sept compagnies du génie auxiliaire (1), savoir :

4 compagnies du 1"" bataillon ;

5 compagnies dii 2* bataillon;

Total 756 hommes, y compris les officiers.

29 norembre. — Le 28 novembre, à 8 heures 1/2 du soir. le> marins.de l'amiral Saisset, soutenus par la division d'Hugues, s'étaient emparés du plateau d'Avron, et uue artillerie nombreuse de pièces à longue portée était installée sur ce plateau, menaçant au loin les positions de Tennemi et les routes suivies par ses convois à Gagny, à Ghelles et à Goumay.

Les ponts qui devaient être jetés sur la Marne n'ayant pu être construits par suite d'une crue subite, il y a eu contre-ordre pour l'opération que devait effectuer la 2« armée.

A 8 heures du matin , le S'' corps quitte ses cantonnements depuis Charenton jusqu'à Fontenay, se dirige sur Rosny-sous- Bois et va bivouaquer près du chemin de fer de Mulhouse, entre Bondy et Rosny.

Dans la presqu'île de Gcnnevilliers, de nouvelles balleries étaient armées, des gabio nuages et des tranchées -abris étaient installés dans Ttle Marante, dans Tile de Bezons et sur le chemin de fer de Rouen.

(1} La légion du gùnie auxiliaire , dont nous avons déjà parlé , avait pour colonel M. Alphand , et pour lieutenant-colonel M. VioUei-Leduo ; elle se composait do deux bataillons : le l®»" à huit compagnies, commandant Delatour; le 2^ à six compagnies, commandant Rozat de Mandres; chaque compagnie ayant un effectif variant de 200 à 250 hommes. — Avec les hommes les plus valides choisis dans toute la légion, il avait été formé deux bataillons do guerre à huit compai^nîoti chacun . chaque compagnie ayant un effectif d'environ 100 hommes et 3 ofQcîers.

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Aussi le 29, le général de Beaufort dirigeait une reconnaissance sur Buzenval et les hauteurs de la Malmaison, en restant, sur sa droite, relié devant Bezons avec lefs troupes du général de Liniers.

Au point du jour, les troupes de la d« armée, sous les ordres du général Vinoy, opéraient une sortie sur Thiais, L'Hay et Ghoisyle-Roi, mais se repliaient dans leurs positions, après s'être emparées de la gare aux bœufs de Ghoisy et de Thiais, en apprenant que l'opération du général Ducrot était ajournée.

Le soir, la crue de la Marne ayant à peu près cessé, les ingénieurs chargés du travail s^occupent d'établir les ponts nécessaii-es au passage de Tarmée sur la rive gauche de la Marne.

30 liOTembre. — A S heures du matin, la division Susbielle (1** du 2* corps) quittait 9oû campement du bois de Vincennes, traversait la Marne à Pori-Gréteil et se dirigeait en avant de Créleil vers Montmesly.

Soutenue par la brigade de mobiles du général Ribourt, elle enlève la position de Montmesly ; mais cette attaque n'étant qu'une diversion, le général Susbiolle, menacé par des troupes considérables, se retire tout en forçant l'ennemi à ne pas se dégarnir. D'un autre côté, la 2« armée, souô les ordres du général Ducrot [i^ et 3« divisions, généraux Malroy et Faron, du 1'' corps, Blanchard; la 2« division, Berthaut, et la 3« division, de Maussion, du 2« corps, Renault) passe rapidement la Marne sur les ponts jetés pendant la nuit. Ces divisions sont suivies de lenr artillerie et de l'artillerie de réserve.

Ce mouvement avait été assuré par un feu soutenu d'artillerie partant des batteries de position établies sur la rive droite de la Marne, à Nogent, au Ferreux et dans la presqu'île de Saint-Manr, et par les batteries des forts de Nogent, de la Faisanderie, de Gravelle, etc., et du plateau d'Avron.

Le 3« corps, d'Exea, restant sur la rive droite de la Marne, s'avance vers Neuilly-sur-Marne, qu'il occupe, couvrant ainsi le flanc gauche de nos troupes d'attaque et empêchant l'ennemi do déborder, soit de Cholles, soit de Noisy-îe-Grand.

A 9 heures, le 1*' corps, Blanchard, attaque avec vigueur le village de Ghampigny, pendant que le 2«, général de Matission, sous les ordres directs du général Ducrot, enlève le bois du Plant et la ligne du chemin de fer.

Notre aile droite débouche du village de Ghampigny, et, malgré les efforts de l'ennemi, se porte sur le plateau on avant de

Cœuilly, soutenue par toute son artillerie ; la division Berlh&ut suit le mouvement au centre, et à gauche, la division de Maussion, un moment arrêtée par les feux du parc de Villiers, s'élance ù la baïonnette, sous la direction du général Ducrot et de son état-major, et couronne le plateau. Il était 11 heures.

Les Prussiens ayant reçu des renforts considérables, et appuyés par une nombreuse artillerie, font alors un vigoureux effort en avant ; notre aile gauche ne peut plus se maintenir, el rentre en bon ordre sur les pentes qui descendent sur Brysur-Marne et le chemin de fer ; notre droite elle-même, sons le feu de Cœuilly et Chennevières qui foudroie nos colonnes, recule et vient s'appuyer au village de Champigny.

