MISE EN MARCHE DES COLONNES. — CAUSES DES HETAHDS
Pendant que la division Courty va se masser à Su- Les ooionnes resnes, la division de Beaufort se met en mouvement ; ™8*lnchêY?û«Dt^ ne se préoccupant que du temps qu*il lui faut pour se dans les antres. rendre a la Briqueterie, où elle devait être à 6 heures, elle se met en route à 4 heures et demie ; mais comme la barricade A forme défilé, le passage des troupes est très-long, et le rond-point de Courbevoie ne se trouve dégagé par la division de Beaufort que vers 5 heures et demie (1).
La division Berthaut (de la colonne de droite), partie â 2 heures d*Asnières , était arrivée vers 4 heures à Courbevoie; la brigade de Miribel, précédée du bataillon des francs-tireurs de la division, marchait la première ; suivant les instructions reçues, elle se dirigeait vers le rond- point de Courbevoie , en tournant la caserne à gauche, quand elle fut arrêtée à hauteur de la Mairie.
La division avait plus que le temps voulu pour se
(tj Voir croquis n* 3 biSé
porter, avant la pointe du jour, sur les positions qui lui avaient été désignées , si elle avait trouvé les routes à peu prés libres ; mais un premier retard fut oocasionné, à Âsnières même, par les èalteries de la division Paron,. qui paâsaient le pont du chemin de fer pour laisser le chemin libre à la division Susbielle ; les pièces obstruant la roule d'Asmères à Courbe voie, deux régiments furent obligés de déiUer homme par hoiçme. Néanmoins, la tête de colonne était arrivée à Gourbevoie avant qud la brigade Fournés , de la colonne du centre , ne se fût mise en route ; une partie passa , se dirigeant vers le rond-point, mais bientôt ^a brigç^de Fournés, se mettant en mouvement pour suivre la même direction, coupa le régiment de mobiles , qui fut forcé de &*arréter. Las troupes suivantes se massèrent peu à peu à l'entrée du village, attendant le moment de se mettre en marche.
Voyant le temps s'écouler, et trés-impatients d'arriver à leur emplacement de combat, les généraux Berthaut et de Miribel, qui ne savaient pas au juste la direction suivie par la colonne du centre , cherchent à déboucher a gauche par le quai de la Seine; prenant l'avenue de Gourbevoie, la division suit le bas-<^ôté de la route , et le général de Miribel firrive au rond-point de Gourbevoie, où attendait le bataillon des francs- tireurs, avec la moitié du régiment du Loiret, portion de là brigade Miribel qui, ainsi que nous Tavons vu, avait pu déboucher de Gourbevoie. Mais là encore on est arrêté ; les zouaves de la brigade Fournés, venant de Gourbevoie, défilaient pour se porter vers le Mont-Vulérien et continuaient a suivre la route assignée à la division Berthaut. Après eux vinrent les mobiles de Seine-et Marne et le reste de la brigade, puis toute la brigade Golonieu, arrivant également de Gourbevoie. Malgré tous ses efforts et son trèsvif mécontentement, le général Berthaut fut obligé d*at-
isndre ce long défilé des troupes du centre qui a*en finissait pas : l'avenue des Bergères se trouvait eu effet ooDipléiemeoi obstruée par les troupes Beaufor.t, Fournès, Coloni0u,qui, faute d'écoulement suffisant à travers la barricade A (1), venaient s'entasser les unes sur les autres derrière cet obstacle ; de plus, cette voie devait être suivie par la brigade Valentin, par Tartillerie de la colonne de gauche, l'artillerie de la colonne du centre, 0t toutes ces troupes allaient passer avant la colonne de droite.
Décidé à «a pais attendre plus .longtemps, le géoér^ Berthaut prit à droite, par la routa dp Pontoise, aussitôt que les troupes qui venaient de Courl^yoie cirent défilé, passa aous la voie ferrée et suivit le chewn de JNanterre^ où sa division arriva à 9 bauresi de là elle gagna Rueil, puis les positions assignées.
