‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 75 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

La f* occupait la porte donnant via-à-vls la eaaema Ni* poléon ;

La 2«, U Balle du Trône ;

Lia d«, la porte de gauche de THôtel de Villa donnant lor !• place ;

La 4% l'ABaifitance publique et rOctroi;

La 6«t le res-de-chausaée des cuisines et le jardin doonninr le quai;

La 6*, la porte de THdtel donnant sur la grande place;

La cour d'honneur et Tentresol de la £a9ade«

Dès la veille, les groupes qui s'étaient formés sur laplaeede THôtel de Ville, l'animation de quelques déclamateors, et les me* naces de certains énergumènes, nous avaient fait sapposer ona attaque pour ce jour-là ; mais, vers 8 heures du soir, les groupes se dispersèrent peu à peu. Vers 9 heures, le commandant de Legge m'envoya au Ministère de la Guerre prévenir le général Le Flô qu'il pensait que l'attaque aurait probablement lien ao sortir des clubs, entre minuit et une heure ; mais que, de tonte façon, elle était imminente pour le lendemain • Le ministre me répondit que toutes les dispositions étaient prises depuis la veille, et que deux bataillons de mobiles du Finistère étaient arrivée à l'Hôtel-Dieu, prêts à nous soutenir.

Le général Vinoy, qui se trouvait en ce moment au Ministère, me dit : « Faites-moi prévenir au pavillon CSaulaincourt à le « moindre tentative d'émeute , et je vous envoie immédiatement < un escadron de cavalerie pour balayer la place, et si cela «r ne suffit pas, je ferai établir des mitrailleuses sur le pont c d'Arcole. •

J'assurai à ces messieurs que notre bataillon ne broncherait pas, et que Ton pouvait compter sur lui; mais que notre résis' tance ne suffirait pas, qu'il faudrait étouffer l'insurrection en faisant saisir, s'il était possible, les chefs, et les faire fusiller séance tenante; que, de toute façon, il fallait surtout éviter le renouvellement des faiblesses du pouvoir du 31 octobre.

Je sortis du Ministère convaincu que toutes les prccautioos étaient prises ; les événements vinrent démentir nos prévisions, et dans la journée du lendemain, tout fut livré à l'imprévu.

L'ordre avait été donné au Ministère de la Guerre de faire rentrer une partie de la division Blanchard, restée à Villejoif ; je ne sais pour quelle cause ces troupes n'arrivèrent à Paris que le 2fi janvier à huit heures du soir, quand tout était terminé.

La nuit du 21 se passa sans encombre; mais le 22, vers dii heures du matin, les scènes de la veille reconmiencèrent avec pkis d'intensité ; à la simple inspection des figures et à certains

DÉVBNBS DE PkMB. Ml

mouvements de la foale, il était faeile de Yoir que Tattaqne était proche. Le colonel Vabre fit rentrer les sentinelles en dedans des grilles pour les soustraire 4 la fureur populaire : bientôt il les fit rentrer dans THôtel de Ville même. Il resta avec le commandant de Legge, Tadjudant-major Bernard, et deux ou trois autres officiers, essayant de calmer, à travers la grille, la fureur des manifestants, qui vociféraient en voyant les précautions prises contre eux et des têtes de mobiles à toutes les fenêtres.

Pour calmer leur irritation, le colonel donna Tordre de faire retirer les hommes des fenêtres,* de fermer ces dernières, ainsi que les portes. Alors, une délégation, sur la demande des émeutiers, demanda à être introduite près de M. Ferry. Cette proposition, qui n'aurait dû être acceptée que par un roulement de tambour ou les sommations régulières, fut reçue par M. Ferry; le colonel Vabre accompagna cette délégation jusqu'auprès de H. Ferry. Son véritable but était de constater Vétat de la défense intérieure; elle entra par la porte que j'étais chargé de défendre. Après quelques promesses échangées entre elle et M. Ferry, la délégation revint par le môme chemin ; partout elle n'avait trouvé que des hommes armés sur son passage , partout des gens disposés à se faire hacher plutôt que de céder la place.

Aussi, dès son arrivée devant la foule, les cris, les menaces, les plaintes, se succédèrent ; les officiers étaient appelés les Bretons à Trochu, les janissaires du pouvoir. Les hermines que nous portions tous à nos képis, en signe de ralliement, avaient surtout le talent de les exaspérer ; nous représentions alors les défenseurs des droits divins, et les grossières injures pleuvaient sur nos tètes.

Mais la grande tactique était de dire que le Gouvernement se défiait du peuple, et conservait à l'Hôtel de Ville des soldats pour i*égorger ; la garde nationale seule devait faire notre service, et notre place était aux avant-postes.

M. Ferry, voulant encore faire appel à la conciliation, accepte une nouvelle délégation. Le colonel Vabre venait de faire retirer une partie des hommes ; il conduisit lui-même les seconds délégués à M. Peri7.

Cette seconde délégation ayant constaté des forces suffisantes encore pour résister à une attaque, la foule redoubla ses cris, ses insultes et arriva peu à peu au paroxysme de la rage. Ces misérables, parmi lesquels nous reconnaissions du reste nos vieilles connaissances du 31 octobre, faisaient peur à voir ; ils se précipitaient comme des fous furieux sur notre grille, hurlant des insultes les plus grossières, écumant comme des bêtes fauves, en un mot, essayant sur nous tous les moyens d'intimidation.

