‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 73 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

m OÉFSNSB DB PARIS.

Pendant toute la durée du siège, les compafnies de guerre furent placées sous les ordres du général Tripier.

28 noTombre 1870. — Ordre est donné par le général Tripier de mettre à la dispositidn du général commandant la deuxième armée sept compagnies du génie auxiliaire, savoir :

4 compagnies du l*' bataillon, 8 du 2« bataillon, total : 756 hommes, y compris les officiers.

Ces compagnies sont campées à 1 heure après-midi sur le plateau de ViucenneS, en arrière de la redoute de la Faisanderie, le 29 novembre.

Le eolonel et le lieutenant-colonel se rendent à 11 heures da matin à Tordre, à Tétat-major du général Tripier, 6rande*Rue, à Nogent.

80 norembre. — Les sept eompagnies sont dirigées à 7 heures du matin en avant du Tiadue du chemin de fer, sur la route de Villiers, avec Tordre de suivre les mouvements de l'artillerie de réserve établie sur le même point.

A 1 heure et demie, Tartillerie de réserve opérant un mouvement de retraite par le pont de bateaux jeté entre JoinviUe et Nogent, les sept compagnies suivent ce mouvement.

Mais, à 3 heures et demie, le général Tripier donne Tordre de diriger trois compagnies sur le plateau au-dessous de Viliiefs.

Ces compagnies, l'«, 2* et 6*, Se mettent en marche à 4 heures, dirigées par le lieutenant-colonel. Arrivées à 6 heures sur le plateau, elles commencent des travaux de tranchées depuis le chemin de fer jusqu^au mur du parc, situé en amont du pont de bateaux établi au-dessous de Bry.

Le Heutenant-colonël jugeant que ces travaux, par leur étendue, ne pouvaient être terminés dans la nuit, demande deux autres compagnies, qui arrivent sur le terrain à 11 heures du soir.

De plus, il est demandé par le commandant du génie Ouyot une petite léte do pont au débouché du pont de bateaux en face du plateau, et une batterie sur 1» plateau même, en avant des tranehées. Ces ouvrages sont terminés à 6 heures et demie du matin, et les eompagnies se replient sur leur cantonnement, où elles arrivent à 8 heures et demie.

!« décembre. -*- Les sept compagnies reslenl an euapettent Le colonel et le lieutenant-colonel se rendent au quartier gé-

néral du fpénéral Tripier^ à midi. Sur sen oi*dre, une reconnaissance est faite au-dessus do Foui^a-Chaux par plusieurs officiers du génie, les commandants de Bussy et Gayot, le colonel et le lieutenant-colonel du corps auxiliaire. Cette reconnaissance s'avance jusqu'aux deux batteries prussiennes (abandonnées), situées au delà du Four-à-Ghaux. Elle dépasse le parc situé audessus de Champigny par la route de la Queue-en-Brie ; sur oe point elle est dirigée par le général de la Mariouse. Elle est reçue par quelques coups de feu des avant-postes prussiens.

Le soir, Tordre est donné de diriger à la pointe du jour les sept eonipagnies sur Champigny.

2 dètsmbrs. -^ Al heures du Biatin, les oempagnies i, fi, 8 et 4 se dirigent, en effet, sur Champigny par le pont de Joinville; arrivées au débouché du village, elles sont arrêtées par des soldats débandés (mobiles et troupes de ligne), qui se retirent en désordre. Les obus ennemis arrivent jusqu'au débouché du village.

Le lieutenant^olonel du génie auxiliaire fait ranger ses hommes en bataille en travers de la route avec ordre d'arrêter le flot des fuyards, et au besoin de tirer sur ceux qui voudraient passer outre. Cette attitude permet à quelques gendarmes faisant le service de la prévôté de rallier les troupes débandées et de recomposer les corps des deux côtés de la route.

En même temps le lieutenantrcolonel envoie un officier afin de hâter TaiTivée des trois autres compagnies, et fait faire une tranchée avec flanquements en dehors du village de Joinville pour donner un point d'appui en cas de retraite.