Déià l'artillerie du général Bertbaut ^'éiail jetée à chemin pris
* ^ * par rartillerie
droite pour déboucher ; eUé venait de quitter Asnières Lad^ocat. quand , au delà de la voûte du chemin de fer, eU^ se trouva arrêtée par la division Berthaut, obligée, commB nous l'avons vu, de marquer le pas.
Le colonel Ladvocat attend, avec ses quatre batteries ; il avance de quelqMOs mètres, puis est de nouveau arrêté; ne voulant pas perdre plus de temps, il quitte la rente et se jette à droite, dans la plainp da GennevUUers.
A hauteur du château de Bécon, il prend un chemin dexploitatiqn, passe sous le chemin de fer de Versailles, gagne le chemin des Bruyères, la route de Ceiombes, le château de la Garenoe, et rejoint la route de Pontoise; tournant à gauche, il atteint un chemin qui longe le chemin de fer de Saint-Germain, passe devant la redpute de la Folie, et arrive à 7 heures et demie à Nanterre, où il reçoit l'ordre d'attendre das instructions.
(i) Voir «roquÎB i^^ 4.
DiTision de Sosbielle.
DWiBion FaroD. La division Faron s'était de bonne heure massée parallèlement à la route de Pontoise, sa gauche appuyée au chemin de fer de Versailles, puis, marchant parallèlement à cette voie, elle se dirigeait vers Nanterre ; mais, arrivée à hauteur de la voûte de la voie ferrée, elle attendit que les divisions Berthaut et de Susbielle fussent écoulées puisqu'elle avait ordre de leur servir de réserve.
La division de Susbielle allait également éprouver un retard considérable : d'abord elle est arrêtée par les trois batteries de la division Faron ; ces trois batteries établies a Clichy, s'étant mises en marche pour traverser la Seine siu* le pont du chemin de fer d'Asniôres, trouvent la voie occupée par les trains qui transportent les troupes de la brigade Lespiau... canons et voitures marchent à côté des wagons en mouvement... le sifflet des locomotives, le bruit des trains effrayent les chevaux, ils se traversent, se cabrent, quelques-uns se jettent par dessus le parapet.
Au milieu de cette confusion, les trois batteries défilent avec la plus grande difficulté. Enfin, vers cinq heures, la division de Susbielle commence à franchir la Seine , mais les rampes du pont étant défoncées par les lourdes voitures de l'artillerie , la colonne marche avec une peine extrême. Les trains de la brigade Lespiau, qui continuent à circuler, viennent encore augmenter les difficultés. Cependant la tête ^de la division de Susbielle finit par déboucher du pont , mais à peine sortie d'Asnières , elle est arrêtée par les troupes du général Berthaut, massées le long de la route de Courbevoie.
Voulant gagner du temps, le général de Susbielle prescrit au général Ragon, dont la brigade marche deuxième, de suivre le bord de la Seine jusqu'à Neuilly ; il est déjà tard , et le général pense que les troupes des
autres colonnes auront défilé par le pont de NeuîUy; mais, de ce côté , Tencombrement est effroyable , et pendant que la brigade Lecomte (division de SusbieUe) attend en deçà de Courbevoie, la brigade Ragon se voit également obligée 'de stationner à Neuilly.
Enfin , la division Berthaut ayant pris à droite par la route de Pontoise , la brigade Lecomte , Tartillerie de la division de SusbieUe, suivent le mouvement. Le général de SusbieUe gagne la voûte de la route de Pontoise, et se dirige sur Nanterre , où ses têtes de colonnes arrivent à 10 heures et demie. La division Faron venant ensuite sur le même chemin n'est à Nanterre qu'à 11 heures et demie.
Les troupes de la colonne du centre éprouvant aussi les plus grandes difficultés , n'arrivèrent successivement à la Pouilleuse qu'entre 7 heures et demie et 9 heures.
Longtemps arrêtée au rond-point de Courbevoie par la division de Beaufort, la tête de colonne avait pu seulement se mettre en marche vers 5 heures et demie , mais la barricade des Bergères , en obstruant presque complètement la route , rendait le défilé des troupes extrêmement lent.
