‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 7 sur 84 · INSURRECTION DU 31 OCTOBRE · texte numérisé non relu

INSURRECTION DU 31 OCTOBRE

La nouvelle de Tarrivée de M. Thiers n'avait pas tardé à se répandre dans la ville. On commentait sa venue, coïncidant avec la reddition de Metz et la reprise (luBourget

La foule émue, nerveuse, surexcitée, groupant ensemble ces trois faits, ne voyait partout que défaillance, lâcheté, trahison. . . Pour elle : « on avait sacrifié volontairement des soldats au Bourgel, afin de jeter le désespoir dans toute l'armée ; Bazaine était d'accord avec le Gouvernement qui entretenait des intelligences avec quelque prétendant ; Thiers, agent des orléanistes, travaillait à la paix pour le compte de la monarchie de Juillet... etc.. »

Ces accusations insensées, absurdes, augmentées, amplifiées, courent les rues, les carrefours... Dés 8 heures du matin les délégués des vingt arrondissements se réunissent place de la Gorderie ; entraînés par Millière et Lefrançais, ils décident : l'envahissement de l'Hôtel-de- Ville, la déchéance du Gouvernement, la création d'une Commission provisoire chargée de procéder à la nomination de la Commune.

Aussitôt ces résolutions prises, les délégués, suivis d'une foule énorme criant : « Vive la Gommune ! Pas d'armistice ! » se dirigent sur la place de l'Hôtel-de- Ville, qui est envahie de toutes parts.

A 9 heures la démonstration prend un tel caractère que le Préfet de police, M. Edmond Adam, se rend chez le Gouverneur et demande des instructions . . .

Devant la gravité des nouvelles, le général Trochu

Pari!« apprend

eo ni^me temps

la reprise

du Bourget,

l'arrivée

de M. Thiers,

lu reddition

de Metz.

Envahissement

de la place

de

rHôtcl-de-ViHe.

40 DKFENSK DE PARIS.

envoie Tordre au général Tamisier de réunir quinze à vingt bataillons, partie sous les armes, partie de piquet, afin de parer aux éventualités.,.

Mais il était difficile de trouver des bataillons sur lesquels on pût compter. . . il y avait à craindre qu'en voulant envoyer à rHôlel-de-Ville des défenseurs de Toitire on ne fît qu'augmenter le nombre des émeutiers.. . la plupart des bataillons de la garde nationale désiraient des élections nouvelles ; presque tous, trompés par les bruits mis en circulation, croyaient que le Gouvernement voulait l'armistice, et sans être complètement d'accord avec les insurgés, ils penchaient plutôt du côté de ces derniers que du côté du Gouvernement de la Défense.

Néanmoins, les ordres donnés, les gardes nationaux obéissent ; mais au lieu de marcher par bataillon, ils se dirigent en masse sur l'Hôtel-de- Ville, où ils affluent par toutes les rues avoisinantes... Ils se mêlent, se confondent avec les émeutiers, augmentant ainsi le désordre et la confusion.

Le poste de rHôtel-de-Ville, renforcé le matin et comprenant trois compagnies de mobiles du 1*' bataillon de l'Indre , sous les ordres du commandant Dauvergne , était , à proprement parler, la seule troupe sur laquelle on pouvait compter.

Le reste n'était qu'une masse confuse de gardes nationaux, de curieux, qui, s'ils n'étaient pas hostiles, étaient indifférents, irrésolus et surtout peu décidés à empêcher le désordre par la force.

Vers midi la foule étant devenue do plus en plus nombreuse , de plus en plus agitée , le général Tamisier, accouru place de Grève, expédie à l'état-major de la garde nationale l'ordre d'envoyer de nouveaux bataillons.

En mémo temps, M. Jules Ferry, préfet de la Seine,

télégraphie à tous les membres du Gouvernement qu'un mouvement sérieux menace T Hôtel -de-Ville...

Il était midi et demi quand M. Jules Favre reçut cette dépêche devant M. Thiers, prenant congé de lui aux Affaires Étrangères ; après avoir donné à ce dernier les moyens de regagner Versailles, il se rendit à THôtel de Ville, où tous les membres du Gouvernement » les ministres eux-mêmes, successivement prévenus, s*étaient réunis...

Non-seulement ils n'avaient amené aucune escorte , aucune troupe (1) , mais les trois compagnies de mobiles, chargées de la garde intérieure de THôtel-de-Ville , reçurent Tordre de s'opposer à l'envahissement, « sans tirer un coup de fusil ! »

Sur la place, la foule augmente d'instant en instant, ce n'est plus qu'une masse immense, compacte, où toute circulation devient impossible... Des drapeaux, des pancartes énormes dominent toutes les têtes ; on y lit : Vive la République ! Pas d armistice! la Commune! Mort aux lâches ! La levée en masse !

Les membres du Gouvernement essayent tour à tour de parler à ce flot humain d*où s'échappent continuellement des cris, des clameurs, mais leurs voix se perdent dans un trouble inexprimable... Ils sont obligés de se retirer. . . Cet insuccès donne de l'audace aux émeutiers ; quelques-uns escaladent la grille du côté de la rue de Rivoli , enfoncent les portes , pénètrent dans le jardin , dans la cour, le rez-de-chaussée... sans que la garde nationale fasse la moindre tentative pour les en empêcher.

Arrivée des membres du Gouvernemeni.

l^s portes

rHÔtel-de-Yi11o sont forcées

par , Ift populace.

ill M. Picûrd seul, en homme avisé, n'était nullement convaincu de rutilîté de cette réunion sur un point devenu le rendez-vous de la sédition; il prétendait qu'on allait se faire prendre dans une souricière, et le fait est qu'il parvint à s*évader en temps opportun.

Les mobiles veulent repousser les envahisseurs.

Les maires,

sous

la présidence

d'Klienne Arago,

décident du donner satisfaction aux é me u tiers en proclamant la Commune.

Le nombre des envahisseurs ne tarde pas à augmenter ; bientôt la foule enlève d'assaut les escaliers. . . Le général Trochu s'avance dans la grande salle restée libre ; il veut haranguer les insurgés.. . « Pas d'armistice ! Vive la Commune ! » vocifère-t-on de toutes parts...

Le commandant Dauvergne, voyant que ses mobiles vont être débordés, les porte en avant et lire son sabre. . . Saisi au collet, il est traîné sous la voûte, ses soldats se précipitent, tombent sur les émeutiers à " coups de crosse et délivrent leur chef. . .

Le général Trochu, voulant quand même éviter une collision , donne Tordre au commandant Dauvergne de

rentrer avec ses hommes dans la caserne Napoléon

Les mobiles se retirent en se frayant un passage à la baïonnette... Jusqu'alors eux seuls avaient opposé quelque résistance à l'envahissement des étages supérieurs. . • Après leur départ, la populace, devenue maîtresse, se rue partout. . . Le colonel Ghevriaux, chargé de la garde de l'Hôtel-de- Ville , n'ayant plus rien à opposer à l'émeute, vint annoncer que la garde nationale mettait la crosse en l'air et qu'il lui était impossible de protéger plus longtemps les membres du Gouvernement.

Cependant ceux-ci, réunis en conseil, continuent à discourir sur ce qu'il y aurait à faire.

Les maires des vingt arrondissements, convoqués le matin par M. Etienne Arago, délibéraient aussi dans une salle voisine... Quelques-uns de ces derniers étaient ouvertement favorables à l'émeute... La plupart désiraient une Commune , tous étaient mécontents du Gouvernement... A l'unanimité ils déclarèrent que pour calmer l'émotion populaire, il fallait accorder les élections municipales. . .

Cette proposition est portée immédiatement aux mem-

Gouvernement

bres du Gouvernement par M. Etienne Arago, qui les sypplie d'avoir égard aux circonstances présentes, et de donner satisfaction à la demande de la municipalité soutenue par toute la population parisienne.

« M. Picard fait une proposition se subdivisant en trois dûium ration parties :

f 1® Le Gouvernement se met aux voix ; « 2° Les conseillers municipaux sont élus ; € 3** Aucune décision sur Varmistice ou sur la paix ne sera prise sans que la population ait été consultée. . .

€ M. Arago déclare qu'à aucun titre il n*accepterait la première proposition de M. Picard; il n'accepterait en principe que les élections municipales.