Les trois autres compagnies arrivent sur le terrain à 8 heures et demie ; Tune d'elles est envoyée à la ferme du Tremblay pour la fortifier et la créneler ; une autre à Poulangis, à la gauche de Joinville, et la 3* est réunie aux 4 premières arrivées. Deux de ces cinq compagnies sont conduites en avant pour protéger les tirailleurs à la gauche et à la droite de la route montant à Champigny ; les trois autres sont dirigées entre la route et la Marne, en avant d'une batterie de mitrailleuses, bientôt remplacée par ime batterie de 8, pour faire des épaulements et une tranchée en zig-zag, allant de la Fourche jusqu'aux premières maisons de Champigny. Ces travaux sont activement dirigés de midi jusqu'à la nuit.

A fi heures et demie, le lieutenant-colonel reçoit du général Tripier Tordre de diriger les sept compagnies à la nuit tombée sur Champigny, où des instructions seront données.

A 6 heures ces compagnies font la soupe en bas du village.

A 1 heures, le commandant de Bussy demande au lieutenantcolonel deux compagnies pour appuyer une reconnaissance en haut de Champigny ; ces deux compagnies se dirigent, à 7 heures et demie, vers le centre du village. Le commandant de Bossy, le lieutenant-colonel du génie auxiliaire et quelques officiers, précédés d'un peloton de cinq hommes du génie auxiliaire, s'avancent jusqu'à 100 mètres environ du chemin descendant du Four-à*Chaux au pont par la rue principale du village. Là, ils sont accueillis par des coups de fusil. Les Elussions occupent encore le haut du village ; il est décidé qu'on se retranchera au point du chemin transversal sus-indiqué, et que Ton fortifiera solidement la tranchée du pont.

toutes les compagnies du génie auxiliaire sont réunies à 9 heures et demie. Ces travaux sont commencés et terminés à 5 heures du matin.

Les hommes, épuisés de fatigue, reçoivent, à 7 heures, l'ordre de se retirer. A 9 heures du matin, tout le monde est rentré dans le campement. Une compagnie ayant laissé des outils de rechange dans une maison au-dessus de la Fourche, cété de h Marne, va les reprendre au milieu des corps prussiens qui commencent à descendre dans la plaine.

12 décesibre. — A 7 heures du matin, les compagnies dn génie auxiliaire sont divisées en deux sections. Les premières sections sont conduites sur le plateau d'Avron pour établir près du parc d'Avron une batterie dirigée sur le Raincy ; elles construisent en môme temps une tranchée-abri prolohgeant cette batterie sur le bord du plateau.

A midi, les premières sections sont relevées par les deuxièmes, qui continuent le travail jusqu'à 4 heures et demie.

13 décembre. — A 7 heures du matin, les huit compagnies de marche campées à Rosny se rendent sur le plateau d'Avron ponr continuer le travail commencé la veille, et pour commencer une tranchée-abri destinée à former une ligne de retraite à rcztrémité occidentale du plateau. Les quatre premières compagnies se rendent au travail de la batterie face au Rainoy, et les quatre dernières restent à la tranchée formant retraite, qui est tracée par le lieutenant-colonel sur les indications du général Tripier.

14, 15, 16 décembre. — Môme travail.

17 décesibre. — Quatre compagnies se rendent à Pantin ; les autres continuent les travaux d'Avron.

i8 décembre. — On achève la batterie et les tranchées du plateau d'Avron.

Les compagnies réunies à Pantin exécutent des tranchées aux environs de Bobigny.

19 décesibre. — Une tranchée est établie pour relier le cimetière de Bobigny à la redoute du Petit-Drancy.

Dans Taprès-midi, on consolide les ponts jetés provisoirement sur le canal de TOurcq, afin de les rendre praticables à Tartillerie ; on débarrasse en môme temps le chemin de halage des troncs d'arbres qui obstruent le passage.

20 décembre. — Toutes les compagnies sont occupées à assurer le passage des troupes sur le canal de l'Ourcq, entre Pantin et Bondy, soit pour Tinfanterie, soit pour Tartillerie. Les ponts déjà établis provisoirement sont consolidés ; d'autres ponts sont faits; les voies qui y aboutissent sont améliorées et rendues praticables pour les charrois et les piétons.