Ma porte que j'avais tenue entr'ouverte, malgré les ordres réitérés du colonel, était surtout l'objet de leur colère. La condescendance qu'on avait montrée jusque-là pour eux, m'exaspérait; mes hommes partageaient mes sentiments et ils voyaient aux menaces que nous échangions avec eux que nous n'étions pas disposés à les laisser entrer. Le colonel nous donna l'ordre de fermer la porte et la fit fermer à clef.

Je restai donc quelque temps sans savoir ce qui se passait dehors ; puis l'adjudant-major Bernard vint me demander on fusil déchargé pour le montrer ^ la foule et faire voir que nous n'avions pas de sentiment hostile contre elle ; le fusil fut montré avec beaucoup de soins à la meute affolée qui voulait bien faire la curée, mais sans danger pour elle-même.

Quelques instants après, on vint me prévenir qu'une troisième délégation allait venir, qu'il fallait masser toutes nos compagnies dans les couloirs et les galeries vitrées, pour que Messieurs les délégués ne pussent voir les mobiles armés sur leur passage ; ma porte fut de nouveau ouverte pour le passage de celte troisième délégation et refermée à sa sortie ; * dans cette délégation se trouvait Mégy.

N'ayant rencontré personne sur son passage, elle rentra aa milieu de la foule et un des délégués fut envoyé prévenir le Gomité de la situation.

Ce comité se trouvait réuni au premier étage du café da Gaz, à l'angle de la rue de Rivoli et de Iq rue de la Coutellerie ; il était composé de tous les chefs de la future Commune. Ces Messieurs étaient là très-près du centre de l'action, à l'abri des balles do l'Hôtel de Ville et ayant des facilités de toute nature poor s'esquiver en cas d'insuccès.

Le membre de la dernière délégation ayant exposé au Comité la situation défensive de l'Hôtel de Ville, ils décidèrent que l'attaque n*aurait lieu que lorsque les bataillons de Belleville, de la VillettCy de Bercy, de Montrouge, de la barrière d'Italie seraient tous arrivés. Mais le Comité compta là encore, sans l'imprudence de la foule et surtout sans son impatience. En effet, un bataillon de Belleville déboucha par la rue du Temple, aux cris de : Vive la Commune ! Ces cris furent répétés par la foule et les cinq ou six bataillons déjà réunis. Un officier du 101* bataillon (barrière d'Italie) fit avancer sa compagnie contre la grille et croyant que le signal était donné, il commanda le feu. L'adjudant-major de notre bataillon qui était appuyé sur la grille et essayait de faire entendre raison à ces energumènes, tomba foudroyé par cette décharge ; il avait les deux bras brisés et une balle à la tête. Le colonel Vabre et le commandant de Leggese

jetèrent à plat-ventre et ne furent pas touchés ; deux ofGciers qui les accompagnaient se saijivèrent par la porte de gauche et la fermèrent derrière eux : ils rentrèrent à l'Hôtel de Ville, déclarant que le colonel Vabre, le commandant de Legge et l'adjudantmajor Bernard étaient tués.

Le capitaine Gourlaouen et le capitaine Le Stinuf, commandant, Tun dans la salle du Trône, l'autre à l'entresol, c'est*à-dire, des deux côtés de la porte d'honneur, ripostèrent immédiatement. C'est grâce à l'énergie et à la décision de ces deux officiers que le colonel Vabre et de Legge durent la vie; si ces officiers avaient tardé un seul instant de commander le feu, ces deux •Messieurs eussent été à la seconde décharge infailliblement assassinés. A la riposte rapide de THôtel de Ville, les insurgés songèrent immédiatcDAent à se mettre à l'abri; ils lancèrent néanmoins contre les fenêtres et les portes des bombes Orsini. Ces bombes, de la forme d'une orange contenaient dix à douze cheminées de fusil à piston et chaque cheminée était couverte d'une capsule; en éclatant contre la porte de droite, ces bombes faisaient cfoire qu'on voulait enfoncer cette porte à coups de haches. Les hommes massés derrière la porte et affolés par les coups de fusil qu'ils entendaient partout, tirèrent à travers la porte, qui n'offrit plus dix minutes après que l'aspect d'un crible.

Aux premiers coups de feu, je me précipitai à la fenêtre du concierge et, devant moi, je vis le corps de Bernard étendu sur le trottoir ; j'établis immédiatement des hommes à cette fenêtre et fis tirer sur les fuyards; puis, je montai à l'entresol et de la fenêtre à gauche de la statue de Henri IV, je me rendis compte exactement de la situation.

I^a place de l'Hôtel de Ville était jonchée d'hommes couchés, les uns de peur, les autres morts ou blessés. Les gardes nationaux s'étaient établis derrière de grands tas de terre jaune, derrière le socle de pierre de chaque réverbère et tiraient sur nous à courte distance; de l'avenue Victoria surtout partait un feu trèsviolent. Bientôt môme ils s'établirent aux fenêtres de la place et occupèrent les numéros 1 et 2 de l'avenue Victoria ; du quai Le Pelletier, de la rue de Rivoli, de la rue de la Poterie , ils tiraient aussi sur nous. Le numéro 1 de Ta venue Victoria était un bfttiment militaire qui servait de logement aux officiers du bataillon.

