QUARTIER GÉNÉRAL
t Général de Beaufort à M, Jales Favre.
« Neuilly, lo 27 janvier, 9 h. 15 du soir.
t N'oubliez pas le traité par lequel , sur la carte de M . de Moltke, j'ai circonscrit, autour de Paris, la zone dans laquelle les- Prussiens ne doivent pas pénétrer, du Point-du-^our à Saint- Ouen ; la Seine forme la limite qui comprend ensuite Aubervilliers et tous les villages situés en arrière des foiis de TEst, Vincennes et Gharenton. Sur la rive gauche, cette limite rase le plus près possible les forts et comprend tous les villages de la sone suburbaine.
« Db Beaufort. »
« La lecture de l'armistice, signé le lendemain et € publié par le Journal ofSciel , montrera jusqu'à quel
< point ces conditions ont été observées.
t M. de Moltke n'ayant plus d'objections à faire, rencointe doit
ôtro
( M. de Bismark continua sa lecture. Il fut convenu désarmée.
< que l'enceinte serait désarmée de ses canons ; il était « même stipulé dans les préliminaires que ces derniers « seraient placés dans le fossé du corps de place. Le « général démontra à M. de Moltke qu'il était aussi « impossible de placer les 2,000 canons de l'enceinte
< dans les fossés ,v que de construire à Gennevilliers t un baraquement pour 150,000 hommes. Il fut décidé
< que les pièces seraient démontées, laissées au pied
« du talus de banquette, dans la rue du rempart; que • « leurs affûts seraient livrés aux Prussiens et trans- « portés dans les forts qu'ils désigneraient à cet effet. « Ainsi, nous devions livrer aux Prussiens toutes les « armes des troupes actives, sauf celles de la division
a conservée, toute rartillerie de campagne, et démonter
ff notre artillerie de siège.
« M. de Bismark demanda alors si l'on fabriquait des
« fusils à Paris. Sur la réponse négative du général,
« il ajouta à la convention une clause qui interdisait,
« pendant Tarmistice, Tintroduction dans Paris d'ar-
« mes , de munitions et même d'engins servant à les
« fabriquer.
Les voies ferrées « Los voies forréos et fluvialcs , sur la demande de
s^it aiTectées « M. do Bismark , furent spécialement affectées au.ra-
exclusivement -x '^^ x i t* • i i i t «i '
au « vitaillement de Pans, pour lequel les autorités prus-
ravitaillementde . , . ^ i i» «i. » i •
Paris. a siounes étaient prêtes a donner toutes les facilites de- « sirables. Les routes furent réservées exclusivement « aux convois et à la circulation des troupes allemandes. « Les lignes du Nord et d'Orléans pouvaient être réta- « blies en deux jours. Celle du Nord avait très-peu souf- « fert, il n'y avait qu'un pont à réparer près de Creil « La ligne de Rouen, au contraire, était hors d'usage, « et cela pour de longs mois, tant on l'avait ruinée. « La ligne de Lyon avait moins souffert , mais exigeait « huit où dix jours de travaux.
« Bien que des navires eussent été coulés au-dessus « de Rouen, le lit de la Seine pouvait être dégagé, et « son cours utilisé pour le transport des denrées. Pour « Texécution de toutes ces réparations, le concours des « ingénieurs et l'aide des soldats allemands furent cour- « toisement offerts.
« A ce moment, les bases principales de la conven- « tion étaient posées. Les derniers articles, presque « exclusivement relatifs à des questions de détail, fu- « rent lus par M. de Bismark et ratifiés immédia- « tement.
Dissolution « Le chancolier, en exigeant la dissolution des corps
des corps francs. ^ ^^ fraucs-tirours , avoua que les troupes allemandes
« avaient eu beaucoup à souffrir des attaques incessantes de nos corps francs, surtout dans les Vosges, où ils avaient réussi à détruire un pont de chemin de fer.