Le travail se poursuit une partie de la nuit.

21 décembre. — A 5 heures du matin, les compagnies sont échelonnées le long du canal avec des torches, pour guider les troupes se rendant à Drancy.

A 10 heures, sur Tordre du général Tripier, trois compagnies se rendent à Drancy, au moment de l'action, et sont immédiatement placées à la gauche du village, vers le Bourget, pour creuser une longue tranchée-abri pour infanterie et artillerie, se dirigeant entre le Bourget et le fort d'Aubervilliers, et pour établir une redoute au delà de Drancy.

22 décembre. — A la nuit, les compagnies commencent une parallèle allant de la pointe ouest du parc de Drancy vers le fort de l'Est; malgré la terre gelée, elles exécutent 750 mètres de tranchée.

488 DÉFBNSB DE PARIS.

23 décembre. — A3 heures, les compu^nies partent poar Drancy sous la conduite du lieutenant-colonel, qui trace ane tranchée du parc jusqu'au cimetière. Le travail se termine à 1 heure du matin.

24 déceBibrer *- De 3 heures à la nuit, quatre compagaies vont fortifier le poste de la ferme de Grroslay.

25 déeenbra. — Toutes les compagnies passent la retrancher Groslay et à relier ce poeta aux positions voisiuM par des traQchéea*

26 décaaibre. — Deux compagnies travaillent à abriter les batteries à Test de Drancy ; les autres compagnies poussent avec activité la défense de Groslay.

27 dèceinbre, — Gontinuatioii des travaux à l'est de Prancy et à la ferme de Groslay ; une trai^chéis est établie pour relier cette ferme au petit bois voisin.

A midi, deux compagnies se rendent à Bondy pour y exécuter des travaux de défense.

28 et 29 déoembra. — Môme travail.

30 décembre. — Même travail jusqu'à 1 heure. 300 hommes sont dirigés sur le plateau de Noisy.

31 décembre. — Les quinze compagnies cantonnées à Pantin montent sur le plateau entre les forts de Rosny et Noisy pour perfectionner les ti-anehées, établir des abris pour les troupes et monter une batterie faisant face au Haincy et une traverse pouvant servir de batterie, défilant le plateau des rues d'Avrou.

Deux compagnies passent la nuit aux forts de Noisy et de Romainville pour remplir des sacs à terre.

1" janvier i87i. — Neuf compagnies continuent les batteries et traverses entre les forts de Rosny et Noisy. L'ennemi tire continuellement pour inquiéter les travailleurs.

Le soir, deux compagnies montent au fort de Noisy réparer les avaries de la journée.

2 JanvtM. — > On poursuit les travaux sur la route stratégique. Une compagnia est occupée toute la nuit au fort de Noisy.

3 janvier. — Même travail. La nuit, une compagnie construit une baHerie pour trois pièces au sud du fort de Noisy.

4 janvier. — On termine les traverses-abris des batteries.

S janyier. — Établissen^ent lo long 4^ ^^ tranchée de la route stratégique d*embrasures isolées avec ^pauljement pour six pièces de position, entre le fort de Noisy et la redoute de Mogltreuil.

Des travailleurs sont donnés à l'amiral Saisset pour aider à l'achèvement d'une batterie masqués sur le sommet du plateau.

Les batteries commencées sur toute la ligne de la tranchée sont terminées, sauf les embrasures, et plusieurs des abris blindés peuvent ôtre occupés par la troupe.

6 janvier. — On poursuit les travaux de la route stratégique; le tir des Allemands est très-violent sur toute la ligne.

7 janvier. — Deux compagnies vont faire des tranchées au Petit-Drancy ; les autres travaillent entre les Torts.

8 et 9 Janvier. — On poursuit les travaux au Petit-Drancy et sur le plateau; le tir de l'enneini inquiète vivement nos hommes.