< M. Ferry espère concilier les deux opinions en accordant les élections municipales, avec facilité pour les membres du Gouvernement de présenter leur candidature.

€ M. le général Trochu fait remarquer que si Ton procède à ces élections avec tant de précipitation, on verra éclater les désordres qui ont gâté les élections des ofQciers de la garde nationale.

t M. Etienne Arago observe que c'est là une erreur, les maires actuels devant, à son avis, presque tous être réélus.

« M. Picard croit, en effet, que ces élections pourront bien être un peu désordonnées , mais mieux vaut ce désordre partiel que le désordre général qui est menaçant.

t M. Ferry propose que Ton déclare qu'il y aura des élections municipales sans en fixer la date. . .

< Ont voté pour : Arago, Picard, Favre, Ferry, Pelle-

(1) Extrait des procès-verbaivt du gouvernement de la Défense, séance da 31 octobre, 3 h. i/h du soir.

tan. — Ont voté contre : Trochu, Garnier-Pagès, Jules Simon (4 heures). »

M. Etienne Arago quitte aussitôt le Conseil et s'empresse d'aller annoncer la décision du Gouvernement à la foule. Il pense que devant cette concession , elle se retirera paisiblement, que tout va rentrer dans l'ordre... mais on ne le laisse pas parler, les insurgés qui viennent de faire irruption dans la salle des maires , lui arrachent le décret. . . l'injurient, le bousculent, • . C'est à grand'peine qu'il parvient à se dégager et à regagner la salle du Conseil, où les membres du Gouvernement continuaient toujours leurs délibérations. . .

€ M. Picard, renouvelant sa proposition, demande qu'on fasse voter sur chacun des membres du Gouvernement.

« MM.Favre et Ferry s'opposent à cette proposition. M. Ferry persiste à croire que les membres du Gouvernement doivent prendre part, comme candidats, aux élections municipales . . •

< MM. Favre et Arago repoussent cette idée comme impraticable.

« M. Ferry déclare qu'il lui paraît certain que la municipalité élue voudra être Gouvernement ; en conséquence il croit que tous les membres devraient en être élus par scrutin de liste pour tout Paris.

c M. Picard insiste pour que le Gouvernement luimême se soumette à l'élection... »

A ce moment les clameurs, les cris deviennent tels qu'il est impossible de s'entendre... Force est aux membres du Gouvernement de cesser toute discussion. Envahissement Le flot dcs émoutiers menaçant d'envahir la salle du ducon?e?i.- Conseil, on s'enferme à clef; mais au bout de quelques de la Défense, socondes, la foule sarue en frappante coups redoublés;

Ronl faits i • i j »

prisonniers, la porto cèdo, ct donuo accès à une multitude desor-

donnée d*hommes du peuple, de gardes nationaux qui vocifèrent Tinjure, la menace ; à leur tête sont les chefs de bataillon Chassin, Cyrille, Maurice Joly, Lefrançais... ils demandent la Commune^ la constitution d'un cabinet sous la présidence de M. Dorian...

Debout, les membres du Gouvernement protestent avec indignation contre l'odieuse violence dont ils sont l'objet... Les émeutiers leur imposent brutalement silence... et les déclarent prisonniers... Flourens et ses tirailleurs de Belleville se joignent bientôt aux premiers envahisseurs, en criant c La déchéance ! vive la Commune ! 3» Tout galonné, botté, éperonné.... le major de rempart monte sur la table du Conseil pour mieux vociférer...

< Je vois encore, dit le général Trochu, Flourens monté « sur la table et lisant les noms des membres du nou- « veau gouvemement...C'était un tumulte indescriptible,

< on ne s'entendait pas... J'étais à deux mètres de Jules

< Favre, qui,àcemoment, apostrophait ces hommes avec f la plus rare énergie, leur reprochant d'avoir ruiné la € défense et leur disant : Vous êtes des scélérats et vous * resterez des scélérats!... » On ne l'écoutait pas... on disait à M. Dorian... « Nous ne vous entendons pas, sur la table! sur la table!... »

Dès lors, l'Hôtel-de- Ville est aux mains de l'insurrec- Lémcute, tion. c Félix Pyat erre, flairant le vent du succès, 'jiiL'lfrcsIïtè' « Delescluze se pose en arbitre, en médiateur... Blanqui ^^Ho^cèdra'll^' t s'enferme dans un cabinet; il agit en chef de Gouver- ^""^ nSuv^u ""

< nement; il envoie a la préfecture de police, au rainis- « tère des finances ; il expédie même des ordres aux « commandants des forts et aux gardiens des portes de a Paris... (1) »

Tous, chefs et soldats de l'émeute, cherchent à s'en-

(1) La Guerre de France^ par M. de Masçade.

iO DÉFENSE DE PARIS.

tendre pour constituer par acclamation un Gouvernement provisoire; ils dressent des listes, sur lesquelles figurent les noms de Dorian, Victor Hugo, Louis Blanc, Flourens, Blanqui , Pyat, Delescluze, Ledru-Rollin , etc.. Ces listes ne sont pas toutes les mêmes... chacun fait la sienne... Bientôt, la place de THôtel-de- Ville est inondée de petits billets roulés, jetés par les fenêtres, ils voltigent en Tair... ce sont les noms des membres du Gouvernement qui se succèdent.

L'envahissement de THôtel-de-Ville ayant un peu distendu les flots pressés de lia foule, il n'est pas difTicile de s'y glisser... M. Picard parvient à se faufiler de groupe en groupe ... et gagne à la hâte le ministère des Finances (5 heures).

Disi.osiiJMMs A rintérieur de Paris on savait bien qu'il y avait une par M.'î'icard. manifestation à FHôtel-de-Ville, mais on était loin de se douter que tous les membres du Gouvernement, général Trochu, ministres, membres de la Défense, commandant de la garde nationale, étaient prisonniers de rémeute...

M. Picard, échappé des mains des insurgés, prend de promptes dispositions : dès son arrivée au ministère, il y fait venir des bataillons qu'il tient pour fidèles ; il en dirige aux affaires étrangères , au Journal officiel , au télégraphe, etc.. Comme il expédiait ces instructions, se présente dans son cabinet M. Roger (du Nord), accouru de la place Vendôme ; il lui apprend qu'à FÉtatmajor delà garde nationale, à la Place, règne la plus grande confusion . . . personne n'ose donner d'ordres , personne n'ose en provoquer.

M. Picard prescrit de faire battre la générale et commande au général Schmitz d'appuyer, avec les mobiles casernes au Louvre, la garde nationale qui va marcher sur FHôtel-de- Ville.

Il prévient également le général Soumain, commandant la Place, que les généraux de Liniers et Corréard ont Tordre de réunir leurs divisions de mobiles sur la place de TOpéra, et de se tenir prêts à marcher (1).

Enfin, voyant que la situation s'aggravait de plus en plus, il télégraphie au général Ducrot de venir conférer avec lui au ministère des finances.

Cependant un certain nombre de bataillons de garde Le loc^ bataillon nationale avaient répondu aux convocations faites dans g^rde nationale

se décide

Taprès-midi, et déjà vers cinq heures, la place Vendôme vu^'llf/d^^^'n '* était encombrée par une foule en armes. . .

Le colonel Ferri-Pisani, chef d'état-major delà garde nationale, allait d'un officier à l'autre, les exhortant à soutenir la cause de l'ordre... Beaucoup hésitaient, les uns déclaraient qu'il leur répugnait de prendre part à une effusion de sang, d'autres consentaient à marcher, mais sans armes , certains faisaient mettre la crosse en l'air ou se déclaraient ouvertement pour la Commune.

Sur ces entrefaites arrive M. Charles Ferry, annonçant que les membres du Gouvernement couraient un grand danger (2).

Le colonel Ferri-Pisani fait à nouveau un énergique appel aux hommes de bonne volonté, et le 106* bataillon, commandé par M. Ibos , se déclare prêt à aller à THôtel-de- Ville pour délivrer le Gouvernement (3).

ili La lettre de M. Picard était ainsi conçue :

•' Les généraux de Liniers et Corréard mettront immédiatement leurs « bataiUons de mobiles à la disposition du général Soumain , pour aller « délivrer le Gouvernement, prisonnier à rHôtel-de-Ville. »

Postscrîptum. « On ne tirera que sur un ordre exprès. »

i2) M. Charles Ferry, frère de M. Jules Ferry, était capitaine de çrarde n;itionale.

