IV
M. le général db Valdàn. — Je n'ai fait qu'obéir aux ordres qui m'étaient donnés. On me disait : « Demain vous partei pour Versailles », et eu route on me disait : c Voici ce que vous allez faire. »
M. Ulrig Perrot. — M. le général Trochu ue vous a-t-il pas donné des instructions avant votre départ?
M, le général de Valdan. — Une fois M. le général Trochu m*a fait prier de passer chez lui.
M. Ulrig Pkrrot. — A quelle date ?
M. le général db Valdan. — C'était le 18 février.
M. LE Président. — Dans la réunion du Gouvernement du 31 janvier, on discutait la situation de l'armée de TEst et les responsabilités qui pouvaieiit en résulter ; on décida M. Jules Favre, malgré sa fatigue, û retourner à Versailles pour s'occuper de l'armée de Aourbaki. M. Jules Favre partit. L'avex-vous accompagné dans ce voyage ?
M. le général de Valdan. — Non, monsieur.
M. Ulrig Perrot. — M. Jules Favre retournait le âl au soir à Versailles. Vous rappeleî(-vous y être retourné avec lui?
M. le général dk Valdan. — Nous sommes toujours partis le matin.
M. le comte Daru. — Vous ôtes donc partis le 1* février?
M. Ghaper. — Ou le 31 janvier ?
M. le général db Valdan. — Le l*' février.
M. le comte Daru. — Vous avez donc accompagné ce jouria M. Jules Favre? M. le général Trochu vous avait-il parlé de la situation de l'armée de l'Est? Que vous en avait-on dit?
M. le général de Valdan. — Le général ne ma pas parié de la situation de l'armée de l'Est ; il m'a remis une note adre>sfe par lui à M. Ernest Picard, ministre des affaires étrangère^ p>ir intérim, avec prière de lui communiquer et de m'en péDétier moi-mémo pour la neutralisation du chemin de fer de Nofers dont une partie passe dans le déparlement de la Gôte-d'Or. « 1> faut, m'a-t-il dit, qu'on nous laisse cette portion du chomîn de fer, et il faut l'avoir. » Il ne m'a pas dit autre ohose.
M. le comte Daru. — Les Prussiens, quand vous été» arrive, ne vous ont-ils pas annoncé que l'armée française était refoule*' sur le territoire suisse ?
M. le général de Valdan. — Oui, M. de Bismark nous Ta dit.
M. le comte Daru. — Eh bien î alors, comment disculîei-\*»u^. le l®' février, le tracé des ligues de délimitation, quand rannt*'' française n'existait plus?
M. Ghaper. — 11 y avait encore le Sud.
M. le général de Valdan. — Oui, il y avait encore le Sud; el
puis il fallait bien établir les limites que les Prussiens ne devaient pas franchir.
M. le comte Daru. — Quand vous êtes arrivés, quelles étaient les prétentions des Prussiens ?
M. le général de Valdan. — Tout ce qu'ils ont demandé, on le leur a donné. Les limites ont été fixées et déterminées par eux.
M. DE SuGNY. — Ces limites ont été imposées?
M. le général de Valdan. — Parfaitement, voilà la vérité. On a (lit : c Nous voilà à Lons-le-Saulnicr, ch bien, la ligne passera n 10 kilomètres en avant de Lons-le-Saulnter. i
M. Chapkr. — Est-ce à cette époque que Helfort a été rendu?
M. le général de Valdan. — C'est plus tard.
M. CuAPEii. — Je posais la question, parce que je ne sais pas 1 époque précise où la convention relative à cette place a été conclue .
M. le général de Valdan. — Belfort a été rendu plus tard ; c'est le 13 février qu'il a été question de cette reddition avec l'autorité prussienne.
M. Ulric Perrot. — Je trouve dans les procès-verbaux du Conseil du Gouvernement un débat relatif à Garibaldi.
Vous avez dû avoir à traiter cette question de Garibaldi.
M. le général de Valdan. — Moi, je ne me suis pas occupé de Garibaldi.
M. Chaper. — Je reviens à Belfort, parce que la question est importante. Quel jour, dans quels termes a-t-il été convenu que Belfort serait rendu?