« Telles furent les conditions de la convention qui a te générai de
Beaufort
mis fin à la résistance de Paris. A 5 heures du soir, refuse de revenir
le lendemain.
la discussion était terminée; il ne restait plus qu'à s'entendre sur quelques points de détail et à signer. Or, le général ne voulait à aucun prix que le dernier acte important de sa vie militaire, si honorablement remplie, fût Tapposition de sa signature au bas de la capitulation de Paris. Sur l'observation de M. de Bismark, qu'il fallait revenir le lendemain pour s'entendre encore sur quelques points et sij^ner (1) : « Je considère ma rude mission comme terminée, dit le général ; c'est au chef d'état-major général de l'armée de Paris qu'incombe le devoir d'apposer sa signature au bas de la convention. »
< M. de Bismark s'inclina ; on se salua mutuellement, et nous reprîmes en voiture le chemin de Sèvres. »
De retour à Paris en même temps que le général de Beaufort, M. Jules Favre rendait compte de l'entretien que nous venons de raconter dans la séance ci-jointe.
Vendredi 27 janvier, 9 heures 45 du soir.
« M. Jules Favre annonce qu'il est parti ce matin
< pour Versailles avec le général de Beaufort. Il in-
< dique le détestable passage établi sur la Seine, à « Sèvres, à l'aide d'un bateau troué de balles, et sans « cesse sur le point d'être submergé. Il indique à cet
(1) Voir aux pièces jusUflcallvcs n* XIX, le protocole du 26 janvier.
« égard avec tristesse combien il est frappé de notre « incurie et de notre imprévoyance, en face d'an en- « memi qui sait et prévoit tout.
« Dans son entrevue, à 2 heures, avec M. de Bis- « mark, il a examiné chacune des conditions. lia acquis « la preuve que les Prussiens occupent presque la moi- « tié de la France. Cependant, il est parvenu à déter- <c miner une zone neutre de 20 kilomètres ; la délimi- « tation réservée pour être tracée ultérieurement du c côté de Bourbaki , dont on prétend toyjours que la « situation est critique.
« Point de départ de l'armistice, le 28 ou le 27, sui- « vant le jour de la signature ; armistice étendu à la « marine.
c II a proposé comme lieu de réunion de TÂssemblée, « Bourges; ce qui a été accepté par M. de Bismark, « lequel a annoncé qu'une émeute, qu'on suppose être « réactionnaire, avait éclaté le 21 dans cette ville.
< Quant à Saint-Denis et Vincennes, M. de Moltke a « reconnu que la Prusse n'avait pas besoin de la ban- « lieue, du moment qu'elle possédait les forts.
c M. le général de Valdan est introduit et désigné « par le Conseil pour accompagner M. Jules Favre à la « place du général de Beaufort.
« M. Jules Favre ajoute que M. de Moltke exigeait a même que les sentinelles prussiennes fussent placées « aux portes de Paris ; il n'a cédé que sur l'observation « que tout serait abandonné en face de cette exigence, « qui constituerait un outrage, et qui provoquerait a chaque nuit à l'assassinat de ces sentinelles.
« Ce point ayant été réservé, on a continué à discuter « la situation de la garnison. Il a été accordé que les « officiers conserveraient leurs armes, et garderaient « leurs troupes, cantonnées, après désarmement, dans
la boucle de la Marne et dans la presqu'île de Gennevilliers.
« M. Jules Favre déclare avoir de nouveau insisté pour que la garnison tout entière conservât ses armes ; mais M. de Moltke lui a répondu qu'il ne pouvait consentir au maintien de Tarmement des troupes que si toute la garde nationale était désarmée. < M. Jules Favre ayant fait valoir rimpossibilité du baraquement, a enûn obtenu que les troupes désar^ mées resteraient dans Paris.
« Messieurs les généraux déclarent que cette solution, excellente politiquement, est déplorable au point de vue militaire.
« M. le général Trochu reconnaît que continuer la guerre est impossible dans la situation où se trouve la F'rance : l'armée, prisonnière de guerre, devra donc déposer les armes; mais il voudrait que ces armes fussent déposées à Paris même , et transportées ensuite dans les forts.
