‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 55 sur 98 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

COUP d'œil sur la situation DE l\rmée de l'est

Maintenant que nous avons établi jour par jour les graves événements qui se sont succédé à Versailles, nous sommes forcément amené à dire un mot de la situation de l'armée de l'Est, afin de bien établir qu'elle pouvait retraiter tout entière sur Lyon, si à Versailles on avait seulement pensé à elle . . .

Le 27 janvier, à 3 heures du malin, le général Clin- **'*d\^^**" ohant recevait Tordre de prendre le commandement de ***™*® ^^ ^'^^' rarmée de l'Est

Suivant une décision prise antérieurement par le "ciiScStS^ général Bourbakl, dans le conseil de guerre du 25, le pourBuit^rexécunouveau commandant en chef de la 1" armée décide que ^"rStmto^*^ l'on marchera sur Lyon par la route de Champagnole. générai eôurbaki

Le général auxiliaire Cremer, continuant à exécuter cremcr Tordre qu'il avait reçu le 26, se porle sur Salins, point **^*f s^JS-^fg"^''^ stratégique qui nous garantissait la route de Champa- P*noM"e^nfèv2"* gnoIe. • . mais devancé à Salins par Tennemi, Cremer ^ cKpagnoîe? ne peut accomplir sa mission (1).

La route de Champagnole perdue, le général Clin- u rouu chant donne ses ordres le 28 pour concentrer toute son , p«rdue.

'- Ia général

armée autour de Pontarlier et retraiter par la route de la ^^^^^^^^'^'^^^^ Mouthe, courant parallèlement au Jura (2). Cette route occuper^ie^défiié de la Mouthe ou de la Montagne, passant par Mouthe, ©i s^ntaM^ent. la Chaux-Neuve, Foncine, Saint-Laurent, Saint-Claude, est très-bonne et praticable aux voitures... A la Chaux- Neuve se détache un chemin intérieur, très-bon pour Tînfanterie et la cavalerie, qui traverse la Chapelle-des- Bois, Morez et Gex. . .

Ainsi, le 28 nous avons encore une très-bonne route, partout carrossable, qui, à 30 kilomètres de Pontarlier, se subdivisant en deux, permet un écoulement facile et rapide.

Pour tenir cette route, il suffît de garder les défilés de Bonnevaux, des Planches et de Morillon.

Le déûlé de Bonnevaux fait communiquer la route de la Mouthe à celle de Champagnole-Pontarlier par Censeau, Bonnevaux et Vaux.

(1/ Salins se trouve a la bifurcation de deux routes qui viennent aboutir à la route de Pontarlier à Cliampagnolc. ■ (È) Voir croquis n* 20 bis.

Le général

Clinchant

8*appr était à se

mettre en marche par

le chemin de la Moathe

quand

il reçoit une

dépèche

de M. Gambetta

lui

disant que yn

l'armistice il doit rester

dans ses positions.

Les défilés des Planches et de Morillon mettent en communication les deux mêmes routes par la grande voie Champagnole, Gise, Saint-Laurent, et par le chemin Syam, les Planches, Foncine-le-Bas.

Ce même jour, 28, le général Clinchant prescrit a Cremer d'aller occuper, sans retard, avec Tune de ses brigades et 700 cavaliers, les défilés ci-dessus désignés... ces points solidement gardés, la route de la Mouthe, protégée par une chaîne de montagnes presque infranchissable, se trouvait à Tabri de toute tentative.

Le 29, Cremer arrivait aux Planches ; il devait immédiatement avertir le général Clinchant si Tétat des routes permettait d'y engager l'artillerie. Dans le cas où il y aurait impossibilité, le commandant de la 1** armée devait laisser toute son artillerie sous la protection du fort de Joux, et filer avec son infanterie et sa cavalerie.

Le 29, dans l'après-midi, le général Clinchant, bien que n'ayant reçu aucune nouvelle de Cremer, allait se mettre en marche, en faisant commencer le mouvement par l'infanterie, quand il reçut une dépêche de M. Gambetta, annonçant la conclusion de l'armistice.

29 janvier.

Guerre an général Clinchani.

Un armistice de vingt et un jours vient d'être conclu par le Gouvernement de Paris. Veuillez, en conséquence, suspendre immédiatement les hostilités, en vous concertant avec le chef des forces ennemies en présence desquelles vous pouvez vous trouver.

Vous vous conformerez aux règles pratiques suivies en pareil cas.

Les lignes des avant-postes respectifs des forces on présence seront déterminées sur-le-champ et avec précision, par l'indication des localités, accidents de terrain et autres points de repère. Le procès- verbal constatant cette délimitation sera échangé et signé des deux commandants en chef ou de leurs représentants.

DÉFENSE DE PARIS. d49

Aucun mouvement des armées, en avant des lignes ainsi déterminées, ne peut être effectué pendant toute la durée de Tarmistice. Il en est de môme du ravitaillement et de tout ce qui est nécessaire à la conservation de Tannée, qui ne peut non plus s'effectuer en avant desdites lignes.

Donnez également des instructions aux francs-tireurs, afin d'éviter toute difficulté ultérieure.

