‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 51 sur 98 · I. de Bismark · texte numérisé non relu

I. de Bismark

PÉFENSE DE PARIS.

faculté de se ravitailler. Quant à l'entrée des troupes allemandes dans Paris , je reconnais qu'elle n'est pas sans inconvénient , et si j'étais seul à décider, je me contenterais de la possession des forts. Pour ces forts, nous prendrons des otages : les maires, les rédacteurs de journaux, les membres du Gouvernement; ils nous précéderont dans les forts, pour être sûrs qu'Us ne soient pas minés. >

c — J'ai interrompu le comte en lui disant que nous ne méritions pas une telle humiliation, et que si nous lui, donnions notre parole, il pouvait entrer partout sans crainte. cÂu surplus, ai-je ajouté, je suis prêt, de ma personne, à vous précéder partout. Je m'offre, et je suis sûr que mes collègues penseront comme moi, pour otage de toutes les résolutix)ns qui seront arrêtées en commun. »

c — Le comte a repris : — c Je vous concéderais la non-entrée dans Paris, mais le Roi et le parti militaire y tiennent. C'est la récompense de notre armée. Quand, rentré chez moi, je rencontrerai un pauvre diable marchant sur une seule jambe, il me dira : La jambe que j'ai laissée sous les murs de Paris, me donnait le droit de compléter ma conquête ; c'est ce diplomate, qui a ses membres, qui jn'en a empêché. Nous ne pouvons nous exposer à froisser à ce point le sentiment public. Nous entrerons à Paris, mais nous ne dépasserons pas les Champs-Elysées, et nous y attendrons les évé nements ; nous laisserons armés les soixante bataillons de la garde nationale qui ont été primitivement constitués et qui sont animés de sentiments d'ordre. » « J'ai combattu chacune de ces idées, et notamment celle qui concerne l'occupation de Paris ; j*ai dit au comte que c'était une question qui n'admettait aucun tempérament. Paris devait être ou non occupé, ou

occupé entièrement. La Prusse ne trouverait pas un pouvoir civil qui consentit à gouverner avec les canons et les corps ennemis aux Champs-Elysées. Si j'insistais pour que l'armée n'entrât pas à Paris, c'était par deux raisons. D'abord je voulais évitera Paris la dpur leur de voir l'armée allemande dans ses murs , et je croyais que la concession qui l'en éloignerait aurait dans l'avenir les conséquences les plus heureuses; puis j'étais épouvanté du contact des soldats allemands et de la population parisienne. Celle-ci était dans une telle irritation que ce contact pouvait donner lieu aux incidents les plus terribles, dont, pour ma part^ je ne prendrais jamais la responsabilité. Je ne voyais donc aucune alternative entre l'un ou l'autre de ces partis : occuper Paris en entier et le gouverner, l'administrer comme une ville conquise, ou n'y pas entrer. Dans le premier cas, le Gouvernement s'effaçait complètement, le vainqueur opérait le désarmement, prenait possession de la cité et se chargeait de sa police , ainsi que des grands services publics. Dans le second cas, les forts seuls étaient occupés, un Gouvernement nommé par Paris se chargeait de le gouverner, on lui donnait toutes les facilités pour le ravitaillement, et la garde nationale conservait ses armes. Quant à la ville , elle payait une contribution de guerre , un armistice était conclu, des élections appelaient une Assemblée qui se réunirait à Bordeaux et qui trancherait la question de la paix ou de la guerre, ainsi que celle du Gouvernement. En dehors de ces conditions, je ne voyais aucune conclusion possible. Paris continuerait à se battre, et s'il n'était ni secouru , ni assez fort pour repousser l'ennemi , il se rendrait à discrétion : la Prusse s'en arrangerait comme bon lui semblerait.

< Le comte m'a prié de lui mettre ces idées par écrit. ■. juiet Favra

lUt un

résumé de son

entreme

qu'il remet

au

grand obanœlter

Jd lui ai^féponda que cela me paraissait toqt A fait inulile.

