DESTITUTION DU GENERAL TROCHU
M. Jules Favre Dès la iiuit (iu 19, M. Jules PavrG s'était tendu au
se rend .
««i Mom-vaiérien Mont-Valérien pour inviter le général Ttochu à donner "touMnviî?r'' sa déitiission ; tout au moiris à abdiquer le commande- *'^t"d^nJe7''*''* ment en chef de Tarmée... « La retraite du général
Trochu, dit M. Jules Favre, était alors un sacrifice préalable absolument indispensable; L'opiaionà cset égard était aussi unanime que menaçante ... «
c II était indispensable ) ajoute l'auteur du Simple Récit ^ que le Gouvernement de réunît déà le lendemain matin . . • Nous demandâmes au général de laisser le ralliement à un de ses lieutenants et de venir délibérer avec nous. »
Le lendemain 20 janvier avait lieu une séance extraordinaire au Ministère de l'intérieur . (Le général Trochu absent.)
Séance du jeudi SO jahvièt.
« Midi et demi, terminée à 2 heures et demie.
« M. Jules Favrë annonce que M. le général Trochu
< télégraphie qu'on n'attaque pas ; il ajoute qu'il fauc drait deui jours d'armistice pour enterrer les morts c et les blessés.
« M. Jules Favre lit également une dépêche dans
< laquelle M. de ( 'haudofdy annoncé les désastres du « général Chanzy : 10,000 prisonniers, 50,000 fuyards; « il se reforme entre Laval et Alençon.
« M. Jules Fâvre précise la situation ; elle est extrême.
< Que dire aux maires?
€ M. Ferry n'est pas d'avis d'associer les maires à un
« gouvernement qui ne semblerait plus les appeler que
pour 66 décharger sur eux. Il faut » suivant lui , leur parler des subsistanoes qui deviennent la clef de voûte de la résistance. Il faut d'ailleurs opter entre deux partis à prendre : tacher de trouver un nouveau général capable de tenter un nouvel effort, ou reconnaître que cet effort, encore possible, est devenu inutile, et alors le dire franchement. Son avis est de tenter ce bouvel effort destiné à convaincre la garde nationale de son impuissance.
< M. Picard pense qu'il faut utiliser les forces considérables de Paris pour un nouvel effort , et pour des n^oiations. Il demande la démission du général Trochu et le choix d*un nouveau général, après avoir consulté les généraux. Enfin, il faut négocier immédiatement avec Tennemi, et discuter les conditions sous la menace de nouveaux efforts en cas d'exigences inacceptables» Il lui paraît indispensable de traiter avant qu'on se soit vu arracher de la main le dernier trongon d'arme. Pour cela M. Jules Favre doit se rendre au quartier général prussien avec un autre de ses collègues, à moins qu'il ne préfère se rendre immédiatement à Londres pour y stipuler pour Paris et pour la France.
« M. Arago ne peut partager l'opinion de M. Picard ; il n'est pas d'avis qu'on profite d'un sauf-conduit, soit pour se rendre a la Conférenoe , soit pour aUer tàter l'ennemi a Versailles « Il voit d'ailleurs une contradiction entre la nomination d'un nouveau général, les préparatifs de nouvelles attaques et l'ouverture des négociations. La journée d'hier ne lui parait pas assez caractérisée pour être acceptée comme échec suprême. Il faut donc qu'un nouveau général prépare une nouvelle tentative.
« Abordant à un autre point de vue la question des
« négociations à entamer, M. Arago n'admet pas que le « Gouvernement de la Défense nationale compromette tf la France entière en se livrant à des négociations qui « ne permettraient pas de séparer le sort de Paris de « celui du reste du pays. La capitulation ne saurait donc « être traitée par le Gouvernement; c*est la ville de « Paris qui doit être seule consultée; elle seule a man- « dat pour cela. Donc son avis est qu'on livre uneder- € nière bataille, et qu'ensuite la ville donne ses pouvoirs € pour une capitulation.
« M. Jules Simon partage cet avis. Il croit des élec- « tiens difficiles , mais il croit qu'il faut demander aux € maires de représenter Paris. Le Gouvernement ne « peut se laisser saisir par l'ennemi en tant que Gou- « vernement; il doit disparaître avant ce moment, afin « de réserver par sa retraite tous les droits de la France. « Il incline également à un nouvel offert. Sa conviction € est que Paris peut vivre quelques jours sans pain; € il croit même qu'il le doit pour sauver son honneur, « après 7a lettre lugubre et accusatrice de M. Gambetta.
« M. Jules Favre objecte les souffrances que le Gou- « vernement ne sera pas seul à supporter ; il engage à « laisser de côté les questions de sentiment pour apprétt cier les faits.