Comme le général Clinchant recevait cette dépêche, sn même temps il apprenait que le général Dastugue qui tenait le défilé dépéciie annon-

wAUw

de Sombacourt au nord- ouest de Pontarlier sur la route l'armwticr. le

général

de Salins, s'était laissé surprendre par Fennemî, qu'il roce^va?MrJioQavait perdu la position et une partie de sa division. ^e^jj.'® ShrSSoiii

avait

Devant ces faits : armistice annoncé par le Gouverne- ^lé attaquée

a Sombacourt, au

ment et attaque de l'ennemi , deux hypothèses étaient ^^ pSSuriier admissibles... ou le télégramme adressé de Versailles au général de ManteufTel, pour annoncer l'armistice n'était pas encore arrivé, ou le général de Manteuffel, bien que prévenu de l'armistice, avait attaqué Sombacourt afm de resserrer de plus en plus l'armée française dans ses cantonnements et augmenter ses difficultés de ravitaillement.

Le général Clinchant rend compte immédiatement au u générai ministre de la guerre de raffaire de Sombacourt et rend cLpte de

l'afTaire

adresse une lettre par parlementaire au général Man- ^e sombacourt à

- . 1 , Gambetta

teuffel pour faire cesser ces malentendus qui, à son ®^*î^'**{î^ ^

avis, ne pouvaient être de longue durée. Néanmoins, ^^STantcSffeu''^

craignant une nouvelle attaque de l'ennemi , il prend i>^8 if crainte

ses dispositions afin que sa dernière ligne de retraite "^^^e^^^én^w?**^ par le chemin de la Mouthe ne soit pas coupée ; il en- ^"occupe/**'

voie la division Ségard et une brigade de la division u^Snl^iaux'^qui

Cremer à Frasne pour couvrir la route du défilé de acclTsuria

.-^ route

BonnevaUX. de la Mouthe.

En réponse à la dépêche du général Clinchant, M. Gambetta « déclare que l'attaque du général de Man-

S50 DÉFENSfi DE PARIS.

teuflfel est une violation formelle de la oonvention signée à Versailles. » (1)

Réponse Le 30 janvier, le général de Manteuffel répondaitdaDs

Manteuffri ces tomies à la lettre du général Clinchant :

aa général Clin- ^

chant.

J'ai eu l'honneur de recevoir aujourd'hui, 30 janvier, pendant la marche, votre lettre d'hier datée de Pontarlier.

Bon eontenu doit renfermer , en partie dû moins, une «rreur, enr selon U teneur de la oommunication officielle <{oi m'aéti faite par le grand quartier général de Sa Migesté Royale, mon gracieux maître^ à Versailles, il a été conclu, par suite de la capitulation de Paris, un armistice immédiat en cô qui concernô les armées de Paris, et tM)ittmcnQant le âl de ee mois, à midi.

Pour les première et deuxième armées de Sa Majesté, au contraire, Tarmistice ne comprend pas les armées opérant dans les départements de la Gôte*d*Or, du Jura et du Doubs, et j*ai è poursuivre mes opérations jusqu'à ce que j'aie obtenu on résoltÉt déoisif* Par suite, il ne m'est pas possiblOi pour le moment, de consentir aux propositions de Votre Excellence. Mais Votre Excellence me dit que vous avez mission pour traiter toutes les questions qui peuvent avoir rapport avec la convention passée devant Paris ; j*y vois une possibilité d'arrêter ici la oontinuatioa de raffusion du sang. Je m'y prêterai toujours volontiers. Si Votre Excellence est pénétrée de ce sentiment, si vous avez l'intention, après la résistance courageuse qu'a montrée Tannée française, de me faire des propositions qui répondent à la situation militaire du moment dans ce pays, Je prie Votre Elxcellence de me les transmettre jusqu'à demain à Levier. Mais je dois répéter ici, encore mie fois, pour éviter tout malentendu, qu'aucun armistice n'existe pour nous jusqu'à présent , et qu'ainsi, par cette cori^spondance entre Votre Excellence et moi, les opérations ne sont pas suspendues.

Signe i Manteuffel.

(1) ce La prétention du général Manteuffel, disait M. Gambetta, de dis* enter Tarmislice et de refuser de l'appliquer à l'armée de l'Est, Mt U violalion formelle de la convention signée à V«rsaiUes« dans laqucUo il est dit que Tarmistice est immédiat, et qu'il s'applique à toutes les armées de terre et de mer des deux puissances belligérantes.

t Sigmflez-«n bien le texte au général Manteuffel par parienealaire , et dressée procès -verbal, tant du retard et des difilcultés soulevées, que de la rèponso qui vous sera faite, et dénoncez-moi le tout. »

DÉFENSE DE PARIS. ^t

Dte qm le général Clinohant reçut cette lettre > il esMyâ de conclure un armistioe de trentoHsix heures, afin de laisser le temps aux deux Gouvernements de s'expliquer sur ce malentendu» Le 31, à 10 heures, le oolonel d'état*majer français Varaigne se présentait au quartier général ennemi.

