‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 74 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

24 janvier. — Toujours le bombardement augmente d'intensité pendant la nuit, surtout du côté de Saint-Denis.

A 10 heures, après la soupe du matin, la division Faron quitte ses cantonnements du côté de Courbevoie. pour se rendre, une brigade à la gare du Nord, l'autre à la gare de Strasbourg.

Le bombardement est devenu très- violent sur Saint- Denis, ^ mais se ralentit vers le Sud. L'ennemi travaille à de nouvelles

Viftttpfifis

A 8 heures du soir. Iel36« de ligne et les mobiles du Morbihan, de la brigade Golonieu (division Bellemare). prend le chenun de fer pour aller se cantonner à Bagnolet.

25 janvier. — Le tir de Tennemi s'est ralenti sur toute la ligne, mais Saint-Denis et les forts qui le défendent sont encore violemment bombardés.

A 9 heures, après la soupe du matin, la brigade Fouraès, de la division Bellemare, quitte NeuiUy pour aller prendre ses cantonnements à Montreuil.

La deuxième armée est pour ainsi dire dissoute ; le soir, le

général Ducrot quitte son commandement.

26 Janvier. — Ordre général. — En exécuUon des ordres da général Vinoy, nommé commandant en chef de l'armée de Paris par décret du Gouvernement de la Défense nationale, en date du 21 janvier 1811, Tétat-major général de la deuxième année est

dissous.

Les oflflciers généraux et autres qui en font partie recevront ultérieurement de nouvelles destinations ou avis de leur mise en disponibilité.

Incident relatif à révasion dn général Ducrot à Pont-à-Koiu*<^B

Aussitôt qae Dès qu'avait été connue la nomination du général Vinoy coinin«

général Ducrot Commandant en chef , le général Ducrot s'était empressé da Iw

la SonanaUon «"^^oyer 8on premier aide de camp pour lui oflHr son concours

générai%' dévoué , non pas contre les ennemis de Textérieur , car il » ï

co^e'^^' avait plus d'illusions possibles , tout était bien fini de ce c6té;

DÉFENSE DE PARIB.

mais contre les ennemis intérieurs, dont Taudace augmentait en proportion de nos désastres.

N*ayant pas trouvé le général en chef, le commandant s'était adressé ù son chef d'état-major, et lui avait communiqué les offres de service du général Ducrot en le priant de vouloir bien les transmettre au général Vinoy.

Dans la soirée du 21 et la matinée du 22, quelques mouvements de troupe furent exécutés par les corps appartenant à la deuxième armée, et cantonnés soit dans l'avenue de Neuilly, soit entre Saint-Ouen et ladite avenue, c'est-à-dire à quelques pas du quartier général de ladite armée. Ces mouvements étaient exécutés en vertu d*ordres émanant du nouveau général on chef ou de son état-major, et transmis directement aux chefs de division, sans que le commandant de la deuxième armée en eût nâème été avisé. Mais, comme ces mouvements de troupe étaient motivés par la nécessité de se mettre en mesure contre certaines tentatives de désordre qui se préparaient dans l'intérieur de Paris , et qui se produisirent même dans la journée du 22 , le général Ducrot pensa que s'il n'avait pas été averti, c'était le résultat d'un oubli, conséquence de la précipitation que les étatsmajors avaient dû apporter dans Toxécution d'ordres très-urgents. Il laissa donc s'exécuter les mouvements prescrits, et prit lui-même certaines dispositions pour que toutes les troupes placées à sa portée se tinssent prêtes à marcher au premier avis. Dans l'après-midi du 22 , de nouveaux mouvements se produisirent en vertu d'ordres émanant du général en chef et transmis directement aux généraux de division. La brigade Fournès entre dans Paris et campe près de la place de la Concorde; quatre bataillons de la brigade Lecomte vont s'établir prés de Téglise Saint-Augustin ; la division Courty se poste aux Champs-Elysées, près du Palais-de-rindustrie ; ces troupes sont accompagnées de leur artillerie.

Ces mouvements de troupe considérables s'étaient exécutés sans que le commandant en chef de la deuxième armée en eût môme été prévenu; il n'était plus possible d'admettre que ce manque à toutes les règles de la hiérarchie fût le résultat de négligences ou d'oublis involontaires.