Le soir, sur Tordre du Gouverneur, la 5« compagnie du 1* bataillon, capitaine Beulet, est envoyée au fort de Montrouge.

iO Janvier. — On termine les abris et tranchées de la route stratégique; une compagnie va à la redoute de Fontenay construire des abris.

li Janvier. — On commence une caponnière entre les forts de Noisy et de Romainville ; les tranchées sont approfondies. Le tir de Fennemi est d'une grande précision.

12 Janvier. -— Continuation des travaux au Petit-Drancy et sur le plateau.

Une compagnie va renforcer le blindage de Tabri de la redoute de la Boissière qui a été bouleversé par un obus.

13 Janvier. — La 6* compagnie du i* bataillon, capitaine Jerrient, est envoyée au fort de Montrouge. Deux compagnies renforcent les abris blindés des redoutes de la Boissière et de Noisy.

14, 15, 16 Janvier. — Continuation des travaux au Petit-Drancy, sur la route stratégique et dans les redoutes.

17 Janvier. — Cinq compagnies sont' envoyées à Coorbevoie pour être mises à la disposition des divisions Faron , de Bellemare, de Susbielle , Berthaut , Courty.

18 Janvier. — Les six autres compagnies sont dirigées sur Neuilly avec rétat-major pour suivre le quartier général du général Tripier.

19 Jauger. — Une compagnie va au Moni-Valérien ; les autres établissent des épaulements de batterie sur le plateau des Gibets ; elles descendent ensuite à Rueil.

La S^ compagnie du l*' bataillon fait des brèches au mur de Buzenval et a 5 blessés.

La l'* compagnie du 2* bataillon , employée sur la gauche à un travail de tranchée, a plusieurs blessés.

La 6* compagnie du 2** bataillon, attachée à la division Gourty, travaille aux épaulements de la redoute de Montretout, sous un feu des plus nourris.

Les autres compagnies, attachées aux divisions,, restent toute la soirée sur le champ de bataille.

20 janyier. — Les compagnies se cantonnent à Neuilly.

2i Janvier. — Elles démolissent les barricades pour faciliter le passage des troupes.

24 janvier. — Elles rentrent à Paris.

Journal des marches et opérations de la deuxième armée.

3 Janvier. — Le bombardement a toujours continué et a été très- violent surBondy et sur Rosny; Tennemi tire sur Drancy et Bobigny.

Bondy, qui est devenu intenable, n'est plus occupé en avant que par des troupes d'observation; toute Tartillerie en a été retirée.

4 Janvier. — Le bombardement a été moins intense sur les forts de Nogent, de Noisy et de Rosny; il a continué sur Bondy et Drancy.

L'ennemi ouvre le feu sur les forts du sud de Paris, et quelques obus arrivent dans Paris.

442 DÉFENSB DB PARIS.

6 Janvier. — L'ennemi continue à bombarder le ead de Paris; le feu est moins vif vers l'Est et se réduit à quelques coups par heure. .

Bondy et Drancy sont toujours l'objectif des pr^ectiles prassiens.

Tout ce feu eause fort peu de mal.

6 janvier. — Dans la nuit , le feu , qui a presqup ces^ vars l'Est, a continué sur les forts du Sud y compris Montrouge et même Bicêtre, à raison de 30 coi^ps par heure.

A 8 heures du matin, il redouble d'intensité et un grand noabre d'obus arrivent en ville et causent quelques dégâts.

La population reste très-calme.

7 janvier. — Petite attaque sur Bondy par des tirailleurs eone* mis en patrouille ; on leur tue quelques hommes. Le bombardement continue très* lent vers l'Est, mais assez vif vers le Sud. Les obus provenant des batteries prussiennes du Sud arrivent en grand nombre dans la ville. Mais les dégâts sont peu .cettsidérables. Peu de personnes tuées, quelques blessés.

Des corvées de travailleurs s^nt fournies entre les forts de Rosny et de Noisy pour rétablissement do tranchées et de batteries commencées depuis quelque jours.

8 janvier. — Dans la matinée, l'ennemi a redoublé son feu sor Drancy et Bondy de manière à rendre ces deux villages inhabitables, mais ce feu fait peu de mal.