« «^ C'est poui* moi « a-t-il répliqué , pour me peN mettre d*en causer avec le Roi , et me fournir des arguments. 1»

« ^- Je vous demie oè que vous me demandes , lui ai*je répondu. Je le livre à votre honneur personnel, non que j'aie aucune répugnance à écrire ce que je diSj «^ je voudrais que Paris tout entier assistAt a notre entretien, il serait juge des sentiments que j'y apîporte; -^ mais comme nous sommes en conversatlûn, et non encore en négociation, je ne puis, en ma qualité ôfiBoielle -, paraître livrer des bases qui, plus tard, peuvent ne pas être acceptées. »

c Le comte Ta compris : — ^ c Ce sera pour moi seul, m*a-t-il dit ; c*est ma parole de gentilhomme qui le garantit. »

t J'ai pris un crayon ; j'ai résumé en quelques li^es cé que je viens d'exposer, et nous nous sommes quittés â onze heures. » (&8 janvier.) {Simple BécU, Mae II.)

M. Jules Fayre ^ Lo lendemain, à une heure, l'entretien était repris : dê^ouyeâtt ' Le premier mot de M. Jules Favre est pour la chose

avec

M. de Bismark. ' qui somblo le préoccuper le plus. < Je ne voulais pas,

« dit-* il, laisser dans le vague l'éventualité d'une ' t manœuvre bonapartiste,* je priai donc M. de Bis- « mark, s'il n'y voyait pas d'inconvénient, de préciser ce c qu'il m'avait dit la veille a ce sujet , et de me faire « Connaître si hous avions à nous en préoccuper. »

M. de Bismark ayant déclaré que s'il parvenait à •s'entendre avec le Gouvernement de la Défense, il ne

songerait piui à entrer en potrrpariéfB a\M le parti bonapartiste I M. Jules Pavre aborda immédiatement les points essentiels de Tarmistice. Mais cette menace de FEmpire, toujours suspendue sur la tète de notre plénipotentiaire, n'a pas peu contribué, sans doute, à lui enlever une partie de son calme et de son sang-froid...

. Toutes les questions relatives i la durée de Tarmis^ tice, à la convocation de l'Assemblée, à l'entrée des Prussiens à Paris, à la livraison de l'armement, etc., etc., déjà discutées la veille^ sont reprises de nouveau.

La durée de l'armistice fut sans trop de difficultés fixée à trois semaines...

c Le débat, dit M. Jules Pavre, fut plus vif et plus v. de mim^k prolongé sur les questions qui touchaient a l'entrée le désarmemiint dans Paris, au désarmement de la garde nationale, «^^^ nationale. &u sort de nos prisonniers , et il ne nous fallut pas moins de trois journées de controverses, d'allées et venues de chex M. de Bismark chez le Roi, et de chez le Roi chez M. de Bismark, pour aboutir à une solution.

c M. de Bismark insistait pour Tinternement des troupes et des mobiles dans les camps de Gennevillîers et de Saint-Maur, et le désarmement de la garde nationale.

« — Vous ne savez pas ce que vous faites, disait le grand chancelier : vous ne songez pas au danger qu'il y a à laisser des troupes désarmées, désœuvrées, e^ contact avec une population démoralisée, surexcitée.... Vous ne voyez pas qu'aucun gouvernefnent n'est possible, ne restera debout, dans une ville aussi profondément troublée que Paris, tant que 300,000 citoyens sans discipline, animés dé passions démagogiques, resteront en armes. »

M. Jules FaTre

ne Tent pas condamner

la

garde nationale

à l'humiliation

de

déposer les

armes.

' M. Jules Favre répondit qu'il savait fort bien ce qa*il faisait ; qu*il avait confiance dans la population parisienne, qu'il ne condamnerait pas la garde nationale à rhumiliation de déposer les armes, etc.

Le 24, à 10 heures du soir, M. Jules Favre, de retour à Paris, rendait compte à ses collègues du résultat de 10 heures du soir, ses conférencos dans la séance ci-jointe :

netoar

de M. iules Favre

à Paris.

Séance

du 34 Janvier au

Ministère

de l'intérieur.

Séance du 24 janvier ^ au Ministère de F Intérieur.

Mardi, 10 heures soir.

