IV. li
la possibilité d'une nouvelle action offensive, promettant de Tordonner si un seul officier la jugeait praticable.
Le soir nouvelle séance. Le général Trochu n'apparaît que vers le milieu de la séance.
Séance du 30 janvier.
« 10 heures du soir.
« M. Jules FavpB riemaade au Conseil de décider s'il accepte la démission de M. le général Trochu ooinroe général en chef.
c M. le général Le Flô fait observer que M. le général Trochu n'exerce pas un commandement en chef; il n'est chargé que de la défense intérieure, les sorties doivent être confiées à un autre général. Quant à la nouvelle sortie projetée, il faut bien la méditer, car il ne faut pas faire une folie et faire tuer du monde sans objet et sans résultat. Son avis est donc qu'on peut ne pas enlever au général Trochu le titre de gouverneur.
€ Le Conseil déclare qu'il n'a jamais songé à deroander au général Trochu sa démission de gouverneur de Paris.
« M Picard demande qu'on annonce dès demain à VOfCtciel que M. le général Trochu abandonne le commandement en chef.
« M. le général Le Flô pense qu'il faut nommer de suite ce nouveau commandant en chef ou ne rien dire. « M. Simon croit qw'il importe d'éviter un mouvement populaire contre le général Trochu ; or, pour cela, il faut trouver un moyen de faire connaître sa démission à la population.
< M, Jules Favre propose d'annoncer à VOfûciêl que
M. le général Trochu, restant gouverneur de Paris, donne sa démission de général en chef. Cette publication n'aurait lieu qu'avec son assentiment. « Quant à Texpédition nouvelle, il s'y déclare opposé, car, en ce qui le concerne, il traiterait immédiatement. Cependant, il n'insiste pas, le Conseil s'étant prononcé à la majorité en faveur de cette expédition, considérée comme nécessaire pour répondre aux vœux de la population . Il propose qu'on examine quel général pourrait commander cette sortie, et comment elle se ferait; il provoque à cet égard l'avis de M. le général Le Flô. i M. le général Le Flô déclare qu'il avait d'abord songé a cette dernière action héroïque, mais il reconnaît qu'elle est devenue plus difficile que jamais.
< M. le général Trochu(l) dit qu'il ne peut citer que Le
j 1 • j- 1 ' ' 1 TT- 1 général Trochn
des noms ; il indique le gênerai Vinoy pour exercer le prend pan
à la discussion .
commandement en chef.
€ M. le général Le Flô fait observer qu'il faut que les gens qui exécuteront cette sortie soient résolus à percer les lignes, coûte que coûte. SiTon en trouve 50,000, il n'en pourra passer que 25,000 ; il faut donc un homme jeune à la tête de ces troupes, f M . Picard considère que cette sortie ne devrait pas être un abandon de Paris, mais un moyen de délivrance, t M . G. Pages partage cet avis ; il demande s'il ne serait pas possible de se rendre encore maître du fleuve en aval.
< M. Picard examine les moyens de former ce corps de sortie.
< M. le général Trochu dépeint l'attitude à la fois énergique et étonnée delà garde nationale devant l'ennemi.
.1) 11 est vraisemblable que le général Trochu est arrivé au cours de séance, car certains propos reproduits dans la première partie de ce proc^verbal n'ont pu être tenus en sa présence.
c Ce n'est pas là une troupe aguerrie sur laquelle on « puisse compter absolument.
c II cite des officiers et des soldats tués par des gardes € nationaux effarés. Il ne faut donc pas se laisser aller c aux illusions de sentiment. Il y a, suivant lui, dans la
< garde nationale des individualités remarquables et une « masse d'une inexpérience des plus périlleuses.
t M. le général Clément Thomas déclare que les ba- « taillons les plus calmes ont tenu le plus solidement, « tandis que les plus fous de bruyant héroïsme ont été € les plus faibles au feu,
c II lit son ordre du jour.