Gi-joint le prûcè8**verbal allemand de cette entrevue. « Le chef d'état-major du SO* corps, colonel Varaigne, se présenta ce matin (31 janvier), à lÔ heures, au quartier-général^ à Villeneuve, au nom du général commandant Tarmée française^ général Clinchant, avec pleins pouvoirs de sa part pour traiter un armistice de trente-six heures avec le général commandant Tarmée allemande du Sud, dans le but d^éclaircir dans ee temps, la difiérence d'opinion concernant l'étendue de l'armistioe de vingt et un jours conclu à Versailles. « L'armistice proposé de trente-six heures fut reftisé, parce que le télégramme, parvenu au quartier générul de l'armée du Sud, de la part du général comte de Moltke, ééiéûe ii h. iO min. du soir, contient ror<> dre positif que les départements de la Gôte-d'Or, du Jura et du Doubs sont exceptés de l'armistice, et que les opérations militaires de l'armée du Sud doivent être continuées jusqu'à leur décision, t Le colonel Varaigne présenta les télégrammes parvenus au général commandant l'armée française, de la part de son Gouvernement, d'après lesquels il est d'avis que l'armistice comprend toute la France, et s^étend aussi aux armées opérant dans TEst. t En face de cette différence d'opinions, on ne par* vînt pas à un arrangement. Gependant, pour éclaircir la situation le plus vite possible, un Jtéicgramme chiffré ftxt adressé, de la part du quarlier^général de l'armée du Sud, au général comte de Moltke, et le

« colonel se chargea de le faire parvenir à son adresse c par la voie qui semblait la plus prompte, par Borc deaux. En attendant, le colonel Varaigne fut averti « qu'un retard dans les opérations de Tarmée du Sud, c jusqu'à Tarrivée de la réponse attendue ne pouvait « avoir lieu.

c Signé : Le colonel Wartbnsleben.

c Le colonel Varaigne. »

Les Allemands,

profitant du tomps d*arr6t

oraonné par le Gouvernement de Bordeaux, nous coupent

noire

dernière ligne

de retraite.

Pendant tous ces pourparlers , l'ennemi continuant à faire marcher ses colonnes, se portait sur le défilé de Bonnevaux, de manière à nous couper notre dernière ligne de retraite.

Les officiers prussiens appartenant au corps ennemi placé en face la division Ségard et la brigade Cremer vinrent , le matin du 31 , aux avant-postes , et causèrent avec nos officiers de Tarmistice... armistice auquel ils croyaient sans doute comme nous. . . t mais bientôt rappelés a leurs corps, ces mêmes officiers allemands revinrent prévenir la division S^ard qu'Us avaient l'ordre d'attaquer. Malheureusement le général Ségard voulut éviter le combat ; il se retira et découvrit le défilé de Bonnevaux... »

Noire dernière ligne de retraite sur Lyon était enlevée, nous n'avions plus qu'à nous jeter en Suisse.

Le 31 au soir, l'armée de TEst partit pour Verrières... Nos derniers soldats quittaient Pontarlier, le 1" février, quand l'ennemi s'y présenta; il suivit la queue de nos colonnes et engagea avec l'arrière-garde un combat trcs-vif, près du fort de Joux. A six heures du soir, toutes nos troupes avec leur matériel se trouvaient en sûreté de l'autre côté dé la frontière, et le général Clinchant télégraphiait à M . Gambetta :

DEFENSE DE PARTS. â5a

« Général Clinchant au Ministre de la guerre.

9 Je pars en Suisse avec Tarmée et le matériel. Les c Allemands ont continué les hostilités, malgré ma pro- € testation, et menace de me couper ma retraite même c sur la Suisse. Avec la démoralisation de mes troupes, < un désastre entraînant la perle de Tarmée et de mon c matériel était imminent. J*ai donc dû me résoudre à € cette douloureuse extrémité, préférant conserver à la « France des ressources qui lui seraient précieuses... »

Le 26, l'armée de TEst, battue, s'est repliée sur Résumé des fatis Besançon. M. de Bismark le sait et l'apprend à M. Jules Favre ; il lui dit que Bourbaki est mort, que nos troupes n'ont plus d'autre refuge que la Suisse : M. J. Favre ne se trouve pas suffisamment renseigné, il décide qu'il attendra pour déterminer les conditions de la suspension des hostilités dans l'Est... La pensée constante de sauver l'honneur de la garde nationale de Paris absorbait-elle M.Jules Favre au point de l'empêcher de songer à l'armée de l'Est battue sans

vivres. . . au milieu des neiges. . . n'ayant plus de général et acculée à la Suisse?

Cependant le général Clinchant succède au général Bourbaki le 27 (3 heures du matin)... le salut de l'armée lui paraît très-possible; il la rassemble autour de PontarJier. . . Le 29, il va s'engager sur la route de la Moutbe, quand il reçoit la dépêche de M. Gambetta lui annonçant l'armistice avec ordre de rester dans les positions occupées... Le mouvement de retraite est suspendu et Ton perd les trente heures d'avance que l'on avait sur l'ennemi.. . Au lieu de marcher, on reste, sur la foi delà dépêche de Bordeaux, autour de Pontarlier...

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