Le colonel Vabre et le commandant de Legge > revenus de leur première émotion , essayèrent de gagner la porte gauche de l'Hôtel de Ville; ils trouvaient naturellement cette porte fermée. Dans leur préoccupation , ils ne songèrent pas que la porte des pompes et celle du télégraphe, donnant toutes deux sur le trottoir où ils étaient, étaient toujours ouvertes; ils se mirent, comme ils

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purent, à Tabri, Fun dans l'enooigniire de le porta gauche, Taotie dans une guérite. Un des coneiergea de THôtel de Ville et m marin venu là par hasard se trouvaient prisonniers comme eu entre ces deux mura de feu; néanmoins, ils eurent le coange d'aller chercher le corps de Bernard, de le charger sur leon épaules et de la mettre à l'abri à oàté du oommandant de Legge dans la guérite.

Vingt minutas a'étani éoouléea dans oette affreuse position, le ooncierge, songeant à la porte des pompes» transporte Bernerd dans une petite salle attenant à la salle des pompas et vint prévenir le eolonel Vabre qu'il pouvait rentrer par là.

De mon posta d'observation où je dirigeais le feu de quel^aee hommes, je ne oomprenaia pas que la oompagnie de service toi annexes ne nous vtnt pas en aida. Placée eomme elle était, ayant vue sur le quai , sur la place , sur llavenue Viotoria par éem. portes sur la rue de Rivoli et la rue de la Coutellerie, elle peuvait fhira un mal énonne aux insurgés.

Voulant en avoir le cœur net, le capitaine Martineau et moi,nou nous engageâmes dans le souterrain qui paaae sous la place de l'Hôtel de Vilte, mais, arrivés à la seeonde grille, nous la troavftmes fermée ; cette compagnie {avait donc ses eommuniealieas coupées avec le reste du bataillon. J'appris plus tard qoe les officiers ont empêché leurs hommes de tirer parce qu'ils n'en avaient pas reçu l'ordre ; pareil fait se présenta pour la comptgnie de garde dans le jardin du côté du quai.

En rentrant dans la cour d'honneur, nous trouvâmes le eoleoel Vabre, qui, croyant à la mort du commandant de Lagge et de Bemarjd, accusait les officiers du bataillon d'avoir fenné les pertes sur eux et de les avoir laiasé assassiner par les insurgés. Pour mon compte» j'avais inutilement essayé à l'aide de mon revelver de faire sauter la serrure de ma porte et j'avoue que les eroyiat tués, je n'avais songé qu*à établir la défense le plus vigeureasèment possible et à prendre les précautions néeessairee pour résister jusqu'au moment où les renforts vieadraieiil.

Nous perdîmes du temps en réoriminations de part qI d'astre, le colonel ne pouvant retrouver les defs du souterrain et teal se passant en paroles, je repris mon poste d'observation à la fenélre gauche de la statue de Henri IV. La fusillade continuait toigoars aussi vive, nos hommes tiraient avec plus de san^firoid et les feux de ravenue Victoria se reculaient d'instant en instant. Sa^t venait d'ôtre tué derrière une pissotière de Taventie.

Sans grand danger désormais pour les combattants qui étaient presque tous à l'abri, la fusillade menaçait de s^étemiser, qaaad tout à\xn coup débouche par le quai Le Fallelier le général Der-

gentoUe au grand galop dd son cheval; il s'arrête an milieu des balles et avec son képi fait signe de cesser le feu. Ses dettx aides dQ camp le suivent et bientôt arrive au pas gymnastique un bataillon de gendarmerie k pied, puis, enfin, un escadron h cheval; le premier se mit en bataille devant THôtel de Ville, inter-» oeptant l'avenue Victoria, le second sur la place du côté du quai.

A la vue du général arrivant aussi crAnemeut, la fusillade cesse. La rue de Rivoli seule était occupée par la foule qui n'a« Tait pas pris une part active au combat, et qui attendait dans les rues adjacentes le moment où son parti serait vainqueur pour prendre part à la curée.

Des cris de : Vive la Commune I étant partis de la foule qui eavahissait petit à petit la place, le général fit avancer un tambour, et la foule, devant les sommations faites, se retira immé- • diatement et se rejeta dans la rue de Rivoli . Le eolonel Vabre fit alors sortir les deux bataillons de la Vendée qui étaient dans la caserne Napoléon et les fit barrer la place du c6té de la rue de Rivoli ; au même moment, des voitures d'ambulance débouchèrent de tous les côtés à la fois et enlevèrent les morts et les blecsés.

ie descendis à la grille avec le lieutenant de Gathelineau, et je vis les insurgés, qui s'étaient couchés de peur, se sauter rapidement du côté de la rue de Rivoli. Quelques personnes arrivèrent à la grille ; un chef d'ambulance et un jeune chirurgien-m^jor de Farmée vinrent nons oITrir leurs services ; je fis passer ce dernier par dessus la grille, ce fut lui qui donna les premiers soins a Ta^judant-mi^or Bernard. Un individu blond, jeune et portant tonte sa barbe, vint aussi nous demander à parier aux membres du Qouvemement. Ce monsieur, parfaitement mis, du reste, me parut très-exalté ; je lui répondis brutalement que les membres du Gouvernement avaient dans ce moment autre chose ft fsire que de parler an premier venu ; il me demanda alors à voir le gouverneur de FHôtel de VUle, je lui fis la même réponse. Cet individu m'ayant alors demandé mes nom et prénoms, me dit, après que je les lui ai en déclinés : « Capitaine, je vous rends « responsable du sang que vous venez de verser et de fassas- < sinat commis sur vos frères. > J'allais le faire arrêter, mal«^ gré la grille qui nous séparait, quand l'aide de camp du général Dargentolle vint me prier de lui donner des renseignements ; je regrette d'autant plus de ne pas avoir fait saisir cet individu, que je crois qu'il a joué un rôle important dans la Commune du 18 mars. Du reste, lui-même a raconter ce fait dans le numéro du Combat du 24 ou du 25 janvier.