Le général Ducrot ne pouvait accepter une pareille situation, et, dès le 23 au matin, il se rendit chez le général Vinoy, qui venait de transporter son quartier général au Louvre. Le général en chef lui ayant dit que ses offres de concours lui avaient été transmises par son chef d'état-major, le général Ducrot répéta au général Vinoy qu'il était entièrement à sa disposition ; que, a'U croyait pouvoir l'utiliser dans l'intérêt du maintien de l'ordre.

commandant

en chef,

il va lui om-ir

son

concours.

il pouvait en toutes circoastances compter sur son concoars empressé; mais que si, par suite de nouvelles combinaisons, le général en chef jugeait à propos de supprimer le commandemeat de la deuxième armée, il ne devait être arrêté par aucune question de personnalité, et que dans le cas où l'armée aurait à lutter contre les implacables ennemis de la société , il ne réclamerait d'autre faveur que l'autorisation de venir se joindre à l'étatmajor du général en chef, au moment de l'action.

Le général Yinoy remercia très-cordialement, disant qu'en effet par suite de la situation nouvelle qui nous était faite, la divisioa des forces militaires de Paris en trois armées devenait absolument inutile, qu'il avait l'intention de tout fusionner en une seule armée, que le travail se préparait dans les bureaux, et qu'il serait bientôt communiqué à l'armée par la voie de l'ordre. Le général Ducrot fit observer au général en chef que la deuxième armée avait joué un rôle assez important dans la défense de Paris, pour que sa dissolution ne passât pas inaperçue et qu'elle fût l'objet d'un ordre spécial ; que, d'ailleurs, mis eu possession de son commandement par un décret du Gouvernement de la Défense nationale, il ne pouvait en être dépossédé que par un nouveau décret; qu'il était donc indispensable qu'il lui fût donné avis de sa mise en disponibilité par une lettre ministérielle. Le général Yinoy promit de donner satisfaction sur ces deux points.

Le général vinoy Le ^» datiB la soirée, le colonel Franceschetti, commandant le général Ducrot ^'égiment des mobiles de Seine-et-Marne, se présenta au quar-

do se tier général de la Porte-Maillot, chargé de la part du ginéral

sauver en ballon, ^r. ,, ... . . . i • i ^ ^««».

vinoy dune communication importante pour le gênerai Ducrot,

celui-ci était chez le général Trochu.

Connaissant les relations du général Ducrot avec son chef d'état-major, général Appert, le colonel Franceschetti se décida à transmettre, par l'intermédiaire de ce dernier, la communication dont il était chargé, et le soir, vers dix heures, le général Appert, accompagné du docteur Sarazin, se présenta chez le général Ducrot pour lui faire part de cette importante communication.

Le colonel Franceschetti avait exposé au général Appert qu'étant fort lié avec le général Vinoy, celui-ci l'avait pris comme intermédiaire pour faire au général Ducrot, pour lequel le colonel Franceschetti professait le plus profond dévouement, la communication suivante :

« Le général Vinoy avait de bonnes raisons pour penser que « les Prussiens étaient fort excités contre le général Ducrot, « qu'ils ne lui pardonnaient pas d'avoir manqué à sa parole en « s'évadant après Sedan, et que, suivant toutes probabilités, la

« première clause de la capitulation serait la livraison dudit gé- « néral. Le général Vinoy avait dû charger Franceschetti de pré- « venir son camarade, eu ajoutant qu'il était parfaitement résolu e à repousser cette exigence injuste , mais que de ce refus, c pouvaient naître de sérieuses difficultés qui compromettraient

< peut-être les résultats des premiers pourparlers et rendraient « tout arrangement très-difficile. Le général Vinoy priait donc « instamment le général Ducrot de quitter Paris, soit en profitant a du départ d'un ballon, soit en se dissimulant dans quelque loge-

< ment ignoré, de manière à écarter cette première cause d'em-

< barras ; il l'en priait vivement plus encore dans un intérêt c général que dans son propre intérêt. >

Cette communication paraissait avoir fait une profonde impression sur le général Appert et sur le docteur Sarazin; ils insistèrent près du général Ducrot pour le déterminer à suivre le conseil du général Vinoy ; ils invoquèrent la haine bien connue des Prussiens contre lui ; les menaces souvent proférées, disant qu'il y aurait réellement folie à compter sur la générosité et l'honnêteté de ses implacables ennemis.

Le général Ducrot répondit à ces bons avis que le soin de son honneur lui imposait le devoir d'écarter toute démarche qui pourrait donner un semblant de confirmation aux injustes accusations formulées par les Allemands et confirmées par les pro[)os imprudents ou calomnieux d'ennemis personnels, qu'il s'était faits en assez grand nombre par sa trop grande franchise et la vivacité de son caractère; se soustraire à la captivité, alors que l'on semblait redouter les menaces des Prussiens, c'était évidemment confirmer ces accusations ; aussi le général tenait-il essentiellement à partager le sort de l'armée, et au premier mot qui serait prononcé par les Allemands à son sujet, il s'empresserait de se livrer avec les quelques officiers de son état-major, qui étaient dans la môme situation; il demanderait des juges, et les conditions dans lesquelles il se trouvait au moment de l'évasion étaient si nettes, si faciles à déterminer qu'il ne pourrait y avoir aucune inquiétude sur le résultat du jugement.