< M. le général Trochu, exprimant son appréciation â « l'égard d'une nouvelle sortie, croit que cette sortie doit
< être frappée de stérilité et qu'elle peut même se transc former en gros désastre. Et cependant ce nouvel « effort, il faut en chercher les moyens et, les ayant « trouvés, il faut les tenter.
« M. Ârago insiste sur la nécessité de ces derniers « combats destinés à préserver l'époque actuelle d'injustes c appréciations de l'histoire.
€ M. Clément Thomas trouve qu'il ne faut pas s'exc poser à finir par un désastre ; il croit que désormais c l'honneur est satisfait.
« M. J. Favre demande s'il faut convoquer pour « demain MM. Le Flô, Vinoy, Fournês et deBellemare. « On doit avoir une solution â présenter aux Maires. Je « demande si Ton ne pourrait pas réclamer de ces « Messieurs leur avis écrit sur la possibilité d'une pro-
< chaîne action.
« M. le général Trochu observe que ces officiers seront « déjà suffisamment surpris et qu'ils refuseront certaîne- « ment cette déclaration.
a Le Conseil décide que M. le général Le Flo con-
voquera chacun de ces officiers, qui seront interrogés demain séparément, à 2 heures, au Ministère des affaires étrangères.
€ M. J. Favre trouve qu'il sufBraitque ces Messieurs fussent simplement interrogés par deux membres du conseil : MM. Garnier-Pagés et Arago.
« M. Arago déclare que le Gouvernement a le droit de vouloir continuer la lutte ; par conséquent il n'a pas a interroger, mais à ordonner.
« M. le général Trochu répond que certainement les généraux obéiraient, et lui tout le premier, pourvu que l'ordre fût écrit.
ft M. Picard constate qu'en effet le droit du Gouvernement existe, mais il engage à ce qu'on l'écIaire avant de l'exercer.
€ On lit les dépêches confirmant la déroute complète de l'armée de Ghanzy.
« M. J. Favre se rend auprès de M. le général Trochu qui a quitté le Conseil ; il va lui rappeler que d'après l'offre qu'il en a faite dans la journée devant les maires, il serait peut être bon d'annoncer demain qu'il a donné sa démission de général en chef.
« M. J. Favre revient et annonce qu'à sa grande surprise, le général lui a répondu que ses qualités de Gouverneur, de président du Conseil et de Général en chef étaient solidaires les unes des autres, et qu'il ne quitterait pas l'une sans abandonner les autres. « Le Conseil constate que c'est là une situation nouvelle qui le place dans un grand embarras vis-à-vis des maires . . • »
La séance est levée.
Suivant la décision prise la veille au Gouvernement, conseudegaerre
tenu
les généraux Vinoy, de Bellemare, Fournès et quelques par Jej généraux; autres furent convoqués le 21 janvier à la réunion des ^\^ 'wuJfc"^*
maires. Deux membres du Gouvernement étaient pré* sents, iMM. J. Simon et Jules Favre.
c Messieurs, dit-on aux généraux, nous comptons sur c vous pour faire une grande opération ; que pourrionsc nous faire?
c Nous n*avons qu'une chose à faire, dit le général c Vinoy, c'est de continuer la défense des forts et de c tacher de ne point les laisser prendre par Tennemi. c Quant à faire des sorties nous n'en voyons pas la posc sibilité. »
Les autres généraux se prononcèrent de la même manière.
Devant ces conclusions les maires et quelques membres
du Gouvernement proposèrent de consulter « des
c officiers d'un grade moins élevé. » Il fut convenu que
le lendemain matin Sa, on réunirait chez M. Jules
Simon, des colonels, pies chefs de bataillon, des capitaines
et < qu'on leur poserait les questions que les généraux
venaient de résoudre... > Un certain nombre de maires
sont désignés pour assister à cette délibération.