L*ennemi s*enhardit et pousse son attaque avec une vigueur et un acharnement remarquables pour nous rejeter sur la Marne ; il espère un succès; mais les ponts de Bry sont prêts, le général d'Exea porte sa l*"" division (de Bellemare) sur ce village : le 136' de ligne et le 4' zouaves gravissent avec un élan admirable les pentes abruptes qui, de Bry, mènent au plateau de Villiers; le feu terrible de Tennemi ne peut les arrêter. Le général Ducrot fait soutenir ce mouvement de toute son artillerie, toute la ligne se porte en avant et les hauteurs de Villiers. sont de nouveau enlevées; la lutte continue achai'née, mais enfin, Tennemi voyant ses efforts inutiles, cesse son feu et se relire derrière ses retranchements, à Villiers, Cœuilly, etc.

Il est ô heures 1/2 et la nuit empêche le combat de continuer. Pour soustraire les troupes à Taction directe du feu des Prussiens, le général en chef fait abandonner les plateaux et place son armée un peu en arrière des crêtes.

Il établit son quartier-général à la ferme de Poulangis.

Pendant cette journée, le général Vinoy, avec des troupes de la 3« armée, opérait une diversion en attaquant de nouveau les positions ennemies vers Choisy-le-Roi et Thiais.

Au nord, l'amiral La Roncière, soutenu par l'artillerie des forts, avait occupé, dans la plaine d'Aubervilliers, Drancy et la ferme de Groslay ; de fortes colonnes ennemies avaient été ainsi attirées sur le bord du ruisseau la Morée. Vers 2 heures, l'amiral traversa Saint- Denis et, se portant de sa personne à la tête de nouvelles troupes, dirigeait Tattaque d'Épinai, que nos soldats, soutenus par des batteries de la presqu'île de Gennevilliers, ont pu occuper avec succès.

l«r décembre. —Au commencement de la journée, quelques combats de tirailleurs on avant de la 2« armée. Les batteries

d'Avron continuent à inquiéter les mouvements de l'ennemi à Chelles, à Gouniay, dans la concentration considérable qu'il opère.

Dans la journée, on ramasse les morts et les blessés.

M. le général de Maussion prend le commandement du général Renault, très-grièvement blessé.

Les différentes divisions travaillent à* se couvrir par des tranchées.

2 décembre. -* Avant le jour, l'ennemi ayant rassemblé des forces considérables, commence l'attaque et s*élance sur les positions occupées par nos troupes. Cette brusque attaque, poussée avec vigueur, fait d'abord plier nos avant-postes et nos soldats l'eculent, mais bientôt ils sont ramenés et opposent à Tennemi une résistance énergique sur toute la ligne de Bry-sur-Marne à Champigny; notre nombreuse artillerie, placée dans de bonnes conditions, appuie efficacement notre armée.

15,000 hommes de garde nationale mobilisée, sous les ordres du général Clément Thomas, viennent prendre position sur les hauteurs de la rive droite de la Manie, pour servir de réserve.

La lutte continue avec acharnement, elle est terrible ; nos pertes sont considérables, mais celles de l'ennemi ne sont pas moindres; il essaye toujours de nous chasser de nos positions; il occupe même quelques maisons de Champigny, mais nos troupes opposent partout une énergique résistance.

A 10 heures 1/2, la division Susbielle (2® oorps) arrive de Créteil et vient relever une partie des divisions Berthaut (2« corps) et de Malroy (1* corps), les plus éprouvées par le feu de l'ennemi. Quelques bataillons de la garde nationale passent les ponts et viennent se placer à Poulangis, en arrière de la Fourche et de Champigny.

Le feu continue sur toute la ligne, mais dès 11 heures, l'armée prussienne comprenant l'inutilité de ses efforts, ne se porte plus en avant; son artillerie nous envoie ses obus, mais on comprend que la lutte va finir. Cependant les batteries de Cœuilly nous font encore beaucoup de mal ; alors le général en chef fait avancer les batteries de 8 de la réserve, et bientôt le feu de l'artillerie ennemie est éteint.

Le feu cesse de tous côtés à 4 heures et nous restons maîtres du terrain de la lutte.

Pendant cette journée, la division Mattat, du corps d'Exea (3* corps), qui occupait Neuilly-sur-Marne, arrêtait par son feu

d*infantarie et son artillerie, toutes les tentatives de Tenneml pour envoyer des renforts destinés à tourner notre gauche.

Les difTérentes tranchées commencées par nos troupes sont immédiatement complétées et forment une formidable défenM.

3 décembre. — Vers 1 heures du matin, petit combat de tirailleurs ; l'on tire quelques coups de canon de part et d'autre, mais il n'y a pas d'engagement sérieux.

Ali heures commence le mouvement de retraite pour repasser la Marne; ce mouvement commence par la droite, protégé puv les batteries de Baint-Maur.

Sept batteries placées sur la rive droite de la Marne, en amonl du Ferreux, sont également chargées de le proléger.

La division de Bellemare (3* corps) forme l'a rri ère-garde.

La brigade i^a Mariouse, de la division Faron, est installée entre Foulangls et la Marne.

Le mouvement est terminé à 6 heures 1/2.

Toutes les troupes reprennent, sur le plateau de Vincennes, les emplacements qu'elles occupaient le :29 novembre , à l'exception de la brigade La Mariouse, laissée à Poulangia ; de la division Bellemare, placée au Ferreux, et de la division Mattat, à Plaisance.

Le quartier* général de l'armée est porté au château de VincennoB.

Rapport de M. Irantz.

Pari», le 20 «septembre 1871.