Sur l'avenue de Courbevoie l'encombrement était inextricable : le long des bas-côtés cheminait ou stationnait de rinfanterie, la chaussée était tout entière couverte d'artillerie, les régiments de garde nationale ayant passé la nuit au bivouac sur l'avenue se mettaient en marche comme et quand ils voulaient; ces gardes nationaux perdus dans l'obscurité, allant au hasard, augmentaient encore la confusion, le désordre et entravaient tout mouvement de cette immense colonne, formée des brigades Fournès, Colonieu, Valentin, de l'artillerie du centre et de celle de gauche.
La colonne du
centre
éprouve
les mêmes difficultés,
les mêmes embarras
que la colonne de droite.
De l'autre côté de la Seine, le désordre n'élail pas moins grand. Le débouché du pont de NeuîUy étant fermé par une barricade, dont l'ouverture ne donnait acoéa qu'à deux ou trois hommes de front ou à une voiture , le passage se faisait avec une lenteur désespérante.
Tout le pont était littéralement couvert par une foule d'hommes à pied, à cheval, ne formant qu'un seul bloc... les abords, les rues environnantes étaient remplis de voitures , de chevaux , de fantassins, s'avançant en une masse compacte, impénétrable.
Sur l'avenue de Neuilly, de nombreuses troupes stationnaient, attendant l'arme au pied le moment de passer la Seine ; la plupart des gardes nationaux, débandés, emportaient d'assaut les restaurants, les cabarets.
Au milieu de ces masses débouche au grand galop une longue file de voitures pavoisées de drapeaux, d'écriteaux de toutes grandeurs, de tous genres ; conduits par les ambulanciers des diverses corporations et sociétés, ces véhicules rivalisent de vitesse, cherchent à se dépasser les uns les autres; le général Hanrion, qui attendait sur l'avenue depuis 5 heures et demie sans pouvoir prendre rang, se voit obligé d'employer la force pour arrêter cetle avalanche.
C'est au milieu de toute cette cohue que le général Trochu arrive en voiture; au pont de Neuilly, il a toutes les peines du monde à se frayer un passage , et ne peut arriver a temps au Mont-Valérien pour retarder le signal du combat, comme il en avait la volonté. Colonne Quaut à l'infanterie de la colonne de gauche , toute
de gauche, p^pj^e d'avauco à Puteaux ou au rond-point de Courbevoie» elle put arriver à l'heure à son rendez -vous, mais il n'en fut pas de même de son artillerie qui , massée
des colonnes.
sur revenue de Courbevoie , dut attendre tout le défilé de la colonne du centre, alors Cependant qu'elle avait une voie libre et plus courte par Puteaux et Suresnes ; cette route Teût amenée de très-bonne heure sur le terrain, tandis qu'elle n'y parut qu'entre 10 et 11 heures. • .
Les causes de ces désordres , de ces confusions , de Exposé ces retards , de ces arrêts dans la marche des colonnes • on' daerminé que nous venons de signaler sont multiples. dans la marciie
La plus immédiate, c'est le manque de direction donnée à la marche des troupes.
Toutes les dispositions relatives à la marche d'une armée se résument en deUx parties bien distinctes : 1** Organisation des colonnes ; 2* Rédaction des ordres de marche.
Inorganisation des colonnes, c'est le fractionnement de plusieurs groupes d'une armée , groupes qui peuvent être subdivisés, chaque subdivision étant elle-même partagée en avant-garde, en gros, etc
Dans les ordres de marche, le général en chef indique la route à suivre par les colonnes de chaque corps d'armée, les heures de départ, de manière que les colonnes soient liées les unes aux autres, ttiâis sans se gêner dans leurs mouvements.