Sous la pression « Toutofois, dit M. J. Favro, cette satisfaction ne leur
le Gonveraenfent < sufTisait pas, ils insistèrent avec la plus grande éner-
le gënér^Trochu C gie pour quo le général Trochu se retirât; et le Gou-
c vernement, pressé par les représentants de la munic cipalité, vota la révocation du général Trochu comme « commandant de l'armée de Paris.
Les < Le général Trochu revenait de Saint-Denis, où, dit
maires viennent « * * t -w v-\ •> «i •< .' .'>■&'
au Louvre « lo vicc-amiral La Roncière, il avait montre une temente
signifier au gé- , t f y , i
nérai Trochu C quc pouvaieut sBuls expliquer peut-être les événe-
qu'il ait à se ^ ^ r ^ r
retirer. c mouts qui se passaieut au même instant à l'Hôtel de « Ville, quand il reçut la visite des maires venant lui c signifier la décision prise le matin à son égard et lui « demander d'y consentir. Le général Trochu refusa, « déclarant qu'il ne donnerait pas sa démission, parce
i qu'il se croyait lié par le mandat qu'il avait reçu le « 3 novembre, t Les maires de Paris, écrit le Kénéral Trochu dans , , ^i
^ général Trnchu
« son livre, me dirent avec la plus grande courtoisie, ^edonnw sa « — et je crois que c'est notre honorable collègue M. Va- démission.
• cherot qui portait la parole , — les maires de Paris I me dirent que ma situation n'était plus possible; ils « m'invitèrent à donner ma démission. Je répondis que « je ne la donnerais pas. J'étais là, vis-à-vis de ma dé- < mission , dans le système où j'étais depuis six mois
• devant les épreuves qui m'accablaient. Je ne voulais I pas me retirer. If {Unepnye cT histoire contemporaine,)
MaiSj sur ces entrefaites, M. le général Trochu avant ^
' ' O J général Trocha
appris que sa destitution était discutée depuis près d'un «^t destitué mois par les membres du Gouvernement, entra immé- ^^deTa^'oéfensT^ diatement dans la salle où ses collègues étaient en nationale. séance, et il leur dit :
« Vous êtes le Gouvernement , vous avez le droit de « me destituer et de me remplacer. »
« Je fus destitué;.., je fus remplacé, dit le général Trochu dans son discours a l'Asse .iblée nationale (juin 1871)... On n'a pas manqué de croire dans le public que c'était un arrangement entre collègues pour me faire sortir d'embarras, en raison d'une proclamation que j'avais faite quelques semaines auparavant, et dans laquelle j'avais dit : u Le Gouverneur de Paris ne capitulera pas. » Eh bien ! non ! Ce ne fut pas un arrangement, ce fut une véritable destitution, consentie sans observation par le général en chef. C'est ainsi que s'explique ma retraite militaire, et peut-être qu'après cinq mois de martyre, je méritais un autre traitement. »
Tous les détails de cette longue et pénible discussion entre le général Trochu et ses collègues se trouvent
relatés dans le compte rendu ci-joint de la séance du 21 janvier, 10 heures du soir :
Séance « M. le général Trochu annonce qu'il vient du Conseil
da 21 janvier. ^ *
< des maires. Il signale le changement de ton étrange « des dépèches de M. Gambetta. Il les qualifierait dure- • ment, en ce qui le concerne, si elles n'étaient l'œuvre « d'un patriotisme aveugle poiissé jusqu'à la passion.
t II déclare qu'il vient d'apprendre seulement à l'ins- « tant que certains membres du Conseil délibéraient déjà « depuis un mois sur son remplacement. Il regrette « d'avoir été maintenu dans l'ignorance de ces disposi- « tiens, car il aurait pu se retirer à temps et le Conseil « aurait pu trouver un successeur devenu maintenant « presque impossible. Il n'y met point d'amour-propre, « mais, discuté par les plus sensés des maires, discuté « par le Conseil, on doit comprendre qu'il lui est imposc sible de rester. Il demande donc à se retirer, afin que tf le Conseil puisse délibérer.
