‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 18 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

Positions à 10 heures.

couvert dans le parc...; cinq sapeurs sont blessés... Néanmoins le lieutenant auxiliaire Giblain , avec les quelques hommes qui lui reslenf, pousse activement le travail et parvient à l'achever.

Aussitôt rentré dans le parc, le capitaine Goville reçoit Tordre de se porter sur la gauche pour tenter un nouvel effort du côté de la ferme de Graon... Sous les yeux du colonel Golonieu, le capitaine' du génie fait ouvrir à la pioche une brèche en R dans la partie de la muraille du parc défilée de la barricade A, avec Tidée d'en ouvrir une seconde dans le mur qui précède la cour de la ferme... ; mais les tirailleurs français et allemands, seulement à quelques mètres les uns des autres, font un feu très-vif; les balles frappant, ricochant sur la muraille, en rendent l'approche impossible : on est forcé de s'arrêter.

Du côté de la maison Graon , comme du côté de la Bergerie, on se heurtait donc à des tranchées, à des murailles crénelées , garnies de feux , contre lesquelles on ne pouvait rien sans artillerie... Gependant, nous tenions toujours sur les premières positions conquises.

Dans Saint-Gloud, nous étions, de même, solidement établis, et malgré plusieurs compagnies du régiment n** 58, venues renforcer les chasseurs, l'ennemi n'avait pu nous déloger de notre ligne de défense , s'étendant de la gare à la Seine ; il ne parvenait pas davantage à nous chasser de la villa Zimmermann, menacée à la fois par le chemin de fer et la rue Impériale.

En résumé , à gauche comme au centre , nous avions réussi à chasser les premiers postes avancés de l'ennemi... Nous occupions une partie de Saint-Gloud, Montretout ; nous tenions la crête de la redoute, la maison du Guré; puis notre ligne se prolongeait par le pla-

teau 155 et le mut* sud de Buzenval (1). Toute cette zone était solidement occupée par la division de Beaufort, de la colonne de gauche, et les brigades Fournés, Colonieu, Valentin, de la colonne du centre ; les réserves en arrière et le long de la route de l'Empereur, de manière à être défilées par le versant nord du coteau de Montretout, des feux du parc de Saint-Gloud . . . Sans être maîtres de la véritable première ligne de défense des Allemands (2), nous étions cependant dans des conditions relativement favorables ; le général Trochu, qui suivait la bataille du haut du Mont- Valérien , télégraphiait au Gouvernement de la Défense : c Nous somc mes maîtres do la redoute de Montretout et maisons « annexes, du plateau 155, du château et des hauteurs < de Buzenval ; Bellemare marche sur la maison Craon. c Tout va très-bien jusqu'à présent. »

Le général Ducrot , qui avait prévu tous les retards lo heures qu'éprouveraient ses colonnes, qui en avait vainement lm

signalé les dangers , attendait avec une vive impatience de

l'arrivée de ses troupes ; de grand matin à la position an-ivem. de rendez- vous, il utilise les heures qui s'écoulent en mettant en position presque toute son artillerie, arrivée, ainsi que nous l'avons vu plus haut, bien avant les colonnes d'infanterie : des batteries sont établies sur le plateau de la maison Brûlée, au-dessus de la Malmaison et au delà de la maison Crochard.

Enfin, vers 9 heures et demie, le général voit arriver la tète de la â* brigade de la division Berthaut débouchant , le colonel de Miribel en tôte , sur le plateau du

(1) Voir croquis n® 10.

(2) Nous avous vu que cette ligne, suivant le mur du parc, venait par le village de Garches rejoindre la maison Craon, la Bergerie, etc.

Brifpde de Miribel.

Emplacements d'artillerie.

Pignon.... Aussitôt ces troupes prennent leurs positions de combat (1).

Le bataillon de francs-fireursse déploie sur le plateau face à Long-Boyau, un bataillon de la Seine-Inférieure occupe le haut du parc de la Malmaison et le terrain environnant , les autres bataillons de Seine-Inférieure et du Loiret s'établissent sur les pentes qui descendent vers le parc Masséna. Quant au 8* régiment de garde nationale « qui se dit fatigué », il est laissé plus en arrière dans le parc de Bois-Préau et Rueil pour couvrir notre droite, position qu'il gardera jusqu'à l'arrivée de la division de Susbielle.