;i; « Comme le 106« se disposait à venir sans armes à rHôlel-de-Ville, afin de fairu preuve de ses intentions pacifiques, un bataillon, dont j'ai 'iublié lo numéro, conduit pai* un chef qui, je crois, a été condamné de-

On se met en marche au son du tambour. En avant du bataillon marchent le colonel Ferri-Pisani, le commandant Ibos el M. Charles Ferry. Un certain nombre de gardes nationaux des autres bataillons sont entraînés et Ton arrive ainsi à THôtel-de-Ville.

On enfonce une porte de derrière, les tambours battent la charge, et le 106" fait irruption dans la cour. Au milieu de cette masse de gardes nationaux, il est impossible de distinguer ceux qui ont envahi rilôtel-de- Yillo, de ceux qui veulent le délivrer. . . Battant toujours la charge , le 106* s'ouvre un passage , gagne rapidement Tescalier et arrive près de la salle où sont détenus les membres du Gouvernement,

La porte est forcée... mais la salle est tellement pleine, que le colonel Ferri-Pisani, le commandant Ibos avec 5 ou 6 de ses hommes, peuvent seuls y pénétrer. . . Au milieu du bruit, au milieu de la cohue de cette

puis, pendant le siège, pour malversations, vint à passer sur la place Vendôme. Je Tarrètai et lui demandai oii il allait. Le chef de bataillon, avec une déférence hautaine, me répondit qu'ils allaient à THôtel-de- Ville. Sur mon interrogation s'ils allaient y défendre le Gouvernement, il me fut répondu, non sans nuance d'ironie, que si je pouvais leur promettre la Commune (car dès ce jour-là le mot était trouvé), le bataillon suerait avec le Gouvernement. Je dis, naturellement, que je n'avais rien k promettre et fls une harangue, la plus chaleureuse que je pus, sur ITiorreur de ces dissensions devant les Prussiens.

« Le chef de bataillon, toujours poli, mais hautain, me répondit, au nom du bataillon, qu'ils étaient touchés de cet appel à une conciliation patriotique, et qu'ils allaient précisément à l'Hôtel-de-Ville pour faire prévaloir les idées de conciliation* Là-dessus, le bataillon fil par le flanc droit et se dirigea sur l'Hôtel-de-Ville au bruit de ses tambours.

« Je revins aux gardes nationaux du 106e, témoins de la scène, et leur dis que puisque des gens si conciliants allaient à l'Hôtel-de- Ville avec leurs fusils, nous aurions Tair des derniers des hommes, en y allant les mains dans nos poches. Les fusils furent repris;, je me mis à leur léte, ayant Charles Ferry à côté de moi, en criant et faisant crier : Vive la République, et en ne cessant pas de faire battre le tambour, ce qui est la seule manière d'étourdir les gens et de les faire marcher dans ces moments dç confusion. » (Extrait des notes du colonel Ferri-Pisani.)

foule qui s'étouffait, on s'aperçoit à peine de leur entrée (1).

Quelques instants après, la porte cède de nouveau, un certain nombre de gardes du 106* se faufilent auprès de leur chef; on sinjurie, on se pousse avec les Tibaldiens, mais sans en venir aux mains. • •

Flourens, toujours sur sa table, continue à faire et à défaire des gouvernements, pendant que ses acolytes les crient a la foule. . .

c Quand nos gardes nationaux , dit le commandant Ibos, sont entrés une seconde fois... il y eut des cris, les Tibaldiens étaient les plus acharnés ; ils voulaient toujours faire feu. . . Je demandai à Flourens de descendre de sa table... sur son refus, je montai à côté de lui et pris la parole. . . Nous avons bataillé assez longtemps. . . Tout à coup, la moitié de la table s* est renversée, et nous avons chaviré. . . »

Une heure se passe dans cette confusion., cependant les émeutiers trouvaient le temps long ; ces harangues, ces discours commençaient à les lasser : < Il faut en

< finir, disaient-ils, assurons -nous des membres du « Gouvernement. * — « A Mazas, à Mazas ! * crie-t-on de toute part. — c Oui, dit Flourens, conduisons-les à

< Mazas. »

C'en élait fait des prisonniers si on les emmenait, tn générai inévitablement ils seraient fusillés en route. Le com- etu!T.¥errj mandant Ibos paie d'audace ; il fait filer plusieurs de des mains des ses hommes autour de la table ; le général Trochu est (» h. du soir). enlevé, entraîné vers l'escalier, avant que les Bellevillois aient eu le temps de se reconnaître. Certains , cependant, essaient de s'opposer au passage. . . mais le

Il 5 Le colonel Ferpî-Pisani, dont Tunî forme éveille Iq5 so"P<;ons, Q^\, seul mis en état d'arrestation.

groupe des gardes du 106* auquel s'est accroché M. Jules Ferry, fait une trouée et bientôt le général Trochu avec son collègue de la Défense disparait dans la foule a la faveur de la nuit (8 heures).

Les autres membres du Gouvernement n'ont pu suivre assez rapidement ; ils sont rejetés dans la salle avec le général Le Flô, le général Tamisier et le colonel Montagut...

Départ M. Thiers, nous l'avons vu, était présent quand

^dc parii!" M. Jules Favre apprit par un télégramme de M. Ferry que l'Hôtel-de- Ville était menacé... son inquiétude s'accrut encore au reçu d'une dépêche du Gouverneur lui annonçant qu'il ne pourrait l'accompagner au pont de Sèvres... la journée devenant orageuse, ajoutait le général Trochu, il l'invitait à ne pas s'attarder à Paris...

M. Jules Favre chercha bien à tranquilliser M. Thiers en lui disant qu'on était accoutumé à ces alertes, et que celle-ci ne serait pas plus dangereuse que les autres...

Mais il n'en resta pas moins inquiet. Son départ fut un peu hâté, car il fallait assurer sa sortie de la ville, et, à 2 heures, il se mettait en route pour la Porte- Maillot, quartier général du commandant des 13* et 14* corpc ; il était accompaûrné de MM. Paul de Rémusat et Gochery.

De tous les événements de la journée, rien n'avait encore transpiré en dehors de l'enceinte, si ce n'est la vague rumeur d'une agitation sur la place de THotel-de- Ville.

Tout fonctionnait d'ailleurs comme d'habitude; la garde nationale faisait ses exercices quotidiens ; le général Ducrot avait vu passer, avenue de Neuilly, se rendant dans la presqu'île de Gennevilliers, quelquesuns des meilleurs bataillons qui s'exerçaient â la marche.

Vera 3 heures et demie arriva la voiture de M. Thiers. Arriv^Je M. de Rémusat entra immédiatement dans le cabinet du **^ *à u**®"^* général Ducrot ; il paraissait un peu impressiottné et demanda que Ton pressât le départ, M. Thiers étant désireux de rentrer à Versailles avant la nuit.

Toutes les dispositions étaient prises a Tavance, et le chef d'étal-major, général Appert, avec quelques cavaliers d'escopte, conduisit immédiatement M. Thiers jusqu'au parc Rothschild, où se tenait le général de Maussion, chargé de la garde du pont de Sèvres, et de Torgani* saiion du passage en pareille circonstance*

Pendant que les hommes montaient à cheval, le général Ducpot s'était approché de la voiture de M. Thiers ; il le trouva fort nerveux, très-impatient de se meitre en route... A peine quelques paroles furent-elles échangées...

Au retour de son chef d'état-major, qui tout on cheminant, avait pu causer avec M. Thiers, le général apprit la cause de cette inquiétude, de cette émotion ; reconnu au moment où il traversait Paris, M. Thiers avait été insulté et menacé par la populace, connaissant déjà l'agitation do la place de l'Hôtel-de-Ville ; il avait lieu de craindre une véritable émeute qui amènerait infaiUiblement la rupture des négociations.

Ce fut là pour le général* Ducrot le premier indice i.c gin-s nncrot

... 1,. , apprciMl

des événements mterieurs ; peu d instants après le re- renvnhissoujent tour du fféneral Appert, environ vers 5 heures, il avait la VHntoi-je vn-e

^ ^^ ' [li heures). .

confirmation de ces tristes nouvelles par deux honorables habitants de Paris, MM. Dolfus et de Borda, venant exprés à son quartier général pour lui annoncer que la foule avait envahi THôtel-de-Ville, prononcé la déchéance ^

du Gouvernement de la Défense nationale et institue un "^ nouveau gouvernement.