Dans la journée les forts de Noisy, Bondy, RomainviUe ai lea batteries nouvelles établies entre les forts ouvrent leur feu aar les batteries prussiennes qui, après avoir répondu faiblemeat, finissent par se taire. Le général fait cesser le feu.

Vers 8 heures, un obus arrive dans le village de Romainvilla ci blesse trois hommes malades.

9 janvier. — Toujours la môme situation. L'ennemi continue son bombardement, mais le feu est très-peu intense vers l'Est et paraît beaucoup plus violent au Sud.

Lee obus arrivOBt toujours dans la ville, mais la population

est calme.

On continue à travailler aux tranchées et aux batteries nouvellement établies.

10 JaiiTier. — Dans la nuit du 9 au 10, une reconnaissance faite par les éclaîreurs du commandant Poulizac, fait sauter deux maisons sur le chemin de fer de Soissons et s*emparede casques, de couvertures, etc.

Une autre reconnaissance faite par les francs-tireurs do la réserve sous les ordres du commandant Deloffre, s*empare de

deux Saxons.

Sur le plateau d*Avron, une reconnaissance de 1& division de Beilcmare ne rencontre personne.

Le bombardement continue toujours très-intense sur les forts du Sud et sur la ville (rive gauche), plus lent sur les forts de l'Est qui reçoivent toujours quelques obus.

Bondy, Drancy et la ferme de Groslay sont aussi l'objet de l'attaque de Tartillerie ennemie.

Les dégâts causés par le bombardement sont pou considérables ; cependant le quartier de l'Odéon et les quartiers voisins commencent a souffrir. Peu de blessés.

11 Janvief . — Continuation du bombardement. Rien de partieutierà signaler en dehors des incideiits ordinaires. C'est toujours le sud de la ville qui reçoit le plus de projectiles de Tenneini.

12 janvier. — Dans la nuit le bombardement du Sud a diminué considérablement d'intensité, mais en revanche il augmente dans de grandes proportions contre les forts de Nogont et de Rosny, lu redoute de la Boissière. Quelques morts et quelques blessés dans cette dernière.

Dans la nuit, reconnaissance sur le plateau d'Avron par les zouaves de la division Bellemare, qui font 5 prisonniers.

Parmi les morts de la redoute de la Boissière se trouve le commandant Odiardi du ISG*" qui commandait le bataillon de garde et qui a été tué pendant son sommeil dans l'abri où il s'était placé.

13 Janvier. — Dans la journée le bombardement a continué sur les deux Drancy, la ferme de Groslay, Bobigny, Bondy et les forts de l'Est. Mais il a été plus fort dans le Sud. L'ennemi a travaillé sur les pentes du plateau d'Avron. Le service des ba* taillons de marche laisse à désirer.

14 janvier. — Hier au soir vers 10 heures, une forte patrouille prussienne s'est avancée pour inquiéter nos travaux près la Soiferie, sur la route de Flandre. Prévenu par les sentinelles l'officier du génie qui dirigeait les travailleurs leur fit momentanément abandonner leur ouvrage pour les conduire dans les tranchées en arrière. L'ennemi profita de ce mouvement pour diriger une vive fusillade sur ces hommes ; aucun ne fat atteint Les troupes de ligne et la garde nationale qui garnissaient les tranchées à droite et à gauche, ripostèrent immédiatement et le feu devint bientôt d'une extrême vivacité.

Les Prussiens se replient, protégés d'une part par des pièces de campagne amenées derrière le chemin de fer de Boissons, les pièces de siège situées du côté de Dugny et dont les obus étaient dirigés contre nos tranchées, la barricade de la route de Flandre et la Suiferie ; d'autre part par un feu de mousquetehe très-violent provenant des troupes qui occupaient le Bourget.

Malgré la vivacité du feu, nous n*avons eu que 4 blessés et un officier contusionné.

Cette première attaque ne dura guère qu'une demi-heure, mais à deux reprises différentes entre 11 heures et 11 heures l,i.