« M. le général Vinoy demande si l'on ne pourrait pas être autorisé sur parole à déposer les armes dans des magasins.
« M. Jules Favre, continuant son exposé, annonce qu'on a transigé en ce qui concerne le jet des canons dans les fossés ; les pièces seront retirées, et les affûts déposés dans les forts ; rarlillerie de campagne sera livrée à la Prusse, moins celle de la division restant armée, et celle appartenant à la garde nationale. « M. de Moltke a flni par ne plus demander l'occupation que des, villages situés sous les forts. « Les chevaux d'artillerie ne seront pas livrés ; M. de Bismark les exigeait. Il ne les a abandonnés que sur l'observation que ces chevaux étaient la seule nourriture de Paris.
« La garde nationale dé la banlieue pourra se retirer « dans Paris, si bon lui semble.
« M. le général Trochu demande ce qui a été convenu c pour les communications télégraphiques et postales.
« M. Jules Favre répond que M. de Bismark lui a c promis de résoudre ces deux * questions à sa satis- « faction.
« M. le général Trochu appelle l'attention sur la léléc graphie, indispensable pour les élections.
€ M. Jules Favre déclare que la plus grande difficulté « est de faire procéder à des élections dans la situalion € où se trouve la France. Cette difficulté, il faut pour- « tant Taborder, pour sauver la France. Que feront « MM. Thiers, Grévy et de Talhouet?
« Déjà , M. Tamiral Fourrichon a discuté la délé- « gation.
« Quant à l'indemnité de guerre, on demandait « 500 millions; il a fait maintenir 200 millions seu- « lement.
« M. de Bismark a terminé cette discussion vive et « longue par une plaisanterie qu'il a qualifiée de se- « rieuse. Il a demandé qu'on lui livrât comme otages les « journalistes, avec lesquels, a-t-il dit, on ne pourra « jamais maintenir Tordre pendant l'armistice.
« M. Garnier-Pagès demande dans quelle ville sera « convoquée l'Assemblée ; il déclare préférer Bordeaux.
« MM. Ferry, Pelletan, Dorian, se prononcent dans c le même sens.
« M. Jules Favre fait observer qu'à Bourges on subi- « rait une moins grande pression en faveur de la paix, « mais il reconnaît que la ville ne pourrait suffire à « loger les députés.
c La convocation à Bordeaux , mise aux voix , est « adoptée.
DEFENSE DE PARIS. 3âl
c On annonce au Conseil que des groupes se forment à la rédaction du Siècle, et que Ton parle pour demain d'une grande manifestation sur la place de rOpéra. Les amiraux prendraient la direction d*un mouvement de résistance à outrance.
€ M« Ferry propose au Conseil l'approbation immédiate des conditions apportées par M. Jules Favre. < M. le général Trochu prie M. Jules Favre de surveiller attentivement la forme dans laquelle seront exposées ces conditions.
c M. Ferry signale avec émotion quel est le trouble plein d'angoisses patriotiques des chefs de bataillon ; il faut leur dire que le Gouvernement souffre de leur douleur, mais que l'honneur a été sauvegardé, et que jamais place de guerre n'a obtenu des conditions aussi dignes et aussi favorables..
c M. Garnier-Pagés indique la nécessité impérieuse qui exige que plusieurs membres du Gouvernement se rendent en province, pour y faire obéir les décisions prises, et pour combattre, au besoin, les menées monarchiques. Il propose de partir, et il crpit que trois ou quatre membres du Gouvernement devraient en faire autant.
c M. Jules Favre croit que le grand péril et les grandes difficultés sont à Paris, ville assiégée sans l'être, et en proie à toutes les excitations. Il pense que la Délégation a, depuis quelque temps, abandonné Paris, et^que M. Gambetta en a pris son parti; aussi ne veut-il point d'élections, et s'y opposera-t-il trèsprobablement. Donc, suivant lui, tout est à faire à Paris, et il demande, instantanément, qu'on nomme un ministre de l'intérieur, ses occupations au Ministère des affaires étrangères ne lui permettant pas de remplir convenablement cet intérim.