Ces Messieurs ne pouvaient préciser encore la ccm-

position exacte des membres, car différentes listes avaient été jetées par les fenêtres de THôtel-de-Ville ; sur toutes cependant étaient les noms de Blanqui , Flourens, Dorian, Trochu ; ce dernier continuant à conserver le commandement des troupes.

Ces nouvelles mirent le général Ducrot dans une très-grande anxiété, car MM. Dolfus et de Borda ne pouvaient * lui donner aucun détail sur la manière dont les choses s'étaient passées ; ils ignoraient si les anciens membres du Gouvernement de la Défense nationale s'étaient retirés volontairement, si le Gouverneur de Paris avait consenti à entrer dans la nouvelle combinaison, ou si les chefs de Tinsurrection s'étaient emparés du pouvoir par surprise.

Il y avait dans Paris un général commandant In Place, un ministère de la guerre, composé d'un nombreux personnel, un état-major général du Ministre et du Gouverneur, un état-major général de la garde nationale, des commandants de secteurs, des généraux commandant des groupes de mobiles... Evidemment, il incombait à ces différents services de provoquer les mesures nécessaires pour réprimer l'émeute, si émeute il y avait, et délivrer le Gouverneur et les membres du Gouvernement de la Défense s'ils étaient prisonniers.

Dans tous les cas les dispositions à prendre ne pouvaient être du ressort du général commandant les 13' et 14* corps , dont toutes les troupes étaient en dehors de Paris et en face de l'ennemi.

Puis le général Trochu avait si souvent répété qu'il fallait bien se garder d'user de la force matérielle envers la population parisienne, que le jour où la force morale ne suffirait plus, tout serait perdu... qu'il était vraiment impossible au général Ducrot d'intervenir sans être certain que l'action du Gouverneur se trouvait abso^

DEFiENSE DE PARIS. 53

lument paralysée et que sa personne était en danger.

Cependant, pressé d'avoir des renseignements circonstanciés, il envoya ses aides de camp et ses officiers d'ordonnance dans toutes les directions, et particulièrement vers THôtel-de-Ville ; enfin, comme mesure de précaution, il fit prendre les armes à une division d'infanterie, atteler une batterie de 12, une batterie de mitrailleuses, et donna l'ordre de masser toutes ces troupes aux abords de la Porte-Maillot, prêtes à entrer en ville au premier signal.

Bientôt les officiers envoyés en reconnaissance revinrent avec des nouvelles d'un caractère grave, mais peu concluantes.

Les uns avaient été au Ministère de la guerre, les autres à l'État-Major général du Gouverneur, à la Place de Paris, à l'État-Major de la garde nationale ; ils avaient constaté partout une extrême inquiétude, un grand désarroi, et lorsqu'ils avaient provoqué des ordres, on leur avait répondu que l'on ne pouvait en donner, le ministre de la guerre et le Gouverneur étant toujours à THôtel-de-Ville.

Les choses en étaient là, lorsque arriva le télégramme • Télégramme

. . ^ de M. Picard au

de M. Ernest Picard , amsi conçu : générai oucrot

^ ^ (G h. 1/iJ.

f Le ministre des finances prie le général Ducrot de « vouloir bien passer au Ministère des finances pour « affaires urgentes. »

Cette invitation n'était pas faite pour diminuer les anxiétés du général. Comment M. Picard était-il en lil»epté? Que pouvait avoir le ministre des finances à traiter avec le général Ducrot ? N'était-ce pas une fausse dépêche, n'était-ce pas un piège?... En venant seul dans Paris, le général ne s'exposait-il pas à subir le même sort que le général Trochu et les membres du Gouvernement ?

5i DÉFENSE DE PARIS.

Après un instant de réflexion, le général donna Tordre à son aide de camp de se rendre auprès de M. Picard et de lui dire que si rintervention des troupes paraissait nécessaire , il était prêt à entrer dans Paris avec elles , pour marcher sur THôlel-de- Ville et en chasser les insurgés. Mais il ne vofyait pas la nécessité d'aller, au préalable, conférer au Ministère des finances, et il priait M. Picard de s'expliquer catégoriquement.

Au moment où Tofflcier envoyé par le général Ducrot arriva au ministère des finances (7 heures 1/2), il trouva un grand mouvement de va-et-vient; on y entrait, qui pour recueillir des nouvelles, qui pour prendre des ordres.

Ordre dçnné Lc minislro était dans son cabinet, entouré de beau- ^ ministre" ' coup de porsonnos ; il accueilht l'aide de Camp avec em-

(les fiu&nces

^^û^*^énér&r^ pressement, et, dès les premiers mots d'explication, il Ducrot. s'écria : « Mais oui certainement , c'est à la tète de ses « troupes que le général Ducrot doit entrer dans Paris ; « de mon côté , je fais battre en ce moment le rappel «c pour réunir les bons bataillons de la garde nationale , « car la situation devient à chaque instant plus critique ; ' « allez le dire en toute hâte au général. >

En sortant de chez M. Picard, cet officier pensa qu'il gagnerait du temps en envoyant une dépêche au quartier général ; il courut au Louvre et informa le chef d'étatmajor du Gouverneur de la décision du ministre des finances, en le priant de la faire connaître par télégramme au général Ducrot.

Le général Schmilz était toujours fort inquiet et sans nouvelles précises du Gouverneur; quelques officiera avaient cherché à se mettre en communicalipu avec lui, ils n'avaient pas réussi ou n'étaient pas revenus.

Il approuva l'idée de télégraphier au général Ducrot; le commandant écrivit sous sa dictée, et le général fit

DEFENSE DE PARIS. oSi

porter la dépêche au poste télégraphique du Gouverneur (1) (7 h. 3/4).

Us causèrent ensemble quelques instants encore. . . Le général Schmilz ayant fait observer au commandant qu'il rencontrerait sans doute des difficultés pour sortir de Paris, vu les ordres donnés pour intercepter toute communication avec le dehors , l'aide de camp du général Ducrot , bien que muni d'un laisser-passer permanent , le pria de vouloir bien 4ui donner un laisser-passer spécial (2).

Au Louvre, la confusion était grande et semblait s'accroître d'instant en instant. . . Des officiers de garde nationale entraient et sortaient, les uns donnant; ou cherchant des nouvelles; les autres provoquant des ordres qui manquaient absolument, probablement parce que le général commandant la garde nationale était lui-même détenu à l'Hôtel-de-Ville.

Enfin , le commandant sortit pour remonter à cheval Le Gouverneur

' ^ rentre

(8 h. 1/2). Il était sur le perron lorsque le généra^Trochu */Sh.T/«'\ entra dans la cour au milieu d'une foule énorme, dans laquelle l'élément garde nationale dominait.

Le général était nu-tête, sa casquette lui avait été enlevée dans la bagarre, et remplacée par un képi de garde national, afin de faciliter sa sortie del'Hôtel-de-Ville.

(1) L'aide de camp du général Ducrot au général Ducrot,

Porte-Maillot,

« Par ordre de M. Picard, c'est avec des troupes que vous devez veV Dîr prendre le commandement. »

(2) Des ordres avaient, en effet, été expédiés aux commandants des secteurs pour qu'ils eussent à fermer les portes de la ville. Émanaient-ils des maires ou de Ëlanqui ?

Connaissant Tagitation qui régnait à l'Hôtel -de-Ville, plusieurs commandants de secteurs crurent devoir demander an général Schmitz confirmation de la dépêche.... C'est ainsi que le chef d'état-major avait été informé de ces instructions données en dehors du commandement.

Immédiatement le commandant s*approchant du Gouverneur, l'informa qu'il venait d'expédier au général Duçrot l'invitation d'entrer dans Paris avec ses troupes, et lui demanda s'il avait quelqu'autre instruction à lui faire parvenir.

Le Gouverneur manifesta un certain étonnement.. . c Mais pas du tout! s'écria-t-il, pas du tout! s'il en est € temps encore, courez pour arrêter cette dépèdie... € sous aucun prétexte il ne faut faire intervenir la force « en pareil cas. »

Le commandant se rendit aussitôt au bureau télégraphique et retira sa dépêche qui n'était pas encore passée, bien qu'elle fût déposée depuis un certain temps.

