IV
822 DËFËNSE DE PARIS.
« sont écriés : « Tout est impossible y vous avez trop
« tardé , il faut aller à Versailles au plus vite » , alors
< que tous les assistants leur demandaient des plans « d'attaque et des projets de résistance énergique.
« M. Jules Favre lit un projet de note pour V Officiel, c pour indiquer les bases principales de Tarmistice.
« Cette rédaction est rejetée après avoir été fondue
< avec celle présentée par M. Jules Simon.
« M. le général Gallier est introduit. .
c M. Jules Favre lui expose la situation et lui dit ce « qu'on attend de son concours pour discuter et arrêter « avec l'ennemi les conditions militaires.
« Après une courte et nouvelle discussion sur la ré- « daction de la note à insérer à ïOfSciel, M. le général « Callier décline la mission qu'on veut lui confier, en c disant qu'il sera bien plus utile à son secteur qu'à « Versailles. De retour de cette mission, son commanc dément serait tout à fait impossible à Belleville.
« Le Conseil se rend à cette objection. II désigne M. le « général deBeaufort pour accompagner M. Jules Favre.»
(Séance levée à minuit et demi.)
Dans la nuit du 26 au 27, le général de Beauforl recevait du Gouverneur le télégramme suivant : « Je me « rendrai demain à 7 heures à votre quartier général « pour une affaire très-importante. »
Aussitôt arrivé, le général Trochu dit au général de Beaufort : « On est en pourparlers pour une convention. « M. Jules Favre s est déjà rendu deux fois à Versailles, « mais il y a des questions militaires à traiter et on a « jugé nécessaire d'adjoindre un général à M. Joies
DEFENSE DE PARIS. â23
< Favre. Le Gouvernement a pensé que vos antécédents, € votre position vous désignaient pour cette mission. « M. Jules Favre va arriver, vous partirez a^ec lui. » Le général de Beaufort, après avoir énergiquement re- sur les vives
instances
poussé la mission qu'on lui proposait, finit, sur les vives du ooavemeur instances du Gouverneur, par se décider à accompagner lccom*"^ne
ai, tlUieS r dvre. ^ Versailles
Le 27, à 2 heures, s'ouvrait la conférence. Il y avait M. de Bismark, M. de Moltke, le général Podbiesky et deux ou trois autres officiers; de notre côté, M. Jules Favre, le général de Beaufort et son aide-de-camp, M. Calvet, dont nous allons reproduire le récit, qui , au dire du général de Beaufort , « est d'une parfaite exac titude ».
« Nous nous sommes réunis, messieurs, dit M. de , ,^a<^.of?«
de rarniiBUce est
Bismark, pour discuter bona ûde les préliminaires de , . °*^*® ^
' *^ *^ trois semaines.
la convention établis depuis lundi, entre M. Jules Favre et moi. Je vais lire les divers articles de cette convention, et chacun d'eux sera successivement discuté, puis adopté. »
« L'article P' portait sur l'armistice, dont la durée, d'après les préliminaires, devait être de trois semaines. M. Jules Favre fit observer que la province n'en serait informée que dans deux ou trois jours ; qu'il y aurait donc lieu de prolonger, pour elle, la durée de la suspension d'armes d'une quantité égale. « Fixons le terme au 25 février, s'écria le général, ce sera une loi générale. »
< Les Prussiens s'y refusèrent ab^lument. Il fut convenu que la suspension d'armes durerait vingt et un
« jours, à partir de celui de la signature de la con-
« vention.
« Vint ensuite la question des armées belligérantes
« de province : chacune d'elles devait garder ses posi-
su
Ligne de démarcation
entre les deux armées.
Limites de la Touques
et do la Mayenne.
« lions et y rester. M. de Bismark demanda le tracé « d'une ligne de démarcation qui éclairât complètement tf les chefs d'armée et leur permît d'éviter les rencon- <c très. Cette proposition fut adoptée sans débat; le a général y donna son approbation, en ajoutant que les « armées belligérantes ne pourraient se rapprocher de « cette ligne de plus de dix kilomètres, ce qui mettait « entre elles une zone neutre de cinq lieues de large, c suffisante pour rendre les conflits impossibles. On « passa immédiatement après à l'étude de la carte et au « tracé de la ligne de démarcation.