Brigade Bocher. La brigade du général Bocher, à mesure que ses bataillons débouchent, se porte également sur ses positions à gauche de la maison Crochard.

En même temps , les emplacements d'artillerie sont complétés ; deux sections de mitrailleuses établies sur le plateau deMonte-Maria, commandant tous les débouchés de la Malmaison et la route de Cherbourg , appuient la droite de la division Berthaut. Plus en arrière deux batteries de 7 sont placées contre les épaulements de la maison Brûlée ; elles canonnent immédiatement la porte de Long-Boyau (2), les bois de Saint -Cucufa, afm de préparer l'attaque de ce côté. A leur droite, les deux batteries de 12 établies sur le plateau des Gibets joignent leurs feux à ceux de la redoute qui a pour objectif Chaton et Carrières-Saint-Denis, où commencent à se montrer des fractions du 4* corps allemand. Forces Sur lo frout et sur le flanc droit de la colonne de droite,

de l'ennemi occupait à ce moment le bois de la Jonchère, le

Tennemi t t^

au m^omeni Loug-Boyau, la Malmaisou et le ravin de Saint-Cucufa.

rentrée en ligne

de — ■

la colonne

de (1) Voir croquis n* 8, page 413.

droite.

(2) Ou a Pavillon de Chasse »♦

D'après une relation allemande, « les avant-postes de la € 10* division allemande, ainsi que les réserves spécia- « les mises en alerte avant 9 heures , avaient pris .les « emplacements suivants : Le 2* bataillon du régiment

< n"" 50 tenait la position des avant-postes de la section I « se reliant à la 9* division; les 6* et T compagnies « occupaient le mur antérieur prés du Pavillon de € Chasse; la 5* compagnie, les tranchées près de la « Jonchère; les 8* et 10" compagnies et la 10* compat gnie de fusiliers n** 37 en soutien près de Gucufa; « les 9* et 12* compagnies du régiment n** 50 de la « réserve spéciale se dirigeaient comme renfort au

« Pavillon de Chasse ; le 2* bataillon du régiment de . € fusiliers n* 37 tenait les avant-postes de la section II c de la Jonchère à la Seine; la 2" compagnie de ce € régiment occupait la 3* ligne de barricades à Bougic val , la 4* compagnie renforçait la garnison de la Jon- « chère .... La réserve spéciale réunie derrière les € retranchements sur le plateau de la Celle-Saint-Gloud c était forte de un bataillon et de la 2* compagnie du « régiment n* 50 et des 1", 9% 11* et 12' compagnies du « régiment de fusiliers n* 37 , la 5* batterie lourde et la € 5* compagnie légère de Tartillerie divisionnaire étaient

< dans les emplacements ménagés sur le plateau de t Saint-Michel pour balayet* l'espace entre la Seine et « Rueil (1). »

Sans attendre que la division Berthaut soit tout en- jo heures 1/2. tière rassemblée, le général Ducrot réunit ce qu'il trouve Le 120- 7e lime,

léte de la

sous sa main Dirigeant lui-même le 120* de ligne brigade Bocher.

est porté

(brigade Bocher), il le fait entrer dans le parc de Buzen- «lan» ]« pwc val afin de soutenir la brigade Valentin qui poursuivait Buzenvai.

(1) Opérations du V« corps prussien, par Stielcr von Heydekanipf, capitaine de l'éial-major du V« corps.

Attaque géoërale

ses efforts contre le mur de Long-Boyau (1) ; en même temps les francs-tireurs de la division, sous les ordres du commandant de Parseval, menacent directement le Pavillon par le plateau (2).

Après avoir franchi, une des brèches pratiquées dès le matin, à l'ouest du château, le 1*' bataillon du lâO" se forme en colonne double et marche au pas de charge sur le mur de Long-Boyau. Â sa gauche s'avance la réserve du général Valentin (HO* d'infanterie et 18* régiment do garde nationale), entrée dans le parc pour prendre part a l'action générale.