DKFENSB DB PARIS.
c M; le général lA Fia âédare que e'est Tannislice qui ftauvera les armées de pix)vmce désoi^aniiteft et battues. La France veut sortir de cette horrible situation, et elle sait qu*eUe n'en sortira que par la oonvo^ cation d'une Assemblée.
t M. Jules Favre demande par quelle combinaison on pourrait quitter Paris sans le laisser dépourvu de gouvernement.
t M. ÀragO pense quMl faut nommer un Conseil municipaL
i M. Jules t^^avre demande si les membres du Gouvernement doivent accepter des candidatures de l'Assemblée nationale"?
« Quels sont ceux qui iront en province , et quel gouvernement êlablira-t-on à Paris ?
« M. Picard trouve que ne pas être candidat ne lui parait nullement résoudre la question d'absence de Paris. Suivant lui, au contraire, le suffrage universel doit être juge du Gouvernement.
c M. Jules Favre considère que la future Assemblée s'occupera, sans doute, fort peu de Juger le Gouvernement, en présence des grandes et douloureuses questions à traiter*
< M* Garnier^Pagès insiste en disant qu'il ne s'sgit pas de partir pour aller siéger à l'Assemblée , mais bien pour se rendre en province, afin d'y proidre les mesures préparatoires destinées a combattre les menées des hommes qui n'attendent peut<^tre pas la réunion de l'Assemblée pour agir et faire triompher leurs idées monarchiques.
c M% Jules Favre cx)ntinue à se montrer préoccupé de la dififioullé 'de quitter Paris pour w rendre A VKssemblée*
DÉPENSE DE PARIS. a«)
« M. Pioard n'admet pas que ks membrw du Goii-
« vernenient ne soient pas éligibles.
c M. Arago flEut observer que si les membres du Gou-
< versement ue sont pas éligibles, du jour où les dépu^ c tés de Paris sMùnt élus, le Grouveraement n'aura plus
< aucun pouvoir . Il voudrait des élections municipales*
( M» Picard n'est pas d'avis de faire procéder à des I élections municipales ; mais il indique que l'Âssem- « blée nommera un pouvoir, et qu'en attendant, le
< Gouvernement laissera Paris entre les mains des dé^ « légués.
c Solution journée. »
JOURNÉE DU 28 JANVIEB.
Le 28 au matin, le général de Valdan reçut l'ordre Le
, „ «.«,«-1 •« général de Valdan
daller accompagner M. Jules Favre, pour régler avec accompagne rélat-major prussien les conditions de détail pour l'exé- i vereaiues. cation de l'armistice en ce qui concernait les fedts mili*' taires pour Paris.
« Jen'avais A m'oecup^, dit le général de Valdan dans sa déposition , que de la ville de Paris , j'ignorais ce qui s'était passé ai province. Quant à l'cumée de l'Est, il n'en a été question que pour ajourner la déoision. »
Ainsi, le 27, malgré les vives instances de M. le gé« on convient de
nouyean
Qéral de Beaufort, on ne parle de l'armée de l'Est que qne la question pour remettre la question au lendemain , et le lende- à ramée de i*E8t main , 28 , devant le général de Valdan , appelé à rem- encore ajournée placer le général de Beaufort, il n'en est pas question. t II fut convenu, dit M. Jules Favre, que la détermi* nation de la zone pour l'armée de l'Est serait faite lorsqu'on connaîtrait mieux les positions respectives des belligérants, et qu'alors cesseraient les hostilités* Le
3i0 DÉFENSE DE PARIS.