Mou cher Général,

Vous m'avez demandé une note sur les opérations auxquelles j'ai pris part lors du passage de la Marne, en novembre 1870 : je m'empresse de vous l'adresser.

Des récits, souvent inexacts, quelquefois malveillants, onl circulé et circulent encore dans le public à ce sujet. Je uélais pas sans les connaître, mais je pensais que j'avais mieux à faire en ce moment que d'y répondre.

Soit fatigue, soit souci médiocre de l'opinion publique, je me tenais pour satisfait des témoignages d estime dont j'avais éti'

honoi^é par les chefs de Tarmée et de la sympathie de mes collaborateurs. Vous pensez que celte philosophie indifférente n'est pas de saison, qu'il est sage de faire connaître la vérité et d'opposer des récits sérieux à des raconlages malveillants; vous désirez que je le fasse : je n'ai rien à vous refuser, et je commence.

Je me bornerai, dans ce qui va suivre, à dire ce que je sais pertinemment, ce «jue j'ai vu par inoi-môme, ce que nous avons fait, mes collaborateurs et moi. Mon récit gagnera ainsi en exactitude ce qu'il pourra perdre en étendue. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il sera parfaitement sincère.

Dans les premiers jours de novembre, je fus mandé au cdnseil de guerre, où le Gouverneur exposa le plan de campagne si impatiemment attendu par la population parisienne. 11 s'agissail de forcer les lignes ennemies par la presqu'île d'Argenteuii. Cette opération exigeait que l'armée franchît la Seine en plusieurs points aux environs de Bezons. Gomme les équipages des ponts militaires n'étaient pas suffisants pour les passages projetés, je reçus ordre de préparer quatre nouveaux équipages, dont deux pour l'artillerie et deux pour l'infanterie. Également de jeter un pont de bateaux sur la Seine, en face de Saint-Denis, pour suppléer à l'insuffisance du pont suspendu, que l'on ne trouvait pas assez solide pour le passage de l'artillerie de réserve ; enfin, de réparer le tablier et les abords du pont du chemin de fer de l'Ouest, à Asnières, afin de donner à nos troupes un débouché direct sur la plaine de Gennevilliers.

Les ponts de bateaux préparés devaient être, pendant la nuit qui précéderait l'action, transportés, par voie de terre ou de fer, sur les bords de la Seine et posés par mon personnel.

Ce programme ne reçut son exécution qu'en ce qui concerne le pont d'Asnières, qui fut rétabli et servit, à partir de ce moment, au passage des troupes, et le pont de bateaux de Saint- Denis, qui, établi avec le plus grand soin par le re^'rettable Baude, nous fut très utile en diverses circonstances (1).

Pendant que je m'occupais en toute diligence à réunir le matériel et le personnel nécessaires pour l'exécution des ordres que j'avais reçus, le plan de campagne projeté subissait de graves modifications. Après mûres réflexions , il fut résolu que l'attaque projetée aurait lieu vers l'Est, et que l'armée franchirait la Marne, sous la protection de nos forts, dans la

[i) Tombé plus tard entre les mains des Prussiens, ce pont aurait éiù vendu par eux si jo ne l'avais fait enlever pendant la nuit et transpoi*ler dans nos eaux, à Suresnes.

presqu'île comprise entre Petit -Bry, Joinville .et Champigny.

Dans cette nouvelle combinaison, tout ce qui concernait les passages et les travaux d'appropriation en aval du pont de Joinville fut confié à MM. les ingénieurs en chef Ducros et Duverger.

Toute la partie en amont du pont de Joinville me fut réservée, et je dus me préparer :

1® A remplacer le pont de chevalet construit par le génie militaire dans le bras de droite en amont de Joinville ;

2*» A jeter deux ponts, l'un d'infanterie, l'autre d'artillerie, aux pointis amont de l'île Fanac, en face de la ferme de Poulangis;

3<> Deux autres ponts aux pointis aval dé l'île de Beauté ;

i*> Enfin, deux autres ponts à 1,200 mètres en aval de Neuilly, au coude que fait la Mai*ne en ce point.

Ces deux derniers ponts devaient être transportés sur essieux et suivre la route nationale n? 45,

Cette partie du programme reçut, la veille de l'exéculion, mie dernière modification. Il fut décidé que les deux ponts de Neuilly seraient fournis par les équipages de l'armée, et que je descendrais les miens à 150 mètres en aval de Bry-sur -Marne. Mais il me restait toujours six ponts complets à établir, plus ce demipont de Joinville.

Enfin, comme corollaire à ce travail principal, je dus faire exécuter les rampes et chemins d'accès des ponts, débarrasser le bassin du canal Saint-Maur, la rivière et la route n*» 45 des énormes abatis d'arbres qui y avaient été accumulés. Deux de mes compagnies d'ouvriers auxiliaires d'artillerie furent chargées de ce travail. '

Matériel.

Avant d'entrer dans le récit même de l'action, permettez-moi d'insister sur quelques détails des préparatifs.

Les ponts d'infanterie furent constitués à l'aide de petits bateaux que je mis en réquisition. Ces bateaux avaient l'élude longueur, 1"75 de largeur au milieu et 70 centimètres de hauteur totale; pontés sur une largeur de 3 mètres et juxtaposés à 15 centimètres près, ils formèrent un excellent pont sur lequel les cavaliers et les voitures légères pouvaient aisément passer. L'un de ces ponts a même été assez longtemps employé à Bezons et à Asnières, après le siège, pour rempla cer le pont fixe qui avait été détruit.

