‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 50 sur 98 · NEGOCIATIONS. — TRAITA POUR UN ARMISTICB DS · texte numérisé non relu

NEGOCIATIONS. — TRAITA POUR UN ARMISTICB DS

VINOV BT UN JOURS.

Première Journée*

(Lundi soir, dSJanTier.)

M. juiat Fam Cest dans ces conditiona que M. Jules Favre se pré* auprès de M. de Sentait à M. do Bismark| le 23 janvier, à 8 heures du

Bismark.

— 80ir«

irt joimée.

c J*ai été tout de suite introduit dans un petit salon, au premier étage de Thôtel » dit M* Jules Favre. Le comte est venu m*y trouver au bout de quelques minulesy et l'entretien a de suite commencé» < J'ai dit que je venais le reprendre où je l'avais laissé à Ferrières ; que si, en fait, la situation avait changé, en droit elle restait la même, et nous imposait à l'un et à l'autre de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour arrêter la guerre; que je venais l'éclairer sur la véritable situation de Paris , n'ayant de mandat que pour Paris y et ne pouvant en rie& engager la France ; qu'après plus de quatre mois de siège, de souffrances et de privations, Paris, \m d'être abattu, était plus que jamais exalté et décidé à une résistanoe à outrance*

c Je lui en donnai pour preuve la retraita du génml T rochu, forcé par l'opinion d'abandonner son commandement, parce qu'il avait pensé qu'il était maintenant difficile de livrer des actions offensives ; que cette opi^ nion était si violente, si unanime, que, pour avoir été

€ 8oupc<^né de ne la point partager , le Gouvernement

• avait étà exposé à une sédition facilement réprimée, c mais dont il fallait tenir grand compte oomme symp* c tome moral ; que, dans une telle situation, il était à t craindre qu'une population, exaspérée par le bombar-

• dément et par le sentiment patriotique, ne continuât € longtemps encore une lutte dans laquelle , des deux c parts, étaient sacrifiées de précieuses existences ; que t je venais savoir de lui quelles seraient ses conditions t dans le cas où Paris mettrait bas les armes , car la c connaissance de ces conditions, si elles étaient accep-

• tables, pourrait amener une solution moins sàn* « glanle.... »

M. de Bismark , après avoir écouté froidement tout au long M . Jules Pavre, lui dit brusquement :

« Vous arrivez trop tard, nous avons traité avec votre c Empereur ; comme vous ne pouvez ni ne voulei vous t engager pour la France , vous comprendrez sans peine t que nous cherchions le moyen le plus efficace de ter- € miner la guerre. ...»

Le coup était porté ; de toutes les catastrophes, la plus redoutée, pour le principal auteur du i septembre, était le retour de FEmpire ; l'homme qui s*était emparé du pouvoir de par les défaites de la Patrie, pouvait bien croire que d*auti^9 étaient prêts à ressaisir l'autorité suprême en s'élayant sur les victoires de Tennemi.

Sans arrêter au trouble de son interlocuteur, M. de Ëismark poursuivit :

c Vous avez amené par votre fait cet état de choses c facile à prévoir, et qu'il eût élé aussi sage que simple t d'éviter. Votre erreur a été de croii-e qu'après la eapi- € tulation de Sedan, il vous était possible de refaire des c armées ; les vôtres étaient complètement détruites, et c quel que soit le patriotisme d'une nation, elle ne peut

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« improviser des armées. Au commencement de la camc pagne , nous avons trouvé le troupier français avec « toute sa valeur.