L'ennemi, craignant probablement une attaque, recommence la fusillade, mais chaque fois seulement pendant quelques minutes. A minuit tout était terminé.

Le feu d'Aubervilliers et celui de la batterie de la Croix de Flandre sur le Bourget ont puissamment contribué a arrêter la marche de l'ennemi.

Dans la journée, les batteries établies entre les forts de Noisy, Rosny et Nogent reçoivent leur armement, et lorsque les batteries ennemies ont ouvert leur feu, elles ont riposté, ainsi que les forts, pendant deux "heures, mais la brume qui était trèsintense, a bientôt mis fin à ce combat d'artillerie.

15 Janvier. — Dans la nuit, de fortes reconnaissances sont envoyées en avant de toute notre ligne de l'Est. Sur la gauche, les éclaireurs du commandant Poiilixac, partis

vers une heure du matin, se portent vers le chemin de fer de Soissons et sur la ferme de Nonneville. Cette opération ne produit aucun résultat ; les avant-postes ennemis ayant donné trop tôt pour que le but pût être atteint.

Les troupes du colonel Reille ont fait une reconnaissance trèsbien conduite en avant de Bondy et de Merlan ; elles étaient disposées en trois colonnes : celle de gauche sous les ordres du commandant de Peslouan, se dirigea vers les deux petites maisons blanches et la maison grise en avant de Bondy; parvenue à ces maisons malgré la fusillade, elle a essayé de les faire sauter avec la dynamite, mais elle n*a pu y réussir. La colonne du centre, commandant Barbe, et la colonne de droite, commandant de Foucault, se portent par les bois vers la maison dite de Mayeux, y surprennent un poste de Saxons et font trois prisonniers. Vers la droite, deux colonnes se portent sur le plateau d'Avron, Tune par le Nord, vers Villemomble, Tautre par les pentes Sud-Ouest: la première sous les ordres du colonel Gonti, formée de deux bataillons de francs-tireurs, quelques sapeurs et artilleurs et un petit détachement de marins, fait sauter une portion des murs du parc de Beauséjour, la fusillade et les batteries de Raincy et de Gagny leur tuent un homme et en blessent quatre.

La seconde, sous les ordres du colonel de Conchy, aborde le plateau par le Sud et ne rencontre personne, mais à l'extrême droite une patrouille rencontre une patrouille à Neuilly-sur^Marne et Élit un prisonnier.

Dans la journée , le bombardement des forts de TEst et des villages de Bondy, Drancy, etc., est beaucoup moins violent.

Il continue avec vivacité contre les forts du Sud et la partie avoisinante de la ville.

16 janvier. — Dans la nuit du 15 au 16, vers 10 heures, une fusillade assez vive s'engage en avant du Bourget entre nos grand*gardcs et une forte reconnaissance prussienne, qui est vigoureusement repoussée; la fusillade dure environ une demiheure.

Vers 2 heures, autre alerte du côté de Bondy et de Rosny; tir plus vif des batteries prussiennes; seulement, ce sont des pièces de petit calibre.

Dans la journée, rien de remarquable.

Le tir des batteries ennemies continue, mais sans faire beaucoup de mal.

446 DÉFENSE DB PABIB.

Nea forts et nos batteries ripostent assea vigonreosement pendant quelque temps.

17 jaBTier, — Le feu ennemi s'est ralenti cette nuit, sans cesser cependant ; le bombardement continue sur le front da Sod.

A 10 heures, après la soupe du matin, les divisions Sosbielle et Berthaut quittent leurs cantonnements, et vont s'établir, lil^ à Glichy-Sain(<Ouen , la â« à Asnibres. La division de Bellemare part également à la môme heure pour aller à GoarbeTOîe. Chacune de ces divisions {emmène une compagnie do génie auxiliaire; iO batteries d'artillerie de 19^ de 8» de 1, de mitrailleuses, partent également, et viennent se placer à Asnlères et i la Garenne.