Je crois que Ton pourrait, en construisant des bateaux adaptés à ce service, obtenir, dans le même système, des ponts de campagne légers, faciles à manœuvrer et à transporter.

Les pontons destinés au passage de Tartillerie nous donnèrent plus de peine. La nécessité de transporter sur essieux une partie de nos équipages ne nous permettait pas d'employer les mnrgotats que Ton trouve assez aisément sur la Seine. Nous dûmes construire des pontons spéciaux.

Grâce au zèle et à l'énergie mis à ce travail, cinquante-quatre pontons furent préparés en moins de douze jours avec leurs poutres de guindage, poutrelles, tabliers de. rive, etc. La distance des pontons était d'axe en axe de 6 mètres; ils pouvaient déplacer, sans s'enfoncer à plus de 20 centimètres en contre-bas du bordage, un volume de 9 mètres environ.

Leur stabilité était donc plus grande que celle des bateaux de pontonniers du modèle de 1832.

En résumé, nous avions à notre disposition, le jour de Faction :

180 bateaux destinés aux ponts d'infanterie, et pouvant, sans les tabliers de rive, former une longueur de. . 312 mètres.

54 pontons d'artillerie pouvant, sans les tabliers dérive, donner une longueur de. . . 324 mètres.

Et enfin, 20 batelets destinés à porter les éclaireurs et à passer les premières compagnies d'avant-garde d'une rive à l'antre.

En portant à 90 mètres la largeur maxima de la Marne, et à 45 celle du petit bras de Joinville, nous n'avions besoin que de 315 mètres de longueur de pont d'infanterie et de 270 mètres de pont d'artillerie. Nous étions donc largement au-dessus des besoins, et nous avions prudemment fait la part de toutes les éventualités .

Il va sans dire que les ancres, cordages, agrès, gaffes, avirons avaient été préparés et réunis avec la même prévoyante ampleur.

Le personnel destiné à la manœuvre de nos ponts était constitué :

1° Par un détachement de 150 marins de l'État, sous le commandement de MM. Rieunier, capitaine de frégate, et Versnheider, enseigne ;

2** Par trois compagnies d'ouvriers d'artillerie, sous le commandement de leurs ingénieurs;

3** Par les mariniers de la Seine, attachés à notice service depuis l'établissement des ponts de bateaux d'Ivry et des Moulineaux.

Le transport devant se faire principalement par eau, nous avions réuni une petite flottille de vapeurs composée de cinq mouches à v;ipeur, sous la conduite du directeur M. Chaize, et du bateau La Persévérance, offert et monté par son propriétaire M. Frébaut.

Ce bateau devant tenir la tète de ligne était garni de mantelets et portait une mitrailleuse.

Enfin, j'avais demandé aux compagnies de chemins de fer un grand nombre de camions qui, attelés et munis de leurs conducteurs, se tenaient à Charenton et à Saint-Maur, pour transporter nos équipages où besoin serait. Cette partie de notre matériel était sous la direction des agents forestiers attachés à mon service.

Coacentraiioa du matériel et essais»

il était important de ne pas laisser deviner la direction sur laquelle allaient se porter nos opérations ; aussi nous choisîmes deux points de concentration du matériel : Tun a Grenelle en aval de Paris, l'autre aux environs de Tîle Saint-I^ouis en amont. Grâce à nos bateaux à vapeur, nous pouvions, en peu d'heures, le réunir dtle mettre en marche.

Le 26 novembre, nous ftmes entrer dans le canal Saint- Maurice les équipages qui devaient tenir la tète de ligue et (|ui étaient sous les ordres du commandant Rieunier.

Pour exercer nos pontonniers, nous fîmes, aux divers points de stationnement, pratiquer des essais de jour et de nuit. Grùce à leur bonne volonté, les marins et les auxiliaires d'artillerie arrivèrent promptement à ce résultat qu'ils pouvaient placer un pont sur la Seine en une heure pendant le jour et une heure et demie pendant la nuit. Il ne nous en fallait pa« da* vantage.

Enfin, le :28 dès le matin, Tordre de départ fut donné, et je me rendis à Saint-Maur pour surveiller l'arrivage et le passage assez difficile des écluses de Charenton et de Gravelle. Cette dernière, à peine réparée, laissait perdre beaucoup d'eau et prenait beaucoup de temps pour les manœuvres.

Nous pûmes cependant, vers huit heures, avoir notre matériel disposé, arrangé dans le bassin de Saint-Maur ; chaque vapeur chauffé se trouvait tète de convoi.

Le matériel accessoire, cordages, agrès, etc., chargé sur les camions des chemins de fer, se rendit, par dessus le souterrain, aux abords du pont de Joinville.

Tout étant prêt, le signal fut donné.

Malgré un courant assez vif, le souterrain de Saint-Maur fut très -rapidement traversé; nous débouchâmes de l'autre côté et en aval du pont de Joinville que nous devions franchir en passant sous la troisième arche dans le petit bras.

Notre petite flottille remise en ordre, on attaqua le passage.

La Persévérance, commandée par le capitaine Rieunier, prit la tète et s'engagea avec son convoi sous le pont.

Le courant était, en ce point, d'une violence extrême , une véritable barre se présentait à l'amont. Le bateau, après avoir été jeté violemment contre les piles, dut se retirer.

Ou força le feu, on chargea les soupapes, on largua un peu les amarres du convoi pour le rendre moins rigide et on s'engagea une seconde fois sous le pont.