A cela le général Appert et le docteur Sarazin opposaient l'injustice, la violence, la cruauté des Allemands; les menaces si souvent formulées contre le général Ducrot pendant le cours du siège, notamment après les combats de la Marne ; ils invoquaient ses devoirs de père de famille... Le général Ducrot répliquait. qu*il puisait précisément dans ces sentiments, dans l'amour de sa femme et de ses enfants le courage nécessaire pour faire son devoir jusqu'au bout et résister à toute velléité de faiblesse; qu'à défaut d'autre héritage, il voulait laisser a sa famille une

Le général Appert

et le docteur Sarazin

supplient le gênerai Ducrot

de se conformer

à l'aTis

donné parle

général Vinoy.

Le

général Ducrot

déclare

qu'il ne partira

pas;

si besoin est,

il ira demande

h l'état-maior

allemand

de lui donner

des juges.

Noavelles instances du

colonel Franceschetti .

Noaveaa refus du général.

Le

p^énèral Dacrot

se rend chez le

général Trocbu

pour

ni faire part de

cet incident.

mémoire respectée et honorée ; sa résolution était donc inébranlable.

Dès sept heures du matin , le 9A , le colonel Franceschetti se présentait chez le général Duerot, ayant appris Tinsuccès des démarches tentées pendant la nuit; il venait essayer de faire comprendre les graves motifs qui avaient déterminé le général Vinoy à faire transmettre un sage et prudent avis à un camarade dont il trouvait la situation trés-co m promise.

En effet, le colonel Franceschetti recommença tous les raisonnements déjà présentés ; il fit même entrevoir que vraisemblablement le général Vinoy avait cpielques données plus positives que celles mises en avant pour redouter les injustes prélentions des Allemands au sujet du général Ducrot. . , c Je vous remercie beaucoup, mon cher Colonel, dit le Général, de l'intérêt qne vous mettes à vous acquitter de la mission dont vous avec bien voulu vous charger; veuillez donc vous rendre près de M. le général Vinoy, lui dire que je suis profondément touché de la sollicitude que lui inspire ma personne, que je l'en remercie de tout mon cœur, mais ne manquez pas d'ajouter que votre démarche a obtenu un résultat absolument opposé à celui qu'en espérait M. le gc^néral Vinoy ; car, du moment où il peut y avoir un doute pour une question qui intéresse à un si haut degré mon honneur, je tiens essentiellement à ce qu'elle soit traitée à fond. Mais que le général soit sans inquiétude, je ne serai ni pour lui, ni pour la ville do Paris, la cause d*auoun embarras; au premier mot prononcé par les Allemands à mon sujet, je m*empresserni d'aller me présenter à eux et je réclamerai des juges. — Merci donc encore une fois, n'insistez pas davantage, ce serait inutile. »

Le général se rendit immédiatement chez le général Trochu; des motifs particuliers lui faisaient un devoir d'informer son ami de la démarche qui venait d'ôtre tentée par le général Vinoy et de la résolution qu'elle lui avait inspirée.

L'entretien avec le général Trochu se trouve relaté io extenso dans le courant du récit. Nous faisons suivie ce document de pièces relatives à l'évasion du général Ducrot; le lecteur aui'a ainsi toutes les données nécessaires pour juger la question : question déjà complètement mise à jour dans le livre àtLêJoornée de Sedan,

Pièces relatives à réyasion du général Dncrot. i

Évadé dans la nuit du 11 au 12 septembre, le général Ducrot, en arrivant à Chagny dans la nuit du 12, envoyait à so famille le télégramme suivant :

• Cbagny, 13 eepiembre 1870,

€ Madame Ducrot, à Pougues-Ies-Eaux,

« Je me suis échappé des mains des Prussiens. Je suis libre c de ma personne, libre de tout engagement. J'arriverai cette c nuit à Ghazelles. »

.Arrivé en Nivernais, dans la nuit du 19 au 14, il venait d'embrasser sa femme et ses enfants lorsqu'il reçut un télégramme da général Trochu qui l'invitait à se rendre immédiatement à Paris. Trois heures après, il partait par la voie de Bourges, celle de Fontainebleau étant déjà coupée. Le 15 au matin, il était à Paris; le 16, il prenait le commandement deslS* et li« corps; le 17, il visitait, avec le gouvei*neur de Paris, les hauteurs qui s'étendent de Montretoui à Bagneux, et jugeant qu*il fallait au moins tenter de les défendre, il s'installait dans la soirée, avec le 14* corps, sur les hauteurs de Châtillon.