représentant de Tautorité militaire était près de moi, et ne fit aucune observation. >
Si M. le général de Valdan n*a pas fait d'observation, c est qu il ne savait pas, comme M. le vice-président du Conseil, c que Tannée de Bourbaki n'avait plus de refuge qu'en Suisse. » (1)
11 est éubii Dans cette même journée du 28, tout en consentant à
d'un
commun accord excoptor l'arméo de TEst de Tarmistice, M. Jules Favre
que *^
^^raîEuTrer' demanda que le tracé des lignes de démarcation entre
^^^^dÎM*^"* les armées belligérantes, dans les départements du
î^î'Sî;iî•o^' Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or, fût effectué aussi-
'd1f?lra1^^?^ tôt que les parties contractantes seraient renseignées
sur la situation des opérations militaires en, cours d*exécution... Mais il fut ajouté, d*un commun accord, la disposition suivante : « Les opérations militaires eontinueront dans le Doubs, le Jura, la Côte-d'Or, indépendamment DE l'armistice, jusqu*au moment où Ton se set*a mis d'accord sur le tracé réservé a une entente ultérieure des lignes de démarcation... »
Ainsi, d'une part, il est dit que la détermination de la zone neutre aura lieu dans F Est aussitôt que Ton sera renseigné sur la situation des opérations militaires; de l'autre, qu'en attendant ces informations, les opérations engagées continueront indépendamment de l'armistice...
c Évidemment, les généraux allemands n'avaient qu'à c se conformer à la seconde partie ; ils n'avaient pas à
(1) M. Ulric Perrot. — La voUlc, on avait ajourné les négocialioDS parce que, disait-on, on ne savait pas oîi était l'armée do l'Est. N'a-tron pas parlé devant vous des nouvelles qu'on en avait reçues?
M. le général de Valdan/ — Non, monsieur.
Voir aux pièces à l'appui n* XVIII, déposition du général de Valdan devant la Commission d'onquctc.
« tenir compte d'une aulre clause formulée en vue d'une c situation qui n'existait pas. » (1) Le général de Valdan, dans cette même conférence , Le générai de
^ Valdan demande
demanda, conformément aux instruclîons pressantes du geconde^ditision général Trochu, le maintien d'une seconde division dan^ipîris^îîfde pour la conservation de Tordre intérieur. '*"**^® ^*''"^^-
M. le général de Moltke demeura sur ce point inflexible. On convint que les forts seraient occupés par les Allemands le lendemain, 29, à 9 heures du matin ; on stipula la manière dont cette occupation se réaliserait ; on régla les routes par lesquelles il serait permis de sortir de Paris et d'y entrer ; on détermina enfin les détails d'exécution relativement à la remise des armes.
< Tout étant convenu, le traité fut signé. Il était m. Juies Fayre
signe le
H heures et quart du soir. M. le comte de Bismark, traité darmigtice
s'adressant alors à M. Jules Favre, lui dit : « Avez-
< vous un cachet? C'est l'habitude des chancelleries que
« pour des actes de celte importance, il y ait apposition
« de cachets. » M. J. Favre répondit : < Je n'en ai pas. »
Mais il tira une bague : « Cela vous suffit-il ? — Par-
« faitement, > répondit M. de Bismark.
Les cachets mis, le négociateur français manifesta le désir do faire parvenir à Bordeaux la nouvelle de la conclusion de l'armistice. Il demanda deux sauf-conduits, l*un pour un membre du Gouvernement, l'autre pour un officier qu'il se proposait d'envoyer près de la Délégation.
< M. de Bismark m'offrit alors, dit M. J. Favre, d'ex- m. juies Favre
envoie
« pédier une dépêche télégraphique â Bordeaux. Nous une dépêche h
* rédigeâmes ensemble, en présence du général de '**'**Jn2n*"* "
• Valdan, cette dépèche. M. de Bismark la contre- »**r»ni8tice et ne
* pas mention de
— 1 — — __^__^__« l'exception
relative à l'armée <1) Rapport du comte Dam. de l'Est.
[i) Voir aux pièces jusUflcatives n* XX, la convention du 90 janvier.
« signa et se chargea de la faire parvenir à sa destiua- « tion. »
Elle était ainsi congue :
Nons signons aujourd'hui un traité ayec H. de Bismark. Un armistice de vingt et un jours est convenu; une Assemblée est convoquée à Bordeaux pour le 12 février. Faites connaître cette nouvelle à toute la France. Faites exécuter TarmisticOi convoquez les électeurs pour le 8 février. Un membre du Gouvernement va partir pour Bordeaux.