Devant cette énergique offensive, les tirailleurs allede "Long-S)yla. ^^^^s qui garnissaient les abords du Pavillon de Chasse,

dans l'angle nord du parc de Buzenval , se retirent précipitamment derrière le mur de Long-Boyau

D'un seul élan , nous arrivons à quelques mètres de cet obstacle, quand tout à coup part des créneaux un feu roulant... La ligne s'arrête, hésite... recule en désordre; en vain quelques braves officiers cherchent à maintenir, à ramener leurs hommes, ... ils ne peuvent s'en rendre maîtres, et nous nous replions jusqu'au chemin creux.

Dans cet assaut est tué le capitaine Maurice de Laumière du IIO* de ligne : Cité à l'ordre du jour de l'armée pour sa brillante conduite dans les combats du 30 septembre et du 29 novembre, ce jeune officier, après la tentative infructueuse de sa brigade, rassemblait ses hommes, quand il apprend que son chef de bataillon est resté blessé auprès du mur de Buzenval .... il retourne

(1) Le 1" bataillon du 119« suit le 120« ; les deux autres bataillons du 119* restent par ordre à la garde de l'artillerie.

(2) D'après les instructions, le bataillon du commandant de Parseval devait surprendre la porte de Long-Boyau, ol s'avancer par le bois eu longeant la berge Est du ravin de Saint-Gucufa, pour aborder le plateau de lu CeUu-Sainl-Cloud ; mais à 10 heures, ronncmi était partout en pos^ition, et il n'y avait plus de surprise possible.

sur ses pas... malgré une gréle de balles, il parvient jusqu'au commanciant Bernard. . . . comme il le relevait, il tombe frappé à mort, victime de son dévouement (1) !

Pour précipiter notre mouvement de recul, l'ennemi avait lancé à notre suite la 9^ compagnie et un peloton de la 12* compagnie d'infanterie n"" 57; mais cette troupe est repoussée et elle se- contente de revenir prendre position dans le rentrant PMO, de manière à flanquer le mur de Long-Boyau dans toute sa longueur.

L'attaque de front n'est pas plus heureuse, les essaims de tirailleurs du commandant de Parseval, arrivés à 300 pas du Pavillon, sont accueillis par un feu violent de mousqueterie qui les rejette en arrière en leur faisant éprouver de grandes pertes.

Au moment où les troupes du général Ducrot arri- situation ,

'^ ^ au momdiif ou

valent en ligne, l'action était des plus chaudes. .. .Sur colonne Se droite tout le front, depuis Saint-Cloud jusqu'à la Bergerie, «n «?îion. l'horizon était en feu...; les réserves de Tennemi accouraient sur tous les points et ses batteries d'avantpostes entraient énergiquement dans la lutte, la 1"" batterie lourde à son emplacement de la Porte-Jaune, la 2* légère à l'hospice Brezin; d'autres batteries garnissaient

(1) Le corps du capitaine Maurice de Laumière, percé de 10 balles» dont l'une avait traversé le cœur, demeura sur le champ de bataille depuis le jeudi 19 jusqu'au dimanche suivant. .. Ce jeune officier fut universellement regretté de Tannée où il s'était fait une réputation de bravoure chevaleresquo.

A l'Hay, le 30 septembre, ses soldats hésitaient à se jeter sur le parc Chevreul, d'où partait un feu terrible... « Ma peau vaut bien la vôtre, leur crie-t-il; suivez-moi 1 » 11 en entraîne une cinquantaine, et se précipite dans l'enclos. Accueillis par un feu à bout portant, les hommes reculent... Le lieutenant de Laumière, resté presque seul, est entouré... il tue un Prussien, s'ouvre un passage, et, ses habits criblés, regagne la tranchée. — Au 29 novembre, pendant la retraite, ayant entendu les plaintes d'un sergent tombé blessé dans un fossé, il revient en arricro, relève, soutient ce malheureux qui ne pouvait marcher, et le ramène lentement, sous le feu le plus vif. ~ Le i{ décembre, le lieutenant de Laumière était nommé capitaine.