Dans la journée du 18, prévenu par ses reconnaissances de la présence des Prussiens à Villeneuve-Saint-Georges et Choisyle-Roi, il prenait la résolution de les attaquer pendant leur marche téméraire sur Versailles, par le ravin de la Bièvre.

Dans ce but il livrait, le 19, le combat de Châtillon, qui, t^'îL eût été heureux, aurait certainement retardé de plusieurs semaines l'investissement de Paris, et permis de mettre on sérieux état de défense toutes ces positions importantes sur lesquelles les travaux n'étaient encore qu'ébauchés.

Lettre du colonel Boberty chef de V état-major général du 1*^ corps,

à M, le général Ducrot.

Stettin (Poméranie), 21 février 1871. Mon général,

J'ai fermé hier la lettre que je vous ai adressée avant d'avoir terminé les renseignements que je désirais vous donner; je tenais avant tout à ce que cette lettre partît sans plus de retard'. Je viens compléter aujourd'hui les indications et explications nécessaires.

Nous avions lu dans les journaux, pendant la première quinzaine d'octobre, et notamment dans le Times^ YIndépendance et quelques journaux allemands, l'accusation que l'on faisait peser sur vous à propos de votre retour en France. Comme j'avais ici avec moi tout notre état-major du \^^ corps, je réunis ces messieurs, et nous résolûmes de protester contre cette accusation, nous qui savions combien elle était mal fondée, et qui étions vos témoins d'autant plus dignes de foi, que nous nous trouvions depuis plus d'un mois déjà tout à fait séparés de vous et tout à fait libres de nous taire, si nous n'eussions rien eu a dire pour votre justification. Notre première idée fut d'envoyer des réponses aux journaux signées de nous tous; mais nous avions pris en arrivant ici l'engagement d'honneur (qui demeure encore maintenant) de ne recevoir et de n'envoyer aucune correspondance autrement que par l'intermédiaire du commandant militaire de Stettin. Nous dûmes donc en référer à ce commandant; dès lors nous eûmes l'idée de donner à notre démarche un caractère plus sérieux q[ue celui qui résulterait d'une simple réponse aux journaux, et nous résolûmes de déposer une protestation signée de nous entre les mains du général commandant la forteres^ de Stettin, avec prière de la transmettre au commandant supérieur de l'armée allemande.

Nous demandâmes, moi, Corbin et Rouff, une audience au général, M. de Freiholl (maintenant décédé). Je remis entre ses mains notre protestation collective et la minute en allemand et en français de la note que nous demandions à faire insérer dans les journaux. Nous eûmes une assez longue conversation avec le général, par l'intermédiaire du capitaine Rouff, qui parle l'allemand. Il fut bienveillant, nous engagea à ne rien écrire dans les journaux, parce que ce serait ouvrir une polémique interminable et présentant de grands inconvénients. (Nous dûmes comprendre que son conseil était un ordre.) 11 ajouta que voussao-

riez bien répondre vous-même sans doute. Quant à la protestation, il vit aussi des inconvénients, nous dit-il, à la transmettre au ministre de la guerre à Berlin ; mais en résumé il ne nous la rendit point et la consei'va. Enfin, lorsque j'eus insisté pour que Rouff lui expliquât bien les termes de la capitulation, d'une part, et ceux du sauf-conduit, de Tautre, et tout ce que vous aviez fait pour dégager rigoureusement votre parole, il fut conduit à dire que si les choses étaient ainsi, il pensait qu*il se serait cru autorisé à faire comme vous. J'appuyai sur le texte de la capitulation qui partage les officiers en deux catégories, Tune (art. :2) composée de ceux qui rentraient en France, en signant /e rer^r^, avec armes, chevaux et bagages, et qui devenaient libres sur parole, hic et nunc; l'autre (art. 5) composée de ceux qui, n'ayant pas voulu du bénéfice de l'article % demeuraient, une fois enclos dans la prison d'Iges, des prisonniers gardés, exposés aux coups de fusil en cas de tentative d'évasion. C'est dans cette seconde catégorie que nous avons, vous et nous, été compris, et dont nous ne sommes sortis (nous qui n'avons pu nous échapper) qu'après notre arrivée ici, en signant un nouvel engagement d'honneur. Ce n'est que transitoirement et uniquement pour le trajet de Glaire à Pont-à-Mousson, que nous sommes devenus prisonniers sur parole, et nous sommes redevenus prisonniers gardés, au moment où, après nous être rendus tous à la gare à l'heure prescrite, Jious nous sommes mis pour la seconde fois (l'ayant déjà fait une première fois sur la place de l'Hôtelde- Ville) à la disposition de l'autorité allemande, dans une gare gardée par des sentinelles qui avaient chargé leurs armes devant nous. Voilà ce que nous avons expliqué au général de FreihoU, et ce qae contenait en substance notre protestation dont, au surplus, je compte vous envoyer une copie certifiée par moi. Je ne crois pas me tromper en pensant que notre protestation aura été envoyée au ministre ; mais dans le cas contraire, elle a dû rester ici aux archives de la commandature puisqu'on ne nous Ta pas rendue.