Signé : J. Favrb.
M. le comte de Bismark contresigna oette dépêche pour Texpédition.
La dépêche ainsi formulée ne mentionnait aucone exception et signifiait, par conséquent, que Tarmistice était applicable à toutes les armées, à celles de FEst, aussi bien qu'à celles de la Loire et du Nord.
« Je prends la responsabilité de cette dépêche, dit c M. J. Favre dans sa déposition, mais je vous déclare c qu*en ce moment j'étais dans un très-grand état de « trouble.
« Je ne sais pas si M. de Bismark m'a dicté cette « dépêche, mais je l'ai écrite avec une humiliation « amêre que rien ne peut rendre. Ecrire ainsi sous les « yeux de cet homme, c'était horrible ! »
' Dans une lettre annexée à sa déposition et adressée au président de la Commission, M. J. Favre a donné une autre explication de ce fait : '
« Loin de croire nécessaire, a-t-il dit, de mentionner «l'exception relative à l'armée de l'Est, je supposais
« qu'en annonçant rarmistioe d*une manière générale, c en donnant Tordre de Pexécuter, Tarmée de TEst y c était comprise ; que la clause restrictive de la oonven» « tion disparaissait et que la délimitation de la Eone i resterait seule ajournée jusqu'au moment où Ton recet vrait les informations attendues. Cette dépêche étant « revêtue du contre-seing de M. de Bismark, Tarmée c de TEst ne me paraissait plus menaoée. »
A une heure du matin, M. J. Favre était de retour à Paris, où l'attendaient impatiemment les membres du Gouvernement.
n apportait le traité conclu et signé.
Il ne pouvait donner aucune nouvelle des armées de province. On lui avait assuré que les fils télégra* phiques étaient coupés par les francs-tireurs et que les communications étaient complètement interrompues entre Versailles et Belfbrt. Il déploya les cartes sur lesquelles se trouvaient Indiquées les parties de la France qui allaient être occupées par Tennemi et les zones que Ton devait neutraliser. Il demanda au général Le Flô de vouloir bien se charger d^assurer l'exécution de cette partie de la convention.
Lecture fut ensuite donnée du texte du traité, tel qu'il venait d*ètre définitivement arrêté en vertu des pleins pouvoirs que le Conseil avait conférés à son négociateur. Puis M. J. Favre sollicita le départ immédiat pour Bordeaux d*un officier et d*un membre du Gouvernement pour assurer l'exécution de la convention hors de Paris.
Cependant M. Qambetta avait reçu, à 8 heures du matin, la dépêche laconique que M. J. Favre lui avait adressée de Versailles, et que M. le comte de Bismark avait expédiée à H heures 20 minutes du soir. Immédiatement, M. Gambetta avait fait connaître A la France
M. Jules Favre
revient
à Paris dans la
nuit
du 28 au 39.
Le 29.
à 3 heures du
matin, M. Gambetta
reçoit
communication
de la
dépêche de
M. Jules Favre
il la
48 heures
s'écoulent et le
GouTernement
ne dit rien sur
Texception
relative à Tarmée
de l'Est.
fait connaître à Timporlaiite Houvelle gui lui était transmise et avait
toutes '■
i«8 armées et doDiié Tordre à tous les généraux de suspendre les
France entière. hostiUtéS.