€ M. Jules Favre rend compte de son entrevue avec M. de Bismark ; les renseignements fournis sont des plus tristes : les armées de province sont battues et en complète déroute sur tous les points , suivant les affirmations de M. de Bismark.

« Chanzy serait poursuivi, Laval occupé, et Tannée en retraite sur Rennes.

« Faidherbe, battu à Saint-Quentin, se serait retiré à Lille avec Gambetta, qui s*est rendu probablement près de lui pour le pousser en avant.

< Bourbaki serait encore en plus mauvaise situation, menacé qu'il est par les deux armées de Manteuffel et du général Werder.

« M. Jules Favre fait le récit de son voyage. Parti hier soir avec le capitaine d'Irrisson, à 5 heures et demie, il est parvenu à 8 heures au pont de Sèvres, qui n'est défendu que par deux faibles barricades ; il n'a remarqué aucune trace de défense sur la route de Versailles , sauf quelques murs crénelés entre Chaville et Sèvres. Il est arrivé vers 9 heures du soir chez M. de Bismark, et il donne lecture au Conseil de

la conversation qu'il a eue avec lui et qu'il a dictée an rentrant.

c Cette première conversation a duré trois heures et demie.

c II en résulte trois points de désaccord : l"" sur l'occupation de Paris ; 2^ sur le désarmement de la garde nationale ; 3* sur les élections, c M . Jules Favre apprend au Conseil que, dans une nouveUe entrevue, la question de la garde nationale a été vivement débattue.

< M. de Bismark s'était imaginé que les soixante bataillons de garde nationale formés par l'Empire ne demanderaient pas mieux que de se joindre à l'armée prussienne pour maintenir l'ordre et pour faire la police dans Paris.

t M. Jules Favre a répondu que ces soixante bataillons avaient autant de patriotisme que les autres, et il n'a pas admis de distinction dans la garde nationale, c On n'a pu se mettre ensuite d'accord à l'endroit de l'occupation de Paris ; mais M. de Bismark a consenti à ajourner les négociations entamées, Qt ayant pour but de reconstituer le Corps législatif de l'Empire sans recourir à de nouvelles élections ; à cet égard, il a demandé l'avis de M. Jules Favre.

t Celui-ci a répondu qu'une Assemblée déjà discréditée, mais reconstituée par la Prusse, provoquerait une résistance désespérée, et amènerait une nouvelle révolution.

c M. de Bismark a observé qu'un tiers des soldats prisonniers étaient décidés à défendre l'Empire, comme DBS PRÉTORIENS Qu'iLS SONT ; qu'uu autre tiers est républicain ou orléaniste; enfin, un troisième tiers indifTérent. Nous amènerons avec nous, a-t-ildit, le tiers bonapartiste^ et il nous aidera à mater les autres.

c M. Jules Favre déclare avoir d'aillenrB à se louer de la courtoisie de M. de Bismark, qui lui ft fait appo^ ter à manger sur le coin db la table devant laquelle ILS DISCUTAIENT, ET QUI l'a SERVI LUI-*llftlIB EN RENVOYANT LES DOMESTIQUES.

« M. Jules Favre fait part des étranges révélations de M. de Bismark sur les négociations déjà entamées avec M. le marquis de X..^^ sur le caractère duquel M. de Bismark lui a demandé son propre avis. « Un nouveau rendez-vous fut fixé pour aujourd'hui une heure.

« M. de Bismark a déclaré consentir à un armistice de trois semaines, avec élections et reddition de Paris. En môme temps, il a annoncé un bombardement à outrance, qui serait intolérable. L'armée de Paris serait prisonnière et divisée en deux corps ; quant aux officiers qui excitent leurs hommes à la guerre » ils seront internés à Saint-Denis. Enfln^ à Tégard de la garde nationale, il manifeste la crainte qu*eUe ne s'égraine en province pour y fomenter la continuation de la lutte.

c Après avoir reconnu que le grand honneur et le grand titre de gloire dans cette guerre, c'était qu'une grande ville comme Paris s'était défendue en maintenant Tordre, il a fini par consentir à ce que la garde nationale restât dans Paris en y conservant ses armes (1).