Ces ordres de marche donnent également à Chaque commandant de colonne la direction des colonnes à droite et à gaUche , les routes suivies par elles et les chemins transversaux par lesquels devra se faire la liaison entre les colonnes : « De manière, dit le général « de Guibert , que l'armée , partagée en plusieurs co-
< lonnes, suivant des chemins différents , arrive sur la
< même direction ou sur le même objet... > Aucune trace d*ordres semblables n'existe dans les
instructions rédigées par le chef d'état-major général du Gouverneur Il est simplement dit : « Là colonne de
« gauche se masser /i en arrière de la Briqueterie.. r,.* « La colonne du centre sera massée entre le Mont-
€ Valérien et la ferme de la Fouilleuse » € La co-
€ lonne de droite se massera entre les Gibets et la . € maison Crocbard. »
Quant aux itinéraire o à suivre pour arriver à ces points, il n'en a été donné aucun. Les commandants de colonne durent donc, à la hâte, dresser des itinéraires pour les troupes directement sous leurs ordres , sans avoir le temps matériel de se les communiquer, de sorte.que les mouvements de colonne, au lieu d'être réglés et coordonnés, manquèrent complètement d'ensemble, « ensemble qui ne peut être obtenu que si le « chef d'état-major général règle lui-même les conditions « générales de la marche de chaque fraction principale « de l'armée (1) »
Mais la cause primordiale de ce défaut, de ce manque •d'ordres précis, exact, doit remonter aux membres du Gouvernement de la Défense, et, en particulier, à M.Jules Favre qui, par son insistance coupable, hâta tellement le jour du combat, qu'il fut très-difficile aux différents services de régler les conditions générales de la marche de l'armée
En faisant avancer de quarante-huit heures le jour de la bataille, M. Jules Favre empêcha la rédaction des ordres, la régularité dans leur transmission, et amena iinalement un retard de deux ou trois heures suivant les distances.
Inutile emploi Enfin, pour douner satisfaction à l'opinion publique cheminrde fer. demandant qu'on employât les chemins de fer au transport des troupes, on avait tenu, le général Schmitz particulièrement , et malgré toutes les observations du
(1) Marches et combats.
général Ducrot, à faire arriver par chemin de fer au moins une partie des colonnes. Or, le pont du chemin de fer d'Âsnières étant le seul point de passage de la Seine pour les troupes de la colonne de droite, un côté dut servir au passage des trains, Tautre fut réservé aux voitures, aux troupes d'infanterie.
La division Courty et la brigade de la Marieuse embarquées de bonne heure franchirent le pont dans la soirée du 18 et arrivèrent entre 9 heures et 11 heures à Puteaux et à la station de Courbevoie.
Il n'en fut pas de même pour la brigade Lespiau (2" de la division Faron) ; embarquée entre 11 heures et minuit à la gare de Pantin , elle éprouva de longs retards et les difTérents trains qui amenaient ses bataillons franchirent le pont entre 3 heures et 5 heures du matin , précisément au moment de la mise en route de la division de Susbielle, et d'une portion de l'artillerie de l'aile droite. La circulation de ces trains sur le pont d'Asnières amena , nous l'avons vu , des désordres , des accidents qui augmentèrent encore les retards.
Qui empêchait, comme le proposait le général Ducrot, de masser le 18, à la nuit, toute la colonne de droite dans la plaine de Genncvilliers? Passant la Seine librement à Asnières , ces troupes, après s'être reposées quelques heures , se seraient rendues sans encombre et à l'heure fixée aux différents points assignés.
Cette combinaison ne fut admise que pour une partie de la colonne ; le reste ayant a exécuter le passage du fleuve dans les conditions que nous venons d'exposer, devait nécessairement éprouver les plus extrêmes embarras.
En résumé, les retards qui se produisirent dans cette journée tiennent principalement :
l*» A l'influence fatale de M. Jules Favre qui, ne
iù% DÉFENSE DE PARIS.
voyant la chose qu'au point de vue des subsistances de la capitale et ue se rendant pas compte des difficultés, fit avancer de quarante-huit heures le moment de Topération ;
2* Au manque d'ordres de marches pour les différentes colonnes ;
a** Au désir de satisfaire l'opinion publique par l'emploi du chemin de fer pour le transport à courte distance d'une partie des troupes.