« M. Garnier-Pagès observe au général que jamais il a n'a été question de le mettre de côté, mais simplement « de le remplacer dans le commandement d'une expédi- « tion dans laquelle il n'avait pas confiance.
< M. le général Trochu déclare que sa résolution de « se retirer est irrévocable. Il demande qu'on annonce « sa retraite en supprimant le titre de Gouverneur cpii « n'est pas républicain, et qui ne sert à rien. Un simple « général en chef suffît. S'il a consenti à prendre la pré- « sidence du Conseil, c'était pour amener l'armée au « Gouvernement du 4 septembre.
tf M. Simon fait voir l'intérêt capital, selon lui, à ce « que le général Trochu reste au Conseil; jamais les € maires n'ont entendu ne plus avoir le général comme « Gouverneur de Paris, ils ont voulu simplement le
< suppléer comme général dans une expédition nouvelle
« au succès de laquelle il ne croyait pas. Il croit sincèc reraent que le devoir du général est de se résoudre,
< en restant, à un sacrifice <|ui le grandira dans Topinion,
< qui ajoutera à la reconnaissance qu'on lui doit et augc mentera encore la grande affection que tous les memc bres du Conseil ont pour lui.
« M.Jules Favre insiste à son tour, rappelant les faits. « M. le général Trochu répond qu'il a toujours été impatient de ne plus être ni Gouverneur ni président du Conseil. Il ajoute que son autorité étant discutée par l'opinion , il ne peut la garder. Mais il croit , en effet, qu'il ne doit pas abandonner le Gouvernement; cela aurait mauvais air et lui coûterait ; mais il ne doit plus y conserver non plus sa situation privilégiée. Il ne faut pas que , simple général , il reste président du Conseil; ce poste doit appartenir à M. Jules Favre, surtout au point de vue de ce qui reste à faire. Quant à sa position de Gouverneur, elle lui a toujours trop répugné pour qu'il tienne à la conserver. « Le Conseil insiste pour que le général conserve la position de Gouverneur, au moins quant à présent. < M. le général Trochu répond que le général en chef ne sera rien si lui reste Gouverneur ; ce sera, dit-il, comme un poussin que j'aurai sous mon aile. Il est, en effet, divisionnaire depuis quinze ans, il est le doyen de son grade, ce qui militairement mettra les généraux nouveaux dans une fausse position vis-à-vis de lui. « M. Simon demande au général Trochu si le général Vinoy et autres obéiront au nouveau commandant en chef sans son concours.
« M. le général Trochu répond que cet embarras est la conséquence fatale de la situation fausse qu'il a signalée, c M. Simon trouve que la difficulté de trouver un
< général en chef devient insurmontable par le seul fait « de la suppression du Gouverneur de Paris, car le « nouveau général pourra refuser^ et Paris sera alors c livré à rémeute, qui est aussi menaçante pour lui que c l'ennemi et que la faim.
« M. Pelletan fait appel au dévouetnenl du général « Trochu; il lui demande vingt-quatre heures seulement pour conjurer l'émeute; il lui propose donc de dire seulement qu'à partir du 22 janvier les fonctions de Gouverneur de Paris seront indépendantes de celles de général en chef.
€ M. le général Trochu consent, afin déparer aux éventualités de demain $ mais il persiste à vouloir abandonner une position qui lui est insupportable. Du reste , il perd feon rôle de défenseur de Paris en perdant le commandement.
€ M. Simon répond que le Conseil veut toujours considérer le général comme le défenseur de Paris. € M. Picard demande que, par ballon, on donne ordre direct au général Chanzy de faire sur Paris le mouvement auquel Gambetta l'a forcé de renoncer.* € M. le général Trochu répond que Gambetta Ta assez accablé pour qu'il ne puisse être suspect à son endroit ; eh bien 1 il est forcé de déclarer que Gambetta a eu dans cette occasion cent fois raison.