Voilà, mon général, les renseignements que je tenais à vous donner. M"^ Ducrot a été précédemment informée sommairement de la démarche que nous avons faite et peut-être aura-t-elle pu déjà vous en donner avis. Les signataires sont, avec moi, Corbin, Rouff, Peloux, de Sancy, de la Noue, Âchard, d'Âupias, des Roches et de Lissac.

La protestation est en date du 14 octobre.

Adieu, mon général, je vous adresse encore cette lettre à Paris, sans trop savoir si ce n'est pas plutôt à Bordeaux qu'elle devrait

èlro envoyée. Je vous prie d'agréer Tassurance de mon respecteux attachement.

Le colonel Robert.

Lettre de M. le colonel Robert (1), chef de rétai^m^jor général du 1^ corps, à M. Je général de Freiholl^ commandant k place de Slettin,

Stettin, le iA octobre 1970.

Monsieur le Général,

M. le général de division Ducrot, ancien commandant en chef du !•' corps de Tarmée du maréchal de MacMahon, a été accusé dans quelques journaux, diaprés des renseignements venus, disent ils, de Ferrières, d'avoir manqué à sa parole d'honneur après la capitulation de Sedan, en rentrant en France au lien de se constituer prisonnier en Allemaj^e, comme il l'avait promis Do nouveaux commentaires à la charge de cet officier général viennent de se produire dans le journal de Steitin du 11 octohre, en réponse, à ce qu'il paraît, à une note reclificative iiiséi'é»' dans un journal français.

Les officiers qui, sous mes ordres, ont en dernier lieu composé l'étal-major général du i^ corps d'armée et qui sont présents à Sletlin, se sont émus avec moi de ces accusations réîtcrées publiées contre leur ancien chef, et nous avons considéré comme un devoir d'honneur et de conscience de protester sans plus tarder contre elles, en apportant ici le témoignage des faits qui sont à notre connaissance et qui disculpent le général Ducrot des imputations dont il est l'objet.

Les faits sont consignés dans une note ci-jointe.

J'ai l'honneur de vous prier. Monsieur le général, tant en mon nom personnel qu'au nom des officiers signataires de cette noie, de vouloir bien la soumettre, avec ma présente lettre, au commandant supérieur do l'armée allemande.

Nous vous prions on môme temps de nous permettre de faire insérer dans le journal do Stettin et dans Vlndépendance belg*-, une autre note dont nous mettons le texte sous vos yeux.

Agréez, etc.

Signé : Colonel Robbrt.

(1) Aujourd'hui général Robert, sénateur.

Protestation des officiers de T état-major général du /•«• corps.

Les officiers soussignés ayant en dernier lieu composé l'étatmajor général du 1®' corps d'armée, protestent contre les accusations dont M. le général Ducrot est en ce moment l'objet dans plusieui'S journaux et motivent leur protestation par les faits i|u'ils attestent :

1« M. le général Ducrot ne fut point autorisé, comme le furent plusieurs généraux, à se rendre librement dans un délai et par un itinéraire déterminé, en passant par la Belgicpie, dans la ville d'Allemagne qpii lui serait désignée comme lieu de captivité, mais il lui fut permis seulement (comme à tous les autres généraux qui demeurèrent quelque temps avec les troupes dans la presqu'île de Glaire) de se rendre librement, sur parole, de Glaire à Pont- à-Mousson, avec ordre d'y arriver à jour et à heure fixes, en marchant avec ses officiers d'état-major, et en se faisant suivre de quelques domestiques, de quelques chevaux et de bagages portés sur des voitures;

^ L'engagement écrit qui lui fut alors imposé le constituait prisonnier sur parole d'une manière essentiellement temporaire^ et seulement pour lo trajet df» Glaire à Pont-à-Mousson, où il devait se mettre à la disposition du commandant militaire, lui, son état-major et sa suite, le il septembre vers midi ;