10 hearaa 1/2.

les ouvrages du haras Lupin. . . Le général von Bothmer, commandant les avant-postes de la 9* division, faisait arriver en toute hâte les 9^ et là'' compagnies du régiment n" 59 dans le parc de Saint-Cloud et demandait du renfort au général commandant la 21* division, lequel lui envoyait le 2* bataillon du régiment n** 88(1).

 Saint-Cloud, le combat continuait dans les rues de la ville; les 1", 6*, 12* et 4" compagnies du n*" 58 parvenaient à nous enlever la gare et le tunnel.

Sur la crête au-dessus de Garches, depuis la Bergerie jusqu'au Haras, deux bataillons ennemis couronnaient la hauteur, et Ton voyait tout le reste de la 9" division accourir du plateau de Jardy, de Vaucresson, pour renforcer les points faibles de la ligne de bataille. Retard Dovaut co redoublement d'efforts, nous ne pouvions

des colonnes de plus riou toutor saus le socours de notre artillerie. . . A

J [anche u centre; Tailo droito, k plupart des batteries du général Ducrot

u6 ce coie,

'*'** MUTeiiT "* étaient déjà en position; mais à la gauche, Tartillerie

se porter sur n'avait pas oncoro paru, et le général Vinoy ne pouvait

gne de combat, gxécuter Tordro du Gouverneur, lui prescrivant d'armer

la redoute de Montretout et de couvrir de batteries la

croupe du coteau jusqu'à la maison du Curé, de manière

à inonder de feux tout le bassin de Garches (2).

(1) Voir croquis n« 11.

(2) Général Trocbu à général Vinoy.

Mont-Valôrien, 19 janvier, 10 heures du matin.

Vous tenez la redoute de Montretout, le point 112, le plateau 155; le château et la hauteur de Buzenval sont occupés par Bellemare, qui t&ii attaquer la maison Craon.

Le moment me paraît venu de porter notre artillerie sur le plateau en a\ant de Montretout, comme il a été convenu, pour tirer sur tout le bassia de Garches; elle pouira même s'établir jusqu'au plateau 155, si Tar- Ullerie de Bellcmaro, qu'il faudra consulter à ce sujet, n'y est pas arrivéc. Elle est encore à la Fouillcuse.

Signé : Général Troguu.

'ra»« ch*^JJI£aftùuii.23r,

^4foo m^ére^

L*artillerîe de la colonne de gauche s'était, ainsi que nous l'avons vu, engagée sur l'avenue de Gourbevoie au lieu de prendre la route de Ptiteaux et de Suresnes, beaucoup plus courte; dans cette avenue elle dut attendre le long défilé qui ne dura pas moins de deux heures, et vers les onze heures seulement, elle atteignait la briqueterie du Carrefour du Roi (1).

L'artillerie de la colonne de Bellemare éprouvait également un retard considérable... Arrivée au rondpoint des Bergères, elle avait dû s'engager dans le petit chemin d'Hérode qui contourne le Mont-Valérien ; cette voie déjà défoncée, en mauvais état, était devenue presque impraticable par suite du dégel et de la pluie...

Cependant les batteries du centre finissent par déboucher. Aussitôt le général veut les porter en avant pour garnir la crête de Montretout, mais les lourdes pièces de 7, de 12, ne peuvent gravir les pentes du coteau ; le terrain boueux, glissant, rend inutiles tous les efforts des chevaux affaiblis par la privation de leur nourriture habituelle... Pièces et caissons s'embourbent sans pouvoir avancer. Devant ces difficultés, le général de Bellemare ramène ses batteries en arrière et les établit près de la ferme de la Pouilleuse, où elles ne peuvent que tirer au jugé sur les batteries et réserves ennemies. De cette position, l'artillerie du centre pouvait, à la rigueur, protéger une retraite dans le cas où l'ennemi nous délogerait du plateau de la Bergerie,

11) « Ce défilé interminable s'accomplissait au moment même où l'armement de la redoute était encore possible ; quand il fut terminé, l'occasion favorable était perdue pow nous, car vers midi i'eunemi ouvrit un feu des plus violents, qui nous interdit d'utiliser efficacement, faute de pièces installées pour répondre, l'ouvrage si important que nous avions pu reprendre. »

(Opérations de la troisième armée, Siège de Paris, par le général Vînoy.)

mais elle ne pouvait nous être d'aucun secours dans l'offensive.