« M. le général Trochu ajoute qu'il va se trouver déchargé d'un grand fardeau, car il voit qu'il aurait été obligé de capituler si d'ici à cinq jours on n'a pas trouvé vingt jours de vivres.
« Puisqu'on lui enlève son commandement, c'est bien le moins qu'on le décharge de la responsabilité ; il entend ne plus rester lié quand on le délivre. « MM . les généraux Le Flô et Clément Thomas demandent qu'on les remplace également.
c M. le général Clément Thomas dit que puisqu*on c obéit aux exigences de la rue, il faut y céder jusqu'au c bout.
c Le Conseil se livre a une longue discussion relative t au meilleur moyen d'annoncer la séparation du titre ■ de général en chef de celui de Gouverneur.
c Le général Trochu propose pour général en chef t le général Vinoy.
c II est convaincu que ce général ne fera pas le nouvel c effort désiré ; mais, comme personne ne le fera, autant c vaut prendre ce vieux divisionnaire qui possède encore « un certain prestige sur Tarmée.
« M. Garnier-Pagès combat vivement ce choix.
c Le Conseil décide de mettre aux voix la nomination, € dès ce soir, sans même le consulter, du général Vinoy.
« MM. Trochu, Le Flô, Ferry votent pour.
c MM. Garnier-Pagès I Arago,Picc)rd, Simon, Magnin^ t Dorian, contré.
€ À ce momenl, M. Arago, qui Vient d'être averti,
< annonce qu*un charbonnier habitant le boulevard c Mazas, accourt pour lui apprendre qu'une foule armée t vient d'envahir la prison de Mazas et de rendre à la « liberté les prisonniers, parmi lesquels se trouve Flou- € rens.
c Le Conseil^ en présence de cette situation, déclare « annuler tdute la délibération qui précède ; il se presse
< autour du général Trochu.
( Le Conseil examine les dispositions à prendre ; avis « est envoyé à la Préfecture de police. »
Séance levée à 2 heures et demie du matin.
Comme on le voit par le compte rendu de cette séance, Év^nemems OQ était encore à se débattre sur le nom du général ont .i.tennint^ u Vinoy, accuoilli d'assez mauvaise grâce « par cette éler- nômînalion « nelle raison que c'était un nom suspect à la République générai vinoy.
Lettre de H. Jules Favre
au général Vinoy.
< et aux Républicains ». Quand tout à coup on apprenait que Flourens venait d'être délivré, que Fagitation augmentait d'instant en instant, qu'une nouvelle révolte allait éclater. . . Aussitôt tous les doutes cessent, toutes les objections tombent; on se hâte de nommer le général Vinoy, sans le consulter ; on court le réveiller pour lui faire prendre connaissance du commandement dont il se trouve investi par la lettre ci-jointe, écrite séance tenante :
€ A/. Jules Favre a M, le général Vinoy.
a Paris^ 22 janvier, 2 heures matin.
I Le Gouvernement de la Défense nationale ayant décidé ce soir que le commandement en chef serait désormais distinct des fonctions de président du conseil du Gouvernement, vous a nommé commandant en chef de l'armée de Paris en remplacement de M. le général Trochu. Le Gouvernement aurait voulu vous prévenir avant de disposer ainsi de vous, mais l'extrême urgence et les circonstances particulières que j'aurai l'honneur de vous expliquer, Font obligé à prendre sa résolution sur l'heure. D'ailleurs, il connaît depuis longtemps votre patriotisme et voti*e dévouement ; il y compte, et sait qu'en vous appelant à commander en chef, il ne peut confier à de meilleures mains les intérêts de notre brave armée.
« Veuillez agréer, Monsieur le Général, l'assurance de ma haute considération.
« Le Vice-Président,
« Jules Favre. »
La première pensée du général Vinoy fut de ne pas accepter. Il se rendit au ministère de la Guerre pour porter son refus; mais sur les instances du général Le Flô et apprenant le nouveau péril qui menaçait Paris, € il n'hésita plus à se charger d'un rôle qu'on avait c hésité à lui confier :», et il se mit immédiatement en mesure de tenir tète à Témeute qui allait venir dans quel-
ques heures se briser contre les grilles de l'Hôtel de Ville.