Cela fait, il remonta à cheval et reprit le chemin de a Porte-Maillot; arrivé au quartier général, il fut fort surpris d'apprendre que le général était entré dans Paris avec ses troupes.

Voici ce qui avait motivé cette détermination :

Nous lavons vu, le général Ducrot , après avoir expédié ses aides de camp et officiers d'ordonnance dans toutes les directions pour avoir des nouvelles précises, s'était mis en mesure d'entrer dans Paris si la marche des événements rendait la chose indispensable.

Parmi les officiers envoyés a la découverte se trouvait le brave commandant Franchetti, plus que tout autre capable de remplir une pareille mission ; intrépide, intelligent, plein de ressources d'esprit, très-connu de tout Paris, très-populaire par suite du rôle brillant de ses éclaireurs, il était parti en disant au général : c Je ne c reviendrai pas sans vous apporter des renseignements « circonstanciés et de visu sur ce qui se passe à l'Hôtel- « de-Ville. » Il avait tenu parole.

Le général achevait de diner avec son état-major, lorsque le commandant Franchetti entra dans la salle ; il

s'approcha du général et lui dit bas à Toreille : « Le Gout vemeur, les membres du Gouvernement de la Déc fense nationale sont prisonniers à THôtel-de- Ville et € gardés à vue par des gredins capables de tout... »

Le général se leva immédiatement en disant : « Messieurs, à cheval, nous entrons dans Paris, prévenez les troupes. * (7 h. 1/2 environ).

Tout le monde était prêt ; les chevaux sellés, bridés. Le

. , , . « génértl Ducrot

attendaient dans la cour: en cruelques mmutes, on fut en ^ «°^re

' ^ ^ ' dans Paris avec

mouvement. Le général laissait derrière lui son chef "* iroup«s. d'état-miyor, le général Appert, avec mission de surveiller tout ce qui se passerait du côté de Tennemi extérieur et déparer aux incidents qui pourraient se produire; il devait paiement se mettre en relation avec son général en chef, et dans le cas où ce dernier aurait besoin de renfort, le faire appuyer par le général de division Berthaut, dont le quartier général était au rond-point de Courbevoie et qui avait été invité à prendre d'avance ses dispositions.

Le général Ducrot n'avait aucun ordre a donner dans Paris ; cependant, vu les circonstances, il prescrivit au colonel L'Hotte, commandant le 1*' dragons, caserne au quai d^Orsay, de faire monter son régiment à cheval et de s'établir sur la place de la Concorde où il se joindrait aux troupes entrant dans la ville.

Cet ordre fut porté par le capitaine de Néverlée, qui, après avoir rempli sa mission, passa au Gouvernement pour prendre les nouvelles et annoncer la prochaine arrivée du général Ducrot.

Il y vit le Gouverneur, qui le renvoya aussitôt pour arrêter le mouvement des troupes et donner l'ordre au général de venir de sa personne au Louvre (1).

(1) « Je devais, dit le géûéral dans sa déposition devant la Commis-

neur.

Le capitaine de Néverlée renconlra son général près de la barrière de TÉloile, et lui communiqua les instructions du Gouverneur. Le général Ducrot dut, à son grand regret, s'y conformer... Les troupes rétrogradèrent, avec ordre de se masser près de la Porte-Maillot, en dehors de Tenceinte, et de se tenir toujours prêtes à rentrer en ville au premier signal; un bataillon fut laissé à l'intérieur pour garder la porte et assurer les communications.

Le général se rendit rapidement au Louvre; en passant sur la place de la Concorde, il trouva le 1" dragons, et prescrivit au colonel de faire mettre pied à terre, et d'attendre des ordres.

, ^ \\ , Au moment où le vénérai Ducrot entra dans le cabinet

général Ducrot ^

chez lellouver- ^^ Gouvomeur, vingt OU trente personnes se pressaient autour de lui, causant et discutant avec beaucoup d'animation.

L'opinion dominante était qu'il fallait éviter les moyens extrêmes, parlementer, attendre au lendemain pour prendre des mesures de rigueur, et surtout tâcher de faire mellre en liberté J. Fàvre, J. Simon, Emmanuel Arago, le ministre de la guerre et les autres membres du Gouvernement de la Défense nationale restés entre les mains des insurgés.

Le général Ducrot, prenant la parole, déclara qu'il

sîon d'enquête sur la journée du 31 octobre, descendre les Champs-Elysées ; arrivé à la place de la Gbticorde, diviser mes troupes en deux colonnes pourvues chacune de trois canons de 12 et de trois mitrailleuses^ et marcher sur riIôtel-de-Ville par la rue de Rivoli et les quais. En cas de rencontre des gardes nationaux de l'ordre , et je l'espérais bien, je les emmenais avec moi. Si, en continuant ma marche , je roe heurtais à des groupes hostiles^ je les dispersais avec les mitraîlleuses, j'enveloppais l'Hôtel-de-Ville, et je sommais les gredins qui l'occupaient de se rendre; s'ils refusaient, les pièces de 12 enfonçaient les portes et j'aurais eu promptement raison de toute résistance, »

DÉFENSE DE PARTS. r,9

fallait tout de suite agir énergiquement, écraser les insurgés et délivrer par la force leurs prisonniers. En remettant au lendemain, on s'exposait â trouver devant soi les bandes de Flourens, Delescluze, Tibaldi, etc. . . organisées, renforcées... Peut-être faudrait-il longtemps avant de s'en rendre maître ; à la lutte extérieure on ajoutait ainsi les horreurs de la guerre civile...

« En ce moment, continua le général, vous n'avez « affaire qu'à une poignée de factieux ; nombre de gardes c nationaux, sous l'impression d'une juste indignation, « vous sont favorables ; une autre partie, bien qu'hési- « tante encore, sera certainement entraînée par votre < action immédiate... demain elle sera du côté des inc surgés. Attendre serait une lâcheté et une folie. »

Le général de Chabaud-Lalour approuva hautement les paroles du général, et supplia le Gouverneur d'agir avec vigueur sans perdre une minute.

Quelques autres personnes appuyèrent dans le môme sens et imposèrent silence aux conseillers trop prudents dont Topinion avait d'abord pris le dessus.

Le Gouverneur, tout en étant convaincu, insista vivement pour que la garde nationale seule fût employée à réprimer l'émeute.

Sur ces entrefaites se présenta le commandant Vabre, de la garde nationale (1). Dans la soirée, cet officier était allé à l'Hôtel-de-Ville pour se rendre compte du mouvement, et en était sorti à l'aide d'un laisser-passer signé « Blanquî. »

On pouvait, grâce à ce laisser-passer, faire pénétrer dans THôtel-de- Ville un certain nombre d'hommes énergiques et mettre un terme à celte situation.

(t) Cet officier commandait un excellent bataillon qui était aux avantpoafes d'Asnières,

Mais ce moyen ne parut pas suffisant, et, sur les nouvelles observations présentées par le général Ducrot et le commandant Vabre, le Gouverneur consentit à faire intervenir comme réserve quelques-uns des bataillons de la garde mobile présents dans Paris, notamment le 3* bataillon du Finistère et le 1" bataillon de Tlndre établis à la caserne Napoléon.

En résumé, il fut convenu que la garde nationale s'organiserait place Vendôme, qu'elle marcherait par la rue de Rivoli sur THôtel-de-Ville, et qu'au moment où elle s'en approcherait, les mobiles du Finistère et de l'Indre entreraient dans l'intérieur par les souterrains communiquant avec la caserne.

Le chef d'état-major du Gouverneur restait chargé de donner les ordres de détail indispensables pour assurer l'exécution de ce plan général ; mais les transmissions étaient très-difficiles', le service de la garde nationale, déjà mal assuré, se trouvait complètement désorganisé par l'absence de son chef, le général Tamisier.

La cour du Louvre, la rue de Rivoli étaient encombrées par une foule d'ofSciers : tous protestaient de leur dévouement, ne demandaient qu'à marcher... maudissant les infâmes qui menaçaient de nous jeter dans les horreurs d'une guerre civile en face de Fennemi, ils se plaignaient amèrement du manque d'ordre, de direction...

Ces plaintes n'étaient que trop fondées... on risquait fort de n'arriver à rien si Ton ne donnait pas immédiatement à tous ces hommes de bonne volonté un chef unique capable de les commander et de les conduire.