« Cependant, il insistait toujours sur l'occupation de

(1) Ceci est en contradiction avec le propre réoit de M. Jalea Farr^, disant qu'il a combattu trois jours pour obtenir que le désarmement de la garde nationale n'eût pas lieu (page 393). « Le débat fut beaucoup plus vif sur la question qui touchait à l'entrée dans Paris, au désarmement de la garde nationale. Il ne nous fallut pas moins de trois journées de oon* troverses, d'allées et venues de chez M. de Bismark chez le Roi, de chez le Roi chez M. de Bismark, pour abdUtir à une soltitioii. > {Simple Béeit,)

Paria. Sur l'observation qu'on ne pourrait mettre les troupes allemandes en présence de cette population pleine de patriotisme et. armée, M^ de Bismark a répondu : Eh bien ! laissons au temps le soin d'apaiser ces colères, et quand ces deux populations auront été plus en relation Tune avec l'autre, les préventions disparaîtront.

< Il a ajouté ; Mais étes*VQus sûr que vous serez obéi en province?

c M. Jules Favre lui a répondu franchement : Non , mais il s'est offert d'aller lui-même on province pour faire arrêter les hostilités.

« M. de Bismark ne consent d'ailleurs ft ne point occuper Paris pendant l'armistice qu'à là condition que tous les forts lui soient livrés, l'armement des remparts livré ou détruit, les officiers internés à Saint- Denis, et les troupes cantonnées ailleurs. Quant au ravitaillement, il ne peut qu'amener la libre circulation des chemins de fer du Nord et d'Orléans.

c M. le général Trochu croit à l'exagération des désastres des armées de province. Leur désarroi est cependant probable. Il indique la nécessité d'avertir la population, encore pleine d'illusions^ afin d'éviter des crises.

« M. Ferry est d'avis de tout dire à la population de Paris quant aux armées, et tout lui faire entendre quant aux vivres ; le plus grand danger pour Paris, c'est l'incertitude.

« M. Clément Thomas croit qu'il faut faire aussi conndtre la situation des vivres d'une façon exacte.

< M. Ferry pense que Paris ne s'attend pas même aux conditions qui laissent ses armes à la garde nationale. Les plus ardents parmi les maires ont déclaré

« eux-mêmes qu'il ne fallait tenter une sortie auprôme « qu'en cas de conditions honteuses.

« M. Picard, en présence du manque de subsistan- « ces, est d'avis d'accepter les conditions. Il cherche le « moyen de prévenir la population; il se demande s'il « ne faut pas recourir pour cela a une élection. Cepen- « dant, si les élus doivent compromettre les négociac tions, il pense que le Gouvernement ferait encore « mieux de tout prendre sur lui. L'armistice couvrira « la capitulation ; le maintien de l'armement de la garde c nationale sauvegardera t honneur. Il faut donc avertir « la population immédiatement après la conclusion du « traité, afin d'éviter les troubles.

c M. Picard signale, de plus, la gravité du danger

< d'avoir dans Paris une armée sans armes, à côté

< d'une garde nationale armée : cela pourrait entraîner c des désordres qui motiveraient l'entrée de l'ennemi, c sous prétexte d'y rétablir l'ordre.

« M. Simon déclare que quelque dures que lui seni- « blent encore les conditions de la Prusse, il les consi- « dére cependant comme inespérées, et il en examine « les raisons; il les accepte donc II craint, toutefois, c que la connaissance exacte de l'état des subsistances « ne rende M. de Bismark plus exigeant. Il redoute, t de plus, que l'ordre soit troublé, car la population « ne peut se décider à voir l'exacte vérité de la situat tion ; elle ne trouve pas avoir encorB assez fait , et

< elle critique le mode de défense,, ainsi que tout ce qui « touche aux actes du Grouvernement.

< M. Simon engage donc M. Jules Favre à rassem- « hier les journalistes autour de lui, et à leur dire la « vérité, afin qu'ils aident le Gouvernement à rensei- « gner la population, sans cependant instruire trop

M. de Bismark sur une situation qu*il doit encore ignorer.

c M. Arago partage Tapprédation de M. Simon relativement aux sentiments de Paris. La population croit qu'on possède encore des vivres, et lui-môme pense qu'on en a plus qu'on ne le suppose. Il faut donc renseigner Paris sur la situation des subsistances et des armées; mais il craint que le Gouvernement ne puisse avoir son assentiment sans un dernier effort. Dans tous les cas, il lui parait indispensable que la ville nomme ses mandataires pour capituler, c M. Simon demande qu'on fasse également connaître le temps assez considérable nécessaire pour le ravitaillement.