11 heures. Pendant qu'au centre et a l'aile gauche, la lutte était, Action énergique pouF aiusi diro, stationnairo, faute d'artillerie, la colonne

de

raiie droite, do droite, qui avait à sa disposition presque toutes ses batteries, s'engageait, au fur et à mesure de l'arrivée des troupes, avec la plus vive énergie. . .

En même temps que les 3* et 1*' bataillons du 120*, et le 1*' bataillon du 119* (brigade Bocher) continuent le feu contre les défenseurs du mur de Long-Boyau, le 2* bataillon du 119*, marchant avec les troupes du gé* néral Valentin, se dirige sur le plateau de la Bergerie, où la lutte continuait à être des plus chaudes.

Les brigades Valentin et Bocher formaient donc comme une vaste courbe face à la Bergerie et au mur de Long-Boyau. . . Avant tout, il fallait briser ce dernier obstacle qui arrêtait tous nos progrès, limitait notre action et empêchait de tourner le plateau de la Bergerie que la brigade Colonieu cherchait vainement à aborder de front.

11 heures. ^ Tarrivéo du 119*, toute la brigade Bocher s'élance Nuuvpii7auaque de uouveau contre ce mur infranchissable. . . Parvenue de Long-Boyau, à 200 pas, ello est reçue par une grêle de balles venant

des créneaux ... les plus braves sont frappés . . . parmi eux tombe héroïquement Gustave Lambert, le célèbre et savant ingénieur maritime, qui, au moment où la guerre avait éclaté, se préparait à partir pour son expédition du pôle Nord (1).

Encore une fois notre ligne se replie et cède le terrain qu'elle avait un instant conquis.

(1) Omcinr de la garde nationale au début de la guerre, Gustave Lambert préféra s^ervir comme simple soldat dans la ligne. Engagé au 119*, il élail sergent le 19 janvier.

Pendant ce temps, tout le reste de la colonne de droite routas

les troupes

débouchait sur le champ de bataille. . . Etablie sur le , <i« i«, .

*^ colonne de droite

plateau de la Malmaison, la brigade de Miribel prend sur^t^cham^^de ses dispositions d'attaque... bat*iuo.

Plus à droite, la division de Susbielle arrivait en toute hâte (10 h. 1/2) ; le général Lecomte (117% 118% 23* régiment de garde nationale), chargé, avec la 2* brigade, de former Textréme droite de la ligne de bataille, s^établit près de la station de Rueil où une batterie de 12 et deux mitrailleuses tirent sur Chatou et ses abords...; le l*' bataillon du 117* occupe, face à TOuest, les maisons qui bordent le chemin du village à la gare ; le 2* bataillon en soutien d'artillerie à la station ; le 3' bataillon s'établit dans une tranchée naturelle, non loin du chemin de fer, avec le 23* régiment de garde nationale.

Le 118* est en réserve derrière Rueil.

La 1~ brigade de la division (général Ragon) est éta« blie dans le village de Rueil, le 115* occupe les maisons et parcs à droite* à gauche de la route de Bougival. • . Le 116* remplace, dans le parc de Bois-Préau, le 8* régiment de garde nationale de la brigade de Miribel, et pousse ses tirailleurs jusqu'au mur de la Malmaison, couvrant ainsi la section de mitrailleuses du Monte-Maria. Le 53* reste en réserve dans le village.

La division Faron atteignait également ses positions : le 35*, sur le plateau de la maison Crochard, ayant a sa gauche le régiment de Seine-et-Oise et le 19* régiment de garde nationale, le 42* sur les pentes au-dessous de la maison Crochard, près du parc Masséna; derrière cette brigade La Marieuse, la brigade Lespiau aux abords de la caserne.

Cette division, formant réserve, était prête à appuyer la division Berthaut qui allait entrer tout entière en ligne.