Mé rappelant alors que plusieurs insurgés avaient tiré des fe-

nôtres de notre logement au numéro 1 de l'avenue Victoria, je pris quelques hommes, et, m'étant fait ouvrir une grille, je traversai la place pour aller fouiller cette maison.

Dans ce moment, le général Dargentolle fit demander un officier pour avoir des renseignements; je lui expliquai rapidement les préliminaires de Tattaque, le but de Témeute et la façon dont elle avait échoué ; puis je demandai au général rautoristtion de fouiller le numéro 1, en le prévenant que chaque maison contenait beaucoup d'émeutiers qui n'avaient pas eu le temps de fuir.

Le général m'y autorisa et me prévint en môme temps de me tenir à sa disposition pour lui donner d'autres renseignements sur les faits qui venaient de se passer.

, En pénétrant dans le numéro 1, je pris avec moi des gendarmes, et nous fîmes dans les différents étages treize prisosuiers ; parmi ceux-ci se trouvait un officier insurgé. Je fis conduire ces hommes au poste de l'Hôtel de Ville ; quant à l'officier, qui n'avait cessé de protester de ses bonnes intentions, il me pria de le mettre en communication avec un membre du Goaver nement, ayant, disait-il, des communications importantes à faire. Il s'était déjà séparé de son képi, de son ceinturon et de son sabre, mais le temps ne lui avait pas permis de se défaire des autres insignes de sou grade. En traversant avec moi la place de l'Hôtel de Ville, il craignait probablement de recevoir un coup de fusil, car il ne cessait d'agiter son mouchoir blanc en regardant les fenôtres de l'Hôtel de Ville.

Je pénétrai avec lui par la porte de gauche, après avoir passé par-dessus la grille, qui n'était pas encore ouverte de ce côté: là, je le confiai à un de mes camarades pour le conduire à M. Ferry. Ce dernier se trouvait alors dans la salle du Trône avec le colonel Vabre , le commandant de Legge » le capitaine Gourlaouen et l'adjudant-major Saint-Aignan. A la vue du prisonnier, MM. Vabre et de Legge s'écrièrent en môme temps : « Voilà « celui qui a commandé le feu; c'est lui qui a fait tirer sur noos c et sur Bernard. » Déconcerté par cette apostrophe, i laqaelle son audace ne s'était pas attendue, l'officier insurgé balbutie des dénégations ; mais le colonel Vabre fait signe à Saint-Aignan de l'emmener et de le passer par .les armes. Alors M. Ferry s'approcha de M. Vabre et le supplia de ne pas faire fusiller cel homme ; il lui demanda môme sa parole d'honneur, et lui assun que la mort de cet individu aurait les conséquences les plos désastreuses pour le Gouvernement de la Défense nationale. M. Vabre céda.

Cet officier insurgé nous avait déclaré, au moment de soa

arrestation, se nommer Serizier, capitaine au 101* bataillon, barrière d'Italie. On l'emmena au poste de THôtel de Ville, el le lendemain il fût expédié à Vincennes. Le lendemain, M. Ferry dit au oolonel Vabre : « Eh bien, vous pouvez ôtre content, je viens de « recevoir l'avis que votre prisonnier d'hier a été fusillé à Vin- « cennes. J'aime mieux que ce soit là qu'ici ; on nous aurait touc jours reproché cela , si l'exécution avait eu lieu à l'Hôtel de « Ville, tandis qu'à Vincennes c'est une cour martiale qui l'a jugé c et exécuté. »

Il serait curieux de savoir comment Serizier, mené à Vjncennes et fusillé le lendemain, se trouve, deux mois après, côihmandant de son môme bataillon, et ensuite assassin des dominicains d'Areueil. Le bruit avait bien couru au bataillon qu'on l'avait fait éyader en route, mais rien n'était venu confirmer ce fait.

En somme, la conduite de M. Ferry fnt la même qu'au 31 octobre. Sa condescendance pour l'émeute a manqué de nouis ôtre fatale. Sa faiblesse au 31 octobre nous a valu le 22 janvier, et son manque d'énergie au 22 janvier nous a conduits fatalement au 18 mars. Cette faiblesse, ou plutôt cette condescendance, était tellement connue des officiers du bataillon,. que, plusieurs fois, dégoûtés du service que nous faisions à l'Hôtel de Ville dans ces conditions, j'ai fait, au nom de mes camarades, plusieurs tentatives pour faire rejoindre à notre bataillon le régiment qui était à Villejuif. Le ministre de la guerre s'y refusa toujours.

La division. Blanchard arriva vers 8 heures du soir; le général Vinoy, qui venait d'ôtre nommé Gouverneur de Paris, fit occuper toutes les maisons de la place par les bataillons de mobiles de cette division, et à 10 heures du soirj tout était rentré dans le calme.