Convaincu de cette nécessité le général Ducrot remonta vers le Gouverneur qui était entré dans sa salle à manger ; il lui fit observer que la garde nationale ne s'organisait pas faute de chef, qu'il était urgent de sup-

pléer au général Tamisier, retenu à THôtel-de- Ville (1). Tout en se rendant à ces raisons, le général Trochu était fort embarrassé d'improviser un commandant delà garde nationale dans de pareilles conditions. . . le général Ducrot lui proposa de désigner, au moins à tilre provisoire, M. Roger du Nord, lieutenant-colonel à Tétat-major de la garde nationale, dont Fénergie et les sentiments patriotiques étaient de nature à inspirer confiance à tout le monde.

Le Gouverneur consentit et trouvant dans le vestibule L6

colonQl Roger

le colonel Roger du Nord, il lui offrit le commandement. •**. n?™"»^^

^ ' provisoirement

Celui-ci ayant accepté, le général Trochu l'emmena sur commtndam

le perron, et le présenta à la foule comme le nouveau ^**^* nationale,

chef de la garde nationale... faisant appel au patriotisme

et au dévouement de tous, il prononça quelques paroles

chaleureuses qui furent couvertes des cris de c Vive

le Gouverneur ! vive la France ! * et le colonel Roger

du Nord, serrant la main du général Trochu, descendit

rapidement les escaliers en s*écriant : < En avant, mes

amis, en avant ! » La foule entière se précipita à sa

suite...

Arrivé place Vendôme, le nouveau commandant cherche à réunir quelques bataillons, puis se rend auprès du général Soumain commandant la place, pour l'informer

< qu'il vient d'être nommé chef intérimaire de la garde nationale en l'absence du général Tamisier, et qu'il va marcher sur l'Hôtel-de-Ville. » — « Parlez vite, lui dit le • général Soumain , on ne vous abandonnera pas ; nous

< avons ici des bataillons de mobiles qui vont vous sui- « vre; le général Corréard réunit ceux de la rive gau- « che , le général de Liniers ceux de la rive droite ,

Cl) Si nous enlroDS dans de minutieux détails , c'est que, notre dire ayant été controversé, nous teoQns è préciser*

€ tout va être prêt ; marchez, vous serez soutenu (1)» Environ trois quarts d'heure après la proclamalion de M. Roger du Nord comme chef de la garde nationale par le général Trochu, M. Jules Ferry entra dans le cabinet du Gouverneur, où se trouvait encore un assez grand nombre de personnes (9 heures 4/2).

Il parut désagréablement surpris en apprenant celte nomination; M. Roger du Nord, à tort ou à raison, passait pour un monarchiste très-dévoué à la famile d'Orléans, et, aux yeux de M. J. Ferry, les inconvénients de ce caractère politique l'emportaient sans doute, même dans la circonstance actuelle, sur les avantages que pouvaient présenter ses qualités de commandement. M. juip' I cny Ce qui est certain, c'est qu'après quelques instants coinmamjcn.cnt do couversation avec le Gouverneur, M. J. Ferry sortit garde naiiunaie. rapidement de la salle, et, rejoignant le colonel Roger du Nord sur la place Vendôme, il lui fit connaître qu en sa qualité de Préfet de la Seine, membre du Gouvernement, il prenait le commandement de la garde nationale.., M. llogcr du Nord s'inclina et le colonel Ferri-Pisani ayant procédé à la reconnaissance de M. J. Ferry comme chef (le la garde civique, les bataillons se mettent en mouvement... (2)

(I) Kxlruit do la dùpoMtion du g(''iii''pal Soiimain devant la Commission j|*cnc|urlo du 4 septembre : « Quelque temps après, ajoute le gént^rîil, « M. Jules Ferry me demandait de niurcher. — Non, répondis-je, je ne « suis pas conimnndimt de la garde nationale, je »uis un t^i-nérul de divi- « sion prêt à recevoir des ordres et à les faire exécuter, mais avec la « troupe, et comme jo n'ai pas rcru l'ordre de faire marcher la troupe, je w ne bouge pas. Je vous donnerai seulement des officiers d'élat-major « pour vous aider dans votre mission, r

ri) Le colonel FVrri-Pi-ani, échappé de riIôtel-de-Ville à la tombée de la nuit, grâce à lintervenlion du commandant Franchetli. était revenu à son poste, place Vendôme. Lors<jue se présenta M. Juleb Ferry, il procéda à sa reconnaissance comme chef de la garde nationale.

a Je puis dire ((ue je la Ils retentissante : après deux roulement?, je criai du haut do retjcalier, a la foule des ofïlciers, que M. Jules Ferry

A hauteur du Louvre, le colonel Ferri-Pisani, se détachant de la colonne, vint informer le Gouverneur que Ja garde nationale marchait vers THôtel-de-Ville, conduite par M. Jules Ferry, puis, s*adressant au général Ducrot :

€ Mon général, dit-il, vous devriez bien vous mettre « à notre tète. * — c Je suis tout prêt, si le Gouvert neur veut me laisser marcher avec mes troupes. . . . t mais avec la garde nationale seule, jamais, cela n'est € pas mon affaire, je m'exposerais inutilement à quel- « que algarade ridicule, i

c Non, non ! pas de troupes, reprit le général

< Trochu, je ne veux employer que la garde nationale

< seule. 1

Le colonel Ferri-Pisani se retira et alla rejoindre la colonne.

Il s'était écoulé près de deux heures, lorsqu'une por- ..(^nôrai'TrtM hu sonne envoyée par M. Jules Ferry apporta au général ^''Mw'"*' Trochu la nouvelle qu'on allait mettre les membres du ^70^ mt'u^yîsT'' Gouvernement de la Défense en liberté, qu'on avait

membre du Gouvernement do Iq Défense, ppcnnit le comniandcmont dt5 la garde nalionale, ôt que tous les bons citoyens ulhiîent marcher derrière lui à rilutol-de-Ville. Ma joie et mon enthousiasme avaient l'air do dire qu'enOn la victoire allait nous appartenir. Ils furent partaj^és et par ceux qui m'entendaient et par la multitude de la place , à qui je lis annoncer la nouvelle par dos ofÛciers précédés de tambours et de torche?.... Partir en ordre de la place Vendôme, il ne fallait pas y songer. Il fallait d leiininer un courant. Les tambours et les cris : Vive la Hé- {)ul.!ifjue ! Vive Jules Ferry, général en chef de la garde nalionale I et î'ui? un groupe en marche rapide , tels étaient les seuls moyens ; ils nous réu>î^irent parfaitement; le long serpent de la foule se déroula derrit-n^ nou-i et nous suivit. Les bataillons que nous rencontrions dans la Tif de Kivuli. au lieu de parlementer avec eux, nous les étourdis^iouf^ (•'lit de suite par nos cris, notre tambour et nos démonstrations de lri'»îupbe. Ils entraient domptés dans le serpent. C'est pendant cotte murclio qne jo mo détachai un instant du cortège, cnr c'était plnlot un '•'/rtéjjc qu'une U'oupc, et que j'entrai dauîa rhùtol du Gouverneur, n c\tritit des note§ du colonel Ferri-Pisani,}

transigé avec les insurgés... (1) Le général Ducrot se récria fort, /lisant qu*il était déplorable d'accepter des conditions posées par l'émeute, alors qu on était mailre des événements ; que cette transaction était impossible, et qu'il fallait dire à M. Jules Ferry que ses engage-ments étaient nuls et non avenus.