Le bateau vint de nouveau heurter les piles, mais il gagnait visiblement du terrain, quand trois pontons sombrèrent avec les hommes qui les montaient.

 la suite de cet accident, le bateau dut rétrograder; on força encore la vapeur, on chargea les soupapes à outrance, et, après avoir remis de Tordre dans le convoi, le bateau parvint à franchir la barre.

Mais il était onze heures. On avait perdu un temps précieux, et il devenait manifeste que nous ne pouvions pas parvenir h faire passer les convois et placer nos ponts en temps utile.

Il n'y avait donc pas à hésiter; je dus prévenir le gouverneur et le général Chabaud-Latour de la situation. Puis, après avoir donné quelques nouvelles instructions, je me rendis au fort do Nogent, vers deux heures, pour vous aviser de Tétat des choses.

Si, en aval de Joinville, les ponts confiés à mes collègues avaient été établis, on aurait pu, à la rigueur, tenter le passage, mais d'autres causes avaient aussi retardé leurs opérations, et il était manifeste qu'il ne leur était, pas plus qu'à nous, possible d'arriver en temps utile.

Il ne pouvait donc rester aucune hésitation. Le passage devait être ajourné.

Le reste de la nuit et la journée du lendemain furent employés à découpler les bateaux, à leshaler dans l'arche extrême de la rive droite. L'opération, très-pénible d'abord, se simplifiant ensuite, nous pûmes faire passer des groupes de bateaux accouplés. On les remettait en ordre au delà du pont, puis on les faisait remorquer par les vapeurs à destination, et au fur à mesure de leur arrivée, les ponts s^établissaient.

Le 30, à six heures du. matin, la situation était celle-ci :

Le commandant Hieunier, en tète de l'île de Beauté, avec ses

deux ponts, ses bateaux, ses vapeurs et ses équipages, attendait, comme il était convenu, des oi*dres ultérieurs.

Les deux ponts de Tlle de Beauté étaient prêts, ceux d'aval également, et le pont de chevalet remplacé.

L*armée avait donc à sa disposition, pour franchir la Marne en amont du pont de Joinvilie, cinq ponts complets et deux ponts disponibles, sans parler de ceux des équipages militaires; aussi le passage s'effectua- 1- il dans les meilleures conditions, et la bataille ne tard^ pas à s'engager.

A onze heures, le commandant Rieunier reçut Tordre d'établir ses deux ponts en aval de Petit-Bry ; mais, mal protégé par nos troupes et assailli par une pluie d'obus et de balles, il dut fréquemment interrompre son travail pour riposter au feu de Tennemi. — Ses ponts furent cependant placés à trois heures de l'après-midi .

Dans cette affaire, M. Rieunier fut blessé, ainsi que trois matelots et plusieurs pontons et bateaux coulés (1). — Le mal eût été plus grand, si nous n'avions pu faire diriger le feu de quelques pièces de marine sur une maison crénelée qui commandait le passage et où Tennemi était en force.

Le soir même de la bataille du 2 décembre et après la retraite de Tarniée, nous avons dû, par ordre du gouverneur, replier nos ponts. Ils ont été ramenés aux environs de Joinville, et là nous les avons visités et réparés. Bon nombre d'entre eux avaient été atteints et endommagés par le feu de l'ennemi.

Mais, mon cher général, en me demandant cette note, vous avez moins pour but d'entendre le récit d'opérations que vous connaissez fort bien, car vous avez assisté pendant une partie de la nuit du 28 à nos travaux, que d'éclairer certains faits qui ont été étrangement dénaturés.

J'arrive donc au point qui peut particulièrement vous intéresser. Quelle a été la cause réelle de notre insuccès? Je vais vous l'expliquer, et vous me pardonnerez si j'entre dans quelques détails techniques. Je ne le ferai que dans la mesure du plus strict nécessaire.

J'écarte d'abord cette ridicule invention des ponts trop courts; vous qui avez passé sur nos ponts avec toute votre armée, vous savez mieux que personne qu'ils ont été suffisamment longs, solides et commodes, votre témoignage me suffît. J'ajouterai seulement que les ponts posés, il me restait encore sur place assez de bateaux de rechange pour jeter un pont de plus sur la Marne, si vous Taviez désire.

(1) Le jeune enseigne Versnheider fut tué à l'affaire du 2.

J'aborde uu auti*e poiat qui, à vrai dire , peut paraître plus sérieux.

J'avais, dans ma dépèche au Gouverneur, indiqué que notre insuccès devait ôtre attribué à une crue subite de la Marne.

J'ai appris depuis par les journaux qu'il n'y avait pas eu de crue, que le fait constaté par mes collaborateurs et par moi, affirmé par nous tous, n'existait pas. J'avoue qu'eux et moi nous en avons été grandement étonnés.

Cependant j'affirme encore que dès 8 heures du soir, en parcourant le souterrain de Sfdnt-Maur, j'ai vu des arbres entraînés à la dérive, et j'estime que dans ce moment la crue commençait a se faire sentir.

J'affirme que, dès 9 heures, l'un des ingénieurs me fit remarquer que le bruit des eaux au passage du pont paraissait s'accroître, que l'île située à l'aval, après avoir été à sec pendant la journée, se trouvait submergée.