Midi et demi.

Entrée en ligne

de

la brigade

de

Miribel.

Les Allemands

envoient de nouveaux

renforts

pour soutenir

la

nouvelle attaque

de la colonne de droite

Le général Ducrot ayant toutes ses troupes sous la main, bien protégé sur sa droite par la division Susbielle, veut briser coûte que coûte Tobstacle qui arrête tous ses mouvements : il donne Tordre au général Tripier d'employer la sape et la dynamite pour renverser le mur de Long-Boyau. En même temps, il fait placer deux batteries de 12 sur le plateau de la Malmaiscm, près de la carrière, afin d'écraser de feux le Pavillon du Garde et ses abords; cette position, criblée de boulets, la brigade de Miribel l'enlèvera d'assaut, pendant que la brigade Bocher fera un nouvel effort sur le mur par la partie supérieure du parc.

Voulant concentrer la plus grande partie de ses moyens d'action sur ce point si important du champ de bataille, le général commandant l'aile droite donne Tordre au général Faron de faire avancer le 35* de ligne et le 19* régiment de garde nationale. Lo 2* bataillon du 35* se dirige vers le haut du parc ; les 3* et l*', d'abord en réserve, près du château de Buzenval, entreront successivement en ligne si besoin est... Le 19* régiment de garde nationale marchera vers la droite, du côté de la porte de Long-Boyau. . .

Le général von Kirchbach, commandant le V* corps, ayant vu, de l'observatoire de la 10* division (1), que nous préparions une nouvelle attaque sur Long-Boyau, ordonne de renforcer la position. En conséquence, le général-major von Monbary, comipandant la brigade d'avant-poste, envoie sur le Pavillon, d'abord les 1'* et 2* compagnies du régiment n* 50, puis les 1", 9*, 11* et 12* du régiment n^ 37.

Le lieutenant-colonel von Sperling, qui dirigeait Tac-

(1) Villa Girard, dans le bois Béranger (près la Cell^Saint-Cloud), bien défilée par les arbres, d'où l'on pouvait découvrir lo terrain au sud du Mont-ValérioD, et au nord jusqu'à Colombes.

tionde ce côté, prend aussitôt le%l'* et 2* compagnies du régiment n" 50 pour soutenir les 9* et 12* compagnies du même régiment, tandis que les 1'* et W compagnies du régiment n° 37 ont l'ordre de couvrir le flanc droit jusqu'à la grande ligne d'abatis de la 9* division.

Les 9*, 11* et 12* compagnies du régiment de fusiliers n' 37 renforcent l'aile gauche dans la position du Pavillon du Garde.

« Sous un feu d'enfer, » le général Tripier jette contre Mon héroïque

du

le mur une brigade de 10 sapeurs et d'un sergent com- lieutenant Beau mandée par le lieutenant Joseph Beau, pour faire et de

* * ^ ses 10 sapeurs.

sauter le mur de Long-Boyau avec la dynamite (1). Des 10 hommes et de l'officier, aucun ne survit; tous, victimes de leur héroïsme, sont foudroyés avant d'arriver au pied de la muraille. . • seul, le sergent, atteint de trois blessures mortelles, parvient à traîner son corps sanglant jusqu'à nous. . .

Cependant toute la ligne de tirailleurs dirige contre la muraille un feu très-vif... nos deux batteries de 12, placées a 400 ou 500 mètres de la porte de Long-Boyau, criblent d'obus le Pavillon du Garde, point d'appui principal de la muraille infranchissable... crénelée, barricadée, cette maison était renforcée en arriére par un blockhaus et des tranchées-abris...; « L'ennemi, dit la relation alle- « mande, fit précéder son attaque d'un feu roulant d'ar- « tillerie et de mitrailleuses, une partie des obus vint « tomber dans le pavillon, une autre partie renversa les « murs à côté et fit éprouver des pertes sensibles aux « défenseurs. »

Malheureusement le canon ne pouvait rien contre le blockhaus et les tranchées derrière lesquels s'abritaient

(1) Voir croquis n» 12.

i«6 DÉFENSE DE PARIS.

de nombreux tiraillei:f(s .sans cesse renforcés par des troupes fraîches.