€ Il faut en finir, ajouta-t-il, la garde nationale est c dans la rue, elle s'impatiente, il faut aller à l'Hôtelf de- Ville. >

Le Gouverneur se rendit a cet avis. . . l'on s'apprêtait a partir, lorsqu' entra le général Le Flô. Il raconta que toute la journée il était resté sous les menaces des émeutiers... plusieurs fois il avait été mis enjoué, et il avait pu s'échapper grâce à la panique produite par l'arrivée des mobiles... quant aux membres du Gouvernement, ils étaient toujours prisonniers et exposés à un grave danger... (2)

(1) a Pour moi, dît le colonel Ferri-Pisani, pendant la nuit, je n'ai pas quitté la place, et ne suis pas monté à l'Hôtel-de-Ville, oii Jules F'crry et Edmond Adam allaient continuellement pour négocier la reddition. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans ces conférences; mais ce qui eai certain, c'est qu'en bas , nous n'avons jamais douté qu'il n'y eût une convention d'amnistie , de conciliation et même do réconciliation. C'est dans ce sens que j'ai reçu tous les ordres pour faire écouler lies quatre mille hommes de l'Hôtel-de- Ville. On ne nous a ^jamais parié d'autre chose, sur la place. C'est sous cette impression, qu'à 4 ou 5 heures du matin, j'ai reçu le général Tamisier au haut du grand escalier, des mains de Dorian, Blanqui et Flourens, qui le tenaient presque embrassé, cl que je les ai remerciés avec effusion, comme des gens avec qui on est parvenu à s'entendre. »

(2) Nous avons vu que vers 9 heures, le Gouverneur avait décidé que la garde nationale attaquerait par la place de l'Hôtel-de-Ville , pendant que les mobiles de la caserne Napoléon attaqueraient par les souterrains. Un peu plus tard, une autre opinion ayant prévalu, le nouvel ordre envoyé aux mobiles leur prescrivait seulement d'occuper la place Lobau, « de façon à fermer le carré que les bataillons de l'ordre formaient autour de l'Hôtel-de-Villc. »

Vers minuit , les deux bataillons de l'Indre et du Finistère étaient en bataille entre le quai et la rue de Rivoli. » No recevant aucun ordre et devant les nouvelles les plus alarmantes, M. de Legge, commaDdant des

Presque aussitôt Rochefort apparut (1) :

« Qu'est-ce qu'il y a, demanda-t-il, où allez-vous ? — « Nous allons à l'Hôtel-de- Ville. — Pourquoi faire ? — € Pour faire cesser ce qui s'y passe. — Mais mon Dieu ! € cela n'en vaut pas la peine ; c^est une plaisanterie, ce € n'est rien du tout, on attache à cela beaucoup trop € d'importance. >

Le général Le Flô se leva vivement: c Oh ! monsieur, t dit-il, vous trouvez que c'est une plaisanterie ? Si c vous aviez été comme moi au bout de la baïonnette et € des fusils de ces gredins-là, vous trouveriez que c'est c une bien mauvaise plaisanterie ! >

Cet incident vidé, le Gouverneur sortit pour monter à Le Gouverneur cheval... Beaucoup trouvaient que cette démarche était "%uraiiert*

j X 1 ' ^ 1 m T^ -x • rHûiel-de-Ville

imprudente... le gênerai Trochu pouvait recevoir un («h. du matin. coup de pistolet... mais il y a des circonstances où il faut braver ces chances-là.

Le Gouverneur, suivi de son aide de camp, le commandant Bibesco, se mit en marche avec le général Ducrot, entouré de presque tout son état-major particulier.

mobiles du Finistère^ prend sur lui de pénétrer avec deux compagnies ptf le souterrain de la caserne Napoléon dans l'intérieur de THôtel-de-

Ville Il se rend facilement maître de la grande cour, et fait main

basse sur un grand nombre d'insurgés Au milieu de la confusion

produite par cette attaque, le général Le Flô parvient à s'échapper

Craignant qu'une lutte dans l'intérieur du palais ne soit le signal du massacre des membres du Gouvernement restés prisonniers, il court aux mobiles, leur donne l'ordre de cesser tout mouvement en avant, de se maintenir dans les positions conquises, et d'attendre les ordres qu'il en* v(»Ta après s'être rendu compte de la situation extérieure. — (Voir aux pièces justificatives, n" V, le récit du commandait de Legge.)

(1) Rochefort n'avait pas assisté à la séance du Gouvernement. Entré dans l'Hôtel-de-Ville sur les 3 heures, il fut salué par les cris de : Vive Rochefort ! A bas Rochefort ! Vainement il chercha à haranguer la foule , disant que le Gouvernement de la Défense nationale délibérait «or la nomination de la Commune.... que le soir une affiche ferait conoaitre le jour des élections, etc.... Mais, hué et bousculé, il s'était esquivé et on ne le revit plus de la journée à l'Hôtel-de- Ville

DÉFfiNSB DB PARIS.

On s'avança au milieii (le la foule : ce fut un triomphe; € Vive Troohu ! > criait-on de toutes parts ; les tambours battaient aux ebamps ; partout Témotion fut si grande qu^elle se propagea jusqu'è VHôtel-de-Ville, bien avant Tarrivée du cortège. Les coquins prirent peur, et beaucoup commencèrent à s'enfuir.

Sur la place "de THôtel-de-Ville, Tovation fut la

même... quelques cris de c vive la Commune! » se firent

entendre, mais ils furent étouffés par ceux de « vive

TrochuI • (4).

Us membres Là, OU apprit que Ics membres du Gouvernement

Gouvernement Venaient d'être délivrés, et que l'Hôtel-de-Ville était

soQt délivrés. ' /nk\

entièrement en notre pouvoir (2).

{{) Aux abords de rH6lel-de-Ville la foule était si compacte qu'il deviol iifàpoBsible d'avancer ; uu chef de bataillon de la gacde natioqale, M. Vabre (plus tard colonel de rFIÔtel de-Ville) prit le cheval du Gouverneur par la bride et lui fraya péniblement un passage ; c'était une cohuo indescriptible... las gardes nationaux vociféraient, gesticulaient, les uns acclamaient le Gouverneur et lui tendaient les bras, les autres le menaçaient du poing et criaient vive la Commune, coux-ci étaient généralement en faible minorité, sauf cependant derrière l'Hôtel-de-Ville, aux abords du pont Louis-Philippe.

LÀ, les manifestations hostiles prirent un caractère tellement menaçant que la situation devint assez critiqua pendant quelques moments : mais l'état-major qui accompagnait le Gouverneur Tentoura de fort près, et grâce à quelques coups de pied et au piaffement des chevaux, on parvint à franchir ce pas diffîcile. Sur la place de l'Hôtel-de-Ville le triomphr racommança et atteignit son apogée dans la rue de Rivoli et sur la plaof Vendôme.

(2) Ainsi que nous l'avons vu, conformément aux ordres du ministre de la guerre, les mobiles gardaient toutes les issues donnant sur la place Lobau, se contentant de faire prisonniers lo«* émeutiors bloques dans les salles du rez-de-chaussée.

Pendant ce temps, les pourparlers continuaient... M. Dorian et Delescluze allaient des émeutiers à MM. Jules Ferry et Edmond .^dam. Les membres du Gouvernement devaient être relâchés . à condition que les iusiu*g^ KQ seraient pas inquiétés ; que des élections seraient faitcî^ le landemain... Ce qui était accepté était démenti quelques instants aprë^... Uo nouvelles propositions étaient faites, et. malgré divers avis, ces» niossiiiurs ne voulaient pas comprendre que toute transaction était illusoire... que Kluurens et les autres n'étaient plus en étal de faire respecter une

DÉFENSE DE PARIR. 67

Vers 3 heures et demie, Ton était rentré au Louvre.

En qaittant le Gouverneur, le général Ducrot manifesta

l'espoir que prompte justice serait faite; — c Certaine-

€ ment, dit le Gouverneur, il faut un exemple. »

c Mais Tessentiel, ajouta le général Ducrot, est que

< cela soit vite fait ; les mobiles ont pris un oertain t nombre de ces misérables, les cours martiales nous t donnent le moyen de les faire juger ; ij faut que dés

< demain on en passe quelques-uns par les armes. >

Le Gouverneur, complètement décidé à agir, ordonna au chef d'escadron Bibesoo, son aide de camp, de se rendre immédiatement à THôtel-de- Ville, et d*y faire réunir la oour martiale ; comme il partait, le général Ducrot engagea encore cet officier à user de son influence pour amener une prompte répression.

Le général rentra ensuite à son quartier général de la Porle-Maillot, vers 5 heures.

convention... Enfin . un long întervaUe s*étant «^coulé sans qu'on eût do nouvelles de PHÔlel-de-VUle , M. Jules Fepry permit pati&nce « ci vor> une heure et demie, il donne l'ordre au commandant de Legge d'ouvri»* la porte pour laisser entrer la garde nationale. Quelques cornpas'nîes des 106» et \T bataUlons pénélFèreu^ dans l'Hôtel-de-VlUe ; la porte vBtwh met', ces compagaies, M. J. Ferry en tête, montèrent vers la salle du conseil, pendant que, suivant les ordres reçus, les mobiles restaient dans U cour, prôts à los soutenir. Mais bientôt Thésitation s'étani manifestée chez les gardes nationai^x. les mobiles sont appel(''s : une compagnie du Finistère se porte en avant, et, baïonnette r,roisé;\ achève de gravir 1 esealier ea eulbutanl les émeutiers.