J'affirme encore, et tous nous l'avons remarqué, que le lendemain, sur les bords de la Marne, il restait une laisse de vase fraîche de 0 m. 15 de hauteur verticale environ. Les eaux étaient revenues au point où nous les avions trouvées la veille à notre arrivée, il y avait donc ou une crue pendant la nuit.

Ainsi, en face des dénégations brutales dont quelques journaux se sont fait les organes empressés, j'élève une affirmation nette et catégorique : la crue a existé.

Au milieu de ce confiit d'assertions très-fennes et absolument contradictoires, l'opinion peut rester fort hésitante. 11 importe donc de montrer quelle peut être la cause d'une aussi étrange divergence d'appréciations.

J'admets pour un instant qu'il n'y a eu chez nos adveraaires ni légèreté, ni étourderie, ni malveillance, et je vais chercher à expliquer comment on a pu très-mal juger le lendemain et, en prenant les hauteurs d'eau, soit en Seine à Ghai*enton, soit eu Marne à l'aval du souterrain de Saint-Maur, apprécier ce qui s'était passé la veille pendant la nuit en amont du pont de Joinville.

Vous vous rappelez, mon cher général, que quatre arches du pont de Joinville avaient été démolies dans le grand bras, et que pour établir une passerelle sur les débris on a, quelques jours avant l'action, jeté les matériaux de démolition dans la rivière. Les arbres entraînés à la dérive et arrêtés en ce point, ont encore augmenté les difficultés d'écoulement. Ce fait, en reportant le principal courant dans le bras de droite, le seul qui fût à notre disposition, a singulièrement aggravé les conditions du passage. Il suffit de se reporter à ce qui a lieu encore aujourd'hui en Seine et no-

(amnicnl au passage de Mantes pour se rendre compte de? difficultés qu'un accroissement même assez médiocre de la chute peut (»cc«i.sionner. Quand la dénivellation atteint 0 m. 60, nos puissants toueuis «le 11 Seine parviennent à peine à remorquer un seul bateau. En teuips et eaux ordinaires, ils remorquent jusqu'à douze et quinze à la fois.

Une crue de courte durée, en se propageant dans une rivière, s'étale. Nous le voyons tous les jours par nos làchures de rivière. Assez fortes à leur origine, elles s'affaissent à mesure qu'elles s'avancent et unissent par ne donner qu'une insignifiante intumescence à quelques kilomètres de leurs pointe de départ.

La crue éphémère de la nuit du 28, après avoir parcouru les 13 kilomètres du tuur de Marne, devait donc Aiiver fort amoindrie en débouchant à l'aval du canal Saiut-Maur.

Mais une circonstance locale particulière contribue encore à accélérer cet affaissement. Pendant que le flot principal suit le tour de Marne, une notable partie du courant se dirige plusdirertemcnl vers l'aval par les deux canaux de Saint-Maur et y précède l'autre de 3 ou i heures au moins; de sorte que le flot principal n'arrive à l'écluse de Saint-Maur que longtemps après celui qui s'est dérobé par la traverse.

(a' n'est pas tout encore : il est manifeste qu'un petit cours d'eau ne saurait provoquer tout seul dans une grande rivière une crue analogue à celle qu'il subit lui-même. Ainsi, par exemple, un débordement de la Bièvre n'entraîne pas un débordement de la Seine; et, pour en revenir à la rivière qui nous occupe, il est facile d'obtenir qu'une crue de 1 mètre dans la Marne à Joinville ne produira pas, en raison de la puissance relative des deux cours d*eau, plus de O"» 36 de relèvement en Seine.

J'en ai fait le calcul d'après les formules usuelles; il est trèssimple, et je vous l'adresse dans une note séparée.

Mais si une crue persistante de 1 mètre dans la Marne à Joinville ne produit qu'une intumescence de 0"36 en Seine à Gharenton, on peut admettre qu'une crue éphémère donnerait notablement moins, surtout en raison des diverses circonstances énumérées plus haut.

Tout porte donc à croire que la crue en Seine n'a pas dû atteindre 0» 30 au moment où le flot est arrivé et a pu et dû passer inaperçue.

Ceci explique, mon cher général, la divergence d'appréciations qui s'est produite dans le public au sujet de cette crue de la Marne.

Toutefois, il convient encore de mentionner un fait moral qui

a joué un trop gi*aad rôle dans nos affaires pour ôtre passé sous silence : je veux parler de cette épidémie d'ambition et de vanité qui s'est emparée de nos concitoyens ; chacun se donne un rôlodans les événementk>, raconte particulièrement tout ce qu'il n'a pas vu, professe spécialement ce qu'il ignore et tient à faire connaître au public ses appréciations.

On est stupéfait quand on a lu les publications qui pullulent aujourd'hui, des ressources de science, de courage, de dévouement, sans parler du génie, que notre malheureux pays possédait; plus stupéfait encore qu'avec de si prodigieux moyens nous ayons si mal réussi.

Car malheureusement, malgré ces innombrables sauveurs qui se révèlent après coup, notre pauvre France n'a pas été sauvée. Il nous reste de ce côté de grands devoirs à remplir, et les gens de cœur ne sauraient aujourd'hui avoir qu'un but, qu'une pensée, qu'une ambition, celle de relever la France et de la rendre à nos enfants telle que nous l'avons reçue de nos pères, grande et honorée.

Sur ce point, mon cher général, je sais que nous sommes eu plein accord et que - nos humiliations vous pèsent plus qu'à personne.