Néanmoins, le colonel de Miribel veut en fmir... sous son énergique impulsion, sa brigade s'élance avec impétuosité contre le Pavillon du Garde.

Le commandant de Parseval marche en tête des francstireurs de la division Berthaut ; le colonel de Monbrison et le lieutenant-colonel Fressinet de Bellanger entraînent les 3* et 4* bataillons du régiment des mobiles du Loiret ; des groupes de soldats de la ligne, de gardes nationaux, de mobiles s'associent à ce généreux effort, et ces braves gens arrivent pêle-mêle à quelques pas du fatal obstacle . . . Les plus intrépides sont foudroyés par la terrible fusillade partant des tranchées, du blockhaus, de la muraille. . . le gros de la troupe s*arrête, et bientôt recule encore une fois.

Les gardes nationaux qui viennent en seconde ligne, affolés, terrifiés, courent à droite et à gauche, tirent dans tous les sens et font de nombreuses victimes dans nos propres rangs.

Pendant ce terrible assaut, Théroïque colonel de Monbrison tombe à quelques pas d'un sous-offlcîer allemand, près duquel il reste longtemps couché, entre les deux lignes ennemies ; l'intrépide Fressinet, qui semble chercher la mort, a son cheval tué au plus fort de la lutte, à peine relevé, tout meurtri, il s'élance de nouveau en avant; le colonel de Rochebrune, du 19* de garde nationale, tombe également au premier rang (1).

Brisés, rompus, les régiments des brigades de Miribel

(1) Le colonel de Hochebrune fut probablement tué par un des gardes nationaux qui tiraient au hasard, sans se préoccuper de ce qui était devant eux; le projectile l'avait frappé dans les reins, et fut retrouvé entre les vêtements et la poitrine; c'était une balle de fusil à tabatière (arme des gardes nationaux).

et Bocher viennent s'abriter derrière le chemin creux d'où ils étaient partis (1).

Ces attaques répétées, infructueuses, avaient amené parmi les combattants la plus épouvantable confusion. Les brigades, les régiments, les compagnies étaient mélangés pêle-mêle. Nombre de gardes nationaux s'en allaient par groupes sous prétexte qu'ils n'avaient plus de cartouches, qu'ils étaient blessés, etc. 11 fallut tous les efforts, toute l'énergie des généraux, des officiers, pour empêcher que la débandade ne gagnât les troupes de ligne et celles de la mobile, fatiguées* découragées, elles aussi, par tant d'efforts meurtriers ...

Pendant que l'aile droite s'acharnait contre le mur de immobilité

» de

Long-Boyau, la lutte à gauche et au centre, depuis raiie gauche

Saint- Cloud jusqu'à la Bergerie, se poursuivait sans du centre

avantage ni d'un côté ni de l'autre. Faute d'artillerie, "' K^lnçe/'^'''

nous étions réduits, malgré notre grande supériorité nu- **"'' aniiiene. mérique, à rester sur nos positions; encore avions-nous

beaucoup de peine à nous y maintenir sous le feu écrasant de l'ennemi, dont les batteries semblaient se multiplier d'instant en instant.

c Vers les 10 heures , le général von Sandrard, com- r&rtnierie c mandant la 9* division , fait avancer deux batteries «e montre lur

' tou»

« divisionnaires : 2* lourde et l** légère; elles sont les pointa. « dirigées l'une sur le parc de Saint-Cloud, l'autre sur « le Haras. . .; les deux batteries lourdes dans le parc « de Saint-Cloud et la 1" légère à l'hospice Brezin, < tirent à 2,300 et 2,700 pas sur la redoute de Montretout

(1) « Avant de s* ébranler, rennomi fil relever ses tirailleurs « pui» il s*avança en plusieurs fortes colonnes, précédé de sa nouvelle ligne de tirailleurs. Son infanterie s'approcha jusqu'à deux cents pas ; la violenta fusillade des défenseurs arrêta néanmoins ses progrès, après lui avoir fait subir des pertes considérables. Après de vains efTorts faits par le» officiers pour arrêter la retraite, l'ennemi dut amener des troupes fraîches ». (Von Stieler, Relation allmnandBé)