« A l'Ouest, M. de Bismark, après avoir énuméréles « villes occupées par les armées allemandes, proposa « le cours inférieur de la Touques comme limite. Ce « premier point fut accepté sans conteste, sauf condi- « tiens ultérieures pour le Havre.
« Le chancelier de l'Allemagne du Nord , se basant « alors sur l'échec de Chanzy au Mans et sur sa retraite « derrière la Mayenne, demanda l'occupation du déparât tement de ce nom par les Prussiens. Le général s'éleva « vigoureusement contre cette prétention , attendu que « Chanzy occupait encore Laval , et après une légère « discussion le cours de la Mayenne fut admis comme « limite.
« Le général voulut ensuite, mais sans succès, rejeter « les armées allemandes sur la rive droite de la Loire. « MM. de Moltke et Podbieski, intervenant à ce sujel, « affirmèrent que la rive gauche tout entière du bassin « moyen de la Loire leur appartenait ; ils voulaient bien, « disaient-ils, faire des concessions, mais ils ne pou- « vaient abandonner la rive gauche du fleuve sans com- « promettre l'occupation, par leurs troupes, des villes de « Tours, Blois, Orléans, etc. L'otat-major prussien fut « inflexible sur ce point, qui était d'un intérêt capital
< pour lui. C'est alors que M. de Bismark, s'adressant •
fl au général, dit :
« Vous savez comme nous, général, que cette convention n'a d'autre but que de faciliter à la France les moyens de convoquer une Assemblée nationale qui devra décider de la suite des événements. S'il nous était démontré que cette Assemblée nous donnerait la paix, nous montrerions moins d'exigences et nous prendrions pour nos armées moins de précautions. « Malheureusement , nous ignorons tous ici quelles seront les dispositions de vos députés, et vous ne devez point vous étonner que nous tenions à conserver l'avantage de nos positions, en prévision de la continuation de la guerre. »
« Nul no peut prédire l'avenir. Excellence, répondit M. Jules Favre, et il est impossible d'aflirmer d'avance que l'Assemblée votera la paix ou la guerre; toutefois, j'ai la conviction sincère que le premier acte de l'Assemblée nationale serd de voter la paix. » « Devant cette opinion nettement formulée, M. de Limites d'Angers Bismark s'inclina. Quarré-ies-
Torahes, point de
« On reprit alors la carte, et on admit pour démarcation , jonnion des
* * départements de
au Sud, une ligne qui, partant d'Angers, irait rejoindre ae^ u^M^îre^it à l'Est, vers Quarré-les-Tombes, le point de jonction des ^^ ivonne. départements de la Côte-d'Or, de la Nièvre et de l'Yonne.
« A l'Est, l'état-major prussien proposa de laisser la du côté de i'esi.
question en suspens, jusqu'à ce qu'il reçût des com- les i^tincts du .
munications officielles, dont il manquait complètement, de BeSt, les
« Or, il ressortait des dépêches apportées à Paris par ne veuièm hier
*^ aucune lipne
le dernier pigeon, que la situation de Bourbaki était ^^ démarcation. très-périlleuse, par suite de l'échec qu'il venait d'éprouver à Héricourt, en essayant de débloquer Belfort. « Le général s'éleva donc avec énergie contre la Le générai de prétention des Prussiens. Il proposa de laisser à propôse^de
laisser
le département
du Doubs
à l'armée de
Bourbaki.
La décision relative à l'armée
de Bourbaki est renvoyée au
endemain 28.
Le cours de la
Sonfme
Mt pris comme
limite au nord.
Le général de
Beau fort obtient que la
lifirne de démarcation
autour du Havre passe
24 kilomètres des
faubourgs.
€ Bourbaki roccupation du département du Doubs, en « neutralisant les départements de la Haute-Saôné et « du Jura.
« Les deux armées sont peut-être en présence, dit « M. de Moltke, sur le point d'en venir aux mains ; il « serait donc impossible de les prévenir à temps. « D'autre part, les conditions cpie vous faites à Bour- « baki lui permettraient de se ravitaiUer et de recevoir « des renforts, ce que nous ne pouvons admettre. >
« Comme Ta dit M. de Bismark, s'écria le général en « se levant et se rapprochant du chef d'état-major « prussien, nous traitons hona ûde, et ne voulons point « violer un territoire qui sera fait neutre, pour envoyer « des renforts à Bourbaki. Laissez -lui au moins le « département du Doubs pour vivre : toute la partie •r sud-ouest de ce département est très-montagneuse et ff presque improductive ; M. de Moltke le sait aussi bien « que moi. »
« Sur les observations de M. de Bismark, la décision •f sur cette importante question fut renvoyée au lende- € main 28 janvier.