Permettez-moi, en terminant, de saisir cette occasion pour vouç remercier encore des paroles pleines d'affection et de cordialité que vous nous avez adressées au moment de franchir la Marne et d'engager la bataille. Vous nous avez, en quelques mots, payés de nos peines, et elles avaient été grandes.

Agréez, je vous prie, mon cher général, Tassurance de mon respectueux et bien affectueux dévouement.

B. Krantz.

XIV bis.

Dans le principe , les ponts de Neuilly et de Bry devaient ôtre apportés sur voitures, les premiers sur les baquets des pontonniers, les seconds sur des chariots fournis par les soins de M. Krantz. Mais quelques observations ayant été faites sur le danger que présentait (au point de vue du secret des opérations) le transport à travers Paris de ce dernier équipage, il fut décidé au dernier moment, ainsi que le fait observer M. Krantz dans son rapport , que les ponts des pontonniers seraient seuls transportés sur voitures, et que tous les autres seraient amenés par la Seine et le canal de Saint-Maur.

ïjeii poiiloDbiers ayani en permanence lears baquets , les attelages et les conducteurs, on pouvait les faii-e partir au dcrnit^r moment sans donner Téveil. C'est ce qui eut lieu, en effet ; ils nr se mirpnt en mouvement ifu^apres le soleil couché , et arrivèreot à Nogent dans la nuit du 28 au 29 novembre.

Prodamation dv Gourenieiir.

Aux CrroTExs db Paris.

A LA Gardk nationaue.

A l'Armée pt a la Garde nationale mobuje.

Pendant que s'accomplissaient loin de nous les douloureuses destinées de notre pays, nous avons fait ensemble, à Paris, des efforts qui nous ont honorés aux yeux du monde. L'Europe a été frappée du spectacle imprévu que nous lui avons offert, de l'étroite union du riche et du pauvre dans le dévouement et le sacrifiée, de notre ferme volonté dans la résistance, et enfin des immenses travaux que cette résistance a créés.

L'ennemi, étonné d'avoir été retenu près de deux mois devant Paris, dont il ne jugeait pas la population capable de cette virile attitude, atteint bien plus que nous ne le croyions nous-mêmes dans des intérêts considérables, cédait à Tentraînement général. Il semblait renoncer a son implacable résolution de désorganiser, au grand péril de l'Europe et do la civilisation, la nation française, qu'on ne saurait, sans la plus criante injustice, rendre responsable de cette guerre et des maux qu'elle a produits. Il est aujourd'hui de notoriété que la Prusse avait accepté les conditions du Gouvernement de la Défense pour l'armistice proposé par les puissances neutres, quand la fatale journée du 31 octobre est venue compromettre une situation qui était honorable et digne, en rendant à la politique prussienne ses espérances et ses exigences.

A présent que depuis de longs jours nos rapports avec les départements sont interrompus, l'ennemi cherche à affaiblir nos courages et à semer la division parmi nous, par des avis exclusivement originaires des avant-postes prussiens et des journaux allemands qui s'échangent sur plusieurs points de nos lignes si étendues.

Vous saurez vous soustraire aux effets de cette propagande dissolvante, qui serait la ruine des chers intérêts donC nous avons la tutelle. Vos cœurs seront fermes et vous resterez unis dans l'esprit qui a été depuis deux mois le caractère de la Défense de Paris.

Pendant que nos travaux fermaient la ville, nous avons conçu la pensée, dans l'incertitude où nous étions de Tappui que pourraient nous fournir les armées formées au dehors, d'en former une au dedans. Je n'ai pas à énumérer ici les éléments constitu- Ufs qui nous manquaient pour résoudre ce nouveau problème, plus difficile peut-être que le premier. En quelques semaines nous avons réuni en groupes réguliers, habillé, équipé, armé, exercé autant que nous l'avons pu, et conduit plusieurs fois à rpnnemi les masses pleines de patriotisme, mais confuses et inexpérimentées, dont nous disposions. Nous avons cherché, avec le concours dévoué et désintéressé du génie civil, de l'in- «Uistrie parisienne, des chemins de fer, à compléter par la fabncation de canons modernes, dont les premiers vont nous être livrés, l'artillerie de bataille que 4e service spécial de l'armée formait avec la plus louable activité. La garde nationale, de son eiMé, après avoir plus que quintuplé son effectif, et bien qu'absorbée par les travaux et par la garde des remparts, s'organisait, s'exerçait lous les jours et par tous les temps sur nos places publiques, montrant un zèle incomparable, auquel elle devra d'être prochainement en mesure d'entrer en ligne avec ses bataillons de guerre.

Je m'arrête, ne pouvant tout dire ; mais je doute qu'en aucun temps, et dans Thistoire d'aucun peuple envahi api*ès la destruction de ses armées, aucune grande cité investie et privée de communications avec le reste du territoire, ait opposé, à un désastre en apparence irréparable, de plus vigoureux efforts d'une résistance morale et matérielle. L'honneur ne m'en appartient pas, et je n'en ai énuméré la succession, que pour éclairer ceux qui, avec une entière bonne foi, j'en suis sûr, croient qu'après la préparation de la défense, l'offensive à fond était possible avec des masses dont l'organisation et l'armement étaient insufiisants.