Le jour même, il adressait la proclamation suivante à Tarmée :
Le général Vinoy à t armée de Paris.
€ Le Gouvernement de la Défense nationale vient de c me placer à votre tête ; il fait appel à mon patriotisme c et à mon dévouement. Je n*âi pas le droit de me sous- € traire. C'est une charge bien lourde. Je n'en veux c accepter que le péril, et il ne faut pas se faire d'illu- « sion.
c Après un siège de plus de quatre mois, glorieusec ment soutenu par l'armée et par la garde nationale, t virilement supporté par la population de Paris, nous
< voilà arrivés au moment critique.
c Refuser le dangereux honneur du commandement c dans une semblable circonstance, serait ne pas répondre
< à la confiance que l'on a mise en moi. Je suis soldat et c ne sais pas reculer devant le danger que peut entrai-
< ner une grande responsabilité.
t A l'intérieur, le parti du désordre s'agite, et cepen-
< dant le canon gronde; je veux être soldat jusqu'au
< bout. J'accepte ce danger, bien convaincu que le « concours des bons citoyens, celui de l'armée et de la
< garde nationale, ne me feront pas défaut pour le mainc tien de Tordre et du salut commun. »
Le Journal officiel complétait ce document par les lignes suivantes :
< Le Gouvernement de la péfense nationale a décidé
< que le commandement eu chef de l'armée de Paris € serait c^psormais séparé de la présidence du Gouvert nement.
« M. le général de division Vinoy est nommé comman- « dant en chef de Tarmée de Paris.
« Le titre et les fonctions de Gouverneur de Paris « sont supprimés. *
€ M. le général Trochu conserve la présidence du € Gouvernement. ^
Réunion L'éloi^ement du général Trochu ne changeait pas la
Bubaitprnes situatiou... oUo était toujours la même: on le voyait bien
chez M.J. SimoD, • ' *
de finsiruction P®^ ^®^^® réuniou militaire tenue, sur la demande des
publique. maires, au Ministère de Tinstruclion publique, dans la
matinée du 22 janvier, dont nous donnops deux comptes
rendus, l'un de M. Tirard, maire du X* arrondissement,
Taulre ^e M. le lieutenant-colonel Vosseur.
Pfocès-verifêl de la séance du 2â janvier 1871, aa Ministère de
Finsiruction publique,
« A cette réunion assistaient le général {jflcomle, pluaieurs officiers supérieurs, des membres du Gouvernement, et des Maires de Paris.
« Après un exposé de M. Jules Simon, chacun de W\. les officiers est appelé à faire connaître son opinion sqr les opérations militaires qui pourraient être entreprises.
c M. le général Lecumie demande que les avis soiept exprimés, comme il est d*usage dans tes conseils de guerre, en commençant par les grados les moins élevés.
c M. Bourgeois^ chef d'escadron, est absolument contraire à une grande action ; elle serait désastreuse, et, dans tous les cas, stérile au point de vue du débloquemcnt, mais môme au point de vue de Thonneur militaire, auquel elle n'ajouterait rien. Il pense, au contraire, qu*on devrait harceler Tennemi par des opérations simultanées et assez fréquemment répétées pour Tii^quiéter sérieusement; Tun* devrait chercher à profiter de ces attaques répétées pour se mnintenir dans les positions conquises, au lieu de battre chaque fois en retraite, s'y retrancher, et enfin, tenter un dernier effort au cas où une armée de secours pous af'hverait de province.
< M. Bourgeois fait le plus grand éloge de la tenuo-de la garde nationale à Buzenval.