3o Ije général Ducrot, nous l'affirmons, a rempli de point en point cet engagement. Non-seulement il s'est rendu avec nous à Pont-à-Mousson, non-seulement il s'y est mis comme nous à la disposition du commandant militaire en envoyant un de ses officiers d'ordonnance (qui parlait la langue allemande) présenter et rendre lo sauf-conduit qui lui avait été remis & Glaire, mais encore, après avoir reçu, par l'intermédiaire de cet officier d'ordonnance, Tordre de se rendre vers une heure et demie à la gare du chemin de for, il s'est réellement rendu, tenue militaire, dans cette gare, où nous l'avons vu pendant que le départ du convoi qui devait nous emmener se préparait par les soins d'un commissaire allemand. Ce convoi, qui contenait un grand nombre de soldats prisonniers et de blessés, et qui était d'une longueur exceptionnelle, n'est d'ailleurs parti que vers quatre heures. Un poste militaire, dont les armes avaient été chargées devant nona^ faisait alors un service de surveillance dans la gare et aux alentours.

JA se bornent les faits que nous pouvons attester avec certitude, car au moment où le départ du train était enfin prochain,

nous sommes montés à la hâte dans une voiture de troisième classe qui nous a été désignée et nous n'avons plus rêva M. le général Ducrot.

Il résulte pour nous de ces faits que si M. le général Dacrot,à partir de ce moment, a pu, soit à Pont-à-Mousson, soit ailleurs, tenter et accomplir une évasion qui devait être assez difficile et qui n'était pas sans périls, c'est qu'il pouvait se considérer comme ayant cessé d'être prisonnier sur parole, pour doveniv prisonnier surveillé,

Stettin, 14 octobre 1870.

Ont signé :

Le colonel Robert, ex-chef d'état-major du 1** corps; le commandant Corbin, exsous-chef; RouPF, capitaine d'état-major; Peloux, capitaine d'état -major; âchard, capitaine d'artillerie ; Des Roches, lieutenant du 10^ dragons; D'Aupias, lieutenant du 11® chasseurs ; De Sancy, lieutenant d'étatmajor; De Lanoue, lieutenant d'état-major; De LissAC, lieutenant du 16* bataillon de chasseurs; officiers ayant composé l'étatmajor-général du l" corps.

Pour copie :

Le colonel Robert,

Au moment où la convention du 28 janvier fut signée, le général Ducrot se trouvait sans commandement ; il avait été mis en disponibilité lors de la réorganisation de toutes les forces militaires de Paris en une seule armée, sous le commandement en chef du général Vinoy.

Lorsque l'état-major et le ministre de la guerre établirent les listes des prisonniers de guerre, le général Ducrot ne fut compris sur aucune et l'observation en fut faite par M. le comte de Bismark dans une conversation qu'il eut avec M. Jules Favre, le 9 du mois de février.

Toutefois, M. de Bismark admit comme partaitoment fondée la raison donnée par M. Jules Favre, à savoir, que le général Ducrot n'avait pas été considéré comme prisonnier, parce qu'il n'appartenait plus à l'armée active au moment de la signature de la convention.

Le comte de Bismark ajouta :

« Tant mieux , cela simplifie les choses , parce que nous pour-

< rions avoir une question délicate à régler avec le général Du-

< crot au sujet de son évasion, après la capitulation de Sedan.»

Aussitôt que le générai Ducrot eut connaissance de ce double fait, c'est-à-dire, de son omission sur la liste des prisonniers et de la persistance de M. de Bismark à mettre en doute la régularité de sa situation, comme prisonnier évadé, il adressa au major général de Tannée allemande la lettre suivante :

Paris, 10 février 1871 .

Mon Général,

J'apprends à Tinstant, par M. Jules Favre, qui a eu, à ce sujet, une conversation avec M. le comte de Bismark, que je ne suis pas compris sur la liste des prisonniers de guerre.

Il est vrai que j'ai été mis en disponibilité le 26 janvier, c'est-àdire antérieurement à la convention du 28, mais je ne saurais me retrancher derrière une subtilité réglementaire pour bénéficier d'une disposition aussi imprévue.

Je tiens à honneur de partager le sort de Tarmée que j'ai commandée pendant toute la durée du siège, et je prie Votre Excellence de vouloir bien faire ajouter mon nom à ceux des officiers portés sur la liste qui est entre ses mains.

Cette formalité remplie, je prie Votre Excellence de vouloir bien me donner les moyens de comparaître le plus tôt possible devant un conseil de guerre ou un tribunal d'honneur pour statuer sur la question de mon évasion après la capitulation de Sedan, évasion au sujet de laquelle j'ai vu avec douleur que, malgré les explications très-nettes que j'ai fournies, des doutes sont restés dans l'esprit des ofGciers de l'armée allemande.