SigDé : Heni7 de Mauduh*, Capitêine de U 6« compagnie du S* bêlaillon du Fiaisièro.

Dépoiitioii de M. le général do Valdan.

M. le comte Darv, président. -^ Général, vous avez accompagné, le 28, M. Jules Favre, quand il s'est rendu à Versailles pour débattre avec l'état-major prussien les conditions militaires qui devaient trouver place dans le traité d'armistice. Voulez-

Toas nous dire oe que vous notez de eette ptrtie de la n^

liOD?

M. le général de Valdar. — J'ai en, non pas à traiter, mais à faire exécuter les détails relatifs à Paris. Quant à la province, je ne savais pas le premier mot de oe qui 8*y était passé. Aussi, ne me Buis-je occupé que des différents détails qui conoemaient la reddition des forts,

M» UB Président. — Vous n^aves pas eu à vous occuper de la détermination des zones neutres entre les armées allemandes et françaises ; il n'en a pas été question devant vouât

M. le générai db Valdam* — 8i« mais ce travail avait été fait avant moi par M. 4ules Favre» assisté du général de Beaufort.

M. LX PRÉainsNT. — Veuillez nous dire ce qui s*eal passé peu» dant votre visite à Versailles.

M. le général ds Valdan. — Nous sommes arrivés a Versailles d'assex bonne heure. Noua nous sommes rendus ches M* de Bismark ; après déjeuner, M. de Bismark nous a lu les conditions qui avaient été arrêtées la veille ; c'étaient les conditions générales de Tarmistice. Quand cela a été lu, il nous a dit : c Nous allons aller chez M. de Moltke pour régler les affaires militaires. 1 Nous y sommes allés, en effet, M. iules Favre» M. de Bismark et moi. M. de Bismark a repris les conditions d'armistice et il les a lues de nouveau ; quand cela a été &ai, nous avons commencé à régler les détails militaires*

M. I4B pRÉsmENT. — Il n'y a pas eu de débat ; on a lu purement et simplement la convention ?

U. le général de Vau>an. — Elle avait été arrêtée la veille, il n'y a pas eu de débat sur les détails militaires relativement à la reddition des forts et à la détermination des zones neutres autour de Paris.

M. LE Président. — Cependant M. Jules Favre et M. de Beaufort nous ont déclaré que dans la journée du 27, on n'avait décidé ni la question de la zone neutre autour des forts, ni la question de la neutralisation des lignes de l'armée de l'Est ; qu'on avait renvoyé au lendemain la solution de ces deux questions?

M. le général de Valdan, — Autant que je puis me le rappeler, la question de l'Est a encore été réservée le 28 ; ce n'est que quelques jours plus tard que cette question a été abordée, lors de la reddition de Belforl.

M. LE Président. — Aviez-vous des pouvoirs suffisants pour traiter?

M. le général de Valdan. — J'avais lest pouvoirs généraux ponr traiter des questions militaires relatives à l'armée de Paris. On m'a dit : « Vous aile» aoeompagner M. iules Favre, et veas

régltfrea avec réiat-migor prussien les oonditioos de détail pour l'exécution de FarmisUce en oe qui conoeme les faits militaires» pour Paris, bien entendu. »

On m'a dit entre antres ehoses : c Vous chercheres à obtenir que Vineennes ne soit pas remis à l'autorité prussienne, et que nous ayons deux divisions au lieu d'une, i

M, Ls PntoDBNT. — Vous n'avies done à vous oeeuper que de la ville de Paris ?

M. le général de Valdan. — De rien autre ; j'ignorais ce qui s'était passé en province. Le Gouvernement pouvail le savoir, pour moi je ne le savais pas.

M . LE Président. — Le Gouvernement ne vous en a pas donné connaissance?

M. le général de Valdan. — Pas du tout.

M. lA PnésmENT. — M. le général Vinoy n'a-t-il pas été invité à se rendre à Versailles, ainsi que M. le général Trochu?

M. Is général vm VAiiDAR. — Je l'ignore. Voici seulement ee qui m'a été raconté. Lorsque le gouvernement prussien a demandé un général, M. le général Troehu aurait dit : c Cette mIssioD me revient ; je la remplirai, quelque pénible qu'elle soit. » Cependant ses collègues du Gouvernement lui auraient dit : € Il ne convient pas que vous y alliez, parce que vous êtes notre président, le chef du Gouvernement. Par conséquent vous ' ne pouvez pas traiter directement. »

Le général Trochu s'est rendu à ces raisons, et on a jeté les yeux sur le général Gallier, qui avait déjà été employé dans différentes missions diplomatiques. Le général Gallier a refusé net. On s'est adressé au général de Beaufort ; on ne lui a pas demandé si cela lui convenait, on lui a donné un ordre, comme à moi.

On m'a prévenu le 27 au soir de me rendre au Conseil da Gouvernement, j'y suis allé à 10 heures du soir, et Ton m'a dit ee que je viens de répéter : • Vous régleres les eonvenHons militaires qui découlent des articles de rannistice ; nous vous reeommsodons entre autres choses de ne pas eéder Vineennes cl de tfteher d'avoir deux divisions à Paris. » J'ai échoué pour les deux divisions, mais j'ai obtenu Vineennes.

M. LB PnÈsnmm, — Racontez-nous les conversations que vous avez eues avec M. de Moltke au sujet de la mission ainsi limitée que vous aviez reçue.

