‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 48 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

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MM. Garniep-Pagès et Picard, il ne voit d^aatre issue et d'autre moyen de fonder la République, que la oonstitution d'une Assemblée, attendu qu'il préfère même la monarchie à une dictature ou à un» République autoritaire; [parce qu'au moins avec une monarchie on sait ce qu*on a, et les idées libérales et démocratiques restent entières.

f II croit que les conditions imposées â Paris sont tré9-dures. Son avis est de ne pas discuter avec les sacrifices d'argent; il préfère surtout une solution prompte. Il lui semble impossible, même dans de simples conversations,, de consentir à aucune cession territoriale.

« C'est ce que seule peut faire une assemblée, EnBn^ il craint que Tennemi ne réclame des objets d'art comme dépouilles opimes. Quant k l'armée et a u GARDç NATIONALE, H Conseille de se montrer trèslarge A^CET ÉGARD, Car il y a là de dures nécessités de guerre à $ubir^ dût-on faire prisonniers jusqu* aux otûcierst de la garde nationale (1).

« M. le général Clément Thomas répond que leur t nombre est de 28,000.

c M. Simon ajoute quMl peut même se faire que l'on k exige le renvoi des restes de l'armée dans ses foyers. « Dans ce cas , il ne suffirait pas de répondre que les < pouvoirs font défaut au Gouvernement ; il fondrait en- € core démontrer que lés moyens d*exécution lui man- « queraient. II croit enfin qu'il fout faire sonner bien c haut la volonté de se battre qui anime le peuple de

(1) On volt qu'avant tout M. Jules Simon est ud délicat (fesprît. H •emble faire bon iii«roh^ de l'armée, de la marine, même des offictors ai la gavUe nationale ; mais U Uvraisou de qucl<|uca tabk<^UI>) do (|uclquc> Blaluctlcs, lui arrache le cœur!

DÉPENSE DE PARIS. â76

Paris» dûtril renverser pour cela le Gouvernement existant.

c M. Jules Favre résume à son tour ses propres idées ; lui aussi veut les élections , mais espérer les obtenir sans consentir la capitulation de Paris lui semble une chimère. U ne pourra statuer immédiate^ ment et seul » mais il pourra être convenu que les conditions seront débattues par une ,conuniasion spéciale.

t M. Picard ne voudrait môme pas que rien fût décidé pour Paris.

c M. Jules Favre déclare qu'exiger cela lui paraîtrait tellement en dehors de la situation de Paris vis-à-vis de Tennemi qu*il ne consentirait pas à se charger de le faire en face d'un ennemi qui ne le prendrait pas au sérieux.

c M» Arago déplore de nouveau, en présence de ces paroles^ qu'on se laisse entraîner par un zèle de cœur, à faire une démarche à l'égard de laquelle l'histoire se montrera très-sévère.

< L'ouverture qui semble ressortir du dernier paragraphe de la lettre de M. de Bismark lui paraît un piège ; il ne comprend pas qu'on y cède autrement qu'en évitant soigneusement de faire connaître à M. de Bismark ce qu'on serait disposé à consentir.

< M. Gamier-Pagès déclare que c'est aussi là son avis.

€ M. Arago insiste pour que cette démarche, qu'il persiste à considérer comme fatale, ne donne pas lieu au moins à des paroles qui engagent le Gouvernement, c M. Ferry n'accepte pas cette appréciation qui semble méconnaître la solidarité de tous les membres du Gouvernement en fait de responsabilité.

• M. Arago proteste de son c6té contre cette appré-

â"6 defp:nse de paris.

« dation ; puisqu'il endosse la responsabilité d'une dé- « marche qu'il désapprouve, c'est bien le moins qu'il ait « le droit d'exprimer librement son opinion.

c M. le général Trochu fait observer qu'en supposant « que MM. Ârago et Magnin aient raison, le Gouverc nement se trouve entre une faute politique ou un « crime à commettre; car après-demain on manquera « de farine, et si l'on refuse la capitulation, la population « mourra de faim.

« Si l'on veut persévérer sans entamer de pourparlers, « il faut dire la vérité à la population et la consulter. Il « faut, enfin, prendre une résolution, et, dès à présent, « faire connaître les embarras résultant des subsistances.

« M. Dorian croit qu'il faut attendre que la démarche « soit faite avant de faire ces révélations.