DÉFENSE DE PARIS. iS8
ff M. le colonel Warnet e^associe à l'opinion du préopinant ; il repousse Tidée de livrer une grande batalHe. Les officiers généraux a'iuspirenl pas une suf lisante conliance à Tannée. Les chefs sont jeunes, nouveaux pour leurs soldats. L'armée manque do cohésion. — Sans doute la garde nationale est pleine d'élan, mais aile manque d'expérience, et Ton ne peut pas compter sur sa solidité.
f M. le colonel Boulanger n'est pas non plus d'avis de tenter ane grande action . Les petites attaques dont il vient d'être parlé et qui eussent été excellentes dès le début, lui paraissent tardives. Son régiment est excellent. île le tiens dans ma main, dit le colonel, et il est prêt à se faire tuer avec moi, mais, comme le reste de l'armée, il est fatigué' découragé, et je doute que la garde nationale soit capable de supporter seule un grand choc.
« M. le colonel Colonieu. — Les petites sorties ne feront que satisfaire les ambitions et les vanités personnelles. Elles sont sans résultat. Une opération gigantesque bien conduite et sans rien livrer au hasard aurait eu quelque chance de réussite ; mais il ne faut plus y songer aujourd'hui. Les Prussiens sont formidablement retranchés dans leurs positions ; ils occupent une double ligne qu*il faudrait franchir, et en supposant qu'on pût faire une trouée, il faudrait soutenir le choc de leur cavalerie, qui ne manquerait pas de se jeter sur notre armée, exténuée par l'effort qu'elle aurait fait. — Je suis prêt, s'écrie le colonel, à me jeter avec mes hommes au-devant de l'armée ennemie, si l'on veut tenter de nouveaux efforts , mais je crains que ce ne soit un inutile sacrifice de l'armée et de la garde nationale, au profit des gradins qui n'attendent que leur écrasement pour se livrer au pillage et à la dévastation.
< M. le colonel de Brancion (garde nationale) fait l'historique de la journée de Buzenval-Montretout et se livre à d'amères critiques contre la direction des opérations de cette journée. Le général en chef n'avait pris aucune mesure sérieuse ; rarlillerie est restée hors de portée de l'ennemi sans que rien ait été tenté pour la mettre en position. L'on a inutilement sacrifié un grand nombce de gardes nationaux et de soldats, sans que jamais on ait eu la pensée de tirer un parti quelconque de cette attaque. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'à se faire tuer pour l'honneur, dit le colonel en terminanl.
<r M. le colonel Germa (garde nationale) se livre, comme le précédent orateur, à de violentes récriminations contre la direction des opérations {uiUtçires de la journée de Huzenval. Jamais plus d'insouciance n'a été jointe à plus d'incapacité, (^.ontrairement aux avis précédemment exprimés, M. Ge^ma pense qu'il
224 Défense; DE paris.
est impossible de songer à la capitulation sans une nouvelle tentative de débloquement ; mais il faudrait retirer le commandement aux chefs incapables qui nous ont perdus : bien conduite, bien organisée, une dernière et héroïque tentative pourrait nous sauver.
« M. le général Lecomte examine la situation de l'armée française au delà de Paris, et constate que nous n'avons à espérer aucun secours en temps utile. Je suis Lorrain, dit le général, mon pays est occupé par l'ennemi, et pour de longues années peut-être ; nul plus que moi n'a donc intérêt à chasser cet ennemi de notre territoire, mais que pouvons-nous en l'état actuel des choses? Le manque de vivres nous impose une prompte capitulation. I^s petites sorties seront donc sans utilité; elles ne feront que nous affaiblir, et elles entretiendront la population dans la pensée d'une prolongation de résistance possible, tandis qu'il faut l'habituer peu à peu à la résignation que commande notre douloureuse situation. (L'émotion du général gagne l'auditoire.)
< Pas d'efforts inutiles, dit-il en terminant, et traitons avec l'ennemi^ tandis que nous avons encore la main sur le pommeaa de ïépée (textuel).
« Le colonel Golonieu et divers autres officiers reprennent encore la parole et confirment leurs précédentes déclarations.