<f M. Simon insiste en faisant valoir de nouveau la « dépêche de M. Gambetta.
« M. Garnier-Pagès rappelle que son avis a toujours « été que le Gouvernement disparût en restituant à la € province sa liberté d'action et en appelant Paris à « traiter pour Paris. Il ne croit pas cependant que les 4( maires puissent accepter cette mission, qui lui semble « exiger des élections spéciales. Tout dépend d'ailleurs « de la durée des subsistances; son opinion est que le « commandement en chef soit modifié avec l'agrément
du général Trochu. Enfln , il se déclare opposé à la présence de M. Jules Favre à la Conférence ; sa conviction est que M. Gambetta n'appelle M. Jules Favre à cette Conférence que pour le faire sortir de Paris, afin que la République se trouve plus fortement représentée en province.
i A cet égard M. Garnier-Pagès renouvelle sa proposition tendant au départ de Paris de trois ou quatre membres du Gouvernement, destinés à aller transformer la Délégation en Gouvernement complet. € M. Magnin se prononce pour un nouvel effort et pour le remplacement du général Trochu. Il est convaincu que le Gouvernement de la Défense nationale doit disparaître et que Paris doit capituler comme ville et non comme capitale. Il faut consulter la population et que trois délégués soient désignés pour traiter. Quant à la question des subsistances, elle est suffisamment connue, on ne peut dépasser la fin du mois.
< M. Jules Favre demande combien il faudra de temps pour faire des élections et pour traiter.
< M. Magnin répond que quelque hâte que Ton y mette, sa conviction est qu'on aura à supporter quelques jours de famine.
« M. Dorian est également convaincu que le Gouvernement ne peut traiter, mais il avoue que la façon dont il sera pourvu à Tadministration de Paris l'embarrasse. Il constate l'accord unanime du Conseil pour remplacer le général Trochu , mais il voudrait connaître le général capable de le remplacer, et savoir à l'avance de lui, ce qu'il pense d'une nouvelle tentative; car, s'il n'y a plus rien à faire, il n'y a plus rien à changer. « M. Ferry pense que le Gouvernement, après avoir choisi un nouveau général , ne doit pas avoir l'air d'user de l'élection comme d'un moyen de se décharger.
< Le vote du 9 novembre Tayant phi» spéeialenient c constitué, le Gouvernement de Paris doit négocier en f réservant les droits de la France ; c'est )à son devoir
< étroit ; les élections lui en imposeraient la tâche, qu'il
< subirait alors sans dignité ; son avis est celui de
< M. Picard : combattre et négocier en même temps, c sauf à faire usage du sauf-conduit. Quant aux maires, « ils ne doivent pas ôlre consultés, et tout doit se faire
< aveo une extrême discrétion, afin de ne pas désorga- « niser la défense.
< M. Garnier Pages voudrait aussi consulter les maires
< et constituer par l'élection un groupé de quarante à « cinquante personnes dont les membres du Gouvemec ment pourraient faire partie. Il persiste à craindre « que la Prusse ne contraigne le Gouvernement à des « préliminaires de paix qui engageraient la France.
c M. Jules Favre reçoit à ce moment i|ne dépécke du c commandant du â* secteur ( Belleville ) qui lui annonee c que les membres du club Favier doivent ae réunir en
< armes pour marcher sur THôtel-de-^Ville.
« M. Jules Favre exprime Tespoir que le remplacec ment du général Trochu ealmer^t Tagilation.
€ M. Simon fait observer que c'est encore bien phis € un négociateur qu*un général qu'il faut, et à cet égard c nul n*offre de plus sérieuses garanties que le général € Trochu.
« M . Ferry propose le général Le Flo.
c MM. Jules Favre et Picard n'acceptent pas.
€ M. Jules Favre met aux voix la question de savoirs'il a faut des élections.
« Oui : MM. Garnier-Pagôs, Magnin, Dorian, Arago.
« Non : MM. Jules Favre, Ferry et Picard.
c M. Simon déclare qu'il ne votera pour Téleotion que c si les maires y consentent.
c M. Jules Favre déclare que le Gouvernement doit c conserver le pouvoir à moins que les maires ne cont sentent à l'en décharger. Si le Gouvernement décide « qu'il ne veut pas traiter, ce sera Taulorité militaire qui « traitera. Son avis serait d'envoyer dès demain au t quartier général prussien pour y faire valoir les res- « sources de Paris et de la France. On pourrait obtenir
< ainsi que Paris rendrait un fort et serait désarmé sans « être occupé. Pendant l'armistice on procéderait à Télec-
< tion d'une Assemblée. Enfin si ces conditions étaient € refusées on tenterait un suprême effert.
c M. Simon déclare que si Ton pose ces oonclitions, qq f ne sera point obéi par Paris.
