IV. i
€ grandement qu'elle conquière une paix durable. Elle « ne peut l'avoir que par l'intégrité de son territoire. <K Que les puissances profitent de l'occasion offerte par < les prétentions de la Russie pour trancher des quesc tiens que les hasards de la force ont soulevées, « qu'elles proposent un protocole préliminaire dans le- « quel on conviendra de prendre pour base de négocia- « tion F intégrité du territoire français, et nous donne- « rons notre adhésion à la conférence, pourvu, bien en- « tendu, qu'on la fasse précéder d'un armistice avec rac vitaillement. . • »
Nous eussions été vainqueurs depuis le 4 septembre, que les instructions du ministre des affaires étrangères à son représentant eussent été difficilement plus flères. C'était toujours le même langage : « Pas une pierre, « pas un pouce de notre territoire » .
Ce sont là de fort belles paroles qui font bien comme mouvement oratoire, mais qui font très-mal en diplomatie.
« Il était cruel de penser, comme le dit M. Jules Pavre, d'assister à une conversation diplomatique sur la mer Noire, conversation dans laquelle un plénipotentiaire français discuterait gravement des embouchures du Danube et des Dardanelles, pendant que son voisin le Prussien, ouvrirait une dépêche lui annonçant que Paris est en flammes, bombardé par les philosophes qui le tiennent à la gorge pour le piller et le détruire, . . > Assurément la position de notre représentant eût été aussi pénible que difficile; mais il fallait songer que si nous ne savions pas affronter cette cruelle situation, une autre, bien plus humiliante encore, allait nous être réservée.
La Biiuaiion Malgré les événements qui continuaient à nous être
devient
<^^aquejour coutraires, malgré les prières de ses collègues de Tours
et de M. de GhaUdordy, insistant pour que Ton consentit à aller à la conférence sans conditions préalables, M. Jules Favre s'acharnait à vouloir des garanties; à la date du 9 décembre, il écrivait encore à M. de Chaudordy : c Je n'ai pas de nouvelles depuis le 28, et j'ignore tout à fait Tétat de l'Europe, mais si je puis le juger par les indices, l'Angleterre se prononce de plus en plus, elle cherche à entraîner la Turquie, rÂutriche et ritalie. Il faut tâcher de reprendre l'armistice avec ravitaillement et convocation de l'Assemblée. Si la
Prusse veut consentir à ce préliminaire, je le signe demain. Je consens aussi à la convocation de l'Assemblée marchant de pair avec un congrès qui jugerait toutes les questions litigieuses. Dans ce cas, Paris serait débloqué, on pourrait même entrer en discussion pour la concession d'im gage, pourvu qu'il fût bien convenu que les Prussiens n'entreraient pas dans Paris ...»
Cependant la situation s'aggravait. La Délégation était obligée de gagner rapidement Bordeaux. Le génè* rai Chanzy, perdant chaque jour du terrain, était rejeté sur Vendôme. Bourbaki, avec l'autre moitié de l'armée delà Loire, rétrogradait surVierzon.
Deux lettres de l'empereur de Russie à son oncle restaient sans réponse, et la proposition faite par le Saint- Père, d'un armistice de quinze jours avec ravitaillement avait été repoussée d'une manière peu obligeante. . .
Enfin, de nouveau et vivement pressé par la Déléga- m. juies Favr<î lion et M. de Chaudordy (1), M. Jules Favre se déci- à représenter
- — -^^ à la Conférence.
(1) M. de Chaudordy, revenant à la charge, écrivail : « M. Gambetta est d'avis, après axamen des dépêches, que vous acceptiez d'aller à la conférence, même alors que nous n'aurions ni armistice, ni promesse préalable. La Prusse est fatiguée de la guerre, j'en suis certain ; son KouTernement veut la paix. Le moment est donc favorable, et Toccasion pour sortir de Paris très-naturelle. Si vous n'y voyez pas\in obstacle ^sola, au point de vue de la capitale, faites-le, je vous en supplie. »
dait, dans la séance du 17 décembre, à parler dans le sens de l'acceptation de la conférence, « en s'abandonnant à la bonne foi de TAngleterre et au bon vouloir des autres puissances » .
Les membres du Gouvernement, vivement pressés par M. Picard, ayant décidé que la France serait représentée à la Conférence, M. Jules Favre expédiait sur-lechamp à M. de Chaudordy la dépêche suivante :
a Paris, 17 décembre 1870 (minuit).
« Le Gouvernement vient de délibérer sur vos dépêches des 10 et 13 décembre. Il a décidé que nous serions représentés à la Conférence. Cette décision est prise par égard pour Topinioa exprimée par l'Angleterre, la Russie, TAulriche et Tltalie, et sous le bénéfice des communications que vous ont faites les représentants. Si notre plénipotentiaire était choisi à Paris, nous demanderions à l'une des puissances neutres, ou à toutes les quatre, d'obtenir le sauf-conduit. Le Gouvernement, suivant votre réponse, désignera ce plénipotentiaire. Du reste, vous pouvez être sans inquiétude pour nous. Paris continue à être calme, noble, confiant. Nous avons largement des vivres pour un mois» peut-être plus. Notre armée est pleine d'ardeur et va livrer bataille pour aller au-devant de vous.
t Jules Favre. >
Au reçu de cette dépêche, M. de Chaudordy répondit immédiatement en exprimant la satisfaction qu'avait causée à la Délégation la nouvelle de racceptation. « Croyez-moi, ajoutait-il, croyez-moi sans que j'aie be- « soin de vous l'expliquer plus longuement, vous devez « venir. Agir autrement, serait commettre une faute