< M. Pelletan considère aussi les choses comme inespérées, mais il se demande comment les faire accepter ; une élection lui parait de nature à tout compromettre.

t Le Gouvernement doit assumer rapidement toute la responsabilité sans consulter la population, c M. Jules Favre indique que la conséquence de l'inacceptation des conditions serait la famine et le bombardement à outrance, tandis qu'il a obtenu la conservation de ses armes pour la garde nationale ; il ne désespère même pas d'obtenir cette condition pour une partie de l'armée.

c Quant à la difficulté pour l'ennemi du désarmement de la garde nationale, M. de Bismark lui a dit que rien ne lui serait plus facile, attendu qu'il ne donnerait un morceau de pain que contre la remise d'une arme entière ou brisée. Il croit qu'il faut encore voiler le manque de subsistances, mais accuser les désastres de province , et mettre ainsi en relief l'impossibilité et l'inutilité pour Paris de soutenir encore le siège.

Son avid est d'avertir les maires immédiatement , et de retourner dès demain à Versailles. II faut faire le traité, et appeler la population à le ratifier, si cela est nécessaire.

« M. Clément Thomas insiste pour que l'on eon^ voque les journalistes.

« M. Garnier-Pagès reconnaît qu'il n*espéraît pas ces conditions ; il est donô d'avis de les accepter. Ce qui lui paraît capital, c'est larmistice avec les élections ; il désirerait qu'il fût nettement stipulé que îesl troupes allemandes n'entreront pas dans Paris, «f M. Jules Favre répond qu'elles n'y entreront pas pendant l'armistice , on ne lui a rien promis pour la suite , bien qu'il espère qu'elles n'y entreront jamais. « M. Garnier-Pagès demande s'il ne serait pas possible d'obtenir également que tous les forts ne fassent pas occupés.

« M. Jules Favre déclare l'avoir demandé et s'être vu nettement refuser.

t M. Gamier-Pagôs n'est pas d*avis d'annoncer les nouvelles de province. M. de Bismark a refusé de communiquer les journaux français, c'est, sans doute, parce que ceux-ci ne confirmaient pas ses allégations. Son avis est de traiter sauf ratification ; il craint que consulter les maires et les journalistes, ce soit tout faire manquer ; il engage donc de ce côté â observer une grande réserve.

« M. le général Le Flô est généralement d*avîs d'accepter les conditions ; elles laissent intact ITionneur de Paris et de l'armée , bien que celle-ci en reçoive seule une certaine tache; il les accepte donc, mais avec douleur comme soldat, t M. Magnin se demande, en examinant les conditions € faites, si la France sera bien libre dans ses délibé-

DÉFEN8B DE PARIS. 306

rations. Cette Assemblée ne sera-t-elle pas là pour sanotlonner seulement les exigences de la Prusse? t Une autre objection : c'est que le Gouvernement va traiter pour la France, et que si elle ne ratifie pas le traité, Tennemi, maître des forts, sera maître de Paris. Il persiste dono à croire que Paris ne saurait être ainsi engagé, puis oonsulté après, c M. Pelletan fait observer qu'il s*agit de savoir si, oui ou non, Paris peut eontinuer a se défendre, c M. Jules Favre : Mais, enfin, que sf ipuleriez-vous ? c M. Magnin déclare qu'il ne pourrait donner sa isignature pour livrer les forts , car ce n'est pdis là un armistice, c'est une capitulation. Il observe, d'ailleurs, que n'étant que simple ministre il n'a pas le droit de voter.

« M. Dorian reconnaît la terrible situation de Paris , mais il n'en trouve pas moins grave de traiter sans le consulter. Il est persuadé que Paris , bien renseigné , admettrait le traité ; mais si on ne le renseigne pas , si on ne le consulte pas, il renversera le Gouvernement dans une émeute. La population se berce encore d'illusions à l'endroit des subsistances, et dés demain, à l'annonce des négociations, quantité de vivres cachés vont se montrer et contribuer à la maintenir dcms l'erreur.