< M. Picard reconnaît qu'on ne peut traiter pour la f France, mais qu^on pent préparer 1^ nouveau gouv^r-* c UQment dei la France.
t M. Arago signale le danger d'arréler le mouvet ment des armées franoaîaas pendant Tarmistioe et « les élections.
n M. Picard croit, au contraire, quec^t anniatio^ serait « très-utile aux armées.
c MM. Simon et Arago déclarent qu'ils ne sauraient
< accepter ces conditions.
< M. Jules Favre insiste sur le inanqu^ de vivres. € MM. Simon et Magnin répondent que Ton vivra
« avec de la viande de cheval.
• MM . Jules Favre et Picard se reftipent, même « éventuellement, à soumettre la population à la famine.
« M. Ferry Sxe l'ordre du four de i^ séance qui v^ c avoir lieu ^vec hs n\aire».
c M. Cression demande quelle doit être l'attitude de t la répression en vue d'une émeute,
€ M. le général Le Flô croit que cette émeute sera
« faite par une portion infime de la population ; il fant c Técraser par tous les moyens imaginables.
c M. Jules Favre demande au moins que des mesures « soient prises.
« M. Le général le Flô répond qu'il faut appeler la € garde nationale, qui est intéressée à Tordre.
€ La séance est levée à 2 heures 1/2.»
Convocation des maires par
M. J. Favre
au Bfinistère des
affaires
étrangères.
La défaite da
Mans est annoncée.
Le
général Trochu
répond
aux maires lui
demandant
une nouvelle
sortie
en masse.
Convocation des maires.
Ce même jour 20 janvier, M.Jules Favre convoqua les 20 maires au Ministère des affaires étrangères, où les membres du Gouvernement ( compris le général Trochu ) les attendaient. Là M. Jules Favre exposa la situation : il fit voir qu'en comptant les réserves que la guerre pouvait mettre à la disposition de la population, on aurait à manger jusqu'au l*' février, t Arrivé à ce terme, les habitants et la garnison n'auraient plus un grain de blé ... . >
Il communiqua ensuite la dépêche annonçant la défaite de Chanzy au Mans dans la journée du 11 janvier.
Le général Trochu, prenant la parole après M. Jules Favre, s'étendit assez longuement sur la situation militaire; puis, répondant aux maires qui lui proposaient de tenter une grande sortie avec la garde nationale, il leur dit :
« J'ai tenté une grande sortie avec la garde nationale
contrairement à l'opinion de tous mes généraux. Après l'essai fait à Buzenval, je suis bien forcé de reconnaître qu'ils avaient raison de repousser une pareille entreprise et je suis fortement résolu à ne plus la renouveler. »
L'un des maires s'écria alors avec violence : « Il faut que le Gouverneur donne sa démission. >
« Dans les circonstances présentes, répliqua le général, personne ne peut abandonner volontairement son poste, mais vous pouvez me destituer. Seulement je vous ferai remarquer qu'il ne faut point d'interrègne dans le commandement militaire. Il faut donc immédiatement me remplacer : or, vous n'avez que trois hommes en situation : c'est le général Le Flô, ici présent, ministre de la guerre . » — « Je ne puis accepter, dit le ministre. > — « C'est ensuite le général Ducrot, mais je dois vous déclarer qu'il a à l'endroit de la garde nationale des idées encore plus arrêtées que moi ; par conséquent, comme vous voulez opérer votre sortie avec la garde nationale, il faut nécessairement l'écarter.
< Il ne reste donc que le général Vinoy. En conséquence, je vous engage à le nommer, sans même le consulter, car il pourrait bien refuser. » Les maires, rejetant loin d'eux l'idée de la capitulation, Les
déclarèrent « qu'ils se refusaient à donner d'autre con- quiu veulent
s'ensevelir sous
cours que celui du désespoir. Ils étaient prêts à mourir, , '«s . .
^ 1^ ^ ' ruines de la cité.
ils préféraient les horreurs de la famine à l'humiliation d'une soumission ; ils parlaient de s'ensevelir tous sous les ruines de la cité; ils nous adjuraient, dit M. Jules Favre, d'essayer encore un suprême effort offensif. La garde nationale le réclamait. Elle venait de prouver qu'elle était capable de se battre avec bravoure; elle voulait qu'on la conduisît de nouveau contre l'ennemi, qu'elle était sûre de vaincre. Quant à la population, elle était résignée à souffrir. Si le pain lui manquait, elle vivrait avec de la viande de cheval, avec des grains d'avoine concassés : elle aimait mieux mourir de faim que de honte. »
M. Jules Favre promit aux niaires de réunir dès le lendemain un conseil de guerre « pour le consulter sur