Ces divisions, n'emmenant que les disponibles, ont avec elles douze à quinse cents outils.

i8 janfier. *~ Le quartier général se transporte à la porte Maillot. A quatre heures du soir, la brigade La Marieuse, de la division Faron, prend le chemin de fer à la Villette, et vient s'établir entre Asnicres et Courbevoie, le long du chemin du Grand- Vainqueur.

Dans la journée, 10 batteries d'artillerie prennent leurs cantonnements à Gourbevoie, entre le pont de Neuilly et le rond-pointi et 10 autres à Neuilly.

A 7 heures du soir, la division Gourty prend le chemin de fer et vient s'établir à Puteaux. Toutes ces troupes reçoivent des vivres jusqu'au 22 inclus, et de l'avoine jusqu'au SO.

La division Gourty est mise provisoirement sous les ordres da général Vinoy, ainsi que 10 batteries ; 10 autres batteries ,et la division de Bellemare doivent se trouver au centre, sous les ordres directs du Gouverneur.

Vers la fin de la journée, les régiments de la garde nationale mobilisée dont les numéros suivent viennent se réunir a ux divisions, savoir :

A la division Susbielle :

Brigade Ragou, le 53^ régiment de Paris. Brigade Lecomte , le 23« régiment de t'aiûs.

A la division Berthaut :

Brigade Bocher, le 17* régiment de Paris. Brigade Miribel, le 8« régiment do Paris.

K la division Faron :

Brigade La Marioiise, le 19* régiment de Paris. Brigade Lespiau, le 25« régiment de Paris*

Toutes ces troupes reçoivent l'ordre de se tenir prèles à prendre les armes dans la nuit.

A. partir de oe jour, 18 janvier, M. le général d*Exea prend le commandement de toutes les forces échelonnées de la Marne À AubervilUers^ et comprenant la division Mattat du 2* corps, la brigade Reille, la brigade Comte, de la division Faron, et *14 bataillons ée la gardé nationale mobilisée, plus Un grand nombre de batteries. A 10 heures du soir, le général en chef réunit les généraux qui doivent opérer sous ses ordres , et leur donne ses dernières instructions.-

19 Janvier. — • Dès t heures du nmtin, d'après les instruotiens du général Ducrot, les troupes devant former la colonne de droite sous ses ordres se mettaient en mouvement; mais le long espace a parcourir, le mauvais état des chemins, Tobscurité de la nuit, et le nombre considérable de troupes à faire mouvoir en même temps sur un très-petit nombre de voies, ont amené un encombrement derrière de larges tranchées et de nombreux abatis.

La situation était donc fort difficile, car, d'une part, nous avions Tennemi en forces sur notre flanc droit, sur notre front, et môme, en un point, sur nos derrières* A plusieurs reprisesi cette situation difficile a amené du trouble et môme quelques reculades parmi nos troupes.

Il a fallu, pour maintenir la position, faire entrer en ligne, successivement la totatité des troupes de la division Berthaut, la majeure partie des troupes de la division Faron.

l)e son côté, la division Susbielle maintenait Tennemi en aVant de Hueil, et le refoulait dans le parc de la Malmaison Si dans le ravin qui descend de Saint-Cucufa, malgré le tir de nombreuses batteries ennemies, qui, vers la fin de la journée, étaient venues prendre position sur les hauteurs de Carrières-Saint-Denis et Chatou, et faisaient converger leur feu sur notre droite.

A la &n de la journée, au moment où la nuit se faisait complètement, nous tenions toujours la partie ouest du parc de Buzeazal et les crêtes en face du plateau de Garches. L*ennemi n'avait pu nous faire céder un pouce du terrain conquis ; nos blessés et nos morts avaient été enlevés, et nous étions en mesure de passer la nuit dans cette situation ; mais il est évident qu'au jour

elle serait devenue critique, car, pendant toute la journée, le commandant Faverot, qui, avec deux escadrons, les éclaireurs Franchetti et quelques pièces légères, avait observé les bords de la Seine d^Argenteuil à Ghatou, avait signalé de nombreuses colonnes d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie venant du Nord, et marchant dans la direction de SaintrGermain. L'ennemi devait donc se trouver en mesure, dans la matinée du 20, de prononcer un mouvement offensif très-vigoureux sur notre droite, et il n'aurait pas manqué d'établir sur les hauteurs de la Jonchëre une nombreuse artillerie qui aurait écrasé toutes nos réseryes, massées sur le plateau, entre Buzenval, la Fouilleuse et la maison Crochard. Il ne nous restait d'ailleurs aucun espoir d'enlever de vive force la triple ligne de retranchements qae l'ennemi a établie avec tant de soins de la Jonchère à la maison Graou.