« ï)es explications données par M. de Bismark, il « devint constant pour nous que Faidherbe et son armée c (ainsi que la nouvelle en était arrivée à Paris) avaient c été rejetés sous les murs de Lille. On tomba d'accord « presque immédiatement, et le cours de la Somme fut « pris comme limite au nord.
« Dans l'article suivant, il était stipulé que le Havre « resterait en dehors de l'occupation allemande, ainsi « que le territoire environnant, dans un rayon de quatre « kilomùlres. Le général s'opposa formellement à la « ratification de cette clause ridicule, qui condamnait les « habitants du Havre (\ une vraie captivité dans les tf murs de leur ville, avec des soldats allemands pour
gardiens. Malgré Finsistance des Prussiens, qui ne voulaient pas, disaient-ils, abandonner Toccupation de Bolbec , il obtint que la ligne de démarcation passât à vingt-quatre kilomètres des faubourgs du Havre. I Cette question semblait vidée ; sauf quelques difficultés de détail, on s'était entendu sur tous les points. M. de Bismark fit alors observer à M. Jules Favre, que, par oubli, les préliminaires de la convention ne traitaient point des forces navales , auxquelles devait évidemment s'appliquer l'armistice. Il proposa comme Le mi-riiUen de ligne de démarcation le méridien de Dunkerque; wn de ugne* de
«f « 1 v^ ,. . . 1 . démarcation
M. Jules Favre accepta cette condition, qui devint un entre leg forces
* * navales.
nouvel article de la convention.
« Sur l'observation de M. Jules Favre, que Bourges m. de Bismark
était un point plus central que Bordeaux, et en même que^^i^ssembîée
temps une ville moins exaltée, M. de Bismark consen- réunie à Bourges.
lit à y voir transporter le siège de l'Assemblée.
« L'article suivant traitait de Paris. D'après les condi- tes forts de paris
1*.. Il* !• 1. doivent
tiens préliminaires, les forts devaient être livrés à Mre livrés à
* l'armée
l'armée allemande, qui occuperait les villages do la anomande. banlieue et aurait des postes à toutes les portes de l'enceinte.
« Le général protesta avec véhémence contre ces conditions, qu'il n'accepterait jamais.
< Vous voulez donc amener des conflits, s'écria-t-il, et faire assassiner vos sentinelles ? Qu'avez-vous besoin de garder nos portes? Pas un homme n'a pu franchir vos lignes depuis le commencement du siège. Aujourd'hui, vous occupez les forts, votre cercle est plus resserré que jamais, et vous voulez nous emprisonner! Jamais, je vous l'affirme, la population de Paris ne se résoudra à cette captivité. » (1)
(1) « T-c gonûpal pouvait tenir ce langaj^o énertrifine, car il avait laissé
DiscuBsion « À ce langage énergique, M . de Moltke répondit par
relative à la zone
neutre « un compliment :
entre les forts '■
de Paris. « L'armée de Paris est la meilleure que possède
« actuellement la France. Vous devez comprendre , gé-
« néral, que la prudence nous commande de prendre
c des précautions contre elle et d'empêcher qu'elle ne
« fonde entre nos mains pour aller renforcer celles de
« province. »
a Je vis alors une chose singulière : MM. de Moltke,
« de Bismark et Podbieski, réunis à l'écart et causant
« en allemand , calculèrent quelle pouvait être la hau-
« teur du rempart pour savoir s'il était possible de tirer
a de la ville sur les factionnaires prussiens. Le général,
« intervenant alors, leur dit que non-seulement on tire-
c rait des maisons voisines, mais encore des bastions
i latéraux ; que l'imprudence d'une mesure pareille était
c évidente, qu'il fallait renoncer à placer une sentinelle
« à nos portes.
A la demande du « Si Tarméo VOUS gêuo dans Paris, dit-il, prenez-la;
de Beaufort c ello VOUS appartient, puisqu'elle est prisonnière de
troupes ne sont « gUOrrO. »
*"^^7e8 \^îr *^ « M. de Moltke éleva alors la prétention d'en placer de saini-Maur. ^ }g nioilié daus la presqu'île de Gennevilliers et l'autre
« dans celle de Saint-Maur; les soldats y seraient c campes.