M. le général de Valdan. — Il y a d'abord la première annexe r^ative à celte reddition des forts.

Nous avons réglé la manière dont ils seraient rendus le lendemain matin. Ils devaient l'ôtre à 9 heures ; nous avons ensuite passé à la délimilaticHi de la zone neutre entre l'enceinte de

Paris et les forts. Il a été convenu, je crois, que la ligne neutre passerait à 500 mètres en avant de chaque fort.

On a réglé les différentes routes par lesquelles il serait permis de sortir de Paris, quels laissez-passer seraient nécessaires pour pouvoir profiter de la permission de sortir. Cela nous a tenus toute la journée,

M. LE Président. — Le désarmement a-t-il été stipulé ce jourlà?

M. le général de Valdan. — Oui.

M. le PnÉsmENT. — Qu*a-t-on dit sur le désarmement?

M. le général de Valdan. — Le désarmement était écrit dans Tarmistice.

M. LE PnésroENT. — 11 n*a pas été discuté devant vous?

M. le général de Valdan. — Non.

M. LE Président. — Dans le procès- verbal du Conseil du Gouvernement, qui s'est tenu le 28 au soir, il est dit que M. de Moltke aurait offert à M. Jules Favre de laisser armées les troupes, s'il consentait au désarmement de la garde nationale?

M. le général de Valdan. — Je ne me rappelle pas cela ; c'était une question décidée et écrite dans l'armistice. Je n*ai eu à m' occuper que de la manière dont les armes seraient rendues.

Pendant près d'une heure j*ai lutté pour avoir deux divisions. Je n'osais pas dire qu'il nous en fallait une de plus pour maintenir l'ordre ; je savais bien ce qui devait nous arriver un jour ; je savais très-bien que la majeure partie de la garde nationale était composée des soldats de l'émeute.

M. LE Président. — Ainsi, devant vous, la question du désarmement n'a pas été débattue ; on n'a pas offert de laisser années des troupes en plus grand nombre, à la condition que la garde nationale serait désarmée ?

M. le général de Valdan. — Non.

M. DE Rainneville. — Comment cette convention du désarmement aurait^lle été passée, puisqu'elle a été faite en dehors de M. le général de Valdan, et que M. le général de Beaufort nous a déclaré, qu'en ce qui le concernait, il ne s'en était pas mêlé?

M. le général de Valdan. — J'ai débattu toutes les questions relatives à la reddition des forts et à la détermination des zones autour des forts , rien de plus.

M. Chaper. — Ce sont là des annexes, mais avez-vous signé l'armistice ?

M. le général de Valdan. — Non ! je n'ai rien signé ; M. Jules Favre a signé l'armistice ; je n'ai pas signé l'annexe non plus.

L'armistice a été signé devant moi ; je vois encore la scène ; il y a eu un incident particuliert M. de Bismark a dit à M. Jules

Favre : « Avez-vous un cachet? c'est Thabitude des chancelleries que pour des actes de ce genre il y ait apposition de cachets. » M. Jules Favre a répondu : « Je n'ai pas de cachet. » Il a tiré une bague, t Gela vous sufûi-il? » c Oui », a dit M. de Bismark.

M. LE Président. — M. Jules Favre a envoyé une dépêche à M. Gambetta pour lui annoncer la conclusion de rarmistice. Cette dépêche a-t-elle été contresignée par M. de Bismark ?

M. le général de Valdan. — Je n'étais pas là. J'ai eu avec M. de Moltke énormément de difficultés. J'ai été obligé de retourner auprès de lui pour certain nombre de détails qui n'avaient pas été traités. M. Jules Favre m'a quitté aussitôt que M. de Moltke a eu consenti à nous laisser Vincennes. Le reste, jo l'ai fait seul ; c*était la détermination des zones neutres et la manière dont les forts seraient rendus.

M. LE pRBsmBNT. — G'est tout ce que vous aves fait, vous n avez eu à traiter que ces deux points ?

M. le général de Valdan. — Oui, Monsieur le Président.

M. LE Président. — Vous n'avez rien discuté?

M. le général de Valdan. — Rien.

M. LE Président. — J'insiste sur cette journée du 28.

Vous arrivez à Versailles, la capitulation est arrêtée, vous n*avez pas d'autre mission que de déterminer les dispositions applicables à Paris; d'obtenir la conservation de Vincennes, d'avoir deux divisions au lieu d'une, et de régler les détails relatifs à la reddition des armes et des forts ?

M. le général de Valdan. — Parfaitement. Qaant aux affûts, on nous avait d'abord dit de les rendre dans les forts, puis on a consenti à ce que les canons et affûts fussent seulement éloignés des remparts. Mais auparavant les canons attelés devaient être transportés dans les forts.

M. LE Président. — Avez-vous su à Versailles des nouvelles de l'Est ?

M. le général de Valdan. — M. de Moltke a été très-réservé, comme toujours. — L'idée qui m'est restée, c*est que le Gouvernement comptait encore sur l'armée de l'Est.

