‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 57 sur 98 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'armistice est annoncé a paris.

L'armistice signé, il fallait le f^ire accapter 9 Paris et Note

• • . du Gouverne-

en province. Dès le 27 le Gouvernement 1 ayajt annonce meut mmunçani

* ^ 1 armistice.

par la note suivante, datée du 26 :

(1) Voir aux pièces justiflcativos n" XXI» les dépositions des généraux Bourbaki, Clinchant, Bord...

(â) Rapport du comte Daru.

« Tant que le Gouvernement a pu compter sur rarrivf'p d'une armée de secours, il était de son devoir de ne rien négliger pour prolonger la défense de Paris. En ce moment, quoique nos armées soient encore debout, les chances de la guerre les ont refoulées, Tune sous les murs de Lille, l'autre au delà de Laval, la troisième opère sur la frontière de l'Est. Nous avons dès lors perdu tout espoir qu'elles puissent se rapprocher de nous, et l'état de nos subsistances ne nous permettra plus d'attendre.

c Dans cette situation le Gouvernement avait le devoir absolu de négocier. Les négociations ont lieu en ce moment.

« Tout le monde comprendra que nous ne pouvons en indiquer les détails sans de graves inconvénients.

« Nous espérons pouvoir les publier demain. Nou^ pouvons cependant dire dès aujourd'hui que le principe de la souveraineté nationale sera sauvegardé par la réunion immédiate d'une Assemblée ; que pendant cet armistice l'armée allemande occupera les forts, mais n'entrera pas dans l'enceinte de Paris ; que nous conserverons notre garde nationale intacte et une division de l'armée et qu'aucun de nos soldats ne sera emmené hors du territoire... »

nt (les esprits. La suspeusiou des hostilités fut accueillie par la population avec émotion, mais cependant comme une (in prévue. Beaucoup trouvaient dans ce malheur attendu une compensation : t L armistice allait leur donner du pain et la liberté de renouer avec la France. » En somme, contrairement aux craintes, aux terreurs des membres du Gouvernement qui s'étaient honteusement hàlé de jeter au peuple cette basse llallerie : t Nous

conserverons intacte notre. garde nationale », Paris accueillit avec assez de calme la nouvelle de la fin de la résistance. Ce qui prouve une fois de plus que Ton aurait pu traiter plus tôt, d'autant plus que deux mois auparavant, on Taurait fait dans de meilleures conditions (1).

A la virité quelques troubles se produisirent sur certains points ; mais, provoqués par des agitateurs sans conséquence, ils n'eurent aucune suite... C'est ainsi que le 175" bataillon vint manifester devant i'Hôlel-de- Ville en criant : c A bas les traîtres ! » mais au bout d'une ou deux heures de vociférations, il se retira sans avoir provoqué le moindre mouvement populaire.

< Le soir, à 8 heures et demie, les rapports de la police constatèrent que l'attitude de la population était surtout résignée et que les tentatives de provocation et d'émeutes étaient demeurées inutiles. »

La nuit fut un peu plus agitée.

Trente-cinq chefs de bataillon s'étant réunis dans la salle du Gaulois^ boulevard de Sébastopol, déclarèrent qu'ils n'acceptaient pas d'armistice. Us élurent un nouveau commandant de la garde nationale, le sieur Brunel (2), chef du 107* bataillon, en lui donnant pour chef d'état-major un nommé Piazza. Espérant rallier à eux une partie de l'armée et surtout les marins, ils proposè-

(1) Lorsque le général Ducrot disait, après Champigny, à M. J. Kavro, qu'il fallait faire connaître la vérité , qu'il fallait préparer la population de Paris à sa situation, et qu'alors elle comprendrait forcément la nécessité de traiter, M. le Ministre des affaires étrangères lui répondit : « Ah! général, prenoz garde aux fureurs populaires! » On voit que la crainte ou la llalteric inspira lo plupart des actes du Gouvernement de la Défense.