<K Âujourd*hui , ceux que vous nous opposez ne man- « quent ni de courage ni d'abnégation, mais ce sont des « paysans et non pas des soldats ; ils ne peuvent tenir c contre nos troupes dès longtemps aguerries et facoo- « nées au métier des armes.... S*il suffisait de donner « un fusil à un citoyen pour en faire un soldat, ce serait « une grande duperie que de dépenser le plus clair « de la richesse publique à former et à entretenir des « armées permanentes. Or, c'est encore là qu'est la < vraie supériorité , et c'est pour l'avoir méconnue que c vous en êtes à la situation actuelle.... Vous vous êtes « honorés grandement par une résistance qu'à l'avance € je savais parfaitement inutile, et qui n'a été qu'un acte c d'amour-propre national. Maintenant, nous sommes € bien décidés à fini? la guerre , et nous voulons pour c cela chercher le moyen le plus direct et le plus sûr. « Ne trouvant pas en vous un gouvernement régulier, € nous le cherchons ailleurs, et nous sommes en négo- € dations assez avancées avec celui qui, à nos yeux, € représente la tradition et l'autorité. Nous n'avons, à « cet égard, aucun parti pris, et nous sommes en face de c trois combinaisons : l'Empereur, le Prince Impérial avec € une Régence, ou le prince Napoléon, qui se présente « aussi. Nous avons également la pensée de ramener c le Corps législatif, qui représente le gouvernement « parlementaire. Après sa dispersion , une commission c a été formée, à la tète de laquelle se trouve M. X..., c qui, je crois, est un honnête homme et un personnage c considérable. Nous pourrions nous entendre avec c lui : le Corps législatif traiterait directement la ques- « tion : on ferait nommer une Assemblée qui la traite-

c rait elle-même. Elle nommerait ainsi son Gouvernec ment, et nous aurions un pouvoir avec lequel nous

c pourrions conclure, etc., etc.. »

Évidemment, il n'y avait aucune négociation d'entamée au point de vue des trois combinaisons dont parle M. de Bismark ; mais ayant là une arme redoutable entre les mains, il en frappait tout d'abord son adversaire , lequel , étourdi , assommé par ce coup de massue, perdait la raison, et n'avait plus seulement la pensée de se défendre. . • Chaque fois que M. de Bismark voulait agir vigoureusement sur son interlocuteur, il renouvelait cette scène.... A Ferrières, lorsque le grand chancelier avait parlé d'un retour possible de l'Empire, M. Jules Favre , effaré , s'était écrié : « Mais nous ne

< voulons pas de l'Empire ; nous ne le laisserons pas

< s'installer. > — c Oh ! l'armée saura bien vous y con-

< traindre. »

Devant ce spectre de l'Empire, de nouveau évoqué à

Versailles, M. Jules Favre ne peut contenir son trouble, son effiroi. « J'ai exprimé à M. de Bismark, dit-il dans son livre, toute ma surprise qu'il pût songer encore à renouer avec la famille Impériale. L'impopularité qui la repousse est telle, que je considère l'hypothèse de son retour comme une chimère. Ce retour amènerait mfailliblement des déchirements intérieurs et le prompt renversement de la dynastie. »

< — Ceci vous regarderait , m'a répondu le comte ; un gouvernement qui provoquerait chez vous la guerre civile nous serait plus avantageux que préjudiciable, i^ « — Je l'ai arrêté en lui faisant observer que , même en écartant tout sentiment d'humanité , une telle doctrine était inadmissible ; que la solidarité unissait les nations européennes ; qu'elles avaient toutes intérêt à ce que l'ordre, le travail et la richesse fussent main-

nr. iy

DÉPEKSB DE PARIS.

k. de Bismark

exprime des doutes sur

l'obéissance de M. Gambetta

et propose de réunir Fan»

cien Corps Législatif.

c tenu0 papmi aUdt, et qu'on n# aaurmt acoepter un « système ayant pour conséquence d* entretenir un foyer c d'agitation au centre de VEurope. Kn surplus , ai«ge c dit , puisque nous parlons de la possibilité de constiç tuçr un gouvernement, je ne saurais comprendre pourf quoi vous n'appliqueriez pas les principes qui nous « régissent, en laissant à la France le soin de prononcer c sur elle-même par une Assemblée librement élue. C^est « là précisément la solution que j'ai toujours poursui*