« qu'elles découvraient fort bien. Bientôt le feu de la € 2* batterie légère de l'hospice Brezin est doublé par « la 3* batterie légère, et la 4* batterie lourde est dirigée a sur le parc de Saint-Cloud, afin de permettre à la < S^ lourde et à la 3' légère d'agir contre le^ hauteurs € de Garches, et à la 1" légère contre le bois de Bu- € zen val (1). »

Inutilité Quant à nous , malgré plusieurs tentatives réitérées ,

des batteries , i. ». • » •» • • »^ i

placées aucune de nos batteries n avait pu arriver lusqu a la

à la Fouillense. ^ . , , f , , , .

crête. Sur ce terrain en pente, défoncé par la pluie, nos grosses pièces de 7 et de 12 s'embourbaient profondément ou glissaient jusqu'en bas, entraînant hommes et chevaux.

Les batteries que le général de Bellemare avait fait établir à la Pouilleuse ne pouvaient absolument rien contre les nombreuses pièces ennemies qui, balayant de projectiles toute la ligne de Montretout à la Bergerie, rendaient la situation de nos troupes de plus en plus difficile, particulièrement sur l'étroit plateau 155. Le général L'actiou Semblait donc être arrêtée : le général de

Trochu .

envoie l'ordre BoUemare qui avait engagé tout son monde : brigade

^^de'îrêter^^ Foumès, brigade Colonieu, brigade Valentin, qui avait

*°" géS[^ *** son artillerie comme immobilisée au bas du plateau , ne

de Bellemare. pQ^yait phis riou. Prévonu do sa situation, le général

Trochu ordonnait au général Vinoy de lui donner à

tout prix son concours.

« Gouverneur à général Vinoy.

a Mont-Yalérien^ 19 janvier, 1 heure.

< Appuyez énergiquement le général Bellemare avec

(1) Opérations du V* corps prussien.

c votre canon partout où il peut se développer et avec < une partie de vos effectifs ; le général Ducrot qui est c à la droite avec peu de monde souffre beaucoup. Si « vous aidez Bellemare, Bellemare pourra aider Ducrot. »

Mais la situation du général Vinoy ne laissait pas que d^être assez critique ; pas plus que le général de Bellemare, il ne pouvait parvenir à faire monter son artillerie sur le plateau. — Montretout et ses abords n'étaient pas moins en butte aux coups incessants de Tennemi que les positions de la colonne du centre.

Dans la redoute, la position devenait de plus en plus difficile, les Prussiens la couvraient d'obus. Les projectiles se succédaient sans relâche, projetant partout des éclats de fer et de pierre... Soldats de la ligne, francstireurs, gardes nationaux, dans la boue jusqu'à mijambes, étaient tapis contre le talus ou réfugiés dans les casemates, personne ne faisait plus le coup de feu.

Du reste, on n'apercevait pas de Prussiens ; eux, au contraire, embusqués dans les maisons voisines, tiraient derrière les volets des fenêtres aussitôt qu'une tête émergeait du parapet.

Le général Vinoy s'étant porté à la redoute, donne Le commandant Tordre d'y faire arriver, coûte que coûte, de l'artillerie de lîoidrey

- , 1 11 • parvient

pour essayer de répondre au feu écrasant de 1 ennemi . à faire arriver

• .4 pièces

Quatre pièces dirigées par le chef d'escadron d'artillerie prèsde laredouie Tardif de Moidrey parviennent à force d'efforts surhumains à gravir la pente. Arrivée près do la redoute, la première glisse et culbute dans le fossé, deux autres s'embourbent jusqu'au moyeu ... ; impossible de les faire démarrer. . . on attelle plusieurs chevaux de renfort à la quatrième. . . ; comme elle se mettait en batterie à l'ouest de la redoute. . . tombent trois ou quatre projectiles qui éclatent en plein attelage. . . deux chevaux sont tués. . . Après avoir été obligé de faire dételer deux fois, le

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