« M. Magnin répète qu'il promet de nourrir la popula- « tion jusqu'au 27 ; il ne faut donc pas s'exagérer le « danger. Quant à la démarche, la solidarité invoquée « par le général Trochu l'a touché, et, quoi qu'il airive, « il ne se séparera pas de ses collègues. Cependant il « ne voudrait pas que M. Jules Favre s'aventurât dans c des déclarations qui engageraient le Gouvernement et « la France. Il demande donc que son mandat soit étroi- « tement délimité.

c M. le général Trochu constate qu'il est d'un intérêt c contestable de discuter des conditions encore inconc nues ; il croit donc utile de résumer la discussion au € point de vue de la portée précise de la mission de c M. Jules Favse :

c 1^ Constater la situation des subsistances , après la c démarche, devant la population ;

c S"" M. Jules Favre ne se présentera pas en vainc queur, mais pas non plus en vaincu accablé. C'est un < homme libre qui vient fermement défendre son pays ;

« 3** Gomme M. Jules Favrc se trouve en face de rhomme d'Etat le plus dangereusement habile, le plus violent et le plus faux, il observera les plus grandes précautions de langage et d'attitude ;

« ^ Il déclarera que le Gouvernement ne croit pas devoir continuer des efforts sanglants auxquels la population est encore cependant résolue, à ce point qu'un instant de doute sur les intentions du Gouvernement a suffi pour motiver une émeute. Ajouter que pour éviter une plus longue effusion de sang, M. Jules Favre est venu demander quelles sont les intentions à l'égard de Paris, sans que pour cela il ait la pensée de traiter dé la paix ni du reste de la France ;

c 5"" Aborder la possibilité du ravitaillement de Paris et de ses conditions; armistice pour Paris seulement, afin de ne pas entraver le mouvement de Bourbaki.

f M. Jules Favre fait observer qu'on 'demandera que cet armistice soit général.

« M. le général Trochu persiste à croire qu'un seul armistice peut être consenti et ne s'étendre qu'aux lignes d'approvisionnement sur Paris.

« M. Dorian observe que Bourbaki doit être lui-même un obstacle au ravitaillement de l'ennemi, et que celui-ci pourra peut-être exiger que cet obstacle soit aussi levé pour lui.

« M. le général Trochu reconnaît que c'est là une difficulté, mais il n'en persiste pas moins à croire que M. Jules Favre ne doit parler d'armistice que pour Paris, soit a la rigueur si on l'exige absolument, à consentir à ce que cet armistice s'étende au reste de la France.

€ M. Jules Favre craint que le seul fait de l'armistice de Paris suffise pour ébranler l'action de Bourbaki ; il

« ne pourrait, d'ailleurs, s'engager, a cet égard, sans « consulter la Délégation de Bordeaux.

« M. Picard croit que le Gouvernement aurait le droit « d'imposer sa volonté à la Délégation, qui n'est qu'une c minorité dans le Gouvernement.

« M. le général Trochu reconnaît que la reddition de

< Paris accablera les armées de province sous le coup € moral et sous le nombre; aussi se range-t-il à l'idée de € rendre T armistice général. »

( Séance levée à 2 heures et demie du soir.)

AasBitdt LiB ^ janvier, à 5 heures, M. Jules Favre recevait la

H. ja?e°B^ Favre répouso de M. do Bismark rapportée des avant-postes de ri'ponse de M. de Sèvres par M. le capitaine d'Irrisson. Le prince chan-

Bismark, r r r

il se rend h celior attendait notre négociateur le lendemain matin ou

Versailles»

le soir même. M. le ministre des affaires étrangères voulut partir aussitôt. « Averti par des informations « multipliées que le bruit de mon départ avait transpiré,

< raconte M. Jules Favre, et que des gardes nationaux € voulaient s y opposer de vive force, M. d'Irrisson ne

< voulut point suivre la route ordinaire. Nous passâmes « par le bois de Boulogne. Â six heures , nous étions c au pont de Sèvres, et, après une assez longue attente « sous un hangar déchiré par les boulets, nous montions « dans une petite barque s'avançant péniblement au € milieu des glaçons que charriait encore la rivière sur « laquelle les flammes de l'incendie de Saint-Cloud « jetaient leur sinistre lueur.

« Arrivés sur la rive gauche, les officiers allemands « vinrent au-devant de moi. Us semblaient croire que

< je me rendais à Londres, je ne les désabusai point...

< Ils m'aidèrent à franchir deux fortes barricades qui « défendaient la ville de Sèvres, Tune à l'entrée de la t grande rue, l'autre à la hauteur de l'ancienne ms^nn-

DÉFENSe DE PARIS. 9TI

f facture de Sèvres. Une voiture m'attendait au delà;

c je me mis immédiatement en roule. Je fug condui^

« directement à Thôtel de M°** de Gesse, que M« de Bis-

( mark occupait à Versailles i rue de Provence t il était

c huit heures du soir lorsque nous arritions.«. •

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