M. le comte Daru. — Ou pourrait appeler le colonel Denfert?
M, Chaper. — Parfnitement, mais le colonel Denfert n'a vu et su que ce qui s'est passé dans Belfort même ; nous aurions surtout besoin de savoir ce qui s'est passé à Versaillos; quel jour, dans quels termes a été consenti Tabamlon de Belfort aux Prussiens, puisque dès les premiers jours où l'on a traité de l'armistice, on avait exclu l'armée de l'Est ù cause de Belfort. M. de Valdan se rappelle-t-il à quelle époque les hostilités ont cessé autour de Belfort? Au moment où vous avez délimité la zone dont vous venez de parler, Belfort a-t-il été compris d'une manière quelconque dans cette négociation ?
M. le général de Valdan. — Non, non, je ne me suis pas occupé de Belfort à l'époque du l" février.
M Chaper. — A celte époque, il n'y a que vous et M. Jules Favre qui vous soyez occupés de cette question. C'est un point sur lequel nous avons omis de demander des renseignements à M. Jules Favre.
M. le général de Valdan. — Voici ce qui s'est passé. M. do
Bismark, au moment où nous allions le quitter, dit à M. Jules Favre : « Voyons, voulez-vous me rendre Belfort? je vous donnerai les hoimeurs de la guerre. > M. Jules Favre a refusé. — « Non, a-t-il dit. Je ne sais pas ce qui se passe à Belfort. Je ne puis rien faire sans avoir des renseignements précis. Je vais demander Tenvoi d'un officier dans la place, et d'après ce qui me sera dit, nous agirons. » — Un peu plus tainl, M • de Mollke m'a dit : « — Belfort nous coûte cher. » — Je me rappelle, en effet, qu'à ce moment la garnison avait repoussé une attaque de Tennemi. — « Cette affaire, reprit M. de Moltke, nous coûte 500 hommes. • Quant à la date, je ne me la rappelle pas, mais je sais que plus tard, le 13 février, M, Picard, remplaçant M. Jules Favre au ministère des affaires étrangères, est allé à Versailles pour offrir Belfort.
M. Ghaper. — M. Picard!
M. le général de Valdan. — Oui, je suis allé pour cela à Ver* sailles avec M. Picard.
M. Ghaper. — Alors, vous pouvez nous dire ce qui s'est fait ce jour-là?
M. le général de Valdan. — G*étatt, comme je viens de le dire, le 13 février. J'avais remis à M. Picard la note du général Ti*ochu; après en avoir pris connaissance, M. Picard me dit : tM.de Bismark avait demandé Belfort et M. Jules Favi*e l'a refusé. Mais aujourd'hui nous acceptons les propositions de M. de Bismark : voilà assez de sang répandu inutilement ; il faut maintenant acquiescer aux propositions qui nous ont été faites. > Je me rappelle qu'en chemin de fer, M. Picard m'a montré une lettre qui venait du colonel Denfert... Dans cette lettre ou avouait qu'on ne pouvait plus lutter, que les pièces d'artillerie dont on disposait étaient d'une portée bien inférieure à celles de l'eanemi, que très-probablement il faudrait finir par se rendre ; on craignait que l'un des forts qui dominent la ville, je ne sais plus son nom. . .
M. Ghaper. — Les Perches.
M. le général de Valdan. — On craignait que ce fort ne fût pris; la lutte ne pourrait plus alors durer longtemps, d'autant que les approvisionnements en projectiles étaient diminués dans une proportion considérable. Voilà le sens de la lettre que M. Picard me montra en chemin de fer. Il me dit : c II faut que nous en finissions pour Belfort. Nous allons arriver comme si nous ne savions rien de ce qui s'y passe, et nous allons tâcher de tirer le meilleur parti possible de la situation. > Quand nous nous troavâmes en présence de M. de Moltke, il nous dit : < Maintenant, Belfort nous coûte trop cher; la garnison sera prisonnière. »
Nous avons répondu : « Ce ne serait pas loyal ! Pourquoi ne pouvez-vous pas faire maintenant ce que M. de Pismark nous proposait il y a quinze jours? Nous venons vous demander Texécution pure et simple des promesses de M. de Bismark. » La discussion dura quelque temps, puis enfin, M. de Moltke finit par accepter les conditions qui avaient été offertes par M. de Bismark.
M. le comte Daru. — Ou*est devenue la garnison?
M. le général de Valdan. — La garnison s'est retirée avec armes et bagages et avec les archives de la place jusqu*aux avant-postes français qui se trouvaient les plus rapprochés.