Lorsque le Gouverneur a eu donné l'ordre de la retraite, le général Ducrot et le général de Bellemare se sont entendus, et ont replié les avant -postes dans le plus grand ordre, entre 1 heure et 2 heures du matin, et toutes nos troupes étaient rentrées, ce matin, dans leurs cantonnements.

L'attitude des troupes a été excellente. L'infanterie de ligne et la garde nationale ont rivalisé de vigueur dans quelques moments difficiles, et si parfois il s'est produit certains troubles, quelques tireries désordonnées , c'est la conséquence inévitable de l'inexpérience et de l'agglomération, qui, malgré tous nos soins et tous nos efforts, s'est produite fatalement sur quelques points. Nos pertes ont été de 29 officiers tués ou blessés, 664 hommes de troupes tués, blessés et disparus. Dans ces chiffres sont compris 1 officiers de la garde nationale et 212 gardes nationaux.

20 Janvier. — Le bombardement des forts du Sud , qui avait à peu près cessé dans la journée du 19, a recommencé, mais faiblement, dans la nuit; mais le matin il a été très-violent contre les forts du Sud, principalement contre le fort d'Issy.

Pendant deux heures, suspension d'armes vers le lien du combat du 19, et enlèvement de quelques blessés.

Dans la nuit du 19 au 20, deux compagnies du 114* de lignCi placées à la ferme de Groslay, se sont laissées enlever, à Texception d'un sergent et de 23 hommes.

21 janvier . — Le Gouverneur de Paris donne sa démission

de commandant en chef de Tarmée, mai^ reste comme président du Gouvernement de la Défense nationale.

Le général Vinoy est nommé commandant en chef de l'armée de Paris.

Le bombardement de Saint-Denis et des forts de TEst, de la Briche et de la Double-Couronne commentfi avec la plus grande violence.

Armistice du côté de Buzenval pour renlèvemcnt des morts. On craint un mouvement dans Paris, et la brigade Lecomte, de la division Susbielle, ainsi que la brigade FournèS; de la division Bellemare, sont prêtes à prendre les armes. Cette dernière vient se cantonner à Neuilly, près de la porte Maillot.

22 janvier. — Dans la nuit du 21 au 2% les portes de la prison Mazas sont forcées, et Flourens et plusieura autres détenus sont mis en liberté.

Le bombardement a continué , surtout vers le Sud et vers Saint-Denis.

La brigade Fournès entre dans Paris et campe près de la place de la Concorde. Quatre bataillons de la brigade Lecomte vont s'installer près de l'église Saint- Augustin ; la division Courty se porte aux Champs-Elysées', près du palais de l'Industrie; ces troupes son^ accompagnées de leur artillerie.

Armistice du côté de Buzenval pour achever l'enlèvement des morts.

Vers 2 heures, tentative du parti avancé sur l'Hôtel de Ville ; fusillade de 25 minutes. Cinq morts et une trentaine de blessés.

Vers 5 heures, toutes les troupes qui étaient entrées dans Paris se portent en dehors des fortifications, à l'exception de la division Courty.

S3 janvier. — Dans la nuit , vers 2 heures , un bataillon du 115* de ligne quitte Clichy et va occuper la prison de Mazas; un autre bataillon se porte aux Tuileries pour garder le parc d'artillerie.

Le bombardement vers le Sud a été lent, mais continu. Les forts du Sud ont continué leurs tirs sur les batteries ennemies, et la poudrière prussienne de la batterie de gauche de Châtillon a sauté.

Au Nord, le bombardement de Saint-Denis a été d'une extrême violence.

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