M. le Président. — Ce jour-là?

M. le générai de Valdan. — Ge jour-là ; c'est pourquoi on 1 a exceptée de l'armistice, ainsi que Belfort.

J'ai entendu dire : • Nous réserverons l'armée de l'Est, parce que Bourbaki pourrait très-bien être plus heureux que nous ne l'avons cru jusqu'ici. »

M. le Président. — Est-ce dans le trajet de Paris à Versailles que M. Jules Favre vous aurait tenu ce langage ?

418 DÉPENSE DE PARie.

M. le général d« Valdan. — Probablement, je ne me rappelle pas le moment; mais ce ne peut être que là.

M. LB Président. — Ainsi le 28, on avait encore des espéraDces pour Tannée de Bourbaki et pour la délivrance de Belfort?

M. le général de Valdan. — Oui. C'est du moins Timpression que j'en ai retenue.

M. Ulrig Perrot. — II n*en a pas été question devant les autorités prussiennes?

M. le général db Valdan. — - Non.

M. Ulrig Perrot. — La veille on avait ajourné les négociations, parce que, disait-on, on ne savait pas où était Tannée de TEst; n*a-t-on pas parlé devant vous des nouvelles qu'on ea avait reçues?

M. le général ns Valdan. — Non, Monsieur,

M. LE Président. — Assistiei-vous à la aéaiioe du ConaeU da Gouvernement où Ton a rendu compte de cette eonférenoe? ^

M. le général ob Valdan. — Oui, Monsieur.

M. LE Présidbmt. -^ Que s'est-il passé? N*a--t-on pas dit que M . de Moltke avait offert de laisser les fusils à Tannée è eondition qu'on ne les laisserait pas à la garde nationale?

M. le général db Valdan. — Nous aurions accepté.

M. DE Rainnbvillb. -— Les militaires, oui ; mais M. iules Pavre?

M. le général de Valdan. ^ Je n'ai rien su de cela.

M. LE Président. — Dites-nous ce que vous vous rappelef. Quelles ont été les déclarations de M. Jules Favre devant les membres du Gouvernement?

M. le général de Valdan. — Je suis très-embarrassé, je tous assure , je n*ai pas recueilli mes souvenirs ; mais je me rappelle parfaitement que lecture a été faite de Tarmistice.

M. LE PnÉsmENT. — En même temps il a été donné des détails sur la manière dont les choses, pendant votre conférence avec M. de Bismark et M. de Moltke, s'étaient passées?

M. le général de Valdan. — Je ne me le rappelle pes* D'ailleurs, je suis resté très-peu de temps au Conseil. H était plus de minuit et il fallait envoyer des ordres à tous les commandants des forts, pour que la reddition puisse s'en faire à l'heure convenue. J'avais ordre de rentrer au quartier général. C'est ce que je fis après avoir rendu compte de ma mission.

M, LE PnésmENT. — Avez-vous eu plusieurs conférences avec M. de Moltke?

M. le général de Valdan. — Ainsi que je Taî raconté, nons sommes allés à Versailles le 28 janvier; après avoir été ches

DÉrBNSB DE PARIB« 479

M. de Bismark, nous nous sommes rendus ches M. de Moltke. M. Jules Favre m'a quitté pendant la séance, après le règlement des principaux détails militaires ; je ne l'ai retrouvé que le soir.

M. LB PnisiDBHT. — Vous n'avos plus rien à nous dire?

Un MsiiBRB. — N'étes-Tous pas retourné le 29 A Versailles 9

M. le général db Valdam, •— Non, Monsieur.

Lx ifÂME mMBRE. -— • Qusl jouT y êtes* vous retourné ?

M. le général dk Valoan. — Vous dire quel jour, je ne me le rappelle pas. Je crois que c'était le l*' février.

M. Ghapkr. — Quelles questions avez-vous agitées lorsque vous y êtes retourné ? N'était-ce pas la délimitation des zones de l'armée de l'Est?

M. le général db Vauiau, — Gela n'était pas possible. Nous ne connaissions pas encore les positions des armées,

M. Chafbr. — Savies-vous le 28 quelle était la triste situation de l'armée de l'Est ? Savies-vous que le général Bourbaki s'était tiré un coup de pistolet? Saviez-vous que l'armée était acculée sur les frontières de la Suisse ?

M. le général de Valdan. — C'est le 1* février que M. de Bismark a lu devant moi à M. Jules Favre une dépêche qu'il venait de recevoir, annonçant l'entrée en Suisse de 80,000 hommes de l'année de l'Est.

A la suite do l'armistice, il convenait de régler différentes questions d'un grand intérêt pour nous, comme le rapatriement des prisonniers, la circulation sur les chemins de fer, le transport de vivres pour Paris, etc., etc. Ces' questions et d'autres m'ont appelé plusieurs fois à Versailles, ainsi que M. Jules Favre, et c'est pendant la négociation d'une de ces conventions que la nouvelle nous a été donnée.

M. LE Président. — C'était sans doute le i*' février; tâchez de vous rappeler ce qui s'est passé dans cette conférence. Vous aiTivez chez M. le comte de Bismark. Il vous raconte que 80,000 hommes sont entrés en Suisse. Ne savez-vous rien de plus ?

M. le général de Valdan. — Non, Monsieur. M. de Bismark nous a lu une dépêche télégraphique qu'il venait de recevoir. J*accompagnai plusieurs fois M. Jules Favre pour régler certains petits détails militaires au sujet desquels M. de Moltke désirait me parler; je ne sais pas au juste le motif qui a amené M.Jules Favre à Versailles ce jour-là. Si je le savais, je le dirais à la Commission.

M. Ulrig Pbrrot. — M. Jules Favre aurait rendu compte, dès le 26, au Conseil, que M. de Bismark lui aurait donné des nouvelles mauvaises?