Je réclamerai le môme droit pour quatre officiers de mon étatmajor qui sont dans la môme situation que moi ; ce sont : MM. le comte de Chabannes, chef d'escadron d'état-major; le commandant Bossan, chef d'escadron d'état-major; le baron Faverot de Kerbreck, chef d'escadron de cavalerie; le capitaine de Gaston, officier d'ordonnance.

Veuillez agréer, mon général, l'assurance de ma haute considération.

Le général Ducrot,

Ex-géaéral en chef de la deuxième armée de Paris,

Le général Ducrot eut soin de faire porter cette lettre au quartier général prussien, par le commandant Faverot de Kerbreck et le capitaine de Gaston, précisément cités dans ladite lettre.

Leur présence n'ameaa aucune observation de la pari de l'étatmajor allemand, et dès le lendemain, le général Ducrot recevait de M. le comte de Moltke la réponse à sa lettre.

A Son Excellence r ex-commandant de la deuxième armée de Paris, M. le général de division A. Dacrot.

J'ai l'honneur de répondre très-respectueusement à la lettre que Votre Excellence a bien voulu m'adresser hier, que, suivant le vœu qui y est exprimé, le nom de Votre Excellence sera porté sur la liste des prisonniers de guerre de Paris. — En conséquence de la proposition que fait ensuite Votre Excellence, le conseil de guerre demandé sera réuni aussitôt que cela sera pratiquement possible , et Votre Excellence sera avertie de l'époque de cette convocation par le ministre de la guerre et de la marine, le général d'infanterie de Roon.

Avec une haute considération, je suis, très-respectueusement,

Comte db Moltkb,

Générai d'infanterie et chef (fétat-mnjor gènénï de F armée allemande.

Le général Ducrot répliqua immédiatement à M. le général de Moltke dans les termes suivants :

A Son Excellenœ le comte de Moltke^ général diafanteriet chef d'état^m^jor général de F armée allemande,

Paris, 14 février 1871.

J'ai l'honneur d'informer Votive Excellence que je me rends à Bordeaux pour siéger à l'Assemblée nationale. Je me tiendrai à la disposition du conseil de guerre annoncé, lorsqu'il paraîli'a possible à Son Excellence Monsieur le Ministre de Roon de le convoquer.

Veuillez agréer, mon général, l'assurance de ma haute considération.

Le général de division, A. Ducrot.

Ce fut M. le comte de Bismark qui répondit h celte seconde lettre.

Versailles, 17 février 1871.

Monsieur le Général,

En réponse à votre graoieuse lettre du 14 de ce mois à Son Excellence Monsieur le général de Moltke et qui me Ta remise, j'ai Ihonueur de vous répondre, avec le plus profond respect, que jusqu'ici les officiera français prisonniers de guerre qui ont piié Sa Majesté l'Empereur et Roi de leur permettre d'aller à Bordeaux, ont reçu la présente lettre. — Et pour cette raison, je vous offre un même écrit puisque, selon votre désir, vous avez été compris parmi les officiers français prisonniers.

Veuilles agréer, Monsieur le Général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Comte de Bismark.

Le général Ducrot a vainement attendu qu'il fût pratiquement possible de réunir le conseil de guerre annoncé par M. le général de Moltke. Ne voulant pas cependant laisser subsister l'ombi^e d'un doute sui^ la parfaite loyauté de sa conduite, il a demandé à soumettre les faits relatifs à son évasion à Texamen de la commission instituée par la loi que PAssemblée nationale a votée dans la séance du 8 août 1871. A la suite de cet examen, le président de la commission, l'honorable général Ghangamier, a adressé au général Ducrot la lettre suivante :

AfoBsieur le Général Ducrot, k f Assemblée nationale,

Var8aill«8, 16 septembre 1871.

Cher Général,

La commission nommée par l'Assemblée nationale, en exécution de la loi votée le 8 août 1871, a entendu les explications que vous avez spontanément cru devoir lui donner au sujet de votre évasion après la capitulation de Sedan. Elle vous félicite, cher Général, d'avoir tenu à honneur de reprendre les armes dès qu'il vous a été possible de vous soustraire à la surveillance de l'ennemi, dont vous étiez le prisonnier gardé.

Croyez, cher Général, à mes sentiments d'affectueuse estime.

Le Président,

Ghanoarnier.

Affaire dn 22 janTier 1871

Les révolutionnaires de Paris avaient tiré deux conclusions des événements du 31 octobre : La première, que rinsurrection n'avait pas été mûrement combinée et que les différents partis avaient eu tort de se diviser ; la seconde, qu'avec le gouvernement actuel l'impunité leur était acquise en cas d'insuccès.