« L'hiver était alors dans toute sa rigueur. Le général « protesta au nom de l'humanité contre ce projet bar- « bare, et refusa avec non moins d'indignation le bara- « quement de la troupe que proposa ensuite M. de « Mollke.
croire aux Prussiens que Paris avait oncoro pour six semaines df farine, tandis qu'il n'en restait plus que pour six jours. Ainsi î?>xpliqurnt 1rs quelques concessions qu'on put arracher à rélal-major prussien. »
c C*est d*autant plus inadmissible, ajouta-il, que Tarmistice serait terminé avant. Touvrage. » « M. de Moltke aimait évidemment à marchander. Battu sur ce point , il exigea la livraison de 500,000 fusils. •
c Jamais le Gouvernement de la Défense nationale n'acceptera cette condition, lui dit M. Jules Favre. L'exécution en est impossible, car il faudrait désarmer la garde nationale. Nous préférons vous voir à Paris ; venez nous gouverner vous-mêmes. » € C'était le meilleur argument qu'on pût employer, car les Prussiens ne redoutaient rien tant que la population de Paris. Il fut donc stipulé que la garde nationale, une division de 12,000 hommes prise dans l'armée active, un corps de 3,500 hommes formé avec la garde républicaine, Ifes pompiers, les douaniers, eltt, et tous les ofQciers de la garnison , conserveraient leurs armes.
« M. de Bismark revint alors à la question de l'occupation du territoire situé entre les forts et l'enceinte ; il proposa de remettre la question au lendemain. Le général s'y opposa, et s'approchant de M. de Moltke, qui paraissait absorbé dans la contemplation de notre carte d'état-major :
c Vous savez aussi bien que nous, dit-il, monsieur de Moltke, que ces villages que vous voyez là, entre les forts et l'enceinte, sont encore occupés par leurs habitants ; ces malheureux trouvent à peine, au milieu de la dévastation qui les environne, de quoi suffire à leur propre existence. Ces villages forment d'ailleurs la banlieue immédiate de Paris. Leur imposer la charge d'une occupation militaire serait les condamner à la plus affreuse misère. »
« — Mais beaucoup de ces villages, répondit M. de
Une division
de 13,000 hommes
et un corps de 3,500 hommes
conservent leurs armes avec
la garde nationale.
Le général de Beaufort
demande & ce que
Ton établisse
immédiatement la ligne
de démarcation entre les
forts et Paris.
« Moltke, touchent les forts et en sont pour ainsi dire « des dépendances. »
« Prenant alors un crayon, le général répondit : « Ceux-là nous vous les abandonnons, mais nous vou- « Ions garder les autres ; à Touest, vos troupes ne dépasse seront pas la Seine, qui forme une excellente limite « du Point-du- Jour à Saint-Ouen ; prenez Saint-Denis, « mais Aubervilliers nouç appartient. »
« En parlant ainsi, le général traçait vigoureusement « au crayon, sur la carte du chef d'état-major général « prussien, une ligne de démarcation qui comprenait « les villages de Pantin, Montreuil, Fontenay-sous-Bois, « Charenton et Vincennes, Ivry, Montrouge et Vanves, € rasant le plus près possible tous les forts.
^ Je ne réponds pas, ajouta 1q général, qu'il n'y ait pas c quelques rectifications de détail à faire dans le tracé « de cette ligne, mais ce sont là des questions peu im- « portantes qui se décideront sur place, après la sîgna- « ture de la convention.
« M. de Moltke admit le tracé général de cette ligne
« et emporta la carte^ dans une pièce voisine. En ren-
« trant cependant, il se récria à propos de Vincennes,
« dont il voulait occuper le château. Le général lui per-
Vincennes n'est « suada quo l'occupation de ce fort, dont la position est
Bttx^Aiiemands. « exceptionnelle, n'avait pour l'armée allemande aucune
« importance, tandis que la population parisienne tenait « essentiellement à conserver Vincennes. Il l'emporta « encore.
« J'anticipe un peu sur la suite de ce récit, pour € joindre un document à l'appui de cette discussion.
€ Pour éviter tout malentendu et conserver les avan- « tages qu'il avait obtenus, le général, rentré le soir à « son quartier général, et ne voulant pas revenir le len-
« demain à Versailles, expédia la dépêche suivante à c M. Jules Favre :