< M. Magnin insiste également pour qu'on se fasse autoriser à traiter.

« M. le général Vinoy considère les conditions comme inespérées, et cependant il est convaincu que la Prusse désire de son côté ardemment la paix. La défense énergique de Paris et la formation* des armées de province ont certainement puissamment contribué à adoucir les conditions de M. de Bismark. Il y a donc eu grand avantage, à son avis, à combattre résolu-

ment jusqu*ici, mais la continuation de la lutte à Paris lui parait impossible, et il voudrait voir s'inscrire ceux qui persistent à réclamer de nouveaux efforts militaires. D'ailleurs le manque de vivres coupe court à tout.

< M. le général Vinoy signale Thumiliation qui résulterait pour l'armée de la clause qui lui enlève ses armes en les laissant à la garde nationale. « M. le général Clément Thomas fait observer que si la gendarmerie est comprise dans l'armée, il ne restera avec des armes que cette armée de la garde natiohale qui est aussi imparfaite au point de vue de l'ordre qu'en face de F ennemi, car s'il y a de bons bataillons y il y en a aussi de mauvais. II cite à cet égard des bataillons qu'on n'oserait jamais faire marcher pour le maintien de l'ordre; il demande donc qu'on obtienne de la Prusse que deux divisions au moins restent armées dans Paris.

« M. le général Trochu croit que la Prusse a hâte de voir finir la guerre et en particulier le siège de Paris. Il pense, comme M. Garnier-Pagès, que M. de Bismark possède tous les journaux qu'il a refusé de communiquer, et qu'il exagère les défaites, ainsi qu*il a déjà fait ; cependant le fond de ses allégations doit encore être vrai. Après avoir examiné la situation de Chanzy, Bourbaki et Faidherbe, il eu conclut que s'il ne paraît pas possible que Bourbaki passe en Suisse, il n'en est pas moins certain que sa situation est mauvaise en général, parce qu'il a toujours pensé qu'elle devait ressembler à celle de l'armée de Paris. «. Son avis est donc d'accepter les conditions, mais pas avec trop de précipitalion ; aussi ne juge-t-il pas qu'il faille aller dès demain à Versailles. Il croit important de prévenir, sinon de -consulter Paris qui est

déjà informé des négociations par les indications du ministère des affaires étrangères.

< Il vaut donc mieux renseigner complètement la population, attendre Teffet produit et n'aller à Versailles qu'après-demain, car il est évident que M. de Bismark nous tâte avec une sorte de bonhomie qui constitue sa principale habileté. Il cherche à nous effrayer et par l'exagération des mauvaises nouvelles et par la menace d'un bombardement aggravé. Déjà ce soir ils ont bombardé le 3* secteur, et ils viennent d'envoyer des projectiles du Bourget.

« M. Picard insiste, au contraire, pour négocier le plus tôt possible ; il croit que cette hâte de traiter peut être motivée près de M. de Bismark par la hâte qu'a encore la population de combattre. Tout retard lui semblerait un danger et une faute.

€ M. le général Trochu répond : Vous serez renversé demain avant d'avoir pu conclure votre traité, ou plutôt vous aurez été obligé de réprimer l'émeute. II vaut donc mieux prévenir Paris de manière à lui faire tout soupçonner, à lui faire comprendre les voyages de Versailles , pour ensuite traiter avec M. de Bismark une quantité de points laissés indécis ou suspendus, notamment l'occupation de Paris et le cantonnement de l'armée dans la boucle de la Marne et dans la presqu'île de Gennevilliers , humiliée, sans armes et sans secours pour son alimentation, comme sans ordre et sans dignité.

« M. Picard croit que si l'on avertit Paris on fait soimême, avant le traité, l'émeute que Ton veut éviter. Si on laisse planer l'incertitude, l'émeute ne se fera qu'après, si elle se fait; si on laisse à l'ennemi le temps de saisir le prétexte d'un événement quelconque, le traité est perdu, car il fera ce qu'il a fait avec

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