< vie t que je iregrette amèrement de n'avoir pu faire « prévaloir. Je viens aujourd'hui encore vous demander c les moyens de l'appliquer, n

c — Je n'y répugnerais pas autrement, a répliqué le « comte, mais je: la crois maintenant tout à fait impos* « sible. Gambetta a partout fait régner la terreur. A • vrai dire, il n'est maître que du Midi ; dans le Nofd, « les populations sont plus prés de vous que de lui. Mais « là où il commande, il n'est obéi que par la violence. « Chaque commune est sous le joug d*un comité imposé

< par lui. Dans de telles conditions , les élections ne « seraient pas sérieuses. D*ailleurs, plusieurs de vos

< départements sont devenus des solitudes. Un grand

< nombre de villages ont entièrement disparu ; dans cet « état de ruine et de décomposition, il serait impossible € de consulter des citoyens par les voies ordinaires. Ne c pouvant faire une Assemblée , nous devons , si nous c en voulons une, la prendre toute faite.»

< *— Je me suis récrié « en Iqi disant qu'il traçait on « tableau de fantaisie; que malheureusement je recon^ c naissais toute l'étendue des dévastations de la guerre» 4 mais» que je n'admettais à aucun point de vue le régime « de terreur établi par Gambetta. Il a, au contraire, c partout maintenu l'exécution des lois. Il a certaine^ c ment exeité le smtiment patriotique , mais en eela il

DÉFENSE DE PARIS. tM

n'a ftdt que son devoli^, et té devoir serait C0lui de

rAsseinblée chargée de vider tôtited ces queitlofie*

c Pressé par M* de Bismark sur la oombiâaiâM de

la réunion du Corps législatif, f ai dit que je ne

pouvais ni de prés, ni da loin, m*y assooljr. Je là ti^u^

vais moins mauvaise que le retour d*un BouapArte au

milieu de bataillons allemands , mais je eroyais que

les membres de l'ancien Corps législatif , pai« toutes

sortes de ratsohs évidenteâ , sei^ai^t absolument dé^

pourvus d'autorité, â oe point que Je doutais qu^ils

osassent siéger ; que le Gouvernement actuel , dispa-^

raissant forcément , laisserait à la Prusse toute la res*^ m. jni«8 ratrê

ponsabilité de pareils expédients ; que Je ne pouvais rkié?^ê m! de

dono m'attacher ft une Idée autre que celle de la réUiiiod «t demande u

réanion

d'mié Assemblée élue dans le^ éouditlons ordinaires. ^'u^« nonyew

▲isemblée

Ce point posé, je revenais à la situation dd Paris, et w«>'«inent éiue.

je désirais connaître , si en voulait me le dire , les

conditions qui lui seraient ftdtes , s'il avait le lualhèlif

de se rendre.

c — n m'6at difficile de les préciser toutes, m'a dit le^

comte, parce qu'ici la question ifiilitaire domine let

question politique. »

f *^ Je lui ai demandé de s'expliquer, s'il le voulait/ m. juies Favre

- demande

sur le sort de la garnison, de la garde nationale, et tfur des exnuoubns l'entrée de Tannée prusâleune à Paris. » de i»^ji«>n.

t — Ce sont précisément des points sur lésqu^s nous «"*• nationale, ne sommes point encore fixés, le Roi, M. de Moltke et moi, m'a-t-il répondu. La garnison de Paris doit être prisonnière d'après les lois de la guerre, mais Id transe porter en Allemagne serait dans l'état des choses Un gros embarras. Nous consentirions à ce qu'elle restât prisonnière à Paris. Quant à la gaPâe nationale, elle m, de Bismark doit être désarmée et ce ne sera qu'après son désar^ désumer mement complet que nous accorderons à l^ris la gw«i* "^^naie

M. de Bismark itemande

des otages pour prècMer

leti troupes dans \en forts

qu'il croit minés.

M. Jules Parre

discute

les demandes

formulées

par

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