M. le comte Daru. — Vous ne pouvez pas vous rappeler la date de cette convention ?
M. le général de Valdan. — C'était le 13 février.
M. le comte Daru. — Eh bien ! nous vous prierons, en recueillant vos souvenirs, de mettre partout, dans votre cléposition, la précision qui est nécessaire quand vous vous relirez. Il est important que vous complétiez ce que vous avez dit, autant que vous le pourrez, parce que votre déposition manque de détails.
M. le général de Valdan. — Ohl quant à moi, je n'ai fait qu'obéir. Je ne trouve p^s que j'aie une responsabilité quelconque ; je ne peux môme pas en avoir. Je n'ai fait qu'exécuter les ordres qu'on m'a donnés. On m'a dit : « Allez là I i j'y suis allé. — « Vous allez délimiter les zones autour de Paris ». — J'ai délimité les zones autour de Paris. Maintenant, quant à la frontière de l'Est, elle a été arrêtée en dehors de moi. Je n'y suis pour rien.
M. Chaprr. — Permettez-nous cependant de vous faire remarquer qu'à Belfort, vous avez obtenu pour la garnison les honneurs de la guerre.
M. le général de Valdan. — Mon Dieu ! j'ai assisté à la convention et j'ai appuyé de mon mieux, quand il le fallait, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de le dire à la Commission. Je n'ai jamais été considéré, ni par le Gouverneur, ni par l'état-major prussien, comme un négociateur. J'avais mission d'aider le plénipotentiaire dans les questions militaires de ma compétence et pas d'autres. La preuve en est dans la rédaction de la note remise à moi par le général Trochu et qui est adressée au ministre (les affaires étrangères, note que je joins à ma déposition ; la preuve en est encore dans le projet de dépêche télégraphique cijoint, écrit par M. Ernest Picard et qui m'a été rendu par M. de Bismark. Je le répète, j'appuyais le ministre dans les questions purement militaires.
M. Chaper. ~ Sans doute, et permettez-moi d'ajouter que si par hasard vous n'aviez pas pu obtenir, pour la garnison, les
4i6 DÉFENSE DE PARIS.
honneurs de la guerre, votre responsabilité y serait, jasqu'a un certain point, engagée.
M. le général dk Valdan. — Pourtant si M. de Moltke n'avait pas voulu, qu'est-ce que nous aurions pu faire ?
M. Chaprr. — Vous avez prouvé qu'on pouvait faire qoclque chose, puisque, en définitive, vous avez obtenu cette concession.
M. le général db Valdan. — Nous nous trouvions très-hcareux quand nous pouvions arracher quelque concession.
M. Chaper. — C'est un mérite que vous avez eu.
M. le comte Daru. — Je vous engage, général, à préciser les faits autant que vous le pourrez en revoyant votre déposition, eU ne rien laisser d'incertain.
M. LJlrig Pbrrot. — I^ 5 février, il est encore question de Belfort dans le Conseil du Gouvernement : r Le général Le Flô accepterait* la sortie de la garnison de Belfort. >
Est-ce que vous êtes allé à Versailles avec le général Le Flô, le ô?
M. le général ue Valdan. — Non, je n'y suis pas allé.
M. le comte Daru. — Combien de fois vous ôtes-voos rends à Versailles ?
M. le général db Valdan. — Une douzaine de fois.
M. le comte Daru. — Toujours avec M. Jules Favre?
M. le général de Valdan. — Non, pas toujours avec lai, aussi avec M. Picard et avec M. Thiers, et quelquefois seul, particulièrement quand il a été question de faire évacuer Versailles par l'armée prussienne, pour permettre à l'Assemblée de siéger,
M. le comte Ûaru. — M. Picard a-t-il été plusieurs fois à Versailles?
M. le général db Valdan. — Deux fois à ma connaissaBoe, la première avec moi, comme je vous l'ai dit.
M. le comte Daru. — £t la seconde fois ?
M. le général db Valdan. — C'était, je pense, à l'occasion do payement des 210 millions de la ville de Paris.
M. le comte Daru. — Vous avez accompagné M. Thiers quand on a réglé les conditions de la paix ?
M le général de Valdan. — Oui, j'étais là.
M. le comte Daru. •— Nous vous rendons votre liberté.
(Séance du âS juin 1871}