(â) La Commune même se servit peu de ce général de boulevard. Lo i5 mars , olle lo confirma dans ce grade ; le 28, il était élu membre de la Commune; le 3 avril, mis en disponibilité comme général.

M DÉPENSÉ DE PAttîS.

rent de se rendre au fort de F Est trouver T amiral Saissel pour le mettre à leur tête.

Le rappel fut battu à minuit à Bellevillè, danâ le faubourg du Temple, dans le X' et le XIIÎ* arrondissement, etc. A 1 heure le tocsliï sonndit â Saint-Laurent, à l'église Bonne-Nouvelle, à Saint- Vincent-de-Paul .

Sur certaitië points, devant Saint-Laurent, à la mairie du Temple, quelques fcentaines de gardes natiôîîaux se réunirent ; mais tië sachant où aller, fatigués d'attendre, ils se dispersèrent peu â peu ; quelques officiers pltis terlaces allèrent protester dé là capitulation, qui chet M** Tâmirale Sàisset, qui bhez l'amiral BosC, qui chez le général Duc^ot... Ils fureflt tous facilement écondùits (1).

Le lendemain îtiatiil, le préîei de policé faisait arrêter Sans là moindre difficulté BrUnel et Piazza dans une

(1) Le général Ducrot, après s'être démis de son commandement, était venu s'établir rue Abbatucci... Au milieu de la nuit du S7 au 28, il fut brusquement réveillé par une députation d'oftlciers de la garde nationale... Ihtroduits, rdh d'ëni dit au général : « Nous Sommes de braves gens qui fie demandons qii'à nous faire tue^ pour sauver l'honneur de Paris. Nous ne pouvons nous résoudre à capituler.... Bourbaki n'est qà'à deujt joui*tlééë de marche de la capitale; Us traîtres vèuldlit se hâter de signer l'armistiee avant son arrivée...

(c — Vous êtes dans la plus profonde erreur, leur dit le général, l'armée de l'Est, loin d'être à deux jours de Pai*is, est acculée à la Puisse. ei de désë's^oiir le général Bourbèiki s'eôt brûlé U cervelle.... Puisque vous êtes de braves oitof ensi votre patriotisme doit vous commander le calme, la résignation; le moindre trouble dans la rue ne ferait qu'aggraver la situation déjà si dîfOcilè él si malheîircuse.

i< — Eh bien ! général, puisque liôtts n'a-von^ pu résister seuls â l'èfivahisseor, il faut nous allier à tous hos frères d'Europe et Aiire nne guerre à mort aux lyNns et à leurs satellites. Nous vous niettroos. général, à la têta de cette coalition des opprimes contre les oppresseu»; nous combattrons efisemble ces rois et Ces empereurs qui partout écrasent le peuple. »

Le général les engagea de nouveau à rester calmes et les congédia.

N'cst-Il pas évident que ces hommes appartenaient à l'Interaitional*', tft que, flàtîs IcMt déhiatthe, appa^alfesent les germes de l'insorfection du 18 mars?

maison du boulevard du Princë-Eugêne. Cette tentative d'insurrection , trop prématurée pour réussir^ échoua donc complètement.

Le 28, VOl'Iiaiel paraissait avec cette proclamation :

Paris, le 28 janvier 1871.

Citoyens, la convention qui met fin à la résistance de Paris n'est pas encore signée, mais ce n'est qu'un retard de quelques heures.

Les bases en demeurent fixées telles que nous les avons annoncées hier :

I/ennemi n'entrera pas dans l'enceinte de Paris ;

La garde natibnale (îonserveret son organisation et ë^s artnës ;

Une division de douze mille hdiiimës démeure intacte; quant AUX autres troupes, elleë resteront dans Paris, au rhîlieu de nous, au lieu d'être, comme on l'avait d'abord proposé, cantonnées danâ là banlieue ;

Les officiers garderont leur épée.

Nous publierons les articles de la convention aussitôt que les signatures auront été échangées, et nous ferons, en même temps, connaître l'état de nos subsistances.