Les mobiles . arrivés jusqu'à la porle de la salle du ('onseil, s'arrêtent, conformément à leur consigne; ils forment la haie, et laissent entrer les gardes nationaux qui les ont suivis, et en tête desquels marche M. Jules Ferry.

Devant cette brusque attaque, les Bellevillois. jetant leui» armes, s'enfuient de tous côtés ; un grand nombre sont faits prisonniers par le «'ommandant de Legge... beaucoup par le commandant Dauvergne.

Tous les otages sont ainsi délivrés, et avec eux les chefs de linsurrection.... Chose extraordinaire, ils semblaient se protéger mutuellement....

iVoir aux "pièces justificatives, n* VI, la déposition du commandant de Lejçge, et VI bis, la déposition du commandant de Crisenoy.)

Journée

du

ifr novembre.

Séance du Gouvernement

du ier novembre.

Mais il était si préoccu])é qu'il revint à 10 heures du matin. Quel ne fut pas son élonnement, son chagrin, en apprenant que tous les hommes arrêtés avaient été mis en liberté ! L'ordre en avait été donné par M. Jules Ferry (1) ; et quand le commandant Bibesco s'était présenté à THôtel-de- Ville, tous les prisonniers venaient d'être relâchés.

Dans sa marche contre l'Hôtel -de -Ville, M. Jules Ferry s'était montré énergique, mais il avait cru devoir entrer en pourparlers avec les insurgés, et avait pris quelques engagements imprudents.

Pendant que le général Ducrot était au Louvre, le Gouvernement discutait au ministère des affaires étrangères l'arrestation des chefs du mouvement insurrectionnel.

Plusieurs membres affirmaient, M. Dorianentr'autres, que des promesses avaient été faites pendant la nuit, et qu'ils se considéraient comme liés par leur parole. D'autres observaient qu'assurer le bénéfice de Timpunité à des coupables dont la tentative avait mis la cité à deux doigts de sa perte, c'était la* négation de toute justice, que c'était une sorte d'insulte faite à la garde nationale dont on pourrait ainsi lasser le dévouement.

Enfin, M. le Procureur général et M. le Procureur de la République, appelés et consultés, proposaient de

(1) Après l'évacuation de l'Hôtel-de-Ville , il ne restait plus dans la salle du Trône que MM. Jules Ferry et Etienne Arago. Le commandant de Legge vint leur demander ce qu'il devait faire de ses prisonniers, a U faut les relâcher, dit M. Jules Ferry. — Mais je les ai pris les armes à la main, et leurs fusils étaient chargés. — Encore une fois, il n'y a pas de motif pour garder ceux-là, puisqu'on a laissé partir les autres. » Et M. Ferry se rendit lui-même dans les caves, renouvela l'ordre de lâcher les prisonniers, et les flt partir par la porte Lobau. (Voir aux pièces justificatives, n»' Vil et VUI.)

Le préfet de police, M. Edmond Adam, ouvrit également leï^ portes de la Conciergerie aux gens qui y étaient délenus.

déployer, à l'aveniPy la plus grande vigueur, mais ils étaient d'avis de ne poursuivre personne pour la sédition de la veille (1).

Malgré M, Picard demandant que satisfaction fût donnée à la garde nationale, malgré le général Trochu réclamant un exemple immédiat, la proposition de MM. les Procureurs Leblond et Didier, mise aux voix, fut adoptée par 6 voix contre 4 (2).

Il ne devait pas y avoir d'arrestations !

Ainsi, en présence de l'ennemi, quelques émeutiers s'étaient emparés de l'Hôtel-de-VilIe, avaient fait prisonniers les membres du Gouvernement réunis en Conseil, les avaient gardés comme otages, entre la vie et la mort pendant douze heures, et lorsqu'enfin la force était venue au secours du droit, lorsque par la force on avait réussi à délivrer les prisonniers et arrêter les factieux!... il fallait tout oublier, cesser toute poursuite, sous prétexte qu'une convention avait été conclue. . . Cette convention accordée par des gens qui n'avaient pas leur liberté d'action, n'était-elle pas sans valeur, sans autorité?

Étant donnée la situation, l'extrême rigueur était cependant l'unique moyen d'arrêter l'audace toujours croissante des révolutionnaires . . . L'impunité, les concessions , mettant au grand jour notre faiblesse , notre

/l) Voir aux pièces justificatives : Procès - verbal de la séance du l*» novembre, 9 heures du matin. — Pièce a* IX.

(2) Voir aux pièces justîlîcatives : Séance du 2 novembre , 10 heures? du soir, pièce n» X. Rochefort a même » s'était exprimé en ces termes : « L'attentat commis hier à l'Hôtel-de-Ville est si considérable qu'autune répression ne saurait être assez rigoureuse; il est venu là de^i hooimes qui avaient abandonné leur poste devant l'ennemi pour renverser violemment le Gouvernement chargé de la Défense nationale. . . je suis donc d'avis de sévir avec la dernière rigueur ou de ne rien FAIRE ABSOLUMENT. »

impuissance, devaient fatalement nous conduire à de

nouvelles calamités.

Nouvelles tenu- La preuve n'allait pas se faire attendre. Dés le 2 nod'insurrection vembre, on apprenait que les chefs du parti démagogila journée oue, amnistlés la veille, se préparaient à renouveler

du i novembre. ^ ♦^

leurs tentatives criminelles. Devant une telle impudeur, une telle insolence, le Gouvernement prit, le soir même, la décision par 6 voix contre 4, de faire des arrestations en cas de flagrant délit ; et le 3 novembre, vingt-trois individus étaient arrêtés pour participation à la journée du 31 octobre. Livrés aux conseils de guerre à la lîri de décembre, jugés pendant les premiers préliminaires delà paix, ils furent acquittés; cependant la plupart de ces hommes ont marqué durant la période sanglante de la Commune... Mais trois mois s'étaient écoulés... au milieu de si grands et de si nombreux malheurs, on avait oublié le 31 octobre ; la répression, inévitable le lendemain, était devenue moins facile alors qu'il n*y avait plus nécessité absolue de faire un exemple, alors que tous les gens pris les armes à la main avaient été relâchés, les éléments de l'instruction dispersés, alors que le Gouvernement de la Défense avait perdu tout prestige, toute autorité morale (1).

1 I -I . it II. -.> ■

(1) Les noAft dès 22 individus ftfr6tés le SI octobre sont les suivants : 1. Maurice Joly; 2. Tridon; 8. Cyrille; 4. Goupil; 5. Jaclard; 6. Bauer; 7. Lefrançais; 8. Genard; 9. Johannard; 10. Pillotî H. Vermofôl : 12. Tibaldi; 18. Ranvier; 14. Félix Pyat; 15. Eudes; 16. Levrault ; 17. Flourens; 18. Jules Vallès; 19. Millière; 20. Blanqui; 21. Razoua ; 22. Mégy...

Les influences les f)Iu& divérf'ses et les plus êttanges ti'tfVaillèrûni à obtenir la liberté de beatleonp de ces aeensés...

« ^e me suis trouvé en Intte ouverte, dit M. Gresson, avec le gai'de déê sceaùXf M. Emmanuel Arago, qui demandait la mise en liberté de Pyat... me soutenant que Pyat était étranger à l'affaire du Si octobre, qu'on s'était trompé, el il invoquait le témoignage de différentes personnes, notamment de M. Gharles Ferry, de M. Jules Fèrrv, de M. fléfold... je refusai la mise en liberté... l'affaire fut portée devant Itf Gouverné-

Dé« le i" novembre, le Gouvernement prenait le parti de demander â la population de Paris s'il jouissait encore de sa conliance; uti décret fixa le plébiscite à la date du 3 novembre.

lié résultat ne pouvait être douteux, car si Ton renversait le Gouvernement du 4 septembre, on tombait entre les mains des émeutiers du 31 octobre.

Le plébiscite donna 660,000 voix au Gouvernement de la Défense nationale, 60,000 voix à ses adversaires^

Plébijcii»

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3 Dovembrft.

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