Nous n'avons pas fait ce que nous avons voulu : nous avons fait ce que nous avons pu, dans une suite d'improvisations dont les objets avaient des proportions énormes, au milieu des impressions les plus douloureuses qui puissent affliger le patriotisme d'une grande nation. Eh bien ! l'avenir exige encore de nous un plus grand effort : car le temps nous presse. Mais le temps presse aussi l'ennemi, et ses intérêts et le sentiment public

de rAllemagne, et la conscience publique de l'Europe le pressenl encore plus H ne serait pas digne de la France, et le monde ne romprendrait pas que la population et l'armée, après s'ètrp si énergiquement préparées à tous les sacrifices, ne sussent [tas aller plus loin, c'est-ù-dire souffrir et combattre jusqu'à c*^ qu'elles ne puissent plus ni souffrir ni combattre. Ainsi, «terrons nos rangs autour de la République et élevons nos cœurs.

«le vous ai dit la vérité (elle que je la vois. J'ai voulu montrer que notre devoir était de regarder en face nos difficultés et nos périls, de les aborder sans trouble, de nous cramponner à loutt»s les formes de la résistance et de la lutte. Si nous Iriomphoas, nous aurons bien mérité de la patrie en donnant un grand exemple; si nous succombons, nous aurons légué à la Prusse, qui ausi remplacé le premier Empire dans les fastes sanglants i\e la conquête et de la violence, avec une œuvre impossible à réaliser, un héritage de malédictions et de haines sous ié(}nel elle succombera à son tour.

Extrait dTne Page d'Histoire, par le général Trocha.

. . . Paris vit dans le succès de Coulmiers, non pas un accident heureux, mais une marque, un présage certain de nos vicloirts de l'avenir. A partir de ce jour se forma dans la population, dans la garde nationale, dans la presse, dans les municipalité de Paris, dans le Gouvernement surtout, l'esprit qpie voici : il faut sortir de Paris, marcher au devant de l'ai^mée victorieuse. C'est vainement que j'expliquais que c'était là une théorie et de> espérances auxquelles les faits ne répondraient pas. Il fallait marcher au devant de l'armée victorieuse, laquelle, sans tenir aucun compte des efforts accumulés dans la direction de Rouen, s'annonçait venant à Paris par la direction d'Orléans. Ce fut là, je le répète, dans l'esprit de Paris, la date d'un véritable vertige : on considéra que, pour battre l'armée prussienne, il ne s'agissait que de renouveler l'effort qui avait créé le succès de Coulmiei*s. On me somma avec violence, M. Qambetta surtout, de ne plut^ penser à autre chose qu'à sortir de Paris en allant au devant de l'armée de la Loire.

Je dus transporter de Touest à Test tous les préparatifs que j'avais fait dans la plaine de Gennevilliers. . . .

Je doute que jamais général en chef ait rencontré , dans le cours des faits qui créent sa responsabilité, un accident plus dou-

ioareux que celui que je vious de voas montrer, car j'étais bien assuré que quand j'aurais fait, plus ou moins impuissamment , Teffort très-périllenx que j'allais tenter, je ne trouverais plus libre la direction de Rouen) et, en effet, quand j'y revins, l'ennemi occupait Rouen, et 11 allait jusque sous les murs du Havre.

M Gambetta était dans r illusion jusqu'à annoncer oWcieilement que Farinée de la Loire bivouaquerait le 6 décembre dans la forêt de Fontainebleau, Elle se porta vers Orléans, et elle renl'ontra ses premiers échecs, qui étaient inévitables, et qui l'obligèrent à la retraite, une portion cheminant le long^de la Loire, par la rive droite, l'autre, la plus faible et la plus maltraitée, cheminant vers Bourges.

Ces nouvelles arrivèrent à Paris, et le S4 novembre, j'écrivais à M. Gambetta :

ff Je reçois aujourd'hui votre dépêche sans date; je la crois d'hier, â3 ; elle oonlirme, bien péniblement pour mol, mes craintes au sujet de l'armée de la Loire, qui pouvait être tournée dans ses positions, comme je vous l'écrivais dans mes dépêches du 18 et du 20.

< Ce que vous appelez ma persistante inaction, — c'était ainsi que M. Gambetta, dans des lettres adressées à M. Jules Favre, «•araclérisait la situation du Gouverneur de Paris, — ce que vous appelez ma persistante inaction, est l'effet invincible des efforts immenses et compliqués que j'ai à faire. 11 a fallu organiser 100,000 hommes, les pourvoir d'artillerie, les enlever aux quinze lieues de positions qu'ils occupent , les y remplacer ])ar des troupes non organisées et par des troupes choisies dans la garde nationale. Et ces efforts, presque incroyables, ont dû être faits en sens inverse d'un premier plan déjà en cours d'exécution, qui consistait à sortir par Touest, vers Rouen! Les nouvelles de l'armée de la Loire m'ont naturellement décidé à sortir par le sud^ et à aller au devant d'elle coûte que coûte. (Vcst lundi 28 (jue j'aurai terminé mes préparatifs, poussés de jour et de nuit. Mardi, 29, l'armée extérieure, commandée par le général Ducrot, le plus énergique de tous, abordera les positions forli liées de Tennemî, et, s'il les emporte, poussera vers la Loire, probablement dans la direction de Gien. J'estime que si votre armée e-<( décidément tournée par sa gauche, elle doit passer la Loire, et se retirer vers F^ourges par la Motte-Beuvron et Vicrzun.

« 11 faut prendre garde au Morvan, par où l'on dit que pourrait arri\er le corps prussien (jui allait sur Lyon, et dont on n'a pas de nouvelles.

< Tâchez de réunir à Bourges de^ munitions et des vivres pour l'armée du générât Ducrot, qui tâchera d'y arriver.. .. »

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