Paris veut 6tre éùt que la résistance a duré jusqu'aux dernières limites du possible ; les chiffres que ndus donnerons en seront la preuve irréfragable, et nous mettrons qui que ce SOil au défi de l&s contester. Nous montrerons qu'il nous reste tout juste assez de pain pour attendre le ravitaillement, et que nous nu pouvions prolonger la lutte sans condamner à une mort certainedeux millions d'hommes^ de femmes et d'enfants.

Le siège dé Paris a duré quatre mois et douze jours ; le bombardement, un mois entier. Depuis le 15 janvier, la ration est réduite à 300 grammes; la ration de viande de cheval, depuis le 15 décehibre, n'est que de 80 grammes. La mortalité a plus que triplé. Au milieu de tant de désastres, il n'y a pas eu un seul jour de découragement.

f /ennemi est le premier à rendre hommage à Vénergie morale et au courage dont la population parisienne tout entière vient de donner l'exemple; Paris a beaucoup souffert ; mais la République profitera de ses longues souffrances, si noblement supportées. Nous sortons de la lutte qui finit, retrempés pour la lutte

a venir ; nous en sortons avec tout notre honneur, avec toutes nos espérances, malgré les douleurs de l'heure présente. Plus que jamais, nous avons foi dans les destinées de la Patrie.

(Soi vent les signatares.)

Le même jour, le général Clément -Thomas faisait afTicher Tordre suivant :

La nuit dernière, des ofHciers de la garde nationale ont tenté de réunir leur troupe et de prendre des dispositions militaires en dehors de tout commandement.

Le général, tout en ressentant aussi vivement la douleur patriotique qui les a égarés, ne saurait partager leurs illusions, et il a la douleur de prévenir la garde nationale qu'en cédant à de tels entraînements, elle compromettrait un armistice honorable et l'avenir de Paris et de la France entière.

Quelque douloureux qu'il puisse être pour un chef de calmer les ardeurs de la troupe placée sous son commandement, et de blâmer comme une faute les actes qu'elles inspirent, le commandant supérieur n'hésite pas à le faire dans cette circonstance.

Il rappelle a la garde nationale que de son attitude, du calme et de la dignité avec lesquels sera supportée la douleur qui nous atteint, dépendent aujourd'hui l'ordre dans Paris, dont elle va être la garnison , et le ravitaillement de cette grande ville, dont l'éternel honneur sera d'avoir prolongé la lutte au milieu des plus cruelles privations et jusqu'au complet épuisement de ses ressources.

Paris, 28 janvier 4811.

Le Général, commandant supérieur des gardes nationaies de la Seine,

Clément-Thomas.

Quelques heures auparavant, le général Clément- Thomas avait convoqué les plus exaltés des chefs de bataillon de la garde nationale, environ une cinquantaine, pour leur exposer la situation, et les engager i» employer leur iniluencc pour calmer 'les sentiments si irritables de la population parisienne.

Dès les premiers mots, le général est interrompu violemment par ces hommes, qui ne voyaient dans la capitulation que la fin de leurs grades, de leurs traitements.

Devant ces murmures, ces menaces, le général Clément-Thomas indigné ne peut se contenir. . . il s'écrie, en apostrophant les officiers par leurs noms : : Vous « voulez combattre, mais pour cette lutte désespérée, « faut-il compter sur vous, commandant, qui vous ca- « chiez avec votre bataillon à Buzenval derrière un abri « sûr?... Et vous, un tel, marcherez-vous demain, « vous que j'ai vu de mes yeux refuser d'avancer au f feu, malgré les ordres précis et répétés, et vous, si < brave en paroles, ne vous ai-je pas rencontré blotti € dans un fossé? » (1)

Le dernier mot sur la furia patriotique de la garde nationale devait être donné par celui qui la connaissait si bien!!! (2)

(1) Déposition de M. Ossude devant la Commission d'enquOle parlementaire.

