CONFÉRENCE DE LONDRES
Dkiaraticm Au Hiilieu do « la torpeur générale de t Europe, >
du prince ru r ^
cortechakoiT. pour iious servip du mot de M. de Beust, s'était produit un incident qui, bien que n'ayant pas trait à la guerre entre la France et FAllemagne, était la conséquence naturelle de l'écroulement de notre fortune et de notre grandeur.
Sans vouloir examiner jusqu'à quel point la Russie s'était rapprochée de la Prusse, de quelle manière et comment l'Empereur Alexandre s'était engagé vis-à-vis de son oncle à retenir l'Autriche dans les liens de la neutralité ; le cabinet de Saint-Pétersbourg, certain de ne pas être arrêté par celui de Berlin, comptant sur la stupéfaction, le désarroi occasionnés en Europe par la chute de la France, déclara qu'il ne se considérait plus comme engagé par les articles du traité àe Paris de 1856, limitant son action dans la mer Noire. « L'article 14 de ce traité visait, en lui donnant un caractère obligatoire pour toutes les parties contractantes, la convention particulière conclue entre l'Empereur de Russie et le Sultan, ayant pour objet de déterminer la force et le nombre des bâtiments légers nécessaires au service des côtes dans la mer Noire. Ce nombre ne pouvait dépasser six bâtiments à vapeur de 50 mètres de longueur, d'un tonnage de 800 tonneaux au maximum, et quatre bâtiments légers à vapeur ou à voiles, d'un tonnage de 200 tonneaux chacun. »
La déclaration du prince Gortschakoff, signifiant aux puissances l'abrogation de cet article 14, coïncidait à peu
près avec la chute de Metz et le départ pour TAllemagno de la dernière armée française.
Ce fut le 10 novembre au soir que notre ambassadeur à Vienne, M. le marquis de Mosbourg, télégraphia à M. de Chaudordy c que le ministre de Russie lui avait fait la veille une communication de laquelle il résultait que son gouvernement ne se considérait plus comme lié par les stipulations du traité de 1856. » c La circulaire du prince Gortschakoff relative au traité de 1856, écrivait M. Gambetta à M. Jules Pavre, n'a guère produit qu'une vague et passagère surprise. Il semble que l'Europe politique Tattendît, mais pas aussi tôt et non dans la forme où cette révision a été annoncée. Seule TÂngleterre parait plus émue que les autres puissances, et rien ne se comprend mieux ; à Londres, la Bourse a baissé deux jours de suite et les journaux commencent à parler un langage sévère. Tout le monde s'accorde à reconnaître que notre situation diplomatique s'est sensiblement améliorée < » Assurément nous pouvions tirer de notables avantages êui des esprits
en
de la situation nouvelle faite aux puissances neutres Angleterre. plus ou moins irritées de la suppression d'un traité par l'un des signataires sans consulter les co-contractants. c Chacun cherchait à deviner le parti que prendrait son voisin, et tournait les yeux vers le cabinet de LondreSi duquel tout, en effet, dépendait. »
On tint, en Angleterre, des discours très-belliqueux. On reprocha au gouvernement d'avoir laissé briser les anciens liens d'amitié entre la France et la Grande- Bretagne, d'avoir laissé c rouvrir la voie que le sang « anglais et le sang français avaient fermée pendant < quatorze ans de commune entente » (1). Mais à toutes
i^l Ou semblait alors se souvenir, mais trop lard, do ce mot de la
ces paroles manquait le poids de la force, et les esprits anglais finirent par se calmer quand ils virent la faiblesse numérique de leur armée. Cependant l'Europe ne pouvait s'incliner devant une simple signification du ^ cabinet de Saint-Pétersbourg. Pour concilier les choses, M. de Biâmark proposa une conférence qui devait se tenir à Londres.
L'Autriche, l'Italie, l'Angleterre désiraient que nous fussions représentés à cette conférence. La Russie le voulait également, car, suivant l'opinion de M. de Chaudordy, si la Russie n'était pas certainement avec nous, elle n'était pas tout à fait contre nous. La dépêche, destinée à la France, qui avait accompagné la circulaire identique du prince Gortschakoff, était presque bienveillante.
EntreToe LorsQuo M. do Chaudordv avait parlé a M. Oukou-
et de nief de 1 obligation que nous avait créée la guerre de Crimée, « guerre qui était pour nous un noble souvenir de gloire, une belle page que nous ne saurions consentir a effacer de notre histoire >, M. Oukounief avait répondu que cette obligation « ne saurait faire disparaître la communauté d'intérêts existant entre la France et la Russie ».
M. de Chaudordy ayant ajouté que c'était bien le moment de montrer que nos intérêts étaient communs, M. Oukounief disait : « Il ne faut pas, en politique, s'occ cuper exclusivement du présent, il faut songer à l'avec nir. C'est ainsi que se créent les relations utiles. Et « quel avantage pour la France de trouver, lorsque les « représentants favorables des grandes puissances se-
grande Elisabeth, disant, en envoyant des secours à Henri IV pour combattre la Ligue fomentée et soutenue par TEspagno : « Le dernier jour de la France sera la veille du dernier jour de l'Angleterre ! »
€ raient réunis, un concours qui pourrait sauver Finté- € grité du territoire ! »
Évidemment ces paroles n'étaient pas un engagement, c'était plutôt une opinion, mais cette opinion, l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie l'avaient. Si la Russie venait nettement à la partager, on pouvait espérer, pendant le cours de la conférence, que les puiftsances neutres exerceraient une pression dans ce sens sur l'Allemagne, surtout si notre plénipotentiaire avait assez d'habileté pour contribuer à donner satisfaction aux protestations de l'Angleterre, tout en acceptant les décisions de la Russie, mais en leur enlevant ce qu'elles avaient de profondément hautain. En un mot, le fond des choses étant forcément accepté par le cabinet de Londres, il s'agissait d'amener celui de Saint-Pétersbourg à être condescendant pour les déclarations de principe.
La France, qui avait supporté le plus lourd fardeau de la guerre de 1855, qui en avait récolté les plus glorieux lauriers, qui s'était montrée la plus généreuse vis-à-vis de son adversaire, pouvait assez facilement jouer ce rôle de médiatrice. Victorieuse, elle avait, en quelque sorte, protégé la Russie vaincue. Vaincue à son tour, la France trouverait peut-être, dans son ancienne ennemie, un appui, un soutien.
Quoi qu'il en soit, il y avait une tentative à faire, une occasion à saisir.
Au heu d'adopter cette ligne de conduite, M. Jules propotuioat Favre semble vouloir se faire payer d'avance le prix de m. jnies Favro son concours.
Il écrit à M. de Chaudordy : « La France ira du côté « où l'appellera son légitime intérêt : il n'y a qu'un « moyen de lui faire changer d'attitude, et il est fort « simple : qae les puissances qui invoquent sa garantie < commencent par lui donner la leur. Il leur importe