« Ce court procès-verbal ne donne qu'une imparfaite idée de la physionomie de cette réunion. La vie de ceux qui parlent ne compte pour rien dans les opinions qu'ils expriment. Ils sont prêts à tous les sacrifices. Un souffle patriotique règne dans l'atmosphère, mais ce n'est plus ce patriotisme irréfléchi des premiers jours du siège. C'est la réalité qui se dresse devant les yeux de chacun, et qui impose aux plus résolus le rude devoir de la résignation et du sacrifice.
< Cette séance a été l'une des plus émouvantes auxquelles le soussigné ait assisté pendant le siège.
« Signé : P. TmARD, maire da X^ arrondissement, »
Bêcit du conseil de guerre présidé par M. Jules Simon, le îî janvier, par le lieutenant^colonel Vosseur,
« Les officiers convoqués étaient :
« Le général Lecomte ;
« Les colonels d'infanterie Lespiau, Boulanger, Golonieu;
« Les lieutenants-colonels d'état-major Warnet, Vosseur;
« Le chef d'escadron d'état-major Bourgeois ;
« Deux colonels de la garde nationale sédentaire , dont l'un
était M. de Brancion ; je ne me rappelle pas le nom du seoonri.
« Je crois que deux de ces officiers avaient été convoqués par erreui* ; au lieu du général Lecomte, on pensait avoir le commandant de brigade Comte, et au lieu du coqimandant Bourgeois, le lieutenant-colonel d*état-major Beaugois.
« Tous ces officiers de l'armée appartenaient, d'ailleurs, ù la deuxième armée.
f La réunion devait avoir lieu en présence des membres du Gouvernement et des maires de Paris. La convocation, faite par M. Jules Simon, était pour le Ministère de l'instruction publique, à une heure. Le jour fixé était le 22 janvier, ce môme jour où on mouvement séditieux se produisait à l'hôtel de ville.
« Aussi, peu de membres du Gouvernement furent présents; il n'y eut que MM. Dorian et Jules Simon, et les maires de Paris firent en partie défaut; ils furent au nombre de sept ou huit, je crois; entre autres, je puis citer MM. Tirard, Bonvaliet, Clemenceau, de Salligny, Arnaud (de l'Ariége).
< L'objet de la réunion était de poser cette question : Y a-t-il quelque effort militaire, quelque sortie possible à tenter ?
« Chacun était invité à répondre librement, suivant sa conscience, en commençant par les plus jeunes de grade.
« Le commandant Bourgeois conclut en quelques mots qu'il doutait du succès de toute entreprise ayant pour objet de rompre les lignes d'investissement. Wamet émit le môme avis.
< Avant de répondre, je demandai à M. Jules Simon, comme élément nécessaire de la question, l'état des approvisionnements en vivres , et les mesures prises pour assurer le ravitaillement de la capitale ; quels étaient les délais indispensables pour les arrivages de grains, et combien de jours encore Paris avait à vivre. M. le Ministre me répondit qu'il n'y avait plus que pour huit ou dix jours de subsistances, et qu'il fallait compter un temps à peu près égal pour ôtre certain de voir venir les premiers convois de vivres. L'usine Cail, où se faisaient des moutures, et les moulins de Saint-Denis, sous le feu des Prussiens, pouvaient réduire encore le chiffre fixé pour notre alimentation.
< Je répondis, en conséquence, au Ministre, que, partageant d'ailleurs l'avis émis par mes deux camarades, je considérais qu'il n'y avait plus lieu de traiter aucune question militaire, puisque nos jours de vivres étaient ainsi comptés, et que la raison politique et sociale commandait de ne pas courir risque d'affamer Paris, fut-ce vingt-quatre heures.
• Les autres officiers de l'armée eurent tous une opinion conforme. M. de Brancion ajouta cette considération, que Buzenval avait montré que, dans la garde nationale, les cœurs vraiment