(2) Nous ne nous arrêterons pas sur les derniers événement.^ de la Déff-nse de Paris.

Tant que nous combattions, tant que nous étions face à face avec l'ennemi, nous avons pM décrire longuement nos malheurs, nos défaites, nos fautes; mais, l'épée au fourreau, dépeindre minutieusement nos hontes, nos hnmiliaiions, montrer nos soldats abandonnant leurs armes, livrant les canons, rendant les forts..., puis Paris envahi par les armées allemandes; et quelques jours après, lo même Paris en proie à ces barbares, à ces malfaiteurs smistres, vulgaires, qui ont obscurci l'honneur do la Défense sous un masque de bouc et de sang..., cette triste lâche nous a paru, pour le moment du moins, au-dessus de nos forces . . .

Evidemment, pour compléter, parachever notre récit, il aurait fallu aller jusqu'à la Commune, épilogue naturel du siège; il aurait fallu établir que les hommes du 4 septembre et leurs successeurs sont et domcurcnt responsables du 18 mars ; que c'est grâce à leur incurie, leur faiblcbse, que l'insarrection communale, avortée aux 8 et 31 octobrr, au à2 janvier, a Uni par triomphcsr. . ., mais nous remettons à une autre époque la tache do parcourir cette douloureuse étape.

Livraison des forts.

Composition

de la division

laissée

dans Paris.

Le 29 i les forts sont livrés ^ Tarmée rentré dans Paris.

La dl^i^iôn de 13,000 hommes , que Ifes stipulations de rarmistice autorisaient à conserver armée dûns Parisj est composée de la manière suivante :

Général FAftofî, commandant.

tieùiènânt-cblonel ttoudël, chef d'étài-màjor.

l*"*^ brigade. — (iêiiérai dk La Mariouse : 35« (le ligne;

42e jjo

4» bataillon des mobilos du Finistèra.

2® brigade, — Général Valentin :

109« de ligne;

llQe d»

Régiment de fusiliers nifi(rin^ sous les drdres du tapitaine de frégate Lamothe-Tenet.

3" brigade, — Général Daudel :

113^ de ligne;

A la date du 29 paraissait, à YOtïiciel, le texte de la

Hd terminant; no(10 ^at)l^elle^Ofl^ le btit que nous nous sommes pfot>D«é : couper court à tous les récits faiit&stiqueâ et erronés, récits qui, en se propageant dans la presse, dans le public, préparaient une légende oii les rôles de Varm^^, de la marine, de la garde nationale étaient complètement ihtervertis.

Nous espérons ovbir réussi ; et, à déftiut d'autre résultat, nous sommes heureux d'avoir pu mettre en lumière bien des dévouements, bien des actes liûroiques restés jusqu'à co Jour absolument inconnus.

Le tnbioau deS pertes, annexé aux pièces à l'appui, étnhiil qno h troupe de ligne (liirnriterie, drtfilerie, lîénle, cavalerie) a perdu 1/r» de son rrriectif. .. mobtlrs. frnncs-liprurs 1/20, marins i/il, g«rde< nationaux 1/1(16.;. Ces chiffres ont leur éloquence, et sî l'on juge là tâche à lu peine, ils mohtrent mieux que le plus brillant panégyrique la part de chacun à la défense de la Capitale, à cotte grande œuvre de sacrifice, de dévouement, que nous avons essayé de raconter, sinon avec talenl, du moins avec la plus scrupuleuse exactitude.

convention signée entre M. Jules Favre et M. de Bismark (1).

Le sacrifice était consommé : Paris avait capitulé!...

Âpres cent trente jours d'efforts généreux, de luttes acharnées, de privations douloureuses, nous nous rendions à merci ! ! !

Eût-il été possible d'éviter ce fatal dénoûment ?

Nous n'hésitons pas à dire oui . . .

Et, pour le prouver, nous allons faire un résumé succinct des événements accomplis du 17 septembre 1870 au 29 janvier 1871 .

(1) Voir aux pièces à l'appui, n« XX.

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