M. le général qb Valdam. <-« Je ne me rappelle pas ed détail.

M. Ulhig Pkrrot. — Ceci s'est passé le 26.

M. le général db Valdan. — Je n*y étais pas.

M. LE Président. — Le 1*' février, vous n*aviez plus, ce me semble, besoin de déterminer la zone neutre dans TEst, puisque Tannée du général Bourbaki était en Suisse.

M. Ulrig Pkrrot. — Vous dites qjae vous retourniez à Versailles pour déterminer la zone neutre. Quelle zone?

M. LE PnésiDENT. — Les dates vont se fixer. Je vais tAcher de les rappeler à votre souvenir.

C'est le 28, à 11 heures un quart du soir, que M. Jules Favre expédie à M. Gambetta une dépèche dans laquelle il était dit : a L'armistice est signé, i Cette dépèche arrive le 29 à M. Gambetta qui, immédiatement, donne des ordres à tous les chefs d'armées. Ces ordres reçus, le général Clinchant s'arrête.

Le 30, le général Manteuffel parut devant nos lignes ; on lai annonça qu'il y avait un armistice. Il i*épondit que l'armée de l'Est était exceptée de cet armistice. Deux jours plus tard, noe troupes étaient refoulées en Suisse.

Si donc M. de Bismark vous a dit : « Votre année est refoulée en Suisse, » !l ne peut vous l'avoir dit que le 1* février.

M. le général de Valdan. — C'est, en effet, le l*' février que la nouvelle nous en a été donnée par M. de Bismark lui-même.

M. Ulrio Perrot. — La nouvelle de la mort du général Bourbaki?...

M. le Président. — Cette nouvelle est du 26 ; celle de la retraite de l'armée en Suisse est du 1^ février.

M. le général de Valdan. — Je ne puis préciser le jour où M. de Bismark nous a lu la dépèche qui annonçait ce nouveau désastre.

M. le Président. — Étiez-vous là quand M. de Bismark a annoncé à M. Jules Favre la mort du général Bourbaki ?

M. le général de Valdan. — Non, Monsieur.

M. Ulric Perrot. — C'est le 25 que le général Bourbaki s'est brûlé la cervelle, et c'est le 26 que M. de Bismark l'a dit à M. Jules Favre. Avez- vous entendu dire que le général Bouriiaki se fût brûlé la cervelle?

M. le général de Valdan. — Non, Monsieur. C'est le 29, je crois, qu'il en a été question entre MM. Jules Favre et Bismaric, et, le 29, je ne suis pas allé à Versailles.

M. LE PnésroENT. — Vous .n'avez pris aucune note sur ces grands événements pour les rappeler à votre souvenir ?

M. le général de Valdan. — Si, Monsieur, j'avais, en effet, recueilli des notes ; mais elles ont été égarées lors du 18 mars.

M. LE Président. — Il était important pour vous, après les actes auxquels vous avez été mêlé, de fixer ces souvenirs,

M. le général de Valdan. — Vous ne vous imaginez pas la vie qu'à cette époque on m'imposait. N'oubliez pas que j'étais chef d'état-major de toutes les armées de Paris, et que je consacrais toutes les journées et une partie des nuits à un service dont il est impossible do se rendre compte.

M. LE Président. — Enfin est venu le moment où il a dû être question de la délimitation des zones pour l'armée de l'Est.

M. le général de Valdan. — La ligne de l'armée de l'Est a été délimitée plus t^rd.

M. le Président. — Quand et comment?

M. le général de Valdan. — Par une convention faite entre M. de Bismark et M. E. Picard, ministre des affaires étrangères par intérim, qui faisait passer la ligne neutre dans le milieu du département de la Côte-d'Or; Dijon était occupé par l'armée prussienne; la ligne devait remonter la Seine jusqu'à la limite de l'arrondissement de Beaune, suivre le département de la Côte-d'Or jusqu'à celui du Jura, dont une paHie était occupée par l'ennemi. Cette portion du département était bornée aussi par une ligne tracée à 10 kilomètres de Lons-le-Saulnier jusqu'à l'arrondissement de Saint-Claude qu'elle contournait jusqu'à la frontière.

Cette convention a été faite avec une carte qui m'a été présentée par M. de Bismark, sur laquelle se trouvaient indiquées les positions occupées par l'armée prussienne.

M. le Président. — Ces lignes de délimitation étaient fixées à Versailles ?

M. le général de Valdan. — Je pense que M. E. Picard avait une délégation du Gouvernement poar cette opération.

M. LE Président. — Était-ce vous ou M. E. Picard qui fixiez celle délimitation? Il ne devait pas vous être facile, dans l'ignorance où vous étiez de la position des armées, de régler de pareilles questions ?

M. le général de Valoan. — Je n'avais aucune espèce de document, j'étais obligé de m'en rapporter entièrement aux renseignements que me fournissaient les généraux allemands.

M. Ulric Perrot. — Et les cartes sur lesquelles vous fixiez ces délimitations étaient fournies par les généraux allemands?

M. le général de Valdan. — Oui, monsieur.

M. Ulric Perrot. — Et lorsque M. de Bismark vous disait : < Nos troupes sont ici ; les vôtres sont là », vous vous en rapportiez à lui ?

M. le général de Valdan. — Oui, monsieur.

Un Meubre. — Vous pouviez être facilement trompé.

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