Quarante-huit heures s* écoulèrent, et pendant ce temps le Gouvernement resta muet, la Délégation demeura sans nouvelles de Paris. En vain elle télégraphia dans tous, les sens, à tous nos agents, pour tâcher d*avoir des renseignements ; elle n'en obtint aucun, c Le membre du Gouvernement, dont on avait annoncé le départ, n'arrivait pas, et sa présence n'était signalée sur aucun point du chemin de fer. M. Gambetta s'en émut. > Il écrivit à M. J. Favre, le 30 janvier : « J'ai reçu le télégramme adressé par vous à la Délégation de Bordeaux, le 28 janvier, à 11 heures 15 du soir, et parvenu a destination à 3 heures du matin ; le 29, nous l'avons porté sans commentaires, en le certifiant conforme, à la connaissance du pays tout entier; depuis lors nous n'avons rien reçu. Le pays est dans la fièvre, il ne peut se contenter de ces trois lignes. Le membre du Gouvernement dont vous nous annoncez l'arrivée, et dont vous ne nous avez pas dit le nom, n'est pas encore signalé par voie télégraphique, ni autrement, aujourd'hui 30 janvier, à 2 heures. Cependant, il nous est impossible, en dehors de l'exécution pure et simple de l'armistice par les troupes et dont nous avons assuré le respect, de prendre les mesures administratives que comporte la convocation des électeurs, en l'absence de toutes explications de votre part et sans connaître le sort de Paris. » La réponse à cette dépêche arriva à Bordeaux le 31 janvier, mais cette réponse était signée par M. de Bismark, et non par M. J. Favre; elle était datée de Versailles, 12 heures 15 du matin, et conçue dans les termes suivants :
« Votre télégramme à M. J. Favre, qui vient de quitter Versailles; lui sera remis demain matin à. Paris. A titre de renseignement, j'ai Thonneur de vous communiquer ce qui suit : L'armistice conclu le 28 durera jusqu'au 19 février. La ligne de démarcation, séparant les deux armées, part de Pont-l'Évéque, etc. Les hostilités continuent devant Belfort et dans le DoubSy le Jura et Côte-d'Or, jusqu'à entente. Assemblée nationale' à convoquer; reddition de toute la population de Paris ; armée de Paris prisonnière de guerre, sauf effectif nécessaire pour maintenir sûreté intérieure ; la garde nationale reste armée. Les troupes allemandes n'entreront pas en ville pendant l'armistice. Paris ravitaillé. Circulation libre pendant les élections. »
Ainsi, M. J. Favre avait télégraphié, en termes généraux, qu'un armistice de vingt et un jours avait été conclu, et que cet armistice devait être exécuté partout. On avait obéi à son ordre; et voilà que M. de Bismark écrit à M. Gambetta que les hostilités continuent devant Belfort, dans le Doubs^ dans le Jura et dans la Côted*Or jusqu'à entente ultérieure et définitive.
Au même moment, M. le général Chanzy transmettait à la Délégation le texte même du traité, dont 11 avait reçu communication du prince Frédéric-Charles, et dans lequel on lisait :
« Art. 10. — Les opérations militaires, sur le ter- € raîn du Doubs, du Jura, de la Côte-d'Or, ainsi que c le siège de Belfort, continueront, indépendamment de < l'armistice. >
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour M. Gambetta. L'armée de l'Est n'était pas comprise dans l'ar-
aie DÉFENSE DE PARIS.
mistice ! II ne Tavalt pas su ! Il adressa immédiatement, à M. J. Favre, une lettre irritée :
c L*ajoumement inexplicable, auquel votre télégramme ne faisait aucune allusion , des efTets de Tarmistice, en ce qui touche Belfort et les dépv«irtements de la Cdte-d*Or, du Doubs et du Jura, donne lieu aux plus graves complications. Dans la région de TEst, les généraux prussiens poursuivent leurs opérationg sans tenir compte de Tarmistice, alors que le ministre de la guerre, croyant pleinement aux termes ie votre impérative dépêche, a ordonné a tous les chefs de corps français d'exécuter Tarmislice et d*arrêler leurs travaux, ce qui a été exécuté religieusement PENDANT 48 HEURES. Il faut sur-lo-champ fixer Tapplication de l'armistice à toute la région de TEst et réalisoft comme c'est votre devoir, cette entente ultérieure dont parle la convention du 28 janvier. Entra temps, nous autorisons les généraux français à conclure des suspensions d'armes d'une durée nécessaire pour nous faire parvenir et nous communiquer les lignes de démarcation arrêtées ou proposées par eux. Je vous prie de me faire prompte réponse. »