L'Hôtel de Ville était toujours le point de mire. Plusieurs fois dans les clubs, la question de le reprendre avait été agitée. Connaissant l'influence morale que les officiers de mobiles avaient sur leurs hommes, et sachant que la propagande révolutionnaire ne pouvait faire d'adeptes chez nous, les futurs communards songèrent à nous séparer de nos compagnies, et résolurent de nous enlever la nuit.

Rien n'était plus facile : les hommes étaient casernes i la caserne Napoléon, et le corps d'officiers logé au* bâtiment militaire au numéro 1 de l'avenue Victoria. L'Hôtel de Ville n'étant plus occupé que par les deux compagnies de service et une compagnie des employés du chemin de fer du Nord, pouvait facilement être enlevé par surprise.

Notre situation à THôtel de Ville s'était modifiée depuis le SI octobre : le 3* bataillon des mobiles du Finistère était seul chargé du service ; deux compagnies y montaient la garde, et une troisième aux deux annexes^ l'Assistance publique et l'Octroi; nous étions donc de garde toutes les vingt-quatre heures. Le bataillon de l'Indre avait quitté la caserne Napoléon dans les premiers jours de novembre ; il fut remplacé par celui de l'Ain, qui n'y resta que (juelques jours ; mon bataillon resta donc seul chargé du service de l'Hôtel de Ville.

Vers la mi-janvier, deux bataillons vinrent loger a la caserne Napoléon ; ces deux bataillons, qui avaient perdu les deux tiers de leur effectif dans les différents combats livrés sous les mura de Paris, assistèrent encore à l'affaire de Buzenval et revinrent à la caserne Napoléon le 21 janvier.

Le colonel Vabre, ancien commandant d'un bataillon de garde nationale de Clichy-la-Garenne, avait été nommé gouverneur de l'Hôtel de Ville en remplacement du colonel Ghevaillaud.

Les fonctions de gouverneur de l'Hôtel de Ville étaient complètement indépendantes du préfet de la Seine; ncaDmoins, comme membre du gouvernement de la Défense nationale,

M. Jules Ferry avait une autorité et une influence considérables sur le colonel Vabre.

Le commandant de Legge, prévenu qu'on voulait Tenlever ainsi que ses officiers pendant la nuit, avait fait placer quatre sentinelles au pied de l'escalier de notre logement, et avait fait percer une communication entre notre maison et l'Assistance publique, où se trouvait une de nos compagnies de service. A partir de ce moment, notre position devint intolérable. Les rapports de police sur la situation des clubs arrivaient directement à THétel de Ville ; les agents, peu au courant de leurs nouvelles fonctions, fournissaient des renseignements trés-exagérés. Toutes les nuits, les rapports affirmaient qu'à tel club on avait décidé de descendre en masse sur l'Hôtel de Ville. Les officiers, qui n'étaient pas de garde cette nuit-là, étaient réveillés par des gens effarés qui venaient crier dans l'escalier et devant leurs portes :

< Belleville descend, Montmartre descend, la barrière d'Italie I descend en armes; vite, faites lever vos hommes et prenes vos « postes de combat à l'Hôtel de Ville t >

Mais, entre les décisions prises dans les clubs et leur mise à exécution, il y avait un pas immense ; les clubistes se payaient surtout de mots, et songeaient bien plus à gagner leur lit quand ils étaient dans la rue qu'à tenter un coup de main sur l'Hôtel de Ville, où ils savaient courir les chances d'être mal reçus. En résumé, une dizaine d'ivrognes descendaient sur la place, on s'empressait de les mettre au poste, et nous restions l'arme au pied, attendant toute la nuit des communards qui ne venaient jamais.

Ces alertes, qui avaient pour base une grande exagération, avaient fini par fatiguer le moral de nos hommes. Insultés tous les jours dans les rues par les gardes nationaux, réveillés toutes les nuits par de fausses alertes, nos mobiles étaient dans un état de surexcitation nerveuse qui fatiguait beaucoup leur constitution ; aussij nous vtmes en peu de temps les cas de maladie se succéder avec une rapidité effrayante ; sur cent soixante et dix hommes que j'avais dans ma compagnie, mon effectif était réduit à quatre-vingts. C'est dans cette fâcheuse disposition que nous trouva le 22 janvier.

L'échec de Buzenval fut le prétexte de l'émeute.

Une foule immense était réunie le 22 janvier sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Les groupes étaient très-animés; des propos menaçants nous arrivaient à travers les grilles ; les sept compagnies du